La Route de la soie de Xi est dorénavant verrouillée

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Par Pepe Escobar
Paru sur Asia Times sous le titre The Xi Silk Road is here to stay


Le mandat étendu de Xi pourrait incarner la garantie dont la Chine avait besoin pour poursuivre sa purge anti-corruption et avancer dans sa réorientation économique.

Il n’aura fallu que deux phrases à Xinhua pour faire son annonce historique selon laquelle le Comité central du PCC « propose de retirer l’expression « le président et vice-président de la République populaire de Chine ne pourront pas servir plus de deux mandats consécutifs » de la constitution du pays. »

Ce sera confirmé à la fin de la séance annuelle de l’Assemblée nationale populaire qui s’ouvrira la semaine prochaine à Pékin. Un orage géopolitique typique de l’Occident s’est ensuivi, avec des condamnations féroces du « régime » et du « retour » de son « autoritarisme », des diabolisations tous azimuts du « dictateur à vie » et du « nouveau Mao ». On aurait dit que le Nouvel Empereur était en train de concocter le lancement simultané d’un combo Grande Famine-Révolution culturelle-Tienanmen.

Comparons cette hystérie avec les mots d’un professeur de relations internationales de l’université de Renmin, le renommé Shi Yinhong, qui a tenté d’apporter un peu de realpolitik au débat : « A l’avenir et pendant longtemps, la Chine continuera de progresser sur les rails posés par Xi, sa route, ses principes directeurs et son autorité absolue. »

Xi pourrait incarner la garantie dont la Chine a besoin pour mener à bien, aussi efficacement que possible, la purge anti-corruption dont elle a bien besoin dans les nombreuses branches pourries du PCC, tout en dirigeant une réorientation économique qui devrait avant tout bénéficier au prolétariat rural.

De plus, Xi est déjà la voix la plus importante dans le monde sur les thèmes du changement de climat, de la prolifération nucléaire, sans même parler du réalignement du commerce mondial dans le cadre de la mondialisation 2.0 emmenée par son pays.

Ce qui nous amène aux puériles tentatives occidentales de traiter la nouvelle Route de la soie, connue sous le nom d’Initiative Belt and Road, de « prétentieuse », et d’affirmer qu’elle va se heurter à un « retour de bâton mondial ». Ce qui ne mérite même pas le qualificatif de rêve éveillé.

Ce qui se passe dans le vrai monde est que l’administration Trump est en train de tenter de créer une anti-Initiative Belt and Road via le Quad (USA, Japon, Inde, Australie) – mais sans l’attrait transnational et transcontinental de l’initiative chinoise, sans même parler de son manque d’investissements.

Les capitaines d’industrie de l’économie mondiale, anciens et nouveaux, ont de meilleurs ailerons de requin à fouetter que de se sentir gênés par la bassesse du jeu politicien occidental de diabolisation de la Chine. Le turbo-capitalisme (1) – avec ou sans « caractéristiques chinoises » – n’a strictement rien à voir avec la démocratie libérale occidentale. Le petit timonier Deng Xiaoping a introduit en son temps une véritable « troisième voie » : l’efficacité économique couplée au contrôle politique. Au passage, Deng en avait appris les ficelles de l’homme fort de Singapour Lee Kuan Yew – un chouchou de l’Occident.

Le Japon émet des bruits menaçants sur une contre-attaque afro-asiatique à 200 milliards de dollars. L’Inde centre son offensive sur un contrat avec l’Iran pour mettre le port de Chabahar en concurrence avec l’une des plate-formes de l’initiative chinoise, le port de Gwadar au Pakistan. L’administration Turnbull en Australie, dans son rapport de 2017 sur la politique étrangère, parie sur les USA contre la Chine. (2) Et l’amiral Kurt Titt, le chef du Southcom US, critique avec d’autres officiers militaires l’initiative chinoise en tant que « menace à l’influence des USA ».

Xi, de même que le leader russe Vladimir Poutine, a très clairement identifié la direction du vent, avec Washington traitant à la fois la Russie et la Chine de « puissances révisionnistes » et de menaces stratégiques certifiées.

La Dynastie Tang rencontre Platon

Xi pourrait bien aujourd’hui incarner une version post-moderne d’un empereur Tang éclairé. (3) Mais il incarne également la République de Platon (4) – un roi-philosophe dirigeant avec l’aide des meilleurs esprits de son pays (5) (pensons à Liu He, l’économiste en chef de Xi).

Le PCC en tant que République de Platon a conclu que, oui, tout tient à la gestion. Le changement titanesque de modèle économique de la Chine ne peut tout simplement pas être accompli avant au moins 2030. Parmi les défis, la transition des entreprises d’État; (6) les actions en faveur de la valeur ajoutée dans la croissance du PIB ; comment réorganiser la Chine en société de consommation ; et comment contenir les risques financiers.

Pour toutes ces choses, la cohérence et l’esprit de suite sont fondamentales.

Xi a annoncé ses actions principales. Le rêve chinois – la Chine en tant que nation stable, modérément prospère. L’initiative Belt and Road comme vecteur de connectivité non seulement en Eurasie, mais aussi en Afrique et en Amérique Latine. L’influence grandissante de l’AIIB (la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures), aussi bien que de l’Organisation de coopération de Shanghai. Assurer la sécurité de la Mer de Chine méridionale et être plus présents non seulement dans tout l’Océan indien, mais jusqu’à la ‘troisième île’ (Hawaï) – une question de protection de la connectivité et des routes commerciales maritimes de la Chine.

Et, dernier point mais pas le moindre, la Chine reconfigurée en première puissance en Asie-Pacifique ou, selon le nouveau terme des USA, dans l’« Indo-Pacifique ».

L’histoire jugera Xi à ses actes. Le reste n’est que sinophobie.

Traduction Entelekheia

Notes de la traduction :

(1) L’administration Turnbull semble commencer à pencher vers un rapprochement avec la Chine. Article du 27 février dernier, Australia sees opportunity in China’s rise, par M K Bhadrakumar (« L’Australie voit une opportunité dans la montée de la Chine »).

(2) La véritable expression, bien sûr, est « socialisme avec des caractéristiques chinoises », mais dans cet article comme dans d’autres, Pepe Escobar semble avoir du mal à admettre la nature socialiste du système chinois, pourtant intégralement dominé par le turbo-dirigisme du PCC.

(3) Nous penserions davantage à l’empereur Wudi des Han (IIe siècle av. J.C), le monarque éclairé qui avait ouvert la première Route de la soie.

(4) La République de Platon, texte intégral. Pour ceux qui ne l’ont pas encore lu, on y trouve effectivement des parallèles stupéfiants avec la méritocratie chinoise moderne. Rien n’est jamais nouveau…

(5) Pour plus d’information sur le système méritocratique chinois, voir l’article Chine : qui est réellement Xi Jinping ? par Thomas Hon Wing Polin

(6) Vers des modèles plus compétitifs, mais sans pour autant les privatiser.

1 réponse

  1. 5 mars 2018

    […] mondialisation 2.0 emmenée par son pays. La Route de la soie de Xi est dorénavant verrouillée, Entelekheia, […]

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