Un dictateur astucieux face aux puissances coloniales : Nasser et la crise de Suez

En 1854, le diplomate et ingénieur français Ferdinand de Lesseps pose un projet de canal entre la Méditerranée et la Mer rouge sur le bureau du vice-roi d’Égypte Said Pacha. Lesseps n’a rien d’un illuminé et le projet, débattu depuis longtemps par des ingénieurs français, a emporté leur approbation unanime. Quatre ans plus tard, la Compagnie Universelle du Canal Maritime de Suez obtient le droit de creuser le canal et de l’exploiter pour 99 ans, au terme desquels la propriété en reviendra à l’Égypte. La Compagnie, une entité privée, compte des financements français et égyptiens mais à la suite de dettes non réglées, les parts égyptiennes échoient à la Grande-Bretagne.

Le 17 novembre 1869, le canal de Suez ouvre après dix ans de travaux.

Aux termes de la Convention de Constantinople (1888), tous les vaisseaux, de quelque nation ou origine que ce soit, en temps de paix comme en temps de guerre, y ont plein accès. Mais les Anglais, qui considèrent à juste titre le canal comme un atout géostratégique, obtiennent de maintenir une force défensive sur ses rives (traité anglo-égyptien de 1936) contre l’avis des nationalistes égyptiens, qui en exigent leur retrait de la zone de Suez. En 1954, les nationalistes ont gain de cause : les Britanniques ont sept ans pour évacuer leurs troupes. Malgré tout, le canal restera exploité par l’étranger jusqu’à sa nationalisation par Gamal Abdel Nasser, le 26 juillet 1956 – quelques douze ans avant l’échéance du contrat de la Compagnie Universelle du Canal Maritime de Suez. 1

A cette époque, le canal est au centre d’un imbroglio d’envergure internationale. Depuis des années, les Égyptiens ont illégalement fermé Suez, le golfe d’Aqaba (1949) et le golfe de Tiran (1950) à la navigation israélienne 2 et arment des Fedayin en Palestine contre le tout nouvel État hébreu. 3

Nasser et la CIA, l’arroseur arrosé

Au cours des années 50, la politique étrangère des USA vise à développer l’accès américain au pétrole du Moyen-Orient, à abattre les monopoles coloniaux européens établis au XIXème siècle pour ouvrir les territoires décolonisés aux corporations américaines, à contenir l’expansion soviétique et à soutenir Israël sans s’aliéner les pays arabes, dont l’Égypte s’impose comme leader naturel. Il va donc s’agir de promouvoir les éléments pro-occidentaux égyptiens pour amener le pays à adopter une démocratie à l’occidentale. Par effet de dominos, les autres contrées de la région suivront d’elles-mêmes. Du moins, c’est de cette façon naïvement optimiste que l’administration Eisenhower, qui omet de s’enquérir des conditions historiques et culturelles locales, voit l’avenir du Moyen-Orient.

Le secrétaire d’État John Foster Dulles établit un planning suivant lequel d’abord, les anciennes monarchies corrompues de la région doivent sauter une à une, au besoin par des coups d’État, pour être remplacées par des dictateurs chargés d’unifier les différentes factions de leurs pays sous une seule règle. Des aides militaires et économiques américaines, ainsi que des accords commerciaux internationaux, scelleront ensuite la transition des pays arabes vers des structures capitalistes et démocratiques, tout en éloignant l’influence communiste qui pèse sur les pays arabes (après des décennies de pillages coloniaux, ils sont généralement hostiles aux politiques impérialistes). C’est dans ce cadre que s’inscrit le coup d’État qui portera le colonel Nasser au pouvoir.

En mars 1952, Kermit Roosevelt (grand mamamouchi de la CIA pour le Moyen-Orient) et Nasser entament une série de réunions de coordination en vue du putsch. 4 Au début, il est question d’enrôler des prédicateurs musulmans pour jouer sur les sentiments anticolonialistes de la population et la fédérer autour de la personne du leader putatif, mais l’idée sera abandonnée. L’armée tiendra la population, sans plus. Le coup d’État est si soigneusement planifié que tout ce que les USA ont à faire consiste à ne pas intervenir, et de fait, il se déroulera sans une seule anicroche.

Le 23 juillet 1952, Gamal Abdel Nasser est au pouvoir, même si un général égyptien, Mohammed Naguib, tient momentanément la barre. Après le coup d’État, la CIA aide le nouveau régime égyptien à structurer son service de renseignements (à l’aide, en particulier, d’ex-officiers nazis recrutés par la CIA 5), apporte une aide militaire à l’Égypte et pour cacher le rôle des américains, diffuse des diatribes antiaméricaines de fantaisie à la radio du Caire. Ne sachant que trop la haine que le peuple arabe voue aux Occidentaux, le jeu des agents de la CIA consiste à subtilement discréditer les Soviétiques par des harangues pro-soviétiques et antiaméricaines absurdes, de façon à faire passer les communistes pour des fous. 6

