L’armée de Trump largue une bombe toutes les douze minutes et personne n’en parle

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C’est Trump et ce n’est pas la France, alors pourquoi en parler ? D’abord parce que des gens meurent tous les jours sous ces bombes, ensuite parce que les implications de la France dans l’aventurisme de l’OTAN en Yougoslavie, en Libye, dans les bombardements de la coalition occidentale et les frappes de missiles en Syrie, et récemment dans l’ignoble guerre au Yémen nous rendent intimement complices de la mort et de la destruction semées par les USA.

Malheureusement.


Par Lee Camp
Paru sur Truthdig sous le titre Trump’s military drops a bomb every 12 minutes, and no one is talking about it


Nous vivons sous un régime de guerre perpétuelle, et nous ne le ressentons jamais. Quand vous prenez votre gelato dans l’endroit tendance où ils mettent des jolies feuilles de menthe sur le côté, quelqu’un se fait bombarder en notre nom.
Quand vous vous disputez avec le gamin de 17 ans au cinéma parce qu’il vous a servi un petit gobelet de popcorn alors que vous aviez payé pour un grand, quelqu’un est oblitéré en notre nom. Pendant que nous dormons et que nous mangeons et que nous faisons l’amour et que nous mettons des lunettes noires un jour de grand soleil, la maison, la famille, la vie et le corps de quelqu’un sont explosés en mille morceaux en notre nom.

Toutes les douze minutes.

Les forces armées des USA larguent un explosif avec une puissance que nous avons du mal à comprendre toutes les douze minutes. Et c’est bizarre, parce que techniquement, nous sommes en guerre avec – laissez moi réfléchir – zéro pays. Cela devrait vouloir dire zéro bombes larguées, OK ?

Eh non ! Vous avez fait l’erreur banale de confondre notre monde avec un monde cohérent, rationnel dans lequel notre complexe militaro-industriel est sous contrôle, l’industrie musicale est fondée sur le talent et le mérite, les Légos ont des angles arrondis (de sorte que, quand vous marchez dessus pieds nus, vous n’ayez pas l’impression que des barbelés se sont plantés sous vos pieds), et les humains prennent en charge le problème du changement de climat comme des adultes au lieu de mettre la tête dans le sable en tentant de se convaincre que le sable autour de nos têtes n’est pas de plus en plus chaud, mais vraiment chaud.

Vous imaginez un monde rationnel. Ce n’est pas celui dans lequel nous vivons.

En réalité, nous vivons dans un monde où le Pentagone a totalement échappé à tout contrôle. Il y a quelques semaines, j’ai écrit sur les 21 billions de dollars (ce n’est pas une faute de frappe) qui n’ont pas été justifiés par le Pentagone [Lien en français, NdT]. Mais je n’ai pas parlé du nombre de bombes que tout cet argent nous achète. Le président George W. Bush a largué 70 000 bombes dans cinq pays. Mais sur ce nombre affolant, seules 57 des bombes ont vraiment inquiété la communauté internationale.

Parce que c’étaient 57 frappes contre le Pakistan, la Somalie et le Yémen – des pays avec lesquels les USA n’étaient pas en guerre et n’avaient pas de conflit particulier. Et le monde a été horrifié. Nous avons eu de nombreux débats qui disaient des choses comme « Une minute. Nous bombardons des pays situés hors de zones de guerre ? Est-ce possible c’est une pente glissante qui va finir par des bombardements tous azimuts tout le temps de notre part ? (Pause gênée.)… Nan. Quel que soit le président qui va suivre Bush, ce sera un adulte normal (avec un tronc cérébral plus ou moins en état de marche) et donc, il stoppera cette folie. »

Nous étions si naïfs et mignons à l’époque, comme un chaton qui se réveille le matin.

