Les patients sont-ils la meilleure force de vente de Big Pharma ?

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Le lobby pharmaceutique (« Big Pharma ») a-t-il l’intérêt des populations à coeur ? De toute évidence, non. L’article qui suit invite à une profonde méfiance envers ce lobby à travers le cas des USA, où il a la bride sur le cou – pour le plus grand malheur de la population du pays, qui traverse une épidémie d’addiction aux opiacés déclenchée par des prescriptions médicales à tire-larigot, avec un taux de décès par overdoses en tête des causes de mortalité pour les moins de 50 ans. Sans compter la foule d’effets secondaires parfois invalidants des divers traitements inutiles ingurgités par la vaste majorité des Américains, effets secondaires qui sont en général soignés… par des médicaments supplémentaires, avec la possibilité d’aboutir à un délabrement de l’état général.

USA, une nation sous traitement : La montée des médicaments délivrés sur ordonnance.

Il faut noter que les entreprises pharmaceutiques dont le marketing agressif a fait grimper de 85% en vingt ans le nombre de prescriptions délivrées à la population américaine, adultes et enfants, sont aussi implantées dans l’UE et par conséquent en France, où elles tentent également de faire progresser leurs intérêts par un lobbying incessant. La vigilance s’impose donc.


Par Martha Rosenberg
Paru sur Counterpunch sous le titre How Patients Who “Kill the Messenger” Are Pharma’s Best Salespeople


« Prince n’était pas accro aux anti-douleur. Prince était malade – il souffrait de douleurs chroniques – qui sont criminellement sous-traitées… la dépendance physique n’est pas de l’addiction. » Ainsi parle l’un des nombreux articles qui défendent les opiacés et rejettent la faute de la crise des opiacés que traverse le pays sur les restrictions de leur usage. Authentique !

Quand des journalistes présentent les preuves qu’un médicament est dangereux, inefficace, commercialisé sans égard pour l’éthique et même inutile, nous nous retrouvons souvent face à des gens qui nous répondent « comment osez-vous suggérer que je ne suis pas malade ? Vous ne prendrez pas mes médicaments ! » Ils ressemblent trait pour trait à des porteurs d’armes à feu, dont les réponses aux incitations à durcir les lois sur la détention d’armes est « Vous n’aurez pas mon flingue ».

Grâce à l’agressivité du marketing de Big Pharma, sept américains sur dix prennent un traitement médical et nombre de médicaments sont loin d’être inoffensifs.

  • La crise des opiacés tue 100 personnes chaque jour aux USA.
  • Les statines (médicaments contre le cholestérol) augmentent les risques de perte de mémoire.
  • Les médicaments contre le reflux gastro-oesophagien augmentent les risques de décès prématuré.
  • Les antidépresseurs inhibiteurs de la recapture de la sérotonine augmentent les risques de suicide.

Big Pharma a réussi, à travers des millions de dollars en publicité, à faire deux choses astucieuses : elle a convaincu des gens qui n’avaient probablement rien qu’ils étaient « déprimés », qu’ils souffraient de reflux gastro-oesophagien et d’autres maladies, et elle a minimisé les risques des médicaments employés pour traiter ces maladies. L’impact négatif des manoeuvres de Big Pharma va bien au delà des seuls patients sous traitement indu – elles augmentent les coûts de la santé pour tous à travers la vente de médicaments parfois chers, de marque. En général, des médicaments génériques moins chers sont disponibles – pour autant que les gens en aient besoin. Souvent, ce n’est pas le cas.

Prenons le cas des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine. Avant l’arrivée du Prozac, la dépression n’était pas considérée comme une maladie au long cours nécessitant un traitement à vie. C’était une maladie limitée dans le temps, qui partait souvent d’elle-même et répondait à des traitements doux comme la psychothérapie et/ou à des traitements médicamenteux courts. Aujourd’hui, presque un quart de la population prend des antidépresseurs, parfois pendant des décennies. [Ajoutons que selon les études sérieuses, le Prozac, ainsi que les autres inhibiteurs de la recapture de la sérotonine, n’ont pas plus d’effet que des placebos, ce qui signifie que ce sont des placebos. Ce qui ne veut pas dire qu’ils n’aient pas d’effets secondaires : comme l’annonce le titre d’un article du Scientific American qui cite des méta-études compilées par le dr Marcia Angell, ex-rédactrice en chef du prestigieux New England Journal of Medicine, cette famille d’antidépresseurs consisterait en « placebos dotés d’effets secondaires », Ndt].

