Milliardaires emprisonnés, silence de la « communauté internationale »… mais que diable se passe-t-il en Arabie Saoudite ?

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L’Arabie Saoudite n’est certes pas le pays le plus intéressant du monde, mais ce qui s’y passe actuellement est inouï : sous couvert de lutte anti-corruption, le prince MBS use de méthodes de bandit de grand chemin pour siphonner les richesses des principaux milliardaires du pays, dans le silence des politiciens et hommes d’affaires occidentaux « amis » des milliardaires en question, et de nos médias grand public. Le prince Al-Walid ben Talal dont il est question ici est un gros actionnaire de la Twenty-First Century Fox, de Citigroup et de Twitter. Or pas plus que les autres, ce dernier, un réseau social pourtant doté des moyens de s’adresser au monde entier, n’a publié le moindre message de soutien ou exprimé la moindre inquiétude sur son sort.

Bienvenue dans la quatrième dimension.


Par Tyler Durden
Paru sur Zerohedge sous le titre Prince Alwaleed Moved To Highest Security Saudi Prison After Refusing To Pay $6 Billion For Freedom: Report


Adieu au Ritz Carlton. Le prince milliardaire saoudien Al-Walid ben Talal ben Abdelaziz Al Saoud a été transféré dans la prison de haute sécurité Al Ha’ir, au sud de Riyad, pour avoir refusé de payer six milliards de dollars au prince héritier Mohammed ben Salmane contre sa libération, à la suite d’une consolidation massive de son pouvoir qui l’a vu emprisonner dans l’hôtel Ritz Carlton de Riyad plus de 300 princes, ministres et autres membres de l’élite saoudienne dans le cadre d’une purge « anti-corruption ».

Walid ben Talal ben Abdelaziz Al Saoud

Des sources ont dit au Middle East Monitor que presque 60 détenus ont été transférés vers cette prison, la plus sécurisée du pays. Les prisonniers comprenaient le prince Al-Walid ben Talal, le prince Turki Ben Abdullah et bon nombre d’officiels du gouvernement qui avaient refusé de faire les généreux paiements demandés contre leur libération.

Parmi les membres de l’élite saoudienne arrêtés au prétexte de corruption figurait le prince Al-Walid ben Talal, un neveu du roi saoudien qui, selon Forbes, pèse plus de 17 milliards de dollars et possède des parts dans Twitter, Lyft et Citigroup. Selon le Daily Mail, le prince héritier lui avait donné un faux sentiment de sécurité, l’avait invité à une réunion au palais d’Al Yamamah, puis avait envoyé les gardes royaux pour l’arrêter au cours de la nuit précédant la réunion.

‘Soudainement, à 2h45, tous ses gardes ont été désarmés, les gardes royaux de MBS sont entrés en force’, selon la source.

‘Il a été entraîné hors de sa chambre en pyjamas, menotté, jeté à l’arrière d’un van, et interrogé comme un criminel.’

‘Ils les ont pendus par les pieds, juste pour envoyer un message.’

Les princes purgés et autres avaient été emmenés à l’hôtel Ritz Carlton de Riyad, où on leur a censément proposé de regagner leur liberté contre des milliards de dollars.

Princes et autres milliardaires saoudiens purgés dans « leur suite » du Ritz Carlton de Riyad

Comme l’a affirmé le Daily Mail en novembre dernier, des mercenaires américains employés par la firme Academi – anciennement Blackwater — avaient pendu quelques-uns des « hôtes » du Ritz Carlton de Riyad par les pieds et les avaient sauvagement battus pendant les interrogatoires. Ces allégations se sont rapidement répandues sur les réseaux sociaux de langue arabe, et même le président du Liban Michel Aoun a accusé MBS d’employer des mercenaires.

Pendant ce temps, aucun des amis puissants du prince Al-Walid ben Talal ne semble venir à son secours. Comme le souligne CNBC :

L’un des aspects les plus saisissants de la détention de Ben Talal est le silence de sa longue liste d’amis influents. Cette semaine a au moins apporté quelques références à son sort avec une déclaration de deux anciens présidents français, François Hollande et Nicolas Sarkozy. Mais soyons franc : quelques mots de deux ex-présidents français, ça n’a aucun poids.