En 1953, la CIA pense que les USA doivent soutenir l’Égypte dans son souhait souverainiste de contrôler le canal, 7 d’une part pour abattre le duopole franco-britannique qui le domine et d’autre part, pour lier Nasser aux intérêts américains et contrer l’URSS, mais elle commet deux erreurs : d’abord, elle se trompe sur la personnalité de Nasser et ses priorités, et ensuite sur l’importance de la menace soviétique au Moyen-Orient. Sa crainte pathologique des communistes irrite le nouveau leader égyptien, dont l’ennemi est le couple franco-britannique. « Comment est-ce que je peux aller voir mon peuple et lui dire que je tourne le dos à un tueur armé à soixante kilomètres, au canal de Suez, pour m’inquiéter de quelqu’un qui tient un couteau à 5000 kilomètres d’ici ? » – Nasser au Secrétaire d’État américain John Foster Dulles 8

Très vite, la CIA et le Département d’État US découvrent que Nasser n’est pas l’homme de paille qu’ils espéraient, qu’il est décidé à manipuler les USA au moins autant que les USA comptaient le manipuler, et qu’il marchera dans les manigances américaines uniquement dans la mesure où elles servent ses intérêts. Mais l’Amérique est bloquée : l’opposition la plus crédible à Nasser, incarnée par les Frères Musulmans, est considérée comme proche de l’Union Soviétique (c’est faux mais à l’époque, les Américains le croient. 9) En 1954, Nasser organise un faux attentat contre lui-même avec l’aide de la CIA, accuse les Frères Musulmans et les interdit.

Les USA n’ont plus qu’à s’accommoder de l’imprévisible leader égyptien.

L’Égypte a besoin d’équipements militaires, ce que la CIA lui fournit dans l’espoir d’une coopération militaire et d’un accord de paix avec Israël. Pour sa part, l’Égypte siphonne autant d’aide américaine que possible sans jamais s’engager dans une alliance militaire avec l’Occident, ce qui poussera les USA à se replier sur d’autres pays de la région et débouchera sur l’éphémère pacte de Bagdad. 10 Nasser adopte une politique de neutralité entre l’Est et l’Ouest qui lui permet de maintenir sa souveraineté en jouant de l’opposition des deux blocs et au passage, à leur extorquer toute l’aide possible. Du côté des USA, le jeu consiste à maintenir un équilibre entre Israël, le duo franco-britannique et l’irascible leader égyptien, tout en maintenant les Soviétiques à distance et en grignotant des parts de marché au Moyen-Orient.

En attendant, les hostilités contre Israël continuent.

La Grande-Bretagne, qui croit toujours mener le bal en Égypte, diminue ses ventes et livraisons d’armes au pays pour sanctionner sa bellicosité envers l’État hébreu. Qu’à cela ne tienne, l’Égypte achète ses armes au croquemitaine du monde occidental, le bloc communiste. 11 « Nous avons pris les armes en Russie. Oui, je dis en Russie et non en Tchécoslovaquie. Nous avons conclu avec la Russie un accord pour nous fournir les armes et la Russie a accepté de nous fournir les armes et ainsi a été réalisée la transaction des armes. Après cela, quelle histoire ! On a dit : Ce sont des armes communistes. Je me demande : Y a-t-il des armes communistes, et des armes non communistes ? Les armes, dès qu’elles arrivent en Égypte, elles s’appellent des armes égyptiennes. » – colonel Nasser, discours du 26 juillet 1956 sur la nationalisation du canal de Suez 12

En mesure de rétorsion à l’achat « d’armes communistes » par le tonitruant leader égyptien, le Premier ministre britannique Anthony Eden songe un moment à isoler l’Égypte, mais il craint de la pousser encore davantage dans les bras soviétiques et décide plutôt de se concilier ses bonnes grâces en cofinançant le grand rêve de Nasser, le barrage d’Assouan 13 avec les USA, qu’il démarche dans ce sens. Eden se voit opposer un refus catégorique par l’administration Eisenhower, qui précisément, a évalué depuis des mois les avantages et inconvénients d’un investissement américain dans le barrage et a retiré son offre : l’importun leader égyptien s’est si bien débrouillé avec la Banque mondiale que, si les Américains investissent dans le barrage, ce ne peut être qu’au bénéfice de l’Égypte et non des USA. 14

A la suite de la défection américaine, les financements occidentaux tombent à l’eau un à un. Nasser, exaspéré par les les singeries américano-franco-britanniques, ne fait ni une, ni deux et nationalise le canal de Suez pour financer les travaux d’Assouan. Comme des compensations conséquentes sont dûment prévues envers ses deux usufruitiers dépossédés, la France et la Grande-Bretagne, tant que l’Égypte obéit aux règles d’exploitation du canal, la Convention de Constantinople empêche tout recours légal international.

Échec au roi.

Les Français 15 et les Britanniques condamnent la nationalisation et se mettent immédiatement à ourdir une intervention militaire, Israël fulmine et les Américains, qui rejettent toute idée de représailles armées contre l’Égypte, tentent de négocier une solution avantageuse pour eux.

