Affaire Skripal : Un oligarque russe réfugié au Royaume-Uni s’est enfui en affirmant que la vraie menace vient des services secrets britanniques

Par Will Stewart
Paru sur The Mirror sous le titre Russian businessman ‘on Vladimir Putin death list’ dramatically flees London claiming real threat comes from British secret services


Sergey Kapchuk, 45 ans, filmé à la mi-mars flanqué de deux gardes du corps, dit qu’il se cache aujourd’hui quelque part en Europe par crainte pour sa vie.

Cet homme d’affaires russe qui affirmait figurer sur une liste de « gens à assassiner de Vladimir Poutine » à Londres s’est enfui du Royaume-Uni – en déclarant que la vraie menace contre sa vie vient des services secrets britanniques.

Sergey Kapchuk, 45 ans, filmé à la mi-mars flanqué de deux gardes du corps, dit qu’il se cache aujourd’hui quelque part en Europe par crainte pour sa vie.

Il avait affirmé auparavant qu’il était passé de la douzième place à la onzième sur la listé alléguée, après le décès de l’oligarque basé à Londres Nikolai Gloushkov* ce mois.

Récemment, il avait annoncé qu’il avait annulé sa prévision de retour en Russie en compagnie d’un groupe d’exilés russes qui prévoient de repartir en Russie, après avoir obtenu l’assurance de ne pas y être poursuivis en justice de la part du gouvernement Poutine.

Le 23 mars dernier, dans une interview sensationnelle accordée à un journal pro-Kremlin, il a dit : « Honnêtement, aujourd’hui, je me sentirais plus en sécurité en Russie. »

Pour expliquer son revirement, il a dit : « J’ai compris que je ne présentais plus d’intérêt pour le FSB ou pour les renseignements russes à l’étranger.

« Et les services secrets britanniques pouvaient vouloir organiser une provocation, à mon sens.

« Alors je n’ai pas attendu.

« J’ai simplement fait ma valise et j’ai immédiatement quitté le pays.

« Je suis en Europe continentale en ce moment. »

Il a expliqué qu’il croit aujourd’hui que sa vie est en danger à cause des services secrets britanniques – et ses comptes en banque et cartes de crédit ont été soudainement bloqués.

« Il y a un jeu qui se joue. Je n’en ai pas lu les règles, je n’en connais pas le producteur. Et je ne veux pas devenir un pion sur un jeu d’échecs, » a-t-il dit.

Il a affirmé que les médias britanniques avaient menti en le dépeignant comme un ennemi de Poutine, et avaient fait tout un battage autour de l’histoire de la « liste de gens à assassiner de Poutine ».

Il a critiqué SkyNews et [l’émission] Good Morning Britain pour l’avoir, dit-il, traité injustement après l’empoisonnement de l’agent double Sergueï Skripal et de sa fille Youlia, et la mort de Gloushkov.

« Le 15 mars, une équipe de SkyTV est venue m’interviewer », a-t-il expliqué.

« Ils ont dit – ‘Nous avons des informations selon lesquelles vous serez la prochaine victime de la Russie.’

« Une jolie jeune fille m’a appelé pour arranger l’interview, mais c’est un homme qui ressemblait à un véritable ‘officiel des renseignements’ qui est venu me voir.

« Ce n’était pas une interview, mais plutôt un interrogatoire. »

Il lui a été demandé de filmer un appel à Poutine en vidéo, ce qu’il a refusé de faire, dit Kapchuk, un homme d’affaires qui a eu une carrière politique en Russie.

« J’ai expliqué que je ne m’étais pas préoccupé de politique depuis 15 ans, que la Russie était ma patrie et que je n’avais rien contre elle, » a-t-il dit.

« Il me torturait presque pour me soutirer cette vidéo, mais j’ai refusé.

« Il était frustré et en colère, mais il a fini par partir.

« L’interview a été diffusée, mais ils l’ont tronquée. On n’a vu que mes gardes du corps et le moment où je disais que j’essayais de me défendre contre une attaque possible. »

Il a affirmé que Good Morning Britain n’avait pas diffusé une interview de lui, parce qu’il y avait dit que « seuls le gouvernement britannique et Theresa May peuvent tirer profit » du cas Skripal, une opinion qui fait écho à celle de Moscou.