Souvent, leur « dépression » consiste en réalité en problèmes d’argent, de santé, d’emploi ou de famille. Quand les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine cessent de marcher parce qu’ils ont été pris trop longtemps ou parce qu’ils ne marchent de toutes façons pas, parce que la personne n’est pas « déprimée », Big Pharma dit aux patients qu’ils doivent y ajouter plus de médicaments chers, stimulant ainsi les profits, et les patients s’exécutent. Rien d’étonnant à ce que la pharmacie arrive en troisième position des industries le plus lucratives des USA [derrière l’armement et la finance, Ndt].

Bien qu’il ne faille que 30 secondes à un médecin pour prescrire des psychotropes, le patient peut nécessiter des années pour arriver à les arrêter, et se trouver confronté à toute une série de symptômes de manque. Les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine causent également des prises de poids, des dysfonctionnements sexuels et parfois, des comportements agressifs ou bizarres.

Les psychotropes sont tout particulièrement dangereux pour les enfants. Aujourd’hui, des millions d’enfants reçoivent des traitements pour des troubles du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité, des troubles oppositionnels avec provocation, des troubles obsessionnels-compulsifs, des troubles bipolaires, des troubles du développement et autres, avec l’approbation de leurs parents, médecins et professeurs. Leurs chances de vivre une vie sans drogues sont extrêmement minces – ils n’ont jamais été dans leur état normal – et Big Pharma a des plans marketing pour les garder sous traitement à vie quand ils grandissent et quittent la maison parentale.

Les médicaments contre le reflux gastro-oesophagien que des millions de gens ont été convaincus d’ingérer sont liés à des risque accrus de colites infectieuses, d’ostéoporose, de fractures et de décès prématurés. Tout comme les statines, qui comptaient parmi les médicaments les plus populaires au monde, les médicaments contre le reflux gastro-oesophagien ne sont pas aussi inoffensifs qu’on nous l’avait dit. Pire – la plupart des patients qui en prennent n’ont pas de syndrome de reflux gastro-oesophagien, mais de simples aigreurs d’estomac.

Et les opiacés ? Non seulement ils causent des addictions et des décès, mais ils sont liés à des changements hormonaux, à de la constipation, à une baisse des défenses immunitaires, à des risques accrus de fractures, à des risques hépatiques, rénaux et cardiopulmonaires, à des apnées nocturnes et à des troubles mentaux. Dans certains cas, les opiacés peuvent causer des douleurs au lieu de les soulager, dans un phénomène appelé hyperalgésie aux opiacés.

Pour vendre ses médicaments chers et souvent dangereux, Big Pharma a créé depuis longtemps des fausses « associations de patients » qui font du lobbying au Congrès sur les programmes de santé de l’État, pour siphonner l’argent du contribuable. Mais les patients qui « tirent sur le messager » sont tout aussi utiles au marketing de Big Pharma.

Après qu’une récente étude scientifique ait conclu que l’incidence des troubles du déficit de l’attention chez les adultes était surévaluée et probablement même inexistante, voici ce qu’un patient avait répondu :

« Le dysfonctionnement exécutif [TDAH de l’adulte] existe bel et bien, et allez vous faire f… pour avoir suggéré que ce n’est pas le cas… vous devriez avoir honte d’avoir publié cette abominable s… rie. Une bonne façon d’invalider le vécu de millions de gens et la réalité de leur expérience. »

Plutôt que d’être en colère contre les médecins qui les ont accrochés à des opiacés ou à des stimulants comme l’Aderall, la Ritaline ou le Vyvanse, ces patients veulent tuer le messager – les journalistes qui dénoncent l’escroquerie.
Et Big Pharma en est ravie.

Traduction et note d’introduction Entelekheia

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1 réponse

  1. 7 octobre 2018

    […] source la plus probable de décès, d’invalidité ou de blessure. » professeur david Healy . « la foule d’effets secondaires parfois invalidants des divers traitements inutiles ing… . akathisie Véritable torture chimique sur ordonnances fibromyalgie sur ordonnances La […]

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