Le Bureau du Journalisme d’investigation a rapporté que sous le président Barack Obama, il y a eu « 563 frappes, majoritairement de drones, qui ont ciblé le Pakistan, la Somalie et le Yémen »…

Ce n’est pas seulement que bombarder hors d’une zone de guerre soit une horrible violation du Droit international et des normes mondiales. C’est également le ciblage moralement répréhensible de gens pour présomption de culpabilité future (pré-crime), ce qui est ce que nous faisons et ce que le film avec Tom Cruise « Minority Report » nous dissuadait de tenter (les humains sont très mauvais quand il s’agit d’écouter les sages conseils des dystopies de science-fiction. Si nous avions écouté « 1984 », nous n’aurions pas autorisé la création de la NSA. Si nous avions écouté « Terminator », nous n’aurions pas autorisé l’existence de drones tueurs. Et si nous avions écoute « Matrix » nous n’aurions pas autorisé une vaste majorité de nos concitoyens à se perdre dans une réalité virtuelle de spectacle et d’inepties creuses alors que les océans sont asphyxiés par des tonnes et des tonnes de déchets en plastique. Et ainsi de suite).

Ahmed Mohammed al-Shafe’e al-Taisi, un berger de 70 ans, a perdu son fils en décembre 2013 lors d’une frappe de drone sur une fête de mariage. Photo Abubakr Al-Shamahi/Reprieve. Tiré de l’article « Killing in the name of algorithms/ How Big Data enables the Obama administration’s drone war », Al Jazeera.

A la base, nous avons eu une omerta des médias pendant qu’Obama était président. Vous pouviez compter sur les doigts d’une seule main les reportages des médias grand public sur les campagnes de bombardements quotidiennes du Pentagone sous Obama. Et même quand les médias en parlaient, le sentiment sous-jacent était « Oui, mais regardez à quel point Obama est cool alors qu’il autorise des destructions à perpétuité. C’est un peu le Steve McQueen de la mort aérienne. »

Et oublions l’idée selon laquelle notre « armement sophistiqué » ne frappe que des individus mauvais. Comme l’a exposé David DeGraw, « Selon les propres documents de la CIA, les gens portés sur la ‘liste des cibles’ promis à la ‘mort par drones’ ne comptaient que pour 2% des morts causées par les frappes de drones. »

Deux pour cent. Vraiment, Pentagone ? Vous avez eu deux au test ? Vous avez pourtant cinq rien que pour savoir épeler votre nom.

Vous devez admettre que c’est horrifiant à un degré impressionnant. Cela met Obama dans le groupuscule d’élite de lauréats du Prix Nobel de la Paix qui ont tué autant de civils innocents. Les réunions de ce groupe se font principalement entre lui et Henry Kissinger, avec des badges à leur nom écrit à la main et des œufs farcis à mâchonner.

Toutefois, nous savons désormais que l’administration Trump enterre toutes les précédentes. Les chiffres du Pentagone démontrent qu’au cours des huit ans de ses mandats, George W. Bush a largué 24 bombes par jour, ce qui donne 8750 par an. Pendant les années d’Obama, ses forces militaires ont largué une moyenne de 34 bombes chaque jour, un total de 12 500 par an. Et au cours de sa première année d’exercice, Trump a largué une moyenne de 121 bombes par jour, soit un total annuel de 44 096.

L’armée de Trump a largué 44 000 bombes au cours de sa première année de mandat.

A la base, il a monté le vrai visage du Pentagone, ôté sa laisse à un chien enragé. Et le résultat en est une armée qui se comporte comme un croisement entre Joey Starr et Mike Tyson.* Vous regardez ailleurs pendant une minute, vous vous retournez et vous sursautez, « Qu’est-ce que tu viens de faire, p… ain? J’ai détourné mon attention pendant, style, une seconde ! »

Sous Trump, cinq bombes sont larguées chaque heure – toutes les heures de tous les jours. Cela fait une moyenne d’une bombe toutes les 12 minutes.