Le 16 août 1956, John Foster Dulles réunit les représentants de vingt-quatre pays et leur propose un plan conjoint d’exploitation du canal. Après la signature de l’accord par dix-huit pays, en septembre, le Premier ministre australien, Robert Menzies, se dévoue pour prendre la tête d’une délégation de cinq pays qui ira le soumettre à l’encombrant leader égyptien. Après avoir promené ces messieurs pendant six jours de rang, Nasser le refuse.

Le 19 septembre, Dulles met en chantier une deuxième proposition d’association d’utilisateurs du canal. Parallèlement, la France et la Grande-Bretagne portent leurs griefs devant les Nations-Unies, ce que les Américains voient d’un mauvais oeil. Pour eux, les Nations-Unies, trop jeunes pour régler la question, ne peuvent que donner une preuve d’inutilité dévastatrice pour leur image et de fait, les « Six Principes pour l’avenir du canal » 16 élaborés dans l’urgence par Dag Hammarskjöld, le Secrétaire général des Nations-Unies, se révéleront un piège : Nasser soulignera à juste titre qu’aucun des projets occidentaux ne s’y conforme.

Échec et mat.

Nasser : un homme, trois images

Chaque pays, accroché à ses intérêts, entretient un dialogue de sourds d’une rare hypocrisie. Les Américains veulent évincer les Britanniques et les Français de Suez sans se les aliéner, ce qui les oblige à une ambiguïté permanente ; peut-être pour ne pas confesser qu’ils sont mus par la pure cupidité et la frustration de la perte de leurs acquis coloniaux, les Anglais et les Français se posent en champions de la morale, de la liberté et de l’anticommunisme ; Nasser tonne contre l’impérialisme, embrouille tout le monde et ne cède jamais un pouce de terrain. 17

Dans ses missives à Eisenhower, le Premier ministre britannique Eden – dont Nasser est la bête noire – explique que l’indépendance des pays arabes, Égypte en tête, ne peut mener qu’à un développement de l’influence soviétique dans la région. Les Russes, estime-t-il, flattent les sentiments nationalistes et appellent les pays à rejeter l’exploitation coloniale dans le seul but de s’installer durablement dans les esprits. Selon Eden, une intervention militaire est nécessaire pour « ne pas permettre à Nasser de s’en tirer comme ça » (27 août 1956). A quoi Eisenhower répond que, tout en étant d’accord sur le danger des cajoleries soviétiques, il ne peut accepter d’intervention militaire franco-britannique dans la région, parce qu’il y a un réel danger de voir les pays arabes réagir par la constitution d’un bloc anti-occidental sous protection soviétique. « De la même façon, tous les peuples du Proche-Orient et de l’Afrique du Nord, et dans une certaine mesure, de toute l’Asie et de toute l’Afrique seraient consolidés contre l’Occident à un degré insurmontable en une génération, et peut-être même en un siècle, tout particulièrement si on tient compte des capacités des Russes à fomenter des problèmes (…) Nous avons deux problèmes, le premier tenant à l’assurance de l’opérationnalité permanente du canal de Suez et à un traitement juste de toutes les parties concernées. La seconde est de faire en sorte que Nasser ne devienne pas une menace envers la paix et les intérêts vitaux de l’Europe. » (2 septembre 1956). 18

L’anticommunisme a bon dos.

Le jeu des médias, pays par pays

Dans leurs pays respectifs, les médias véhiculent des perceptions modelées sur la position des dirigeants, de sorte que les trois axes – les USA, le duo franco-britannique, l’Égypte – cultivent trois visions distinctes de la personne de Nasser. La crise de Suez marque encore une fois toute l’importance de la guerre de propagande et d’une opinion publique favorable. Deux acteurs en émergeront grands vainqueurs, Gamal Abdel Nasser et l’Amérique.

1) L’Egypte, toute acquise à Nasser

En Égypte, le « raïs » est adulé au point qu’aujourd’hui encore, l’armée égyptienne, véritable État dans l’État et garante du nassérisme, reste le pôle majeur de confiance du peuple et l’une des bases de l’économie du pays. A la courte exception de Morsi, de Sadate à Moubarak à El-Sissi, tous les successeurs de Nasser à la présidence de la République arabe d’Égypte sont issus des rangs de l’armée.19

Nasser est lui-même un maître ès propagande. 20 Dans son pays où la vaste majorité des habitants sont illettrés, la radio 21 supplée aux besoins de diffusion de sa doctrine, un nationalisme pan-arabe tout aussi opposé au capitalisme occidental qu’au communisme, auquel la culture arabo-musulmane interdit d’adhérer. Comme le baasisme, le nassérisme est essentiellement laïque, mais il repose sur des fondations religieuses et ethniques non négociables et cimente la population par la résistance à l’impérialisme occidental. Le cocktail idéologique, impeccable dans le contexte d’un pays colonisé et méprisé, donnera des ailes à Nasser après la réussite de la nationalisation du canal de Suez. 22

2) Eden et la presse britannique, un accord parfait qui dégénère en cacophonie

Au Royaume-Uni, Anthony Eden, l’esprit peut-être troublé par la détestation personnelle qu’il voue à Nasser (il ira jusqu’à appeler à son assassinat 23), accumule les erreurs. D’abord, il se trompe sur Dulles, dont il pense qu’il partage sa haine de Nasser – surtout à la suite de ses achats d’armes soviétiques – et que partant, malgré la position pacifiste affichée par les USA, il sera indulgent envers l’intervention militaire franco-britannique. Ensuite, il sous-estime le contrôle d’Eisenhower sur sa politique étrangère et son refus catégorique de mener une guerre coloniale au bénéfice de deux pays européens (n’oublions pas que l’Amérique n’a rien à gagner à la mainmise coloniale des Européens, étant donné qu’elle freine les ambitions américaines dans les régions où elle s’exerce).