Ainsi donc, aujourd’hui, nous avons Ben Talal dans une vraie prison, avec un gouvernement qui extorque par la force du cash et des actions, et toujours aucune réaction notable de ses amis étrangers.

Ben Salmane est arrivé au pouvoir l’été dernier après que le roi Salmane ait changé l’ordre de succession et accordé l’accession au trône à Ben Salmane. En sus de sa purge « anti-corruption » destinée à consolider son pouvoir et sa richesse, le pays s’est embarqué dans un plan ambitieux appelé « Vision 2030 » – qui vise à moderniser l’Arabie Saoudite et à surmonter sa dépendance au pétrole, ainsi qu’à « combattre les violations de droits de l’homme ».

A la fin de septembre dernier, l’Arabie Saoudite a entamé une démarche sans précédent, autoriser les femmes à conduire. « Le décret royal appliquera les nouvelles dispositions des règlements de la circulation routière, y compris l’émission de permis de conduire pour les femmes comme pour les hommes », a dit l’agence officielle de presse saoudienne citée par Al Arabiya.

Depuis, un panel du gouvernement saoudien a demandé que tous les contrats de mariage des mineures de moins de 18 ans soient approuvées par des tribunaux familiaux – la dernière étape d’une vague de réformes lancée par le nouveau prince héritier, MBS. Bien qu’elle n’aille pas jusqu’à interdire les mariages de fillettes, la requête marque la première réforme majeure de l’ancienne pratique jusqu’ici placée sous l’autorité du clergé wahhabite et des juges locaux – et non de tribunaux familiaux.

La législation proposée fait partie d’une série de recommandations émises par le Comité des affaires islamiques et juridiques lundi dernier, qui en appelait aussi à des tribunaux « compétents » pour superviser les tests de virginité pré-maritaux pour les filles de moins de 18 ans.

« Le comité a accédé à demander à toutes les filles de moins de 18 ans de soumettre leurs contrats de mariage, ainsi que leurs tests pré-maritaux à un tribunal compétent (d’affaires familiales) pour qu’il détermine leur cas » – Dr Eqbal Dandari, membre féminin du panel.

« Quelques membres du panel étaient en désaccord avec cette décision parce qu’ils pensaient qu’elle revenait à cautionner le mariage pour des filles trop jeunes », a dit Eqbal Dandari avant d’ajouter « D’autres ont suggéré que seules les filles âgées de 16 à 18 ans devraient pouvoir transférer leur cas à un juge, et celle de moins de 16 ans ne devraient pas pouvoir se marier. Quelques-uns des membres ont demandé que ces règles s’appliquent aussi aux garçons trop jeunes pour le mariage. »

Le Dr Dandari compte parmi plusieurs législateurs saoudiens qui croient à un âge-plancher pour le mariage. « Les voix des filles doivent être entendues et leurs opinions prises en considération. Je ne pense pas que les tests pré-maritaux suffisent. Je pense que nous avons besoin d’un comité de femmes – composé d’une femme médecin, d’une avocate, d’une psychologue et d’une assistante sociale – qui évalueraient l’état de la fille pour déterminer si elle est prête au mariage ou non. »

Elle a aussi parlé des dégâts que peuvent subir les enfants forcés de se marier.

« Celles et ceux de quinze ans ou moins peuvent souffrir de graves troubles physiques et psychologiques à cause du mariage, pour lequel ils et elles ne sont probablement pas équipés. Je pense qu’il devrait exister des sanctions pour ceux qui n’adhèrent pas à cela, et dans le cas d’un mariage au cours de cet âge délicat, le droit des filles à exiger un divorce si les choses se passent mal devrait être garanti. » – Dr Eqbal Darandari

Ainsi donc, nous en sommes là. Ben Salmane tente de moderniser son pays, tout en pressurant ses vieilles familles pétrolières. Et pour ceux qui ne se soumettent pas, c’est direction la prison où les voies de fait continueront jusqu’à ce que leur humeur s’améliore.

Traduction et note d’introduction Entelekheia

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