En reniant l’accord iranien, Trump a ridiculisé les Européens

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Par John Laughland
Paru sur RT sous le titre With Iran sanctions Trump made Europeans look like the fools they are


Les critiques de leaders européens contre le président des États-Unis Donald Trump se font plus acrimonieuses chaque jour.

Le jour où Trump a annoncé qu’il se retirait de l’accord sur le nucléaire iranien, et que les USA imposeraient des sanctions aux compagnies européennes qui commerceraient avec ce pays, le ministre des finances français Bruno Le Maire a dit que les Etats européens refusaient d’être traités comme des « vassaux » des USA.

A Aix-la-Chapelle le 11 mai, Emmanuel Macron a accusé les USA de chantage. Le 17 mai, le président du Conseil de l’Europe, Donald Tusk a demandé, « avec des amis comme ça, qui aurait besoin d’ennemis ? »

La température a encore grimpé quand le géant de l’énergie français Total a annoncé qu’il allait se retirer d’un accord gazier de plusieurs milliards avec l’Iran, sauf si les diplomates européens réussissaient à obtenir une exemption des sanctions américaines. D’autres mastodontes européens, comme Allianz et Siemens, ont également annoncé qu’ils allaient arrêter leurs opérations en Iran ou qu’ils n’allaient pas en entamer de nouvelles.

Ces déclarations démontrent que la décision de Trump est une gifle pour l’UE au plan politique, économique et – peut-être par-dessus tout – idéologique. Politiquement, parce qu’Emmanuel Macron et Angela Merkel sont tous deux allés à Washington dans le but exprès de plaider la cause de l’UE auprès de Trump, sans succès. De plus, l’UE est signataire de l’accord iranien, qu’elle considère comme un triomphe diplomatique majeur dont elle tire de la crédibilité : son désaveu par Trump est une profonde insulte au statut diplomatique de l’UE.

Économiquement, à cause des énormes contrats que les compagnies européennes pourraient perdre. Pendant des années, à la suite de l’amende de presque 9 milliards de dollars imposée par les USA sur Paribas en 2015, les compagnies européennes et les banques ont craint de s’engager dans des activités susceptibles de leur valoir l’ire des Américains. Les contrats avec la Russie, par exemple, sont évités. Les effets de cette dernière décision pourraient être plusieurs scénarios à la Paribas simultanés.

Idéologiquement, parce que l’UE tire toute sa légitimité de sa croyance selon laquelle avec la mise en commun de la souveraineté et la fusion de ses États en une seule entité, elle a dépassé l’âge où les relations internationales se décidaient par la force. Elle croit incarner un nouveau système international fondé sur des règles et des accords, et que tous les autres systèmes mènent à des guerres. Il est impossible d’exagérer l’importance de cette croyance pour les leaders européens ; et pourtant, Donald Trump l’a pulvérisée.

Les déclarations exaspérées des leaders européens pourraient conduire à penser que nous sommes au bord d’une réévaluation majeure des relations transatlantiques. Mais, la réalité est que l’UE et ses leaders se sont enfermés dans une situation sont il serait très difficile, et peut-être même impossible de s’extraire.

D’abord, les liens entre l’UE et les USA ne sont pas seulement vieux, ils sont également gravés dans le marbre. L’OTAN et l’UE sont en réalité des sœurs siamoises, deux corps nés en même temps et inextricablement liés. Dans les années 50, la première communauté européenne avait été créée avec le soutien des USA dans le but de militariser l’Europe occidentale et la préparer à une guerre contre l’Union Soviétique ; l’OTAN a acquis sa structure de commandement intégré quelques mois après et son commandant en chef, le SACEUR, est toujours un Américain.

Aujourd’hui, les deux organisations sont légalement inséparables parce que le Traité consolidé de l’Union européenne, dans sa forme adoptée à Lisbonne en 2009, établit que la politique étrangère de l’UE « respectera » les obligations des pays-membres de l’OTAN et qu’elle « sera compatible » avec les politiques de l’OTAN. En d’autres termes, la charte constitutionnelle de l’UE la subordonne à l’OTAN, que les USA dominent légalement et structurellement. Dans ces circonstances, les États européens ne peuvent se délivrer de l’hégémonie américaine, comme Donald Tusk dit qu’ils le devraient, qu’en quittant l’UE. Il est évident qu’ils ne sont pas prêts à cela.

Ensuite, les leaders de l’UE ont eux-mêmes coupé les ponts avec d’autres partenaires potentiels, notamment la Russie. Angela Merkel est allée en Russie dernièrement, mais il y a quelques semaines, plus de la moitié des États-membres ont expulsé des diplomates russes, et encouragé des États européens non membres de l’UE comme l’Ukraine et le Monténégro à faire de même, en représailles après l’empoisonnement de Sergueï et Ioulia Skripal à Salisbury.

Comme Mme Merkel compte-t-elle convaincre Mr Poutine de se joindre à elle pour garder le programme nucléaire de l’Iran sous contrôle alors qu’officiellement, elle pense que Poutine est coupable de stocker et d’utiliser secrètement des armes chimiques pour perpétrer des assassinats en Occident ? Quelque semaines plus tard, à la mi-avril, le Royaume-Uni et la France, avec les USA, ont attaqué la Syrie après des allégations d’utilisation d’armes chimiques par son armée, qui est soutenue par la Russie. S’ils tentent de faire jouer leur charme aujourd’hui à Sotchi ou à Moscou, espèrent-ils vraiment être pris au sérieux par les Russes ?

En troisième lieu, comment les leaders de l’UE peuvent-ils se plaindre de sanctions américaines contre eux alors qu’ils ont eux-mêmes usé de sanctions contre des compagnies russes, causant des perturbations économiques majeures dans ce pays ? Les États de l’UE ont également imposé des sanctions punitives à la Syrie depuis 2011, l’un des programmes de sanctions les plus étendus jamais vu, dont l’effet et le but étaient de perturber les activités de l’État syrien, y compris ses capacités à fournir des biens publics tels que la santé à ses citoyens.

Comme si ces questions externes ne suffisaient pas, l’UE est minée par des divisions internes aussi. Donald Tusk peut bien dire, « L’Europe doit être unie économiquement, politiquement et aussi militairement comme jamais auparavant… soit nous sommes ensemble, soit nous ne sommes plus du tout », mais l’Europe n’est de fait pas « ensemble » du tout. La Commission de Bruxelles harcèle la Pologne et la Hongrie sur des points de politiques intérieures situées au-delà de ses attributions ; l’UE est en train de perdre un de ses membres les plus importants [Le Royaume-Uni, Ndt], et le nouveau gouvernement de Rome prévoit des politiques économiques qui iront à l’encontre des règles d’emprunt de l’eurozone et pourraient provoquer le départ de l’Italie.

Le gouvernement 5 étoiles / Ligue veut aussi la fin des sanctions contre la Russie ; ces dernières sont votées par une unanimité qui, bien que fragile, s’est maintenue jusqu’à maintenant mais qui, si le nouveau pouvoir de Rome tient parole, pourrait bientôt s’effondrer. En d’autres termes, Trump a fait passer les Européens pour les nigauds qu’ils sont. Dans des circonstances où l’UE a placé tous ses œufs dans le même panier, un panier que Trump a renversé, il lui sera impossible de se rassembler. Au contraire, elle se disloque.

Traduction Entelekheia

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