Au Royaume-Uni, les opinions, très diverses, se divisent grosso-modo en deux factions, les libéraux et les conservateurs, avec une grande presse qui suit généralement la ligne du pouvoir conservateur. Les « newsreels » de British Pathé, passées avant les films au cinéma, sont toujours biaisées en faveur du gouvernement. Sur l’une d’elles par exemple, Nasser est montré aux côtés d’un diplomate russe « dont il est le fidèle client », et les soldats franco-britanniques sont présentés comme des sauveurs venu en renfort d’Israël. 24

Il a toutefois été argué en leur défense que les actualités cinématographiques (newsreels) de Pathé, de par leur nature de médias de masse, évitent la controverse et s’en tiennent à la position la plus confortable, celle du gouvernement. En résumé, on n’attend pas d’elles des opinions gauchistes ou subversives, mais elles n’en ont pas moins une forte influence.

Les publications de gauche libérale suivent le même mouvement, de sorte que la presse unanime dénonce la nationalisation, mais chacun l’instrumentalise à sa façon : la gauche accuse le gouvernement tory (conservateur) de faiblesse et d’inefficacité, alors que la droite s’en prend à Eden pour ses hésitations et son manque de courage. Le Premier ministre, au centre d’un feu croisé de critiques, enrôle des titres de presse pour s’assurer d’un soutien médiatique, d’autant plus qu’il prépare secrètement son intervention militaire. Il commence par recruter deux responsable du Times qui, outre la publication d’articles de commande, seront chargés de rabattre d’autres bonnes volontés. L’idée d’Eden consiste à projeter l’image d’un gouvernement modéré, mais soutenu par une presse radicale et belliqueuse qui préparera l’opinion à une guerre.

Conformément à sa mission, le Times publiera une série d’articles incendiaires. 25

Parallèlement, Eden use d’un pouvoir de censure non coercitif qui consiste seulement à aviser les publications des sujets que le gouvernement ne veut pas voir dans la presse. Comme à l’époque, libéraux et conservateurs se rejoignent dans le patriotisme, 26 l’outil, qui en appelle à une autocensure « garante de sécurité nationale », fonctionne à plein.

La situation sur le terrain, toutefois, pousse Eden à la faute : au lieu de profiter de la vague d’indignation déclenchée par la nationalisation pour lancer son attaque, il perd du temps à chercher des solutions à des problèmes dont il ne peut pas faire publiquement état, à savoir une armée mal équipée, mal entraînée et des points faibles stratégiques, par exemple un manque de bases militaires géographiquement proches de L’Égypte et propres à abriter ses troupes, bateaux, avions et autres équipements. 27 Le temps qu’Eden y voie plus clair, l’enthousiasme des médias est retombé et des questions gênantes se font jour, en particulier sur la justesse possible des revendications souverainistes de Nasser.

Avec les semaines, la fracture s’opère de façon de plus en plus nette : il y a désormais deux factions, les pro et les anti-Suez. Quand l’opération militaire démarre enfin, la presse découvre avec stupeur qu’Israël y est liée. Étant donnée l’instabilité qu’une invasion de cet ordre peut provoquer dans cette région notoirement antisioniste, le fait soulève un tollé médiatique. Même le Times écrit « les Arabes tendent à juger la décision franco-britannique d’après un seul critère : à quel point est-ce que ça aide Israël ? » et se demande dans le même article « si les USA ont été consultés ». Les quelques soutiens qui restent à Eden décrivent l’intervention comme « une décision dure, mais courageuse » alors que le Guardian, l’un de ses critiques les plus acerbes, titre « Un désastre ».

En conclusion, Eden, à qui la Crise de Suez coûtera sa carrière, n’aura pas su séduire sa presse, peut-être par manque de clarté, de préparation et d’une ligne idéologique précise. Le gouvernement britannique, co-auteur et premier signataire de la Charte de l’Atlantique 28 (un document des plus pacifistes et anticolonialistes) ne pouvait que cacher ses visées coloniales sous un rideau de fumée de déclarations hypocrites et contradictoires, avec le discrédit pour seul horizon possible.

3) L’autre larron, la France

En France, le gouvernement de Guy Mollet se retrouve face à quatre difficultés : il est en pleine guerre d’Algérie, le Secrétaire d’État américain John Foster Dulles le snobe, les parts françaises du canal de Suez sont privées, et il est de gauche.