Et qu’est-ce qui est le plus effrayant – la quantité délirante de morts et de destruction que nous créons dans le monde, ou le fait que nos médias grand public détenus par le secteur privé n’enquêtent jamais sur ce sujet ? Ils parlent des défauts de Trump. Ils le traitent de raciste, ils disent qu’il a la grosse tête, que c’est un idiot narcissique (ce qui est totalement vrai) – mais ils ne critiquent pas le massacre horrifiant perpétré par nos forces armées avec leur bombe larguée toutes les douze minutes, dont la plupart tuent les 98% de gens non ciblés.

Quand vous avez un Département de la guerre doté d’un budget qui échappe totalement à tout contrôle – comme nous l’avons vu avec les 21 trillions – et que vous avez un président indifférent au nombre de morts dont le Département de la guerre est responsable, alors vous finissez par larguer tellement de bombes que le Pentagone a déclaré être en rupture de stocks.

Oh mon Dieu. Avec une rupture de stock de bombes, comment allons-nous empêcher tous ces civils paisibles de… travailler à leurs champs ? Pensez à toutes les chèvres qui vont être autorisées à couler des jours tranquilles.

Et, comme pour les 21 billions, le maître mot semble être « pas de comptes à rendre ».

La journaliste Withney Webb a écrit en février dernier, « De façon choquante, plus de 80% des personnes tuées n’ont jamais été identifiées et les documents de la CIA elle-même démontrent qu’ils ne savent même pas qui ils sont en train de tuer – ils contournent le problème d’avoir à rapporter les victimes civiles simplement en décrétant que tous les gens présents sur une zone de frappe sont des combattants ennemis ».

Bien sûr. Nous ne tuons que des combattants ennemis. Comment savons-nous que ce sont des combattants ennemis ? Parce qu’ils sont dans notre zone de frappe. Comment savons-nous que cet endroit était une zone de frappe ? Parce qu’il y avait des combattants ennemis situés là. Comment savons-nous que ce sont des combattants ennemis ? Parce qu’ils étaient dans la zone de frappe… vous voulez que je continue ou vous voyez le tableau ? J’ai toute la journée.

Tout cela n’a rien à voir avec Trump, même si c’est un dingue. Cela n’a rien à voir avec Obama, même si c’est un criminel de guerre. Cela n’a rien à voir avec Bush, même s’il a l’intelligence d’une endive.

Tout cela est en rapport direct avec un complexe militaro-industriel à qui nos élites sont plus que satisfaites de laisser la bride sur le cou. Presque aucun des membres du Congrès ou de la présidence ne tente de restreindre nos 121 bombes quotidiennes. Presque aucun organe médiatique grand public ne tente de mobiliser l’opinion à ce sujet.

Récemment, le hashtag #21Trillion [21 billions, NdT] pour les dépenses non justifiées du Pentagone a réussi à grimper. Démarrons-en un autre : #121BombsADay [121BombesParJour, NdT]

Une toutes les douze minutes.

Est-ce que vous savez où ils frappent ? Qui ils sont en train de massacrer ? Pourquoi ? Cent vingt et une bombes par jour détruisent les vies de familles entières ailleurs – en votre nom et en mon nom et au nom du gamin qui vous sert la mauvaise taille de gobelet de popcorn au cinéma.

Nous sommes un pays voyou avec une armée de voyous et une élite dirigeante qui ne rend de comptes à personne. Le gouvernement et l’armée que vous et moi soutenons en faisant partie de la société sont en train de massacrer des gens toutes les douze minutes, et en réponse, nous n’avons qu’un silence irréel. Il est avilissant, pour nous en tant que gens et qu’espèce humaine, de n’avoir que du silence à opposer à cette question. C’est un crime contre l’humanité.

Lee Camp est un satiriste politique, écrivain, acteur et activiste américain. Il anime l’émission satirique hebdomadaire Redacted Tonight sur RT America. Il a travaillé pour The Onion, le Huffington Post et de nombreuses autres plateformes, autant en presse qu’en télévision.

Traduction et notes Corinne Autey-Roussel pour Entelekheia
Photo : Opératrice de drones tueurs

Note :

* Les références américaines ont été remplacées par des noms connus des Français.

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