Les « Fake News » sont-elles avant tout une question de culture ?

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Attention, l’étude de Pew Research dont il sera question ici est à prendre comme l’indication d’une tendance plutôt que comme des données statistiques fiables. Comme on le verra, elle porte sur la capacité des personnes sondées à distinguer un fait d’une opinion. Malheureusement, elle souffre de biais méthodologiques graves :

1) parce qu’elle n’offre que deux possibilités de réponse aux affirmations qu’elle propose aux personnes sondées : « fait » ou « opinion ». Comment classer les affirmations qui ne sont ni l’une, ni l’autre, par exemple une proposition que l’on estime mensongère ? Dans ce cas, la personne sondée fait parfaitement la différence entre un fait, un mensonge et une simple opinion, mais elle se rabattra forcément sur la réponse la plus proche de « mensonge », à savoir « opinion ». Un exemple : à l’une des affirmations, « Obama est né aux USA », les dénommés « Birthers » pour qui Obama a menti sur son lieu de naissance pour se porter candidat à la présidence des États-Unis ont forcément répondu « opinion » pour ne pas répondre « fait ». Qu’ils aient tort ou raison, peu importe : ils se retrouvent catalogués parmi ceux qui ne distinguent pas les faits des simples opinions, alors qu’ils en sont probablement parfaitement capables et qu’ils pensent seulement qu’Obama a menti.

2) Parce qu’elle classe comme « faits » établis des propositions contestées, par exemple l’affirmation selon laquelle « la santé représente la plus grosse part du budget fédéral des USA » censément factuelle pour Pew, mais réfutée par des ONG telles que National Priorities, une association nominée au Prix Nobel de la Paix 2014 pour qui le premier poste de dépense des USA, loin devant la santé, est l’appareil militaire du pays (forces armées, armement, recherches en nouvelles technologies militaires, etc… sans même parler de la découverte récente des « erreurs de calcul » du Pentagone, qui se montent à 21 trillions de dollars escamotés, soit l’équivalent de la dette totale des USA). Les dépenses de santé sont « la plus grosse part des dépenses fédérales des USA », vraiment ? Encore une fois dans ce cas, la seule possibilité pour ne pas répondre « fait » est de cocher « opinion », ce qui vous classe parmi les imbéciles incapables de comprendre la différence entre un fait et une opinion.

En résumé, l’étude de Pew teste surtout la différence entre les gens qui croient les versions officielles des médias et ceux qui n’y croient pas et/ou qui sont mieux informés, ce qui fait beaucoup de gens. De quoi invalider l’étude et la classer au même rang que toutes les autres études charlatanesques qui encombrent nos médias ? Certes, mais par ailleurs, l’article ci-dessous pose de très bonnes réflexions sur notre culture des « fake news » – dont les premiers pourvoyeurs sont ceux qui s’en plaignent le plus.

A l’arrivée, c’est un article perspicace sur les « fake news » fondé sur une « fake news », ce qui illustre bien l’état de confusion dans lequel nous évoluons.


Par Finian Cunninham
Paru sur Strategic Culture Foundation sous le titre American Totalitarianism and the Culture of Fake News


Les citoyens américains ont du mal à faire la différence entre des faits et des opinions. C’est la découverte d’une récente étude menée par l’organisation respectée Pew.

Il a été trouvé qu’un quart seulement des gens sondés étaient capables de faire correctement la différence entre une affirmation factuelle et une opinion. En d’autres termes, la majorité des Américains sondés pensaient faussement que les informations qui leur étaient présentées sous l’intitulé « faits » correspondaient effectivement à des faits, alors que les informations en question n’était en réalité que des simples affirmations d’opinions subjectives.

Par exemple, quand une affirmation comme « la démocratie est la meilleure forme de gouvernement » leur était lue, la plupart des sondés la définissaient comme un fait. Seuls 25% des plus de 5000 personnes sondées faisaient correctement la différence entre des faits et des affirmations subjectives.

De plus, comme le rapporte Reuters sur l’étude : « Ils tendent à être en désaccord avec des affirmations factuelles qu’ils identifient incorrectement comme des opinions, selon Pew ».

Cette dernière tendance suggère que les Américains sont facilement trompés par des fausses informations, et peut-être de façon plus inquiétante, ils sont fermés à des informations factuelles qui vont à l’encontre de leurs préjugés.

