Royaume-Uni : Tony Blair tire encore les ficelles, il n’y aura pas de Brexit

Accord, Brexit, UE, union douanière, May, eurosceptiques, référendum, Ecosse, Irlande, Allemagne, OTAN, Royaume-Uni, Angleterre,

Quelques lignes portant sur des politiciens inconnus en France ont été omises dans la traduction de cet article. Le sens du texte n’en est pas altéré.


Par George Galloway
Paru sur Westmonster sous le titre GALLOWAY: Blair’s still calling the shots, we’re heading towards Brexit in name only


Je méprise Tony Blair de toutes les fibres de mon être, mais je ne l’ai jamais sous-estimé. Je dis depuis plus d’un an qu’il allait organiser le retour du camp de l’UE en Grande-Bretagne, qu’il investirait de grosses ressources financières (y compris sa propre fortune, qui est considérable), qu’il manipulerait la cinquième colonne du Parti travailliste (qui est également considérable), qu’il séduirait les europhiles tories et qu’il allait, comme il l’a longtemps fait, chorégraphier les hauteurs vertigineuses du marché des médias. Et il l’a fait. De plus, dans une interview récente, il l’a finalement assumé, révélant officiellement pour la première fois à quel point il travaille avec profondeur et constance. Avec une énergie démoniaque et un aplomb infernal dû à ses sabots fourchus, il se tient, pense-t-il, au sommet de la montagne.

Je ne vais pas répéter ce que j’ai dit dans des éditoriaux passés sur la tâche insurmontable de vendre l’avenir du Brexit britannique avec une force de vente qui serait incapable de vendre des glaces dans le Kalahari. Sur l’absence de Farage – ou la mienne, si j’ose – du parlement, et donc du front politique à cette époque de crise du Brexit. Sur la dissipation de l’UKIP dans le risible, puis l’insignifiance, puis le naufrage corps et âme dans un torrent de haine envers les musulmans et de racisme décomplexé.

Blair a joué sur un angle mort. Lui (et moi) seuls avons repéré la ligne de faille de la politique britannique, à savoir qu’aucun parti, pendant un moment historique, n’a représenté les intérêts de la frange la plus puissante de la société britannique. Les portes-parole traditionnels de l’élite économique – les Tories – ont été chargés (et sans majorité parlementaire grâce à Theresa May) de piloter une politique de sortie de l’UE opposée à la finance, à ce qui reste du capitalisme industriel, à l’État profond, aux ministères, aux capitaines de Fleet Street [les patrons de presse, NdT] et aux différentes branches de la BBC, et ils ne pouvaient rien y faire d’honnête.

Simultanément, le Parti travailliste a changé de mains et le New Labour [le « Nouveau Parti travailliste » néolibéral/europhile des partisans de Tony Blair, qui avait supplanté l’ancien Labour au milieu des années 90, NdT] a été passé au fil de l’épée et le Parti travailliste est arrivé entre les mains de leaders comme Corbyn et McDonnell, qui préféraient mourir que sourire aux caméras de l’UE. Quand ils ont collaboré à la cause du Remain, ce n’était pas par amour mais par instinct de survie et pour satisfaire aux exigences d’un transfert glacial de pouvoir, qui n’est d’ailleurs toujours pas complété. A la tête du Labour, se tient aujourd’hui une concentration d’eurosceptiques grand teint.

La réponse était claire pour Blair (et moi). Si aucun parti ne pouvait être utilisé pour saborder la décision honnête de 17,4 millions de gens, alors les malhonnêtes de tous les partis allaient devoir être mis au travail de concert. Et de concert avec toutes les forces du Remain, nous avons la meute de voyous anciennement dénommés « nos partenaires de l’Union Européenne ». Un assortiment pareil d’ennemis aurait constitué une opposition redoutable même pour les plus brillants cerveaux de la majorité britannique pro-Brexit. Au lieu de quoi, nous avons des types du tonneau de Boris Johnson.

Le chaos qui en résulté dans la classe politique britannique a été un désastre impressionnant. Comme un carambolage sur plusieurs kilomètres d’autoroute. Les Tories ont perdu leur majorité, le Parti travailliste est aujourd’hui scindé en plusieurs partis en pratique, et bientôt officiellement. Le vieux Vince [Vince Cable, des centristes pro-Remain qui stagnent à quelque chose comme 7% dans les sondages, NdT] est traité comme un parent âgé qui fait honte à la famille parce qu’il commence à baver devant les invités, et qui sera rapidement relégué dans le grenier. Tony Blair tire les ficelles, et il est en passe de gagner la guerre.

Je ne pense plus que quoi que ce soit d’autre qu’un Brexit vidé de toute substance arrivera devant la Chambre, et peut-être même pas. Je considère plus que probable qu’aucun programme pour le Brexit n’arrivera devant la Chambre des communes, ou a fortiori celle des Lords, et que nous devrons combattre pour un nouveau référendum. Cela peut déclencher de nouvelles élections générales. Le carambolage va continuer et dominer la politique britannique pendant la décennie à venir. Et tout comme Randolph Churchill avait « oublié Goschen »*, nos dirigeants ont sûrement « oublié les Britanniques ». Pour nous, la Guerra Prolongada vient juste de commencer.

George Galloway est un politicien, auteur et homme de radio britannique. Parlementaire de 1987 à 2015, il a été membre du Parti travailliste, puis du Parti du respect (extrême gauche). Aujourd’hui, il est indépendant.

Traduction Entelekheia

*Note de la traduction : Randolph Churchill, le père de Winston Churchill, s’était cru irremplaçable. Il avait oublié l’existence de son principal rival politique, George Goschen.

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :