USA : le premier réseau social au monde cesse officiellement d’être neutre

Facebook, OTAN, Propagande,

Les informations données dans l’article ci-dessous sont dans le domaine public et facilement accessibles à tous, donateurs de l’Atlantic Council compris.


Par Bryan MacDonald
Paru sur RT sous le titre Facebook & Atlantic Council unite: Now social media giant serves NATO’s agenda 


Facebook s’est allié avec un think tank financé par des fabricants d’armes, des branches de l’armée des USA et des pétromonarchies du Golfe pour « sauvegarder son processus démocratique ». Ce qui revient à embaucher des pyromanes pour diriger les pompiers.

Si Facebook souhaitait réellement « protéger la démocratie et les élections », il rassemblerait une large coalition d’experts et d’activistes issus des différents pays et cultures où il est présent. Au lieu de quoi, le géant des réseaux sociaux fait sous-traiter le travail par une officine de propagande de l’OTAN.

Pour ceux qui ne le savent pas, l’Atlantic Council est le principal groupe de promotion de l’alliance militaire dirigée par les USA. Et ses méthodes sont simples : elle offre des financements et des faux titres universitaires à divers activistes alignés avec les politiques de l’OTAN. Ainsi, des lobbyistes deviennent des « universitaires » et des « experts », alors que l’entreprise nourrit une image de neutralité rarement remise en question par les médias grand public occidentaux – qui se reposent de plus souvent sur ses employés pour leurs pages de commentaires « experts » et d’opinion.

Bien que cela soit de toutes façons contestable au regard de l’éthique, la dernière démarche de Facebook, étant donnée sa position de quasi-monopole, est encore bien plus sinistre. Parce qu’il est aujourd’hui lié à un « think tank » qui a proposé des cyber-attaques terroristes en Russie et a exigé que les médias financés par la Russie soient forcés de s’enregistrer comme « agents étrangers » aux USA.
Que cela soit clair : c’est un scénario de rêve pour l’OTAN et ceux qui en dépendent pour leurs salaires et statut social. Parce que l’Atlantic Council est aujourd’hui en position parfaite pour faire la loi sur l’information relayée par Facebook.

Bienvenue dans un monde fermé

Jeudi dernier, le réseau social a annoncé combien il était « heureux de lancer un nouveau partenariat avec l’Atlantic Council, qui a une excellente réputation dans la recherche de solutions novatrices à des problèmes complexes ». Il ajoute ensuite que des « experts » du laboratoire de recherches digitales de l’Atlantic Council opéreront en liaison intime avec les équipes de « sécurité, politiques et de produits » de Facebook pour offrir de « nouvelles idées et des mises à jour en temps réel sur les menaces émergentes et les campagnes de désinformation à travers le monde ».

Ce type de déclaration serait parfaite si Facebook avait réuni un groupe divers, avec des acteurs venus d’un éventail large de démocraties. * Mais, en sélectionnant un acteur clairement biaisé pour traquer la « désinformation et l’ingérence étrangère » au cours « des élections à à d’autres moments sensibles », et travailler également à « aider à éduquer les citoyens aussi bien que la société civile », l’équipe de Mark Zuckerberg a essentiellement réduit sa compagnie à être un simple outil des ambitions militaires des USA.

Pour s’en convaincre, il suffit de jeter un coup d’oeil sur la liste des donateurs de l’ Atlantic Council. Elle comprend des fabricants d’armes comme Lockheed Martin, Boeing et Raytheon, qui bénéficient tous des tensions avec des puissances comme la Russie et la Chine. Pendant ce temps, en plus de l’OTAN elle-même, le think tank perçoit des donations du Département d’État des USA, ainsi que des sommes moindres de la part de l’US air force, de l’armée, de la Navy et des Marines des USA.

Les autres grands donateurs comptent le gouvernement des EAU, qui sont, bien sûr, une monarchie absolutiste [mais pas « un agent étranger », NdT]. Et plus de numéraire des EAU passent par la compagnie pétrolière d’État d’Abou Dabi et Crescent Petroleum. Pour ne pas se laisser distancer, le Maroc, qui n’est pas non plus renommé pour son libertarisme, jette aussi son obole dans la sébile.

Clairement biaisé

Et voilà l’absurdité inhérente à la démarche de Facebook. La compagnie a essentiellement donné ses clés à des activistes financés par des ennemis de la démocratie et des entités qui bénéficient d’une l’hystérie préfabriquée sur des supposées influences externes maléfiques dans les élections occidentales. Sans oublier, bien sûr, la façon dont les USA eux-mêmes ont été, et de loin, le premier pays à s’ingérer dans des processus démocratiques à travers le monde.

Qui plus est, le silence quasi-total des médias grand public sur l’annonce de jeudi dernier est alarmant, parce que des noms importants comme CNN, le Washington Post, la BBC et le New York Times (qui ont tous fréquemment relayé les vues de lobbyistes « experts » ou analystes de l’Atlantic Council), ont plus ou moins ignoré cette information. Et les médias qui l’ont couverte, par exemple CNET et The Hill, ont omis de mentionner les accointances du think tank. De façon symptomatique, le journal influent Adweek a même commencé son article en décrivant le groupe de lobbying comme politiquement « non-partisan ».

Si vous êtes à Washington, « non-partisan » peut signifier que vous ne soutenez ni le Parti démocrate, ni le Parti républicain, mais dans le reste du monde, l’Atlantic Council soutient clairement un bord. Parce qu’il existe pour promouvoir, à travers l’OTAN, la politique étrangère des USA, notamment en Europe.

Et, soyons clair, sans Moscou pour ennemi, l’OTAN cesse d’exister. Ce qui veut dire que le dénigrement de la Russie est une question existentielle pour l’Atlantic Council.

Ce qui veut dire que le nouveau partenaire de Facebook est intéressé à donner l’impression que Moscou interfère avec les élections occidentales. De fait, étant donné le taux de pénétration de la plateforme dans le pays lui-même, elle a aujourd’hui la capacité de s’ingérer dans le processus électoral russe. Ce fait a dûment été noté par des officiels de Moscou, qui se sont alarmés de ce développement vendredi dernier.

Et, à la question du pourquoi ce choix de l’Atlantic Council, bien, le mois dernier, Mark Zuckerberg a été soumis à une véritable inquisition de la part de la Chambre des représentants des États-Unis. Et quelle meilleure méthode pour apaiser les craintes de la classe dirigeante des USA qu’employer des équipes de l’officine de propagande de l’OTAN comme « fact-checkers » ?

Traduction Entelekheia

Note de la traduction : On peut ajouter que lors d’une récente interview, Hillary Clinton a dit que, si elle avait à choisir une entreprise à diriger, elle choisirait Facebook parce que c’est « la première plateforme d’informations au monde ». Clairement, au moins aux yeux des dirigeants occidentaux, le contrôle de l’information, aujourd’hui, passe par celui de Facebook. Ce qui est donc chose acquise pour l’OTAN, au moins aux USA. Ce qui n’est pas clair, c’est si Facebook compte étendre cette démarche à l’UE, et si oui, quand ?

Vous aimerez aussi...

1 réponse

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.