Déclassifié : Gorbatchev avait reçu l’assurance formelle que l’OTAN ne s’étendrait jamais vers l’est

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Par Dave Majumdar
Paru sur The National Interest sous le titre Newly Declassified Documents: Gorbachev Told NATO Wouldn’t Move Past East German Border


Le leader soviétique Mikhaïl Gorbatchev avait reçu toute une série d’assurances que l’OTAN ne s’étendrait pas au delà de la frontière est-allemande de 1990, selon de nouveaux documents déclassifiés.

Les leaders de la Russie se plaignent souvent des invitations faites à la Hongrie, à la Pologne et à ce qui était la Tchécoslovaquie à se joindre à l’alliance en 1997 au Sommet de Madrid, en contravention des assurances offertes à l’Union Soviétique avant son effondrement de 1991. L’alliance avait nié que de telles assurances aient jamais existé, mais les spécialistes ont continué à en débattre pendant des années. Aujourd’hui, des dossiers récemment déclassifiés démontrent la réalité des assurances offertes à Gorbatchev, selon lesquelles l’OTAN ne s’étendrait pas au delà de l’Allemagne de l’Est.

« Ces documents démontrent que de multiples leaders nationaux d’Europe centrale et de l’Est recevaient, évaluaient et rejetaient des invitations à se joindre à l’OTAN dès le début de 1990 et tout au long de 1991 », ont écrit les chercheurs Svetlana Savranskaya et Tom Blanton, des Archives de la sécurité nationale de l’université George Washington. « Que les discussions de l’OTAN dans le contexte des négociations de la réunification de l’Allemagne, en 1990, ne se limitaient pas au statut du territoire est-allemand, et que des protestations subséquentes des Soviétiques et des Russes sur les mensonges de l’OTAN aient bien eu lieu est inscrit aux plus hauts degrés des mémos et comptes-rendus de communications téléphoniques de l’époque. »

De fait, les présidents russes Boris Eltsine et Vladimir Poutine se sont amèrement plaints de l’expansion de l’OTAN vers leur frontière, malgré ce qu’ils estiment être des assurances du contraire. « Qu’est-ce qui est arrivé aux assurances que nos partenaires occidentaux nous offraient après la dissolution du Pacte de Varsovie ? Où sont ces déclarations aujourd’hui ? », a demandé Poutine à la Conférence de Munich sur la sécurité de 2007. « Personne ne s’en souvient même. Mais je me permettrai de rappeler à cette audience ce qui avait été dit. J’aimerais citer le discours d’un Secrétaire Général de l’OTAN, Mr. Woerner, à Bruxelles le 17 mai 1990. Il avait dit à l’époque, ‘le fait que nous ne soyons pas prêts à placer une armée de l’OTAN hors du territoire de l’Allemagne offre une garantie de sécurité solide à l’Union Soviétique.’ Où sont passées ces garanties ? »

Comme le démontrent les documents nouvellement déclassifiés, les Russes ont raison. Bien que chacun ait précédemment compris que l’assurance du Secrétaire d’État James Baker à Gorbatchev que l’OTAN ne s’étendrait pas « d’un pouce vers l’est » au cours d’une rencontre du 9 février 1990 s’inscrivait uniquement dans le contexte de la réunification allemande, les nouveaux documents montrent que ce n’était pas le cas.

Gorbatchev n’avait accepté la réunification allemande – à laquelle l’Union Soviétique avait le droit légal de s’opposer par traité – que parce qu’il avait reçu l’assurance que l’OTAN ne s’étendrait pas après qu’il ait retiré ses troupes d’Europe de l’Est de la part de James Baker, du président George H.W. Bush, du ministre des Affaires étrangères de l’Allemagne de l’Ouest Hans-Dietrich Genscher, du Chancelier ouest-allemand Helmut Kohl, du directeur de la CIA Robert Gates, du président français François Mitterrand, du Premier ministre britannique Margaret Thatcher, du ministre des Affaires étrangères britannique Douglas Hurd, du Premier ministre britannique John Major, et du Secrétaire général de l’OTAN Manfred Woerner.

De fait, en mars 1991 encore, les Britanniques expliquaient à Gorbatchev qu’ils n’imaginaient pas de circonstances dans lesquelles l’OTAN aurait pu s’étendre en Europe Centrale et de l’Est. Comme l’avait relaté l’ancien ambassadeur britannique en Union Soviétique, Rodric Braithwaite, le 5 mars 1991, le ministre des Affaires étrangères britannique Douglas Hurd et le Premier ministre John Major avaient dit aux Soviétiques que l’OTAN ne s’étendrait pas vers l’est.

« Je crois que vos pensées sur le rôle de l’OTAN dans la situation actuelle résultent d’une incompréhension », avait dit Major à Gorbatchev. « Nous ne parlons pas d’un renforcement de l’OTAN. Nous parlons d’une coordination d’efforts qui est déjà en train de se produire en Europe entre l’OTAN et l’Union Européenne de l’Ouest, qui, telle qu’elle est conçue, permettrait à tous les membres de la Communauté européenne de contribuer à assurer notre sécurité ».

Bien sûr, plus tard, en 1994, Bill Clinton décidait d’étendre l’OTAN vers l’est, malgré les multiples assurances du contraire des diverses administrations précédentes à Gorbatchev – et au mépris des avertissements répétés du diplomate légendaire George F. Kennan.

Le rapport complet de Svetlana Savranskaya et Tom Blanton, accompagné de 30 documents déclassifiés, est ici (en anglais).

Traduction Entelekheia
Photo : OTAN/Flickr

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