La prolifération des ventes d’armes russes inhibe les plans d’interventions militaires occidentales

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Quand le Pentagone ou d’autres entités officielles des États-Unis dénoncent la Russie et la Chine comme des menaces « pires que le terrorisme », c’est de cela qu’ils veulent parler – des obstacles que la Russie et dans une moindre mesure, la Chine opposent à leur agenda guerrier un peu partout dans le monde. Malgré tout, les USA ont plus d’un tour dans leur sac : même s’ils doivent mettre un frein à leur appétit de guerres dans de nombreuses zones à cause des fins de non-recevoir russes qu’ils rencontrent, ils ont déjà trouvé comment continuer à soutenir les gigantesques profits du moteur de l’économie des USA, leur complexe militaro-industriel privé : pour répondre à la soi-disant « menace russe », Donald Trump a annoncé une modernisation de l’arsenal nucléaire du pays. Coût prévisionnel : 1,2 trillions de dollars entre 2018 et 2046. Sans compter les dépassements de budgets systématiques dans les programmes de développement militaires des USA.
A quels programmes d’aides sociales Washington va-t-il encore couper les vivres pour le financer ?

Article qui, par ailleurs, compte au passage des notes très intéressantes sur l’instrumentalisation de la minorité Rohingya du Myanmar.


Paru sur Military Watch sous le titre How Growing Russian Arms Proliferation Inhibits Western Military Intervention Worldwide – From Myanmar to Syria to Venezuela 


Les ventes d’armes récentes de la Russie au Myanmar ont été les dernières en date d’une longue série de ventes de systèmes d’armements de pointe par le pays le plus honni du bloc occidental. Entre autres systèmes d’armement, les forces armées du Myanmar sont en passe d’acquérir six chasseurs multirôle Su-30 russes dans le cadre d’un accord signé pendant une visite du ministre de la Défense russe Sergueï Choïgou. Le sous-ministre de la défense russe, le lieutenant-général Alexandre Fomine, a indiqué que cette vente allait probablement être suivie de beaucoup d’autres ventes de ce type, et que les chasseurs Su-30 allaient devenir les piliers des forces aériennes du Myanmar. Fomine a déclaré au sujet de la vente, « Au cours de la visite du ministre de la Défense russe, un accord de vente de six Su-30 a été signé », et que les plate-formes Soukhoï « vont devenir les principaux avions de combat des forces aériennes du Myanmar pour protéger l’intégrité territoriale du pays et repousser les menaces terroristes ».

Le Myanmar subit un régime sévère de sanctions depuis des décennies et reste un proche allié de la Chine, de la Corée du Nord et de plus en plus, de la Russie. Avec sa route d’acheminement de gaz naturel, le pays reste une des clés de la sécurité énergétique de la Chine. Dans le contexte des velléités hégémoniques grandissantes du bloc occidental en Asie et de son animosité envers la Chine, ce pays du Sud-Est asiatique se met de plus en plus en travers des desseins du bloc occidental dans la région Asie-Pacifique. Dans le conflit ethnique interne qui oppose sa population musulmane Rohingya et sa majorité bouddhiste, l’Occident a pris majoritairement fait et cause pour la minorité musulmane et dénoncé les supposés abus contre les droits de l’homme de ce pays, qu’il décrit même comme un ‘État-voyou’. Étant donnés les cas récents de la Libye, de la Yougoslavie et de la Syrie, où des accusations de violations de droits de l’homme et des campagnes médiatiques de diabolisation ont précédé de peu des tentatives d’interventions militaires et de changements de régime, et étant donnée l’importance stratégique du pays, le Myanmar pourrait très bien rapidement faire face à une menace critique envers sa sécurité nationale.

Ce qui est notable dans l’achat des chasseurs multirôles Su-30 est que les plate-formes de ce type sont fondamentales pour dissuader ou contre-attaquer le bloc occidental. Le Su-30 est plus avancé que n’importe quelle plate-forme de défense aérienne occidentale actuelle, à part le F-22 Raptor américain. Il offre de bien meilleures performances que les plate-formes aéronavales telles que le F-18E, qui seraient les seules à pouvoir atteindre le pays en décollant de porte-avions situés dans la Mer d’Andaman et le Golfe du Bengale. Alors qu’avant, le Myanmar investissait uniquement dans des plate-formes légères comme le MiG-29 et le JF-17, qui suffisaient à la protection de ses frontières et au combat contre des groupes militants, avec le Su-30, le pays recherche pour la première fois une réelle supériorité aérienne. Cela peut tout à fait répondre à des menaces grandissantes d’attaques par des adversaires extérieurs militairement plus capables.

