Nadia Savchenko arrêtée alors que la « révolution » ukrainienne s’auto-cannibalise

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Par Neil Clark
Paru sur RT sous le titre Savchenko arrested as Ukraine’s ‘revolution’ eats itself


Quelle ironie ! Nadia Savchenko, l’ancienne héroïne de la « révolution » ukrainienne de 2014, qui avait été graciée par Poutine après avoir été convaincue de complicité dans le meurtre de deux journalistes russes, a été arrêtée pour terrorisme. En Ukraine.
L’Ukraine était connue en tant que ‘panier à pain’. Sa transformation en panier de crabes de l’Europe a été complétée avec l’arrestation de l’un des symboles de la « révolution » du Maïdan, qui avait renversé le gouvernement non-aligné de Viktor Ianoukovytch il y a quatre ans.

Nadia Savchenko était le pilote d’hélicoptère férocement russophobe qui avait pris part aux manifestations de l’Euromaïdan et s’était ensuite engagée comme volontaire dans le bataillon ukrainien Aidar pour combattre les séparatistes du Donbass. Elle avait été capturée par des rebelles en Ukraine de l’Est et transférée en Russie, où elle avait été détenue pour complicité dans les meurtres de deux journalistes de télévision russes, Anton Voloshin et Igor Kornelyuk, qui avaient succombé à un tir de mortier. Elle avait été poursuivie en justice en Russie et son défi aux autorités (dont une grève de la faim) en avait fait un chouchou des cercles de pouvoir occidentaux. The Economist avait salué en elle une « Jeanne d’Arc ukrainienne ».

Le nouveau président de l’Ukraine Petro Porochenko avait dit que son procès était « une violation de tous les accords internationaux, de toutes les normes du droit » et était « inacceptable ». Il avait applaudi « l’esprit ukrainien véritable, fort, martial d’un soldat qui ne trahit pas la patrie ».
Savchenko avait reçu le titre de « héros de l’Ukraine ».

Mais c’était avant. Aujourd’hui, le ton a changé.

Savchenko a été graciée par Poutine en mai 2016 et renvoyée chez elle, où elle avait été reçue avec des bouquets et des embrassades. Les choses se sont notablement refroidies depuis. Son premier ‘faux pas’ a peut-être été l’annonce de sa candidature possible à la présidence de son pays, « si besoin est ». Étant donnée sa popularité, c’était compréhensible. Mais cela lui a également créé des ennemis parmi ceux qui la voyaient comme une menace envers leurs postes. De fait, les sondages la donnaient à égalité avec Porochenko sans même mener campagne. Après avoir mis sa vie en péril pour une cause à laquelle elle croyait, elle a tenté de mettre fin au conflit auquel elle avait participé, parce qu’elle savait que son pays ne pourrait pas progresser sans accords de paix.

« Si nous ne pouvons pas faire la paix, alors la guerre va durer pour toujours, » a-t-elle dit. « Et elle est déjà devenue un fardeau pour tout le monde. Tout le monde en a assez. Les gens sont fatigués. Les gens veulent vivre en paix, » avait-elle dit au service ukrainien de Radio Free Europe/Radio Liberty en 2016.

En décembre 2016, Savchenko a rencontré les leaders des républiques populaires auto-proclamées de Donestk et de Lougansk à Minsk, pour un échange de prisonniers. Quand la nouvelle en a émergé, elle a été éjectée de l’Union panukrainienne « Patrie », le parti de Ioulia Tymochenko. Savchenko avait élue au parlement sur les listes du parti de Tymochenko pendant sa captivité en Russie.

Ses rivaux nationalistes ont tenté de dépeindre Savchenko – de façon risible – comme une taupe du Kremlin, montrant ainsi le niveau du débat politique dans l’Ukraine ‘démocratique’.

Elle a ensuite formé son propre mouvement politique public, la ‘plateforme civique RUNA’. Mais ses frustrations d’ex-soldat envers son pays après le Maïdan étaient difficiles à contrôler. Elle fulminait contre la corruption et la façon dont les politiciens ukrainiens se comportaient en « rois ». L’icône anti-russe de l’Occident devenait moins attirante depuis qu’elle s’en prenait à un gouvernement mis en place et soutenu par les puissances occidentales.

