USA : La guerre en tant que politique étrangère

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Des données importantes, par exemple sur les nouveaux pouvoirs du Pentagone sous Trump ou (comme l’avait prédit Einsenhower en 1961), la mainmise du complexe militaro-industriel sur l’appareil d’État américain, ou encore l’intensification des actions militaires américaines dans le monde. Autant de pistes à suivre une à une…


Par Lois Danks
Paru sur The Freedom Socialist et Information Clearing House sous le titre War As Foreign Policy


Trump a inauguré son mandat présidentiel par une explosion ! Plusieurs explosions, en réalité – des frappes en Syrie avec 59 missiles Tomahawk à 93 millions de dollars d’argent du contribuable ; l’utilisation d’une MOAB en Afghanistan ; des frappes de drones sur des habitations civiles au Yémen ; des bombardements de civils et d’équipes de secours en Irak ; des envois de troupes supplémentaires en Somalie ; et des menaces de bombardement nucléaire de la Corée du Nord ! Il s’en est trouvé quelques-uns pour dire que cela le rend plus « présidentiel ».

Le budget militaire mondial est d’à peu près 1,5 trillions de dollars. Les USA, à eux seuls, comptent pour plus d’un tiers de cette somme – plus que les huit pays suivants les plus dépensiers en armement réunis.

De fait, ce n’est pas un comportement anormal pour les USA. Trump a hérité de plusieurs conflits en cours des présidents Obama et Bush. Les États-Unis combattent en Afghanistan depuis 15 ans, depuis le 11 septembre, que ce soit sous les Démocrates ou les Républicains. Plus de 660 000 Afghans ont été déplacés. Presque 12 000 civils sont morts en 2016. Les USA déversent près de 611 milliards par an dans leur budget d’armements, d’équipement, de soldats et de sous-traitants, beaucoup plus que n’importe quel autre pays. Les dépenses américaines liées à la « défense » s’élèvent à 36% de la dépense militaire mondiale.

Détresse économique. Le système capitaliste usé, vieux de 500 ans, tente partout de raviver des marchés en voie de disparition et de maintenir la richesse d’un très petit nombre de personnes. Cela crée une vive concurrence entre puissances majeures et mineures et leurs régimes-fantoches – une concurrence qui débouche souvent sur des guerres. Parce que la guerre est la machine à profits absolue. Elle créé très peu de gagnants pour des masses de perdants.

La meilleure solution du capitalisme à ses problèmes structurels est l’industrie auto-reproductrice de l’armement. Les fabricants d’armes, think tanks et sous-traitants qui fournissent le Pentagone et les agences de renseignements, avec les banques spéculatrices, prospèrent dans un contexte de politique étrangère belliqueuse. Ils produisent des objets qui sont immédiatement détruits lors de leur utilisation, ce qui crée une forte demande pour leur remplacement.

Martin Luther King, Jr. appelait cela très justement « la folie de la militarisation ». Au lieu de dépenser en infrastructures et en services pour la population, nos dirigeants entretiennent des guerres – et se disent patriotes tout en empochant les bénéfices.

La raison sous-jacente à l’instabilité économique et politique, notamment dans le Moyen-Orient mais aussi aux USA et partout ailleurs, est que le capitalisme ne marche plus et ne peut pas survivre dans le cadre de principes égalitaires. Les demandes populaires contre la pauvreté, l’austérité, et la répression ne vont pas s’en aller. Les dirigeants actuels détournent donc l’attention des populations sur le militarisme.

Le pouvoir donné au Pentagone. Trump a appointé plusieurs généraux à des postes-clé du gouvernement et du Conseil de sécurité nationale. Le général James « Mad Dog » Mattis, le général des Marines John Kelly, et le lieutenant-colonel H.R. McMaster ont tous été impliqués dans des interventions militaires non-stop, ingagnables, pendant des décennies.

Et pourtant, Trump les a autorisés à bombarder qui ils veulent, où ils veulent, et comme ils le souhaitent, sans considération pour les victimes civiles et les perspectives glaçantes de conflit nucléaire. Il a levé les contraintes légales exécutives et législatives qui régulaient l’armée en faveur de ses généraux, en violation de l’un des piliers de la Constitution des USA : le contrôle civil sur l’armée.

Alors que de plus en plus de troupes sont envoyées en Afghanistan, en Syrie, en Irak et dans d’autres pays « non nommés » [NdT : par exemple le Yémen, la Somalie ou le Pakistan, où les USA étendent leurs frappes de drones], et que Trump menace la Corée du Nord, il étend la machine guerrière. La Corée du Nord demande un traité de paix avec Washington et Séoul depuis 64 ans, mais a vu toutes ses demandes rejetées. Aujourd’hui, des bases américaines, des navires de guerre et des sites de missiles entourent la zone et des exercices militaires destinés à terroriser la Corée du Nord sont menés au large des côtes coréennes chaque année. Et les Nord-coréens continuent à développer des armes pour se protéger.

Les frappes guerrières du nouveau président ne sont pas différentes de celles de ses prédécesseurs. Mais sa façon d’autoriser le Pentagone à décider seul de déploiements de troupes, tout en laissant la Maison-Blanche, le Congrès et le public dans le flou sur les actions militaires du pays et les nombres de civils tués, est une escalade dans l’usage d’un pouvoir exécutif de plus en plus antidémocratique et incontrôlé.

La menace de la paix. Les prévisions de guerres à perpétuité faites par nombre de commentateurs n’ont rien de surprenant, étant donné que le pays s’est installé dans ce schéma. La politique étrangère de Trump n’a aucune intention de mettre fin aux conflits et de gagner la paix. Une fin des hostilités saboterait le capitalisme américain.

Le conflit permanent entre les exploiteurs et ceux qui s’élèvent contre la répression et la pauvreté ne sera résolu que par une profonde remise en question du système des profits par une majorité.

 

Traduction et note d’introduction Entelekheia
Photo : Chasseur multirôle américain F-35, le programme militaire le plus coûteux de toute l’histoire de l’humanité.

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