1943 : l’année du tournant de la Deuxième Guerre mondiale

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Par Yuriy Rubstov
Paru sur Strategic Culture Foundation sous le titre 75 years Ago: 1943 – the Year the Tide Turned in the World War II


Les peuples de Russie se souviennent de 1943 comme de l’année où tout a basculé : une année de batailles décisives qui ont changé le cours de la Grande guerre patriotique et de la Deuxième Guerre mondiale dans son ensemble. C’était l’année de la Bataille de Stalingrad, de la Bataille du Caucase, de la Bataille de Koursk, et la Bataille du Dniepr. Elle a commencé par la levée du siège de Leningrad et s’est achevée sur la libération de deux-tiers du territoire soviétique temporairement occupé par l’Allemagne – 38 000 localités, y compris 162 villes.

L’année 1943 n’a eu aucun précédent en termes d’échelle, de magnitude et d’intensité de combats. Combattant les principales forces de l’Allemagne nazie et de ses alliés, l’Armée rouge a infligé une série de défaites à son agresseur, qui ont mené à un changement radical de l’équilibre des forces combattantes, bien avant l’ouverture d’un deuxième front en Europe. Les batailles décisives de 1943 ont démontré que l’Union Soviétique était capable de vaincre l’Allemagne et ses satellites à elle seule. Les forces armées soviétiques avaient résolu un problème fondamental de la guerre – elles avaient vaincu et elles allaient conserver l’initiative.

En évaluant les résultats de l’Opération Citade, un offensive allemande dans le saillant de Koursk, le maréchal Erich von Manstein avait admis : « L’Opération Citadel était notre dernière chance de regagner l’initiative à l’Est. Comme cela n’a pas réussi, ce qui équivalait à un échec, l’initiative a été cédée aux Soviétiques. L’Opération Citadel a été un tournant décisif sur le front de l’Est. »

Les forces armées du bloc fasciste ont été forcées de passer à une stratégie de défense non seulement sur le font soviéto-allemand, mais sur tous les autres fronts de la Deuxième Guerre mondiale. En novembre 1943, le chef de l’état-major des forces armées au haut-commandement de la Wehrmacht, le colonel-général Alfred Jodl, a admis que les forces allemandes avaient perdu l’initiative stratégique et qu’il n’y avait aucun moyen de l’arracher à l’ennemi.

Les événements qui se sont déroulés sur le front soviéto-allemand en 1943 ont démontré de façon concluante que c’était le front principal de la Deuxième Guerre mondiale. En terme de troupes déployées, d’échelle et de résultats des opérations menées, et de pertes infligées aux forces armées du bloc fasciste, ce front dépassaient statistiquement tous les autres fronts réunis. Il suffit de dire qu’entre 193 et 203 divisions allemandes et entre 32 et 66 divisions alliées de l’Allemagne (presque les trois-quarts de toutes les troupes du bloc fasciste) ont combattu là, avec la majorité de leur équipement militaire et de leurs armes. Une directive de l’Oberkommando der Wehrmacht (OKW), le commandement suprême des forces armées allemandes datée du 3 novembre 1943 notait que « Le dur et coûteux combat contre le bolchevisme au cours des deux années et demie précédentes, qui a drainé la plus grande partie de notre force militaire à l’Est, a demandé des efforts extrêmes ».

C’était sur le front soviéto-allemand que l’ennemi a perdu presque 80 pour cent de ses pertes totales : 218 divisions de la Wehrmacht et de ses alliés ont été détruites, avec presque 7000 tanks, 14 300 avions et environ 50 000 armes. Il était impossible à l’ennemi de se remettre de telles pertes.