Route chinoise du gaz. Avant, en noir, la route passait par le détroit de Malacca. En rouge, aujourd’hui, depuis 2013,  elle prend un raccourci par le Myanmar et permet également de l’approvisionner au passage. Sources : Hydrocarbons technology. com et Europétrole.com

L’introduction des Su-30 dans les forces aériennes du Myanmar complique sérieusement toute tentative d’action militaire contre le pays, et s’est confrontée en conséquence à la désapprobation de l’Occident. La porte-parole du Département d’État Heather Nauert a déclaré en réponse, « Nous avons vu des rapports inquiétants des médias selon lesquels la Russie a l’intention de vendre des avions de combat Su-30 aux forces armées de Birmanie (Myanmar). Les rapports, s’ils sont confirmés, nous rappellent encore une fois que la Russie arme régulièrement des armées coupables de violations des droits de l’homme. Bien que la Fédération de Russie dit qu’elle favorise le dialogue constructif pour résoudre la crise en Birmanie, les rapports d’accords de vente des technologies militaires de pointe, s’ils sont vrais, dénotent le contraire. Nous invitons les gouvernements de la Russie et de la Birmanie à reconsidérer tout renforcement des armements et à s’engager dans la recherche d’une solution pacifique et solide à cette crise ». Le Secrétaire d’État Rex Tillerson a accusé le gouvernement de « nettoyage ethnique » et « d’atrocités horrifiantes », prenant fermement position contre le gouvernement du pays, mais omettant de condamner les attaques d’islamistes militants. Les combats contre les forces islamistes de la région de Rakhine ont certes mené à des pertes significatives de vies civiles, mais les accusations de nettoyage ethnique restent hautement discutables.

Les ventes d’armes russes à des adversaires du bloc occidental travers le monde, principalement de chasseurs et bombardiers Soukhoï et de variantes du système de défense aérien S-300, ont été un phénomène majeur ces dernières années. La prolifération de systèmes d’interdiction d’accès aérien (Anti Access Area Denial, A2AD), en particulier, a éveillé l’inquiétude du bloc occidental, avec le think tank US Missile Defence Advocacy Alliance (Alliance américaine pour les missiles défensifs) expliquant que cette prolifération sert à « entraver notre capacité à projeter notre puissance, introduisant ainsi une vulnérabilité significative ». La Missile Defence Advocacy Alliance se référait en particulier aux ‘bulles d’interdiction d’accès aérien’ en Europe de l’Est et en Syrie, les citant comme des zones où les forces aériennes occidentales pouvaient se voir refuser la capacité à « projeter leur puissance ». Plusieurs États accusés de violations des droits de l’homme par le bloc occidental, y compris le Vénézuela, le Soudan, l’Érythrée, la Biélorussie, l’Iran et l’Algérie ont reçu ces armes. [Ainsi que récemment, la Turquie et peut-être sous peu le Qatar, NdT] – et le déploiement russe de ces systèmes en Syrie visait au même but. Pendant ce temps, la Corée du Nord n’a pas seulement reçu une assistance soutenue de la part de la Russie dans le développement de ses défenses aériennes, qui comptent aujourd’hui le KN-06 dont il se dit qu’il a des capacités similaires, sinon supérieures au S-300, mais la Russie a aussi activement démontré les capacités de couverture de la péninsule coréenne de son système de défense aérienne, et déployé ses chasseurs de combat les plus avancés près de la frontière coréenne. Ces deux points démontrent la capacité de la Russie à intercepter tout avion ou missile occidental qui entrerait dans l’espace aérien nord-coréen – un excellent complément aux capacités de défense aérienne de la RPDC.

Les systèmes modernes d’armement russes capables d’invalider la supériorité aérienne occidentale, dont le Su-30 et le S-300 sont les meilleurs exemples, sont des inhibiteurs-clés des «interventions humanitaires » occidentales à cause de la dépendance du bloc occidental au contrôle des espaces aériens dans toutes ses campagnes militaires. Si ces systèmes avancés d’armement avaient été déployés en Irak, en Libye et en Yougoslavie, ils auraient changé pour le meilleur le cours de l’histoire de ces pays. De la même façon, s’il n’avaient pas été déployés au Vénézuela, en Syrie ou en Corée du Nord, ces pays auraient été attaqués depuis longtemps déjà. En fin de compte, la prolifération des systèmes de défense aérienne russe capables d’invalider la supériorité des forces aériennes occidentales peut servir à mettre fin aux « interventions humanitaires » occidentales ou du moins, à sérieusement les handicaper. La protection de la souveraineté des pays que l’Occident appelle des « États-voyous », qui sont presque tous des alliés de la Russie, lui donne une bonne motivation pour multiplier ces systèmes de défense dans le monde, que ce soient les Su-30 du Myanmar, la coopération avec la Corée du Nord en matière de défense aérienne ou l’exportation des S-300 en Iran. Les renversements des gouvernements yougoslave, libyen et irakien se sont soldés par la perte d’alliés précieux pour la Russie, et permettre des interventions militaires occidentales contre d’autres alliés des Russes finirait par l’affaiblir et l’isoler. Alors que les États-Unis déploient leurs forces dans des bases militaires à travers le monde entier pour s’assurer d’une présence concrète chez leurs alliés au prétexte de les protéger, la stratégie de maintien de son influence mondiale beaucoup plus économe de la Russie consiste à protéger ses alliés en leur fournissant de quoi se protéger par eux-mêmes.

Traduction et note d’introduction Entelekheia
Photo : Su-30 des forces aériennes d’Inde

Article reproductible en citant les sources, Military Watch et Entelekheia.fr pour la version française

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