C’est le nouvel an chinois !

Année du chien, Nouvel an chinois,

Par Grete Mautner
Paru sur New Eastern Outlook sous le titre China’s New Year is About to Come


Bien que le reste du monde ait déjà célébré Noël et le nouvel an, la Chine passe aujourd’hui à une nouvelle année, celle de son calendrier.

En Chine, ce jour de fête est célébré en accord avec le calendrier lunaire. Il s’appelle Chunjie, le festival du printemps. En 2018, il tombe entre le 15 et le 16 février, qui voit l’entrée de l’année du chien de terre. A partir de ce jour, nous sommes tous sous la protection du Chien.

Que cet animal soit traditionnellement considéré comme un protecteur dans le cycle de douze animaux du zodiaque chinois n’est en aucune façon surprenant. Il suffit de se rappeler que les anciens Égyptiens traitaient également les chiens avec le plus grand respect. Anubis, leur dieu psychopompe était dépeint comme un homme à tête de canidé. Des images dépeignant le voyage vers l’au-delà ont été trouvée dans de nombreuses tombes de notables égyptiens.

Dans la tradition chrétienne, il va sans dire que le chien a toujours été un indicateur de vigilance et de loyauté. Certains aristocrates allaient jusqu’à commander des portraits de leur chiens. Les chiens dépeints dans les peintures classiques à thèmes bibliques sont censés représenter la fidélité au Christ. Les chiens ont toujours été des compagnons fidèles qui accompagnent une personne toute sa vie.

Au contraire de la plupart de nos prophètes, qui ont émis de sombres prédictions pour l’année prochaine, avec des avertissements de désastres naturels, de guerres et de crises politiques censément imminents, les astrologues chinois sont convaincus que l’année à venir sera beaucoup plus paisible que 2017, qui était sous l’égide du belliqueux coq de feu.

La Chine et la domination mondiale

Nous vivons dans un monde où la politique internationale est souvent glauque, où les forts se croient autorisés à dicter leur volonté aux faibles. Depuis 1944, quand les accords de Bretton Woods ont propulsé les USA au rang de première puissance mondiale, nous vivons dans un monde façonné par le dollar. Le dollar domine l’économie mondiale depuis plus de 70 ans, mais dans de nombreux pays, notamment dans les pays producteurs de pétrole, la rhétorique de la dédollarisation n’a jamais cessé d’être populaire. Aujourd’hui, la Chine et la Russie ont accumulé des réserves d’or suffisantes pour vendre et acheter du pétrole avec de l’or, ce qui représente une menace majeure envers la position hégémonique du dollar. Les élites occidentales en sont parfaitement conscientes, mais elles sont incapables, pour l’instant, d’y changer quoi que ce soit. L’expert en métaux précieux de Singapour Ronan Manly, qui s’est fait connaître dans le monde entier avec BullionStar, a récemment noté que l’accumulation d’or par la Russie et la Chine peut être vue comme une étape vers un monde affranchi des diktats des USA.

Au début de son second mandat de cinq ans, le président de la Chine Xi Jinping a annoncé que le passage graduel de Pékin à une « croissance qualitative » était une priorité N°1. L’année dernière, l’économie de la Chine a frôlé le retour à son incroyable taux passé de 7%, ce qui a mené à plusieurs révisions de son taux prévisionnel de croissance par le FMI, et à son admission de la contribution de Pékin à l’accélération de l’économie mondiale.

Le Washington Post a affirmé dans un des ses articles,

« La Fondation nationale pour la science vient de publier son rapport biennal sur les indicateurs de la « Science et de l’ingénierie », un document volumineux qui décrit l’état de la technologie américaine. Il comprend des faits et des chiffres sur la recherche et le développement, l’innovation et les ingénieurs. Mais la conclusion majeure du rapport est ailleurs : la Chine est devenue – ou est en passe de devenir – une super-puissance scientifique et technique. (China’s breathtaking transformation into a scientific superpower, Washington Post, 21 janvier)

D’une puissance purement régionale, la Chine s’est donc transformée en puissance mondiale de premier rang, mais elle a répété à plusieurs reprises qu’elle n’entend pas dicter sa volonté au monde, que ce soit seule ou en compagnie des États-Unis. La Chine n’est ni alliée, ni ennemie des USA. Elle est quelque part entre les deux.

La Chine et l’alignement international des forces

Aux époques où la carte politique mondiale est soumise à des refontes majeures, les alliances passées ne comptent plus et le monde se recompose. La Chine est en train de se placer au centre de la scène politique internationale, et l’autorité qu’elle peut exercer grandit sous nos yeux.

En conséquence, l’Asie du Sud-Est et le Moyen-Orient sont l’objet d’une attention internationale accrue, parce que la Chine tente d’établir des relations de coopération mutuellement bénéfiques avec les puissances de ces régions. Le Moyen-Orient est l’une des trois régions les plus stratégiquement importantes du monde, non seulement à cause de ses ressources naturelles, mais aussi et surtout parce qu’elle est appelée à devenir un maillon indispensable de l’initiative chinoise One Belt One Road, la nouvelle Route de la soie. A mesure de l’engagement économique de la Chine dans la région, son image de super-puissance s’installe graduellement.

Mais le Moyen-Orient occupe une place encore plus importante dans les desseins mondiaux de la Chine, parce qu’il peut lui servir de bouclier dans ses actions contre les « trois forces du mal » (le terrorisme, l’extrémisme, le séparatisme) et assurer sa sécurité nationale. Le Moyen-Orient est déjà devenu une région centrale pour la Chine ; il ne sera donc pas étonnant qu’à l’avenir, ses affaires régionales aient des conséquences de plus en plus étendues dans le reste du monde.

Malgré tout, la Chine n’a pas échappé à des controverses et à des désaccords dans ses démarches auprès de puissances régionales, parce que bon nombre d’entre elles choisissent d’améliorer leurs relations diplomatiques avec la Chine, tout en gardant un oeil sur les États-Unis. Les USA sont terrifiés par la perspective de l’engagement de Chine dans les affaires du Moyen-Orient, parce que cela obligera Washington à abandonner son statut de leader régional. C’est la raison pour laquelle la stratégie de la Chine au Moyen-Orient devra faire face à de nombreux obstacles, qu’elle devra surmonter un à un. Il est possible que la paisible façon chinoise de régler les problèmes en vienne à supplanter les méthodes américaines [d’interventions militaires à répétition, NdT] et que cela lui rapporte une approbation universelle sur la scène mondiale.

La Chine est « l’ennemie des États-Unis »

La suite de tentatives à succès que la Chine a réussi à mener provoque une jalousie non déguisée à Washington, en conséquence de quoi le chef de l’État américain, Donald Trump, a annoncé ne pas être en mesure d’écarter la possibilité d’une guerre commerciale ouverte contre la Chine. Nous voyons déjà les signes des préparatifs de cette guerre, qui fait l’objet de mentions récurrentes dans les discours des leaders politiques et militaires américains. De plus, la stratégie centrale du Pentagone est en train de passer d’un but d’encerclement de la Russie à, également, celui d’un endiguement de la Chine.

Mais, après un an de coq de feu agressif et belliqueux, espérons que l’année du chien de terre qui s’ouvre sera bien moins tendue et conflictuelle. Et pour la Chine et ses travailleurs infatigables, nous leurs souhaitons une année de succès et de prospérité pour le bien du monde entier.

Traduction Entelekheia

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