Le colonialisme ayant de moins en moins bonne presse à une époque où le PCF engrange 25% de l’électorat, pour l’affaire Suez, le gouvernement français se rabat sur des considérations légales que ses inhibitions de socialistes empêtrés dans une guerre coloniale injustifiable l’empêcheront de pleinement développer – et ce, même s’il a un soutien en demi-teinte dudit PCF en Algérie. La circonspection française s’aggrave de deux faits : d’une part, l’exploitation du canal ne relève pas de l’État et d’autre part, John Foster Dulles, qui reproche aux Français leur colonialisme, leurs sympathies envers l’URSS, leurs comptes mal tenus et la perte de Diên Biên Phu, ne parle qu’à Anthony Eden. Pis encore, le Secrétaire d’État américain, qui se flatte d’avoir amoindri l’influence du lobby sioniste à Washington, ne partage en aucun cas l’attachement du gouvernement français à l’État hébreu, un pays proche de la France parce qu’il est également doté d’un gouvernement socialiste, qu’il est menacé dans sa survie par l’Égypte et que Nasser fournit des armes au FLN, ce qui en fait un ennemi commun. La Seconde Guerre mondiale hante encore tous les esprits, et Mollet croit peut-être même réellement incarner la résistance française à l’oppression d’un dictateur qui souhaite annihiler Israël… Quoi qu’il en soit, il en arrive à comparer Nasser à Hitler et réussit à fédérer l’opinion sur cette conception, à l’exception des communistes. 29
La coalition de la France et d’Israël contre l’Égypte s’appuiera sur leur alliance idéologique. 30

Comme on peut s’y attendre, les actualités françaises donnent le même éclairage flatteur que chez les Britanniques : les Français et les Britanniques sont des sauveurs, Nasser un affreux dictateur, et la statue de Ferdinand de Lesseps qui surplombe l’entrée du canal incarne le progrès, la démocratie et la liberté. 31 Mais dans les médias qui couvrent les nouvelles du front, les fausses nouvelles 32 se répandent comme des traînées de poudre, peut-être parce que l’URSS a un pied en France et qu’elle cherche à effrayer l’opinion. Le 12 novembre 1956, Guy Mollet, dans un discours d’une pondération à la limite du soporifique, tentera de juguler la montée des émotions à l’aide d’une révolution technologique qui vient de faire son entrée dans les foyers, la télévision. 33

4) En contrepoint au duo de claquettes franco-britannique, la valse-hésitation des USA

Aux USA, le moins qu’on puisse dire est qu’on ne comprend pas le jeu de l’astucieux leader égyptien 34 et que les perceptions ballottent au gré des événements. Évidemment, l’achat d’armes « communistes » par Nasser en 1955 fera basculer la vision américaine de l’indulgence envers un pays du tiers-monde en besoin urgent de modernisation et (surtout) d’alignement avec les États-Unis à la crainte d’un État revanchard, armé jusqu’aux dents et dirigé par un « Mussolini-couscous ».

Les médias américains qui observent Nasser à son arrivée le comparent volontiers à Mustafa Kemal, le grand réformateur de la Turquie. En mai 1953, Time le présente comme l’incarnation de « la montée révolutionnaire », « un bel homme bien bâti d’un mètre quatre-vingt, timide et qui ne cherche pas à se mettre en avant ». Plus tard, le même Time parle de Nasser comme de « l’étincelle et moteur du régime », « le cerveau et la force de propulsion du gouvernement révolutionnaire d’Égypte ». Le 8 mars 1954, Life décrit l’inénarrable leader égyptien comme « un homme souriant, bondissant, qui ressemble à un ex-défenseur de football américain » et qui « rayonne du charme bouillonnant d’un grand enfant et possède un profond instinct du commandement. Il est sincère et simple d’une façon qui tient à la fois de la naïveté et de la profondeur. » De plus, Nasser « ne partage pas la haine des Arabes envers Israël ». Life ajoute à l’extase générale avec sa description d’un Nasser qui « tranche avec l’image d’opulence hédoniste des despotes orientaux. C’est un homme qui vit dans l’austérité d’une simple maison de cinq pièces ». D’autres publications dépeignent un colonel Nasser « brillant », « altruiste », « beau », « rusé et ambitieux ». Newsweek souligne sa « grande éthique de travail » et son « esprit toujours en mouvement ». Quand Nasser déclare sa peur d’une infiltration soviétique à la suite du retrait des troupes franco-britanniques de Suez (évidemment dans le but de désarmer les critiques possible des Américains et d’affermir la nationalisation de son canal), Time titre sans aucun recul critique « Ami de l’Occident » et se prend à souhaiter qu’un gouvernement similaire vienne au pouvoir au Vietnam pour « sauver le pays du communisme ».

Dès la vente d’armes apprise (1955), le ton change abruptement. La nouvelle narrative US en fait un fasciste que les membres pro-Israël du Congrès appelleront « le nouvel Hitler ». L’accusation de fascisme s’impose aux esprits parce que Nasser échappe quasi-totalement aux stéréotypes orientalistes ou communistes d’usage dans les médias occidentaux – aucun moyen de faire une Shéhérazade ou un cheikh barbu obscurantiste de cet homme en uniforme de l’armée ou en costume-cravate, et à cause de sa neutralité et de son souverainisme pan-arabe, aucun moyen non plus d’en faire un communiste.

