La dénazification-dépoutinisation de l’Amérique, état des lieux

Par CJ Hopkins
Paru sur Counterpunch et Consent Factory sous le titre A De-Putin-Nazification of America Update


La dénazification-dépoutinisation de l’Amérique ne pourrait pas mieux se porter qu’en ce moment. En termes de manipulation émotionnelle de l’opinion (notamment de tout membre jusque-là rebelle de la « gauche » américaine) pour en faire une foule hystérique, décérébrée, courant en rond en perdant ses plumes comme des poules paniquées et traitant de nazis tous ceux qui n’ont pas voté pour Hillary Clinton, cette semaine passée a marqué un énorme succès. Au point où nous en sommes arrivés, si vous n’avez pas posté votre serment de loyauté anti-nazi sur Twitter, Facebook ou une quelconque autre plateforme, vous êtes un « sympathisant des nazis » potentiel… Et ce n’est pas ce que vous voulez, n’est-ce pas ? Non, c’est bien ce que je pensais. Donc, si vous ne l’avez pas encore fait, vous devez vous y mettre. Voici quelques suggestions sur la bonne façon de procéder.

Votre serment de loyauté anti-nazi doit comprendre une déclaration faite en termes clairs selon laquelle Trump est Hitler, ou du moins le leader de dizaines de milliers de losers imbéciles néo-nazis qui, selon la plupart des médias grand public, sont sur le point de renverser l’intégralité des instances dirigeantes des USA. Il doit également comprendre une menace de cesser de suivre sur Twitter, de bloquer sur Facebook, et d’ostraciser de toutes les autres façons tous ceux qui n’auront pas posté leur serment ou qui, malgré la Kristallnacht de Charlottesville, continueront de s’entêter à raisonner, à maintenir une conscience historique ou à opposer des arguments rationnels à l’hystérie anti-nazie dominante.

La torche hawaïenne dite « tiki », nouvel emblème international néo-nazi. Les Hawaïens ont protesté contre cet usage indu d’un de leurs objets traditionnels.

Elle devrait également comprendre un élément ou plus de la liste suivante :

(1) Sans aller jusqu’à appeler à une abrogation du premier amendement [NdT : Qui garantit la liberté d’expression], au moins une exigence d’interdiction des « discours de haine » et de suppression de chacune des statues, drapeaux, peintures, livres, films, chansons et blagues basés sur la haine, ainsi que de toutes les autres formes, expressions ou manifestations de racisme, de haine, de bigoterie religieuse, de misogynie, d’extrémisme et d’impolitesse (et de tous les autres types de discours que vous n’aimez pas) de l’espace public. Ne vous inquiétez pas des conséquences possibles de cette interdiction. Elle ne sera jamais, au grand jamais utilisée contre vous, ou contre ceux avec qui vous êtes d’accord, ou contre un artiste ou un auteur que vous aimez. Ce sera une interdiction des « discours de haine » après tout, et ce n’est pas comme si ce terme était totalement subjectif, ou sujet aux caprices des dirigeants, ou quoi que ce soit de cet ordre.

(2) Une exigence d’extension de la définition déjà très large du « terrorisme », pour y inclure le fasciste qui a lancé sa voiture contre une foule de contre-manifestants à Charlottesville, tuant une personne et blessant de nombreuses autres. Aucune importance si ce crétin meurtrier n’avait en rien prémédité son acte (ou, si c’était une attaque planifiée, qu’il était encore plus bête qu’il le semble, ce qui paraît difficile au vu de sa photo anthropométrique). L’important est d’aider la Résistance à étendre la définition du « terrorisme » jusqu’à ce que le mot puisse être utilisé contre n’importe qui. Ici non plus, ne vous inquiétez pas des conséquences possibles. L’étiquette « terroriste » ne sera jamais, au grand jamais employée contre des groupes que vous approuvez, ou des gens innocents de pays étrangers qu’un futur président pourrait vouloir assassiner par drones. La Résistance ne ferait jamais, jamais ça. Elle sait qui est et qui n’est pas un terroriste. Et si elle ne sait pas, elle peut toujours poser la question à Obama.

(3) Une référence (voilée ou directe) à quelqu’un qui peut être un sympathisant du nazisme. Ceci est fondamental en termes de motivation d’autrui à poster leurs serments de loyauté et de maintien d’une atmosphère de paranoïa, ce qui est toujours d’une grande utilité à des époques comme la nôtre. Vous connaissez certainement quelqu’un qui a dit, tweeté, publié ou posté quelque chose qui pourrait être interprété comme « pro-nazi ». Ne tenez aucun compte des sympathisants de Trump. Les médias grand public s’en chargeront. Vos cibles doivent être les gauchistes, notamment les gauchistes qui hésitent à traiter Trump de nouvel Hitler, ou d’agent de Poutine, ou qui sont en désaccord avec vous sur la Syrie, ou, simplement, juste des gens qui vous agacent. Vous avez enfin une opportunité en or pour passer en revue leurs tweets et leurs posts sur Facebook, trouver quelque chose à utiliser contre eux, et les accuser de sympathies pro-nazies. Étant donné le niveau actuel d’hystérie, peu de gens se donneront la peine de vérifier vos assertions. C’est là que vous pouvez vraiment vous amuser. Voyez jusqu’où vous pouvez pousser la paranoïa. Élaborez des théories du complot sophistiquées. Si vous n’êtes pas sûr de la bonne façon de procéder, lisez le New york Times et le Washington Post… ce sont des maîtres pour ce genre de chose.