Quelques instants après la levée de son immunité parlementaire par vote de la Rada, elle a été arrêtée.

Selon le procureur général Iouri Lutsenko, Savchenko et un complice allégué, Volodymyr Ruban, avaient comploté « pour renverser l’ordre constitutionnel et prendre le pouvoir par la force en Ukraine. Dans ce but, ils préparaient des attaques terroristes de masse dans le centre de la capitale de l’Ukraine, où les bâtiments administratifs et résidentiels sont concentrés ».

Lutsenko a produit une vidéo sur laquelle Savchenko dit, « Je propose un coup d’État » et en appelle à faire sauter les bâtiments du gouvernement et des principaux politiciens, dont Porochenko. Savchenko affirme avoir été piégée par des agents infiltrés. Une fois de plus, elle a entamé une grève de la faim.

Quel cirque ! Arrêter une ancienne « révolutionnaire » pour avoir voulu renverser ceux qui sont arrivés au pouvoir à la suite des manifestations du Maïdan est symptomatique de la façon dont l’Ukraine est dirigée depuis 2014. La corruption – dont on nous avait assuré qu’elle était la principale cause de mécontentement des protestataires de l’époque – reste omniprésente. L’économie a chuté, et non progressé – notamment à la suite d’un effondrement du commerce ukrainien avec la Russie, qui comptait pour 26% des exportations ukrainiennes en 2012. « Aujourd’hui, non seulement le pays rivalise avec la Moldavie pour la distinction douteuse d’avoir les salaires les plus bas d’Europe, mais son PIB par habitant est en-dessous de ceux du Salvador et de la Libye, et se situe entre ceux du Laos et du Vietnam en dollars réels, » notait le journaliste Bryan MacDonald en février dernier.

Selon l’ONU, quelque chose comme 60% des Ukrainiens vivent sous le seuil de pauvreté. Et les choses ne sont pas appelées à s’arranger de sitôt, avec la nouvelle d’une augmentation possible des prix du carburant de 22-24% en 2018.

Pendant ce temps, la situation politique est devenue de plus en plus abracadabrante. Savchenko n’est que le dernier exemple en date d’acteurs de la « révolution » de 2014 à rencontrer des difficultés. L’ancien président géorgien Mikhail Saakashvili avait été appointé gouverneur d’Odessa en 2015. Mais, après être tombé en disgrâce auprès de Porochenko, il s’est vu retirer son passeport ukrainien. En décembre, il a été tiré d’un van de police par ses partisans, pour être ensuite ré-arrêté. De façon risible, Saakashvili, qui était parti en guerre contre la Russie en 2008, a été accusé de conspirer pour le compte du Kremlin.

Vera, la sœur de Savchenko, citée par RT, dit qu’elle espère des réactions à l’arrestation de sa sœur de la part des « partenaires » internationaux de l’Ukraine, en particulier des USA. « Je voudrais voir les réactions des gens qui ont combattu pour elle, des représentants des USA… je voudrais voir les réactions de ces gens aux actions de nos autorités corrompues. »

Elle ne devrait pas entretenir trop d’espoirs. Ce qui est arrivé à l’Ukraine est très semblable aux dénouements d’autres opérations de changement de régime soutenues par les USA. Un gouvernement qui ne fait pas ce que dicte le Département d’État est renversé, puis le pays tombe dans le chaos. Le niveau de vie s’effondre, les salaires chutent, les prix augmentent en flèche et la vie quotidienne devient beaucoup plus dure pour la population. Pendant ce temps, les USA et leurs alliés (et les médias détenus par les classes dirigeantes) détournent leur attention sur un autre pays qui demande « de l’ordre ». Nous l’avons vu avec la Yougoslavie (la Serbie), l’Irak et la Libye.

Le triste sort de l’Ukraine était prévisible. Ceux qui s’attendaient à mieux auraient dû être plus attentifs.

Traduction Entelekheia

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