« Divisions culturelles » : on se joue de nous

Communautarisme, Communautés, Haine, Rejet, Populisme, Démagogie,

Même si la situation n’y est pas aussi dégradée qu’aux USA (où les divisions, attisées par une propagande incessante, deviennent catastrophiques), les deux pays prenant une direction parallèle, le propos s’applique tout aussi bien à la France.


Par Charles Hugh Smith
Paru sur Of Two Minds et Information Clearing House sous le titre Beware the « The Cultural Civil War » Narrative: You’re Being Played


Souvenons-nous de l’hystérie sur le « hack russe des élections ». Cette fiction médiatique s’est effondrée sous un déluge de preuves factuelles selon lesquelles les données fuitées du Parti démocrate résultaient d’une action intérieure, et d’une absence totale de preuves d’une implication russe quelconque.

Cette fiction ratée a aujourd’hui été remplacée par une nouvelle hystérie de masse : « une nouvelle guerre civile est inévitable ». Dans cette fiction, l’Amérique aurait succombé à des divisions irréductibles de type « avec nous ou contre nous » dessinées selon des lignes idéologiques de type tout ou rien.

Nous devons nous réveiller : on se joue de nous, exactement comme on se jouait de nous avec le délire sur les hackeurs russes.

La stratégie, ici, vise à la destruction de tout terrain d’entente possible : une fois l’illusion selon laquelle il n’y a aucun terrain d’entente cimentée par une hystérie/propagande incessante sur les médias et réseaux sociaux, la population se fragmente en communautés opérant comme des chambres d’écho idéologiques, et qui sont facilement manipulées par la structure de pouvoir politico-financière.

Une fois la population fragmentée en camps antagonistes, le contrôle de ces masses réduites à des communautés en conflit permanent avec les autres est facile. Plutôt que de reconnaître leur impuissance et leurs appauvrissement communs, les communautés fragmentées sont faciles à monter les unes contre les autres.

Du point de vue de chaque communauté, le problème n’est pas structurel et dû à la domination de concentrations extrêmes de richesse et de pouvoir ; le « problème » vient des autres communautés culturelles-idéologiques.

Une fois que les masses acceptent cette fausse division et la destruction des terrains d’entente, leur pouvoir d’action contre les concentrations extrêmes de richesse et de pouvoir est laminé. Cette pièce de théâtre est aussi ancienne que le machiavélisme lui-même : fabriquez des extrémistes (en les payant si nécessaire), aiguillonnez les extrémistes opposés, puis persuadez la population que ces extrémistes ont été banalisés, donc que vos amis et voisins appartiennent à l’un des groupes opposés.

Cette banalisation forme ensuite le socle d’exigences répétées de choix d’un camp – des techniques classiques de faux dilemme et de diversion.

Exactement de la même façon dont on vous vend un cheeseburger triple-bacon ou une voiture hybride, on vous vend une guerre civile culturelle totalement artificielle. Il y a toujours eu des extrémistes de chaque côté d’un spectre idéologique, de la même façon qu’il y a toujours eu des fondamentalistes religieux.

Dans une société saine, ces franges de fanatisme auto-renforcé sont à la place qui leur revient naturellement : à la marge, où elles ne représentent que des trous noirs d’auto-renforcement des biais et préjugés d’un nombre minuscule d’adhérents (NdT : d’une secte, d’un groupe religieux ou politique extrémiste, d’observateurs d’ovnis, de naturistes ou de fruitariens, etc.)

A des époques de stress social, politique et financier, ces groupes poussent comme des champignons. Et à des époques de saturation médiatique, une poignée d’entre eux peuvent gagner une visibilité hors de proportion avec leur importance numérique, parce que le soi-disant danger qu’ils représentent attire l’attention du public et vend de l’espace publicitaire. (Ndt : Par exemple, selon le très officiel Southern Poverty Law Center, il y a aujourd’hui entre 5000 et 8000 membres enregistrés du Ku Klux Klan au total dans les États-Unis. Sur 320 millions d’habitants !)

Ajoutez-y un peu de fragmentation, d’affectations tapageuses de vertu, d’exigences de conformisme idéologique et voilà, vous obtenez une population profondément divisée et désaxée, qui s’avère incapable de réaliser le drame qu’elle vit ou de reconnaître les sources structurelles de son appauvrissement et de son impuissance.

En d’autres termes, vous obtenez une population malléable plongée dans une fausse guerre contre elle-même.

Il y a toujours des terrains d’entente possibles pour ceux qui les cherchent. Les pouvoirs en place sont en train de faire sauter tous les ponts qu’ils peuvent, et d’encourager la peur et la haine de l’autre en attisant les flammes de l’extrémisme, et en affirmant que les extrémistes sont dorénavant banalisés et présents partout.

Tout cela est faux. Est-ce que nous achèterions une guerre civile culturelle entièrement manipulée si elle était présentée comme telle ? Non, bien sûr. Puisque ce n’est pas le cas, ne mordons pas à l’hameçon de la fiction (si utile aux élites dirigeantes) d’une « inévitable guerre civile culturelle ».

Traduction Entelekheia
Image Pixabay

1 réponse

  1. 9 septembre 2017

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