Votre serment de loyauté anti-nazie ne doit comprendre aucun des éléments suivants :

(1) Toute mention des nazis ukrainiens qu’Obama, Clinton, et le reste de la Résistance (avant qu’elle soit devenue la Résistance, bien sûr) ont utilisé pour le changement de régime du gouvernement ukrainien quand il s’est avéré qu’il ne coopérait pas avec l’UE et l’OTAN. Mentionner le soutien de la Résistance à ces nazis ne ferait que troubler les lecteurs de votre serment, qui pourraient ne pas comprendre qu’il y a des bons et des mauvais nazis, et qui ont probablement oublié la façon dont le gouvernement des USA avait fait entrer clandestinement bon nombre de vrais nazis (à savoir, des membres du NSDAP) en Amérique après la Seconde Guerre mondiale… ou comment, depuis la fin de cette guerre, les États-Unis se sont livrés à des massacres de masse de millions de gens à travers la planète (mais, techniquement, pas d’une façon génocidaire, ce qui nous différencie des nazis.)

(2) les vrais nombres des adhérents à des groupes suprémacistes blancs et néo-nazis, parce que ces nombres sont ridiculement bas. Faire cela donnerait à votre serment de loyauté des allures d’élucubrations paranoïaques ou du moins absurdes, ou d’artifice destiné à générer un soutien à un coup d’État de la classe dirigeante, à base de croquemitaines nazis. Ce serait extrêmement contre-productif. Souvenez-vous, l’un des buts premiers du programme de dénazification-dépoutinisation est de faire avaler à l’opinion que Richard Spencer 1 (et une poignée d’autres idiots insignifiants à qui les médias grand public sont en train de faire une publicité hors de toute proportion) est prêt à mener une force écrasante de néo-nazis porteurs de torches hawaïennes dans les rues des cités américaines pour combattre la police hyper-militarisée, la garde nationale et l’armée des États-Unis, ou une quelconque autre absurdité du même tonneau.

(3) Toute référence, quelle qu’elle soit, à la ploutocratie des corporations qui dirige le pays, et qui décide normalement de qui est habilité à se porter candidat à la présidence, et qui en ce moment, est en train de faire un exemple de Trump, dans le but de dissuader à jamais tout futur milliardaire à qui il pourrait prendre l’envie de jouer au mariole avec eux. L’idéal est d’entièrement éviter le sujet, parce que cela ne fait que rappeler à tout le monde à quel point ils sont escroqués, et la façon dont ils sont énervés sur un sujet à propos duquel, précisément, les médias grand public veulent qu’ils soient énervés, par exemple les néo-nazis, les hackeurs russes, la guerre nucléaire avec la Corée du Nord, les attaques au gaz syriennes, les loups solitaires terroristes, les armes de destruction massive, etc. Croyez-en mon expérience dans le show-business. Personne n’aime qu’on lui explique qu’il a été manipulé… ou qu’on l’a enfermé dans un éventail binaire de paramètres contextuels pour penser et parler.

Mais ne vous inquiétez pas trop de ces histoires de machins binaires. Nous aurons tout le temps d’en reparler à tête reposée dès que nous aurons débarrassé le monde de ces nazis, et de ces racistes, et de toutes les statues confédérées. Et de Trump, bien sûr. C’est le principal… se débarrasser de Donald Trump, et remettre un Démocrate à la place. Ah oui… et les livres. Nous devons nous pencher sur les livres. Dieu sait combien de livres confédérés sont encore accessibles dans les librairies publiques, et chez des particuliers, où des enfants peuvent les lire. Nous devrons en venir à l’épuration des livres un jour.

En attendant, concentrons-nous sur la Priorité N°1. Appuyons sur l’accélérateur de l’hystérie nazie, au moins encore quelque temps, après quoi ils devront probablement nous recentrer sur l’hystérie anti-russe, ou l’hystérie sur la Corée du Nord, ou… flûte, vous voyez ? Voilà que je recommence avec ces paramètres contextuels. Il faut vraiment que j’arrête. La dernière chose dont j’aie besoin est de me faire accuser de sympathies pro-nazies, ou d’apologie des confédérés, ou de propagande russe, ou d’extrémisme, ou de terrorisme, ou, vous savez… de quoi que ce soit qui puisse vous agacer.

Traduction Entelekheia
Photo Consent Factory

1 NdT : Un éditeur suprémaciste blanc américain.

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