Chine : qui est réellement Xi Jinping ?

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Les caractérisations erronées de Xi Jinping par les médias occidentaux dont parle l’auteur de l’article ci-dessous ne sont pas tant dues à de « l’ignorance » ou à « des préjugés », comme il le pense, qu’à de l’intérêt : avec un système d’économie planifiée très différent de celui de l’Occident, la Chine est arrivée au rang de super-puissance mondiale de tout premier plan. Qu’est-ce que cela fait du libéralisme économique cher à nos dirigeants ?


Par Thomas Hon Wing Polin
Paru sur Counterpunch sous le titre “Xi the Dictator:” a Myth Born of Ignorance and Prejudice


Le buzz dans les médias occidentaux a commencé il y a des années. Il a atteint un crescendo récemment, avec le 19ème Congrès du PCC qui a reconduit Xi Jinping pour un nouveau mandat à la tête du pays.

Le bavardage a tourné autour de Xi en tant que leader le plus puissant depuis Mao et Deng, ou même carrément juste Mao. Il a triomphé dans les luttes pour le pouvoir et arraché l’autorité à ses rivaux, raconte la propagande médiatique. Le dernier néologisme à la mode est « Xinomie », ce qui suggère qu’il a pris la barre de l’économie chinoise, en plus du reste. Les sous-entendus qui courent dans tous les articles de presse ont consisté en insinuations sur les dangers de la dictature, la concentration excessive du pouvoir et l’abus d’autorité, la répression, etc, etc.

Cette propagande occidentale n’est qu’une manifestation de plus de l’ignorance et des préjugés que ses créateurs entretiennent depuis longtemps sur la Chine. Pour comprendre la place de Xi, il est nécessaire de se pencher sur le système de gouvernance de la Chine actuelle, et comment elle est arrivée à l’adopter.

La Chine actuelle est une authentique entreprise de gouvernance collective et une méritocratie. Ces deux caractéristiques ont commencé à prendre forme au cours de l’ère de Deng Xiaoping. Pour Deng et ses camarades réformateurs, les excès dévastateurs de la période Mao avaient rendu clair comme de l’eau de roche que laisser la bride sur le cou aux plus hautes instances du pouvoir était dangereux pour la santé du pays. Deng a interdit toute idée de culte de la personnalité pour lui. De toutes façons, la présence d’autres révolutionnaires de première génération – comme Chen Yun et Li Xiannian – signifiait que Pékin n’était plus sous la coupe d’un seul homme.

Dès les débuts de l’ère post-Deng, la Chine s’est installée dans un système où le chef du Parti communiste partageait l’autorité avec des collègues du Comité permanent du bureau politique du Parti communiste chinois. Ils ont commencé ensemble à institutionnaliser la méritocratie arrivée à maturité actuelle, en ressuscitant l’idéal de compétence de l’ancien système des examens impériaux comme mesure de l’aptitude a des fonctions élevées. [Le système des examens impériaux perdure en Chine depuis des millénaires. Il semble que, dans l’ex-empire du milieu, la modernité soit à la tradition ce qu’une mise à jour est à un logiciel et rien de plus, Ndt]. Au XXIe siècle, cela voulait dire de l’expérience et des réussites dans la gouvernance. Le résultat : un parti confirmé et un gouvernement avec un actif à son bilan plus riche, plus impressionnant que n’importe laquelle de ses contreparties dans les démocraties.

Avec 85 millions de membres, le Parti communiste chinois lui-même est plus numériquement important que la plupart des nations de la terre. La « dictature d’un seul parti » de la fantasmagorie ignare occidentale est, en fait, un ensemble de factions multiples, avec des intérêts divers, sous un même toit. Les différences entre les factions sont plus importantes et notablement plus significatives que, mettons, celles des partis démocrate et républicain aux États-Unis. Les débats intra-PCC sur les politiques à mettre en oeuvre sont fréquents et musclés. Au bout du compte, les questions non résolues sont tranchées par le Comité permanent du bureau politique.

Les meilleurs cerveaux de la nation débattent et décident des meilleures politiques de gouvernance pour le pays. Il n’est donc ni étrange, ni accidentel que dans les dernières décennies, la Chine ait accompli ce qui est de plus en plus reconnu comme la plus grande amélioration de l’action sociale de toute l’histoire. [Rappelons que Xi a annoncé au 19ème Congrès une éradication totale de la pauvreté en Chine à la date-butoir de 2020 et que le programme a pris de l’avance sur l’agenda, Ndt].

C’est ce mécanisme gouvernemental qui a décidé, il y a plus ou moins dix ans, que Xi Jinping était la meilleure personne pour emmener la Chine dans la phase suivante de sa sortie d’un nadir politique. Contrairement à ce que racontent les mythes et obsessions de l’Occident, Xi n’a pas « lutté » pour le pouvoir et ne l’a « arraché » à personne. C’était la méritocratie chinoise, évoluée sur plusieurs générations, qui a décidé de l’élever à son poste actuel, après qu’il ait passé tous ses systèmes de filtrage (examens, concours, etc) haut la main.

La méritocratie a choisi Xi pour surmonter une tâche immense. Son défi est double : résoudre les problèmes accumulés sur des décennies de réformes rapides (une corruption endémique, une discipline militaire relâchée, une hostilité de plus en plus intense de la part de l’empire américain, etc), et porter le développement chinois à son étape suivante. [Après avoir été l’usine à bas coût de l’Occident, il s’agit ni plus ni moins d’anticiper la relocalisation de la production occidentale ailleurs qu’en Chine (qui a augmenté les salaires), donc à terme, de reconvertir toute son économie. D’où l’importance, entre autres nouvelles orientations, de la nouvelle Route de la soie/du développement du supercontinent eurasien et des investissements dans de nouveaux outils comme la fintech, dont la Chine a récemment pris le leadership mondial, Ndt]. Et pour s’assurer de lui donner une bonne chance de réussite, le gouvernement collectif l’a investi d’une autorité égale à celle de Deng Xiaoping.

La prochaine fois que vous entendrez parler de « Xi le dictateur » ou « Xi l’intrigant qui a pris le pouvoir », gardez tout cela à l’esprit.

Traduction et note d’introduction Entelekheia

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