Cette réflexion n’est pas destinée à dénigrer les citoyens américains. Il serait intéressant de voir si les résultats seraient similaires dans l’UE, en Russie ou en Chine.

Quoi qu’il en soit, et même sans comparaison entre pays, l’étude de Pew indique qu’il y a un problème cognitif significatif parmi la population américaine dans sa capacité à distinguer les faits des opinions. Étant donnée la facilité avec laquelle les opinions peuvent être manipulées, mal interprétées ou mensongères, cela signale une vulnérabilité de la société américaine aux dénommées « fake news ».

Le président des USA Donald Trump a repris à son compte l’expression « fake news » quand il s’emporte contre les médias qui sont contraires à sa personnalité et aux politiques des Républicains.

Trump lui-même est un fournisseur audacieux de « fake news ». Rappelons-nous de sa prise de bec ridicule avec les médias sur l’ampleur de la foule qui saluait son investiture, affirmant contre les preuves des images aériennes qu’il avait eu une affluence record.

Toutefois, dans une certaine mesure, Trump a raison. Les médias grand public en faveur des Démocrates ont été coupables de soutenir des points de vue et des polémiques dénuées de crédibilité factuelle. Le meilleur exemple est toute l’affaire du « Russiagate » que les médias anti-Trump ont soutenue pendant presque deux ans, affirmant qu’il s’était associé avec la Russie pour se faire élire, ou que des agents du Kremlin avaient interféré avec le processus électoral américain de 2016 avec des « fake news » destinées à promouvoir Trump.

Le fait cocasse est que ces « fake news » russes alléguées, véhiculées par les réseaux sociaux, sont éclipsées par les vraies « fake news » massivement rapportées par des médias censément prestigieux comme le New York Times ou le Washington Post, CNN, MSNBC et autres, dans leurs accusations « d’ingérences russes ». Où sont les preuves ? Il n’y en a aucune. Ce ne sont que des « fake news » répétées encore et encore.

Un autre facteur dans le phénomène des « fake news » est bien sûr la nouvelle domination des réseaux sociaux dans l’environnement de l’information. Il est dit que presque la moitié de la population américaine tire ses informations de ces plateformes. C’est une façon sûre de faire marcher les moulins à rumeurs dans lesquels les faits et les mensonges sont homogénéisés pour des millions de citoyens. Et si nous en croyons l’étude de Pew, le résultat potentiel peut en être un nombre impressionnant de gens trompés ou mal informés.

La question se pose donc : pourquoi les citoyens américains seraient-ils particulièrement prédisposés à être désinformés par des « fake news » ?

Un commentaire récent d’un lecteur anonyme sur les pages d’opinion de RT en donne une explication plausible. Le bref commentaire disait : « Les médias grand public américains mentent à leur public depuis si longtemps que personne ne sait plus quoi croire et que nombre de citoyens des USA ne regardent plus les infos, seulement les sports et les comédies ».

Il est bien possible que cela soit un point-clé. Pensons-y. Si la population a été endoctrinée depuis des décennies par des « infos » qui étaient en réalité de la désinformation ou des mensonges patents, alors il est prévisible que la capacité du public à distinguer le vrai du faux sera handicapée. De plus, ce public sera forcément encombré d’idées erronées. En résumé, il aura subi un lavage de cerveau.

Prenons quelques exemples majeurs de mensonges colportés et instillés par les médias de masse américains.

L’assassinat du président Kennedy. Plus de 50 ans après le meurtre brutal du président dans son cortège à Dallas, tous les médias des USA continuent d’adhérer sans faillir au récit officiel. Selon ledit récit officiel, JFK a été tué par un tireur isolé, Lee Harvey Oswald. Le faisceau d’indices présenté par divers chercheurs sérieux démontre qu’Oswald n’aurait pas pu tirer les trois balles qui ont tué le président. Il est beaucoup plus plausible que Kennedy ait été tué par plusieurs tireurs dans une opération montée par les agences de renseignements des USA. [1] Le fait est qu’aucun média grand public n’a jamais enquêté sérieusement sur les mensonges éhontés de la version officielle sur JFK. Probablement parce que les implications d’un coup d’État contre un leader américain démocratiquement élu seraient trop choquantes. [2]