Les médias, qui doivent trouver le moyen de réduire Nasser à des images compréhensibles par tous, finissent par s’accorder sur un mélange de Mussolini, d’Hitler et d’Atatürk. Le raïs devient donc tout naturellement un dictateur agressif déterminé à détruire Israël et « qui cherche à construire un empire ». US News écrit que Nasser a « explicitement » articulé son idée d’un empire couvrant tout le Moyen-Orient dans son manifeste, « La philosophie de la révolution » 35 ou, comme le rebaptise le magazine, « le Mein Kampf de Nasser ». L’administration Eisenhower se fait traiter de « nouveaux Chamberlains ». L’hystérie médiatique monte encore d’un cran après la nationalisation : le New York Times y va d’une accusation de « mussolinisme islamique » ; le New Republic se fend d’un éditorial rageur sur « la révolution égyptienne qui verse dans le totalitarisme (…) dotée d’une police secrète d’une efficacité nazie-communiste » ; US News avertit « Nasser veut plonger le monde dans la guerre » ; Life déplore la noyade du rêve d’un Atatürk égyptien et en matière d’épithètes fielleuses, le Saturday Evening Post coiffe tous ses concurrents au poteau en traitant Nasser de « Mussolini-couscous ». 36

Selon la CIA, il est fort possible que la vision britannique ait influencé la narrative médiatique américaine, en particulier sur l’identification de Nasser à Hitler, 37 un raccourci également en faveur dans les médias français.

Dans les newsreels d’Amérique, Nasser est présenté comme la narrative à la mode le veut, à savoir comme un dictateur sans foi ni loi dont le nationalisme « éloigne les égyptiens de leurs préoccupations immédiates, la faim et la pauvreté qu’il a failli à régler », 38 mais les troupes internationales de l’ONU n’en voleront pas moins au secours de l’Égypte contre la France et les Britanniques. 39

L’Amérique, prise dans un inextricable écheveau d’alliances et d’intérêts, navigue à vue.

Encore une fois dans ce cas, la question consiste à savoir si les USA de la Guerre froide contrôlent la narrative sur le danger soviétique ou s’ils en sont eux-mêmes les dupes. Leur phobie du communisme, ajoutée à l’analogie entre nassérisme et nazisme, pousse les USA, après l’achat des armes soviétiques par Nasser, à le traiter comme une menace potentielle et à encourager son opposition intérieure, les Frères Musulmans, tout en gardant leurs intérêts à l’esprit et donc, en soutenant la nationalisation du canal de Suez. Ce qui se traduit par des manoeuvres visant à affaiblir Nasser tout en favorisant la décolonisation. 40

La peur de « la menace soviétique » jointe à l’illisibilité de Nasser pousse même Eisenhower a élaborer la dite « doctrine Eisenhower », une réorientation de la politique étrangère qui autorise n’importe quel pays du Moyen-Orient à réclamer l’aide militaire ou l’assistance économique des USA en cas de menace armée de la part d’un pays sous influence soviétique. La doctrine Eisenhower, qui mènera à deux interventions armées des USA, l’une en Jordanie en 1957 et l’autre au Liban en 1958, soulèvera une telle animosité envers l’Amérique qu’elle sera révoquée en 1959. 41

Une pagaille homérique, l’opération Mousquetaire 42

A la fin octobre 1956, les Français et les Britanniques amassent des troupes à Chypre pendant que l’armée israélienne se déploie sur la bande de Gaza. 43

Les USA interprètent de travers les manoeuvres israéliennes, qu’ils croient dirigées contre la Jordanie. De fait, à cause de l’opposition américaine à leurs velléités guerrières, la France, la Grande-Bretagne et Israël se sont gardés d’informer Eisenhower de leurs intentions.

Le 29 octobre, Israël attaque l’Égypte dans une campagne-éclair où, en un mois, 30 000 égyptiens sont tués ou capturés. Comme convenu avec Israël, et malgré des retards opérationnels dus aux querelles de rigueur entre Français et Britanniques, 44 la France et la Grande-Bretagne invoquent l’Accord tripartite de 1950 45 pour appeler à un cessez-le-feu et au passage, installer des troupes d’occupation dans la zone du canal sous prétexte de « séparer les belligérants ».

Israël accepte, comme prévu par le programme.

L’Égypte refuse, ce que les duettistes franco-britanniques s’empressent évidemment d’interpréter comme une déclaration de guerre assortie d’une autorisation d’invasion.

Eisenhower, que personne n’a daigné prévenir, est outré.