Les victoires historiques de l’Armée rouge ont été un moteur décisif du renforcement et de l’expansion subséquents de la coalition anti-Hitler. Au plus fort de la Bataille de Koursk, le président des USA Franklin D. Roosevelt a écrit un message au leader de l’URSS, Joseph Staline, qui disait : « Vos forces ont, au cours d’un mois de batailles acharnées, par leur habileté, leur courage, leurs sacrifices et leurs efforts incessants, non seulement stoppé l’attaque allemande planifiée de longue date, mais lancé une contre-attaque réussie de grande portée. »

Immobilisé sur le front de l’Est, le commandement allemand a été incapable d’influencer sérieusement le dénouement des combats sur d’autres théâtres d’opérations militaires ou d’y transférer des forces en suffisance. Cela a eu un impact direct sur les succès des forces anglo-américaines. Dans l’Atlantique nord, le commandement allié a pris le contrôle total des airs, ce qui a drastiquement réduit les capacités de la Luftwaffe à frapper les navires britanniques et américains, et de la flotte des sous-marins allemands à apporter leur soutien. Sur le théâtre méditerranéen, les aillés occidentaux, qui avaient gagné une supériorité sur l’ennemi en termes d’hommes, d’équipement militaire et d’armement, ont été capables, en 1943, de compléter des opérations en Afrique du Nord, en Sicile, et d’arriver sur la péninsule italienne.

L’historiographie occidentale a pour habitude de comparer l’importance de la Bataille de Stalingrad, de la Bataille d’El Alamein et de la Bataille de Koursk avec le débarquement allié en Sicile, qui avait également eu lieu en 1943. Mais il est impossible de comparer ces opérations, que ce soit en termes d’échelle, de forces engagées, d’équipement ou de dénouement. Il suffit de rappeler que l’opération de Sicile, par exemple, avait engagé autour de 720 000 hommes des deux bords, tandis que quatre millions d’hommes avaient combattu à Koursk. Et alors que la première n’avait fait qu’autoriser le débarquement de troupes alliées en Italie continentale, l’échec de l’Opération Citadel a marqué l’effondrement complet de la stratégie offensive de la Wehrmacht.

Les défaites endurées par les groupes d’ennemis du front soviéto-allemand en 1943 ont porté un coup terrible à tout le bloc fasciste, qui a accéléré la chute de la coalition d’Hitler et le retrait de l’Italie. Des crises intérieures émergeaient aussi en Hongrie, en Roumanie et dans d’autres pays satellites de l’Allemagne nazie, qui avaient perdu confiance dans leur allié allemand et tout espoir de victoire. La position du Japon avait aussi changé de façon significative à la suite de la défaite de la Wehrmacht sur le front soviéto-allemand : il devenait de plus en plus réticent à l’idée d’entrer en guerre avec l’URSS.

L’expansion des opérations militaires contre les «  forces de l’Axe » a mené à un besoin urgent de coordination des politiques et stratégies militaires des puissances engagées dans la coalition anti-Hitler au niveau des chefs d’État des puissances principales.

Entre le 19 et le 30 octobre 1943, les ministres des affaires étrangères de l’URSS, des USA et de la Grande-Bretagne ont tenu une conférence à Moscou. Elle avait été organisée pour que les pays-membres de la coalition anti-Hitler discutent de l’avenir de la guerre. La Déclaration de Moscou adoptée à la conférence a été la première déclaration jointe demandant la capitulation sans conditions des États fascistes comme condition préalable à la fin de la guerre.

La conférence de Moscou a posé les bases de la première rencontre entre les leaders des trois puissances alliées tenue à Téhéran entre le 28 novembre et le premier décembre 1943. La Conférence de Téhéran a été un événement international majeur qui a résulté des victoires de l’Armée rouge dans les batailles décisives de Stalingrad, Koursk, du Caucase et du Dniepr. Les participants à la conférence sont arrivés à un accord sur l’ouverture d’un deuxième front, ainsi que sur le calendrier, l’échelle et le lieu d’une invasion en Europe.

A la suite du désastre de Stalingrad, la conscience d’une défaite militaire inéluctable a commencé à se répandre en Allemagne. La défaite des troupes nazies à Koursk, ensuite, avec la libération de la rive droite de l’Ukraine [à l’est du Dniepr, NdT] des occupants des forces de l’Axe, ont clairement démontré l’inévitabilité de l’effondrement du Troisième Reich.

Yuriy Rubstov est docteur en histoire et professeur à l’université militaire du ministère de la défense de la Fédération de Russie.

Traduction Entelekheia
Photo : Bataille de Stalingrad

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