Le Yémen a-t-il été la question la plus importante et la moins médiatisée de 2017 ?

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Courte synthèse d’un conflit et d’une catastrophe humanitaire qui s’éternisent, pendant que des ONG internationales s’époumonent dans le vide et que nos médias, de plus en plus orwelliens, persistent à en appeler l’instigateur, MBS (dont la dernière trouvaille consiste à faire torturer des milliardaires saoudiens par des mercenaires américains pour leur extorquer leur argent), le « jeune prince réformiste ».


Paru sur Sputnik News sous le titre Was Yemen the Most Important Story of 2017 and Why Was it Under-Reported?


2017 a été une année dominée par le nouveau président des USA Donald Trump, une élection générale au Royaume-Uni et les négociations du Brexit, des attaques terroristes au Royaume-Uni, et la crise de la Corée du Nord. Mais pourquoi le Yémen n’a-t-il obtenu qu’une attention réduite alors que c’est la pire crise humanitaire de la planète ?

Les infos de l’année ont été dominées par les retombées de l’élection du nouveau président des USA, Donald Trump, qui a fait les gros titres avec ses diatribes contre Kim Jong-un, ses exigences d’augmentation du budget de l’OTAN, son rejet du TPP et sa reconnaissance de Jérusalem en tant que capitale d’Israël.

Le Brexit et ses ramifications, y compris les élections générales anticipées ratées convoquées par Theresa May, ont dominé les gros titres britanniques pendant que des attaques terroristes et une ambiance de paranoïa s’étendaient sur l’Europe, les USA et jusqu’à l’Australie.

L’Irak a déclaré avoir vaincu Daech et mis fin à la guerre ce mois-ci. Le groupe terroriste, également connu sous l’acronyme ISIS, a également été repoussé hors de Syrie et le gouvernement du président Bachar el-Assad a repris le contrôle de la plus grand partie du pays.

(Le commandant-en-chef Haïder al-Abadi annonce que les forces armées irakiennes ont pris le contrôle du désert de l’est et de toute la frontière avec la Syrie, dit que cela marque la fin de la guerre contre les terroristes de Daech, qui ont été totalement vaincus et évincés de l’Irak.)

Project Censored a publié une liste de 25 événements sous-médiatisés, voir passés sous silence par les médias grand public des USA.

21 millions de Yéménites ont un besoin urgent d’assistance humanitaire

Mais il y a un événement qui n’a pas reçu la couverture médiatique qu’il mérite – la crise humanitaire au Yémen.

Selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, il y a aujourd’hui 1 439 100 personnes déplacées au Yémen, et 82% de sa population – un total de 21,2 millions de personnes – a besoin d’une assistance humanitaire.

Presque 320 000 enfants souffrent de dénutrition sévère, et 14 millions de gens ne savent pas comment trouver leur repas suivant.

Trois millions d’enfants et de femmes enceintes ou allaitantes ont besoin d’un traitement médical et presque deux millions d’enfants sont déscolarisés à cause de la guerre.

Islamic Relief, une organisation caritative britannique qui lève des fonds pour aider les réfugiés au Yémen, a dit que jeudi dernier, le 21 décembre, était le millième jour du conflit.

« La situation humanitaire au Yémen continue à se dégrader, alors que le pays fait face à la pire épidémie de choléra jamais vue. [Récemment, une épidémie de diphtérie est venue assombrir encore le tableau, Ndt]. Des millions de Yéménites n’ont accès ni à de l’eau potable, ni à des sanitaires », a dit Tufail Hussain, directeur adjoint d’Islamic Relief.

« Le Yémen est menacé par la famine, et des millions de femmes, d’enfants et d’hommes y meurent de faim. Presque un million d’enfants âgés de moins de cinq ans sont sévèrement dénutris et en danger de mort. Nous demandons que toutes les organisations humanitaires soient pleinement autorisées à accéder partout où leur présence est nécessaire et puissent distribuer des vivres et des médicaments », a ajouté Mr Hussain.

Qui est qui dans la guerre au Yémen

Que se passe-t-il, exactement, au Yémen ?

Le gouvernement du président Abdrabbo Mansour Hadi est reconnu par la majorité des nations du monde, mais il est en guerre contre les rebelles houthis, qui recevraient une aide militaire de l’Iran.

L’Arabie Saoudite est le principal allié du gouvernement de Sanaa, et ses forces aériennes ont été accusées de bombarder des cibles civiles aussi bien que des positions militaires, à l’aide, semble-t-il, d’avions et de bombes britanniques. [L’armée des USA est également impliquée, notamment parce qu’elle fournit des listes de cibles yéménites à bombarder à la coalition arabe et qu’elle conduit elle-même des frappes de drones au Yémen, Ndt].

Plus de 12 000 personnes ont été tuées ou blessées depuis mars 2015 [Chiffres officiels, qui sous-estiment le vrai nombre des victimes, Ndt].

Les racines de la guerre remontent à 2011, quand le président Saleh a remis avec réticence les rênes du pouvoir à son vice-président, Abdrabbo Mansour Hadi.

Les Houthis trouvent la majorité de leurs soutiens parmi la minorité chiite zaydite du Yémen, d’où leurs liens avec l’Iran.
Ils se sont soulevés à plusieurs reprises contre l’ex-président Saleh et ont profité de la faiblesse de Hadi pour prendre le contrôle de la province du nord du Yémen Saada, qui jouxte l’Arabie Saoudite.

En septembre 2014, les Houthis sont entrés dans la capitale et en février 2015, le président Hadi s’est réfugié dans la ville portuaire d’Aden avant de s’exiler.

La lutte pour le pouvoir Arabie Saoudite-Iran

Par peur d’une prise de contrôle par un régime allié de l’Iran, l’Arabie Saoudite et huit autres pays arabes, avec le soutien logistique des USA, du Royaume-Uni et de la France, ont commencé à pilonner les positions houthies.
Depuis, la guerre s’est enlisée, avec le gouvernement soutenu par les Saoudiens en contrôle du sud et de l’est du pays, y compris Aden, et les Houthis en contrôle du nord, y compris Sanaa.

(OMS: Au Yémen, 99,7% des personnes infectées par le choléra survivent quand elles peuvent accéder à des soins)

Le mois dernier, le président Saleh, auparavant allié aux Houthis, a été capturé et tué peu après qu’il ait retourné sa veste en faveur des Saoudiens.

Les Houthis ont tiré des missiles sur la capitale saoudienne Riyad, mais l’impasse militaire reste en place et le tableau humanitaire catastrophique, avec une famine de masse en cours.

La situation a empiré à cause des blocus périodiques de l’aide humanitaire imposés par l’Arabie Saoudite et ses alliés dans le port d’Aden, ce qui entrave l’entrée des approvisionnements humanitaires.

Alors que la crise en Syrie a été rapportée presque quotidiennement par les télés européennes, les reportages sur le Yémen ont été infiniment moins présents.

Comme il n’y a pour le moment aucun signe de victoire pour l’un des deux côtés, si le nombre des victimes augmente encore et que des images d’enfants agonisants finissent par arriver dans les médias européens et américains, est-ce que 2018 sera l’année où le Yémen deviendra enfin une question importante pour le monde ?

Traduction et note d’introduction Entelekheia
Crédit photo : © Rawan Shaif, MSF Yémen, gardien d’hôpital perdu dans la contemplation d’un impact de bombe, juste après le bombardement de l’hôpital rural d’Abs où il travaillait. A noter : les bombardements d’hôpitaux sont strictement interdits par les lois internationales et constituent des crimes de guerre.

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