Les Nations-Unies font des pieds et des mains pour instaurer un cessez-le-feu, en pure perte. L’Union Soviétique menace la France et le Royaume-Uni d’attaques nucléaires en cas de non-retrait de Suez et va jusqu’à proposer une alliance Soviéto-américaine contre les trublions européens à Eisenhower, qui en trépigne de rage. C’est que John Foster Dulles l’a informé d’une situation préoccupante : Nasser a apparemment reçu l’assurance d’un soutien total de l’Union soviétique, même en cas de risque d’une troisième guerre mondiale, que l’Amérique craint une emprise communiste grandissante au Moyen-Orient et que, précisément, l’intervention israélo-franco-britannique fournit aux Soviétiques le prétexte rêvé pour s’implanter dans la région en invoquant la défense de l’Égypte.

En novembre, Eisenhower met en demeure le duo franco-britannique de vider les lieux au plus vite sous peine de sanctions économiques et le 27 décembre, les troupes européennes déconfites regagnent effectivement leurs pénates respectives. 46 En mars 57, malgré un concert de protestions et une avalanche de négociations, c’est au tour des Israéliens de rentrer à la maison après avoir rendu Gaza et le Sinaï à l’Égypte.

Le canal de Suez est et restera nationalisé. 47

Au bout du compte, sur le front de l’image, les USA ont gagné la guerre des mots en se posant en sauveurs de la démocratie et de la décolonisation. Et Gamal Abdel Nasser, dont le nationalisme pan-arabe porte l’espoir de tout un peuple, aussi. 48

Corinne Autey-Roussel

Photo: Nasser à Mansoura, 1960

Références :

1 Canal History

http://www.suezcanal.gov.eg/sc.aspx?show=8

2 The Suez Crisis – Israel and Judaism studies. http://www.ijs.org.au/The-Suez-Crisis-1956/default.aspx

3 Fedayeen attacks on Israel in the 1950s

http://www.palestinefacts.org/pf_1948to1967_fedayeen.php

4 1951 – 1953, Egypt: Nasser, the « Moslem Billy Graham ».

http://coat.ncf.ca/our_magazine/links/issue51/articles/51_09.pdf

5 1942-1952, Egypt: Nasser’s Nazis and the CIA

http://coat.ncf.ca/our_magazine/links/issue51/articles/51_08.pdf

Et The CIA and Nazi War Criminals, declassified

http://www2.gwu.edu/~nsarchiv/NSAEBB/NSAEBB146/

6 1951 -1953, Egypt: Nasser, « the Moslem Billy Graham »

http://coat.ncf.ca/our_magazine/links/issue51/articles/51_09.pdf

7 The Game Player par Miles Copeland, ex-agent de la CIA

http://www.amazon.com/Game-Player-Miles-Copeland/dp/0948149876/ref=la_B001HCZGFE_1_4?s=books&ie=UTF8&qid=1424029969&sr=1-4

8 Muhammad Heikal, Nasser: The Cairo Documents (London: New English Library, 1972), p. 51.

9 The CIA Said ‘Find An Islamic Billy Graham’

http://www.marketoracle.co.uk/Article42271.html

10 The Baghdad Pact (1955) and the Central Treaty Organization (CENTO), US Dept of State

http://2001-2009.state.gov/r/pa/ho/time/lw/98683.htm

11 The Road East: How John Foster Dulles Affected Egypt’s Decision to Conclude the Czech Arms Deal in 1955.

http://www.historystudies.net/Makaleler/1656482191_8-Mohamed%20Tabi%20el%20Hamdi.pdf

12 Extraits du discours de Gamal Abdel Nasser

http://www.ism-france.org/analyses/26-juillet-1956-Nasser-nationalise-le-canal-de-Suez-8207-article-12394

13 Jul 21, 1970: Aswan High Dam completed, survol de l’histoire du barrage

http://www.history.com/this-day-in-history/aswan-high-dam-completed

14 Jul 19, 1956: United States withdraws offer of aid for Aswan Dam

http://www.history.com/this-day-in-history/united-states-withdraws-offer-of-aid-for-aswan-dam

15 The 1956 Suez Crisis (position française, page 18)

https://www.press.umich.edu/pdf/0472108670-06.pdf

16 http://www.un.org/en/peacekeeping/missions/past/unef1backgr2.html

17 The Suez Crisis — And A Different Side of Nasser

http://adst.org/2013/07/the-suez-crisis-and-a-different-side-of-nasser/

18 Eden and Eisenhower facing Nasser, correspondance entre Eden et Eisenhower

http://www.mariapalasinska.com/sanpietro/eng/anno1/n5/documenti/documentieng5.pdf

20 The Political Role of the Media (in Egypt) http://countrystudies.us/egypt/116.htm

21 Voice of the Arabs Radio: Its Effects and Political Power During the Nasser Era (1953-1967)http://www.academia.edu/3308119/Voice_of_the_Arabs_Radio_Its_Effects_and_Political_Power_During_the_Nasser_Era_1953-1967_

22 Nasserism http://www.saylor.org/site/wp-content/uploads/2011/06/Nasserism.pdf

23 Anthony Eden Wanted President Nasser Murdered As MI6 Plotted Regime Change In Egypt, Syria, And Saudi Arabia http://www.nlpwessex.org/docs/BBCSuez.htm