Après la fuite en Europe continentale, « toutes mes cartes de crédit ont cessé de fonctionner, » a-t-il affirmé.

« J’ai appelé la banque, ils m’ont dit qu’il n’y avait rien d’anormal.

« Puis ils ont rappelé, leur voix avait changé, et ils ont dit que je devais revenir à Londres et régler le problème personnellement.

« Mes fondés de pouvoir sont ensuite allés à la banque, mais ceux de la banque ont insisté sur le fait qu’ils ne parleraient pas à des tiers.

« Essentiellement, ils ont bloqué tous mes comptes en banque et tentent de me forcer à revenir. »

Il refuse d’y retourner pour l’instant.

« Je ne suis pas sûr d’être en sécurité à Londres, » a-t-il dit au journal pro-Kremlin Komsomolskaya Pravda. [Ce quotidien, qui a hérité du nom de la publication des jeunesses communistes de l’Union Soviétique (komsomol) n’est pas spécialement pro-Kremlin, NdT]

« Ma vie est plus précieuse à mes yeux que n’importe quel argent.

« Quand Gloushkov a été tué, des journalistes m’ont écrit et appelé.

« Ils impliquaient que j’étais le suivant sur la liste.

« Et quand vous voyez quelque chose comme ça, si vous n’êtes pas idiot, vous réagissez. J’ai pris des gardes du corps. »

A ce point, le journaliste lui a demandé s’il avait peur des services secrets de Poutine ou des Britanniques. Il a répondu : « Quand j’ai pris mes gardes du corps, je ne savais pas ce qui se passait autour de moi.

« Mais finalement, en analysant tous les éléments, j’ai compris que je ne présentais aucun intérêt pour les services secrets russes.

« Ils n’ont aucune raison de s’intéresser à moi, mais un autre service secret en a une.

« Je ne les nommerai pas.

« Leur but est de salir Poutine et de le diaboliser, et ce processus est activement en cours dans les médias occidentaux en ce moment. »

Il a admis avoir recontacté Boris Titov, qui agit comme intermédiaire entre le Kremlin et les exilés de Londres qui pourraient être encouragés à retourner à Moscou avec leur argent. [D’après des articles précédents, il semble que Kapchuk ait changé d’avis a plusieurs reprises. D’abord, il souhaitait retourner en Russie, puis il ne le souhaitait plus et aujourd’hui, il a décidé de nouveau d’y repartir, NdT]

« Je me suis mis en contact avec Titov », a-t-il dit.

« Il dit que mes papiers sont en cours de traitement.

« Je voudrais avoir ma patrie de mon côté en cette occasion. Vous savez, quand vous avez des ennuis, vous retournez généralement voir vos parents – même chose. Je suis un citoyen de la Russie, je n’ai jamais dit quoi que ce soit d’infondé contre mon pays et je ne le ferai jamais. »

Et pourtant, à la mi-mars encore, il avait été cité par une chaîne de télévision russe indépendante, où il avait déclaré avoir « changé d’avis sur son retour possible à Moscou, » et où il prévoyait « un hiver financier » sous les politiques de Poutine.

A ce moment, pour expliquer sa décision de prendre des gardes du corps, il avait dit :  « Les Britanniques me posent stupidement la question – avez-vous peur ?

« Je leur réponds – et vous, auriez-vous peur si vous étiez n° 12 sur une liste (d’ennemis de la Russie) ? »

Traduction Entelekheia
Image tirée du  film ‘Le troisième homme’

*Note de la traduction : Comme chacun sait, Nikolai Gloushkov, un homme d’affaires anti-Poutine, a été retrouvé étranglé à Londres le 12 mars dernier, c-à-d après l’empoisonnement des Skripal. Inexplicablement, cette affaire n’a pas eu le même retentissement médiatique que celle de l’agent innervant de Salisbury. Gloushkov était un ami de Berezovsky et de Litvinenko, également tous deux assassinés en Grande-Bretagne. (Voir Quadruplet fatal : qui assassine des agents russes au Royaume-Uni ?)
La Russie a diligenté une enquête dans le cas de Gloushkov comme dans celui des Skripal.

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