24 Pathé newsreel, 1 novembre 1956

http://www.britishpathe.com/video/israel-invades-egypt-britain-acts/query/israel+invades+egypt+britain+acts

25 The Suez Crisis and the Manipulation of the Media https://wiki.leeds.ac.uk/index.php/The_Suez_Crisis_and_the_Manipulation_of_the_Media

26 Tout comme aujourd’hui dans l’européisme…

27 Anthony Eden and the Suez Crisis

http://www.historytoday.com/robert-james/anthony-eden-and-suez-crisis

28 Charte de l’Atlantique, texte. Co-signataires, Winston Churchill et Franklin Roosevelt

http://digital.library.unt.edu/ark:/67531/metadc581/m1/1/

29 Les secrets de l’expédition de Suez – Entretien avec Denis Lefebvre

http://vudejerusalem.20minutes-blogs.fr/archive/2010/11/22/les-secrets-de-l-expedition-de-suez-entretien-avec-denis-lef.html

30 John Foster Dulles et la France : La crise de Suez, Revue d’Histoire Diplomatique

http://francois.g.david.free.fr/Suez.pdf

31Occupation de Port Fouad et Port Saïd, archives de l’Ina, 14 novembre 1956

http://fresques.ina.fr/jalons/fiche-media/InaEdu00060/occupation-de-port-fouad-et-port-said.html

32 La presse française et la crise de Suez (attention : aucun d’intérêt, sauf pour les statistiques sur les fausses nouvelles).

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/polit_0032-342x_1957_num_22_2_2496

33 Interview de Guy Mollet (3) : la crise de Suez

http://fresques.ina.fr/jalons/fiche-media/InaEdu00059/interview-de-guy-mollet-3-la-crise-de-suez.html

34 What Eisenhower and Dulles Saw in Nasser: Personalities and Interests in U.S.-Egyptian Relations

http://www.mepc.org/journal/middle-east-policy-archives/what-eisenhower-and-dulles-saw-nasser

35 The Philosophy Of The Revolution, par Gamal Abdel Nasser

http://www.goodreads.com/book/show/15763321-the-philosophy-of-the-revolution

36 Couscous Mussolini: US perceptions of Gamal Abdel Nasser, the 1958 intervention in Lebanon and the origins of the US-Israeli special relationship

http://www.academia.edu/428749/Couscous_Mussolini_US_perceptions_of_Gamal_Abdel_Nasser_the_1958_intervention_in_Lebanon_and_the_origins_of_the_US-Israeli_special_relationship

37 The Art of Strategic Counterintelligence -The Musketeer’s Cloak: Strategic Deception During the Suez Crisis of 1956

https://www.cia.gov/library/center-for-the-study-of-intelligence/csi-publications/csi-studies/studies/vol51no2/the-art-of-strategic-counterintelligence.html

38 Newsreel: The Suez Canal Question – 1956

39 Near East Crisis. Invasions Complete, UN Will Take Over. 1956 Newsreel

40 When the CIA was an outpost of Arabism, article du Yemen Times par Hugh Wilford, historien de la CIA, auteur de « The Mighty Wurlitzer: How the CIA Played America » sur l’opération Mockingbird et de « America’s Great Game: The CIA’s Secret Arabists and the Shaping of the Modern Middle East »

http://www.yementimes.com/en/1771/opinion/3716/When-the-CIA-was-an-outpost-of-Arabism.htm

41 Eisenhower Doctrine http://spartacus-educational.com/COLDeisenhower.htm

42 Suez, 1956 – A Successful Naval Operation Compromised by Inept Political Leadership

https://www.usnwc.edu/getattachment/8cde8808-9feb-46d8-95df-5eebc0e3891a/Suez,-1956–A-Successful-Naval-Operation-Compromis.aspx

et http://www.dtic.mil/dtic/tr/fulltext/u2/a240214.pdf

43 Crise de Suez de 1956

http://www.lesclesdumoyenorient.com/Crise-de-Suez-de-1956.html

44 A Successful Naval Operation Compromised by Inept Political Leadership, par Michael H. Coles

https://www.usnwc.edu/getattachment/8cde8808-9feb-46d8-95df-5eebc0e3891a/Suez,-1956–A-Successful-Naval-Operation-Compromis.aspx

45 Déclaration tripartite de 1950 entre les USA, la France et le UK.

http://content.lib.utah.edu:81/cgi-bin/showfile.exe?CISOROOT=/uu-fasc&CISOPTR=562&CISOMODE=print

46 The 1956 Suez Crisis, pages 7 à 16

https://www.press.umich.edu/pdf/0472108670-06.pdf

47 Suez Crisis, résumé, 20 pages

http://www.saylor.org/site/wp-content/uploads/2011/08/HIST351-10.2.1-Suez-Crisis.pdf

48 Suez Crisis (1956), propaganda and mass persuasion

http://what-when-how.com/propaganda-and-mass-persuasion/suez-crisis-1956/

et

Eden, Suez and the Mass Media: Propaganda and Persuasion During the Suez Crisis par by Tony Shaw

http://www.amazon.co.uk/Eden-Suez-Mass-Media-Propaganda/dp/1848850913