Une sélection au hasard d’autres questions majeures comprennent la bombe atomique du Japon, la Guerre de Corée, la Guerre du Vietnam, la Guerre contre l’Irak et le conflit en cours en Syrie. Dans chacun de ces cas, les médias des USA ont servi à présenter ces événements comme fondamentalement justifiés et bien intentionnés. Quelques désaccords sont acceptables, pour autant qu’ils n’accusent les USA que de se tromper ou d’avoir perdu leur « philosophie fondée sur des principes » en se commettant dans des interventions étrangères « malavisées ».

Mais dans ces cas aussi, les médias agissent comme un ministère de la désinformation pour occulter la réalité des rouages du pouvoir capitaliste américain au public. Il est inconcevable que de tels médias disent ses quatre vérités au pouvoir, en rapportant par exemple le nombre de fois où les gouvernements des USA ont sciemment commis des génocides contre des millions de gens au nom des profits des compagnies de leur secteur privé.

Il est inconcevable que les médias des USA rapportent la façon dont les renseignements militaires américains ont armé des groupes terroristes en Syrie au cours des sept dernières années pour renverser le gouvernement élu du président Bachar el-Assad. Un tel exposé par les médias des USA est impensable. Cela ne se produira tout simplement pas. A la place, on raconte au public des USA que les USA soutiennent des « rebelles modérés » qui cherchent à « renverser un dictateur ».

Nous pouvons citer de nombreux autres événements mondiaux majeurs comme exemples de la façon dont les mêmes médias empoisonnent les esprits du public américain depuis des décennies avec des « fake news » outrancières et des versions officielles montées de toutes pièces, sur une échelle industrielle. [3]

Cette culture du lavage de cerveau systématique – dans une démocratie si vantée par des médias autoproclamés libres et indépendants – est indubitablement un facteur dans les difficultés des Américains à séparer les faits de la fiction. Le phénomène des « fake news » dans les USA n’est ni nouveau, ni surprenant. C’est un corollaire de la façon dont la population du pays a été abaissée au rang de sujets endoctrinés depuis des décennies. C’est depuis longtemps l’objectif des élites propagandistes des USA comme Edward Bernays, qui dans les années 1920, a œuvré à « contrôler les habitudes et les pensées de la masse ».

Sur Edward Bernays et les méthodes de contrôle des populations occidentales par la propagande, voir aussi le documentaire de la BBC The Century of the Self

La chose fascinante et unique du système de facto totalitaire des USA est l’illusion de liberté qu’il donne au public – la plus grande « fake news » de toutes.

L’acceptation complaisante de cette « liberté » comme un « fait » établi est peut-être le socle de la survie du système capitaliste américain et occidental. Peu de gens soupçonnent qu’en réalité, ils sont que des captifs, des sujets dans une ménagerie d’impostures, d’aliénation, de conscience erronée sur la réalité de leur condition.

La preuve en est la censure dont ceux qui disent la vérité sont victimes de la part des médias grand public. Un système d’endoctrinement totalitaire ne tolère pas de contradictions ou de critiques.

Traduction et notes Entelekheia

[1] Le meurtre du président Kennedy continue de faire l’objet d’une controverse alimentée par des articles et des livres de la part d’un assortiment hétéroclite de critiques, dont certaines franchement fantaisistes et d’autres tout à fait sérieuses. Le meilleur livre sur l’affaire Kennedy, à ce jour, est selon Ray McGovern, ancien officiel de la CIA, JFK and the Unspeakable: Why He Died and Why It Matters, de James Douglass, 2008.
Par ailleurs, le fils de Robert Kennedy, le frère également assassiné du président, demande une réouverture de l’enquête sur le meurtre de son père, dont il ne croit pas coupable la personne qui a été condamné pour les faits. L’affaire Kennedy, ou plutôt, les affaires Kennedy restent donc encore au centre de bien des questions.

[2] Et le restent à ce jour. La déclassification des dossiers secrets de l’affaire Kennedy devait être accomplie, de par la loi des USA, en octobre 2016. Elle a d’abord été repoussée à avril 2017, puis à 2021.

[3] Exemples rapides : les ADM de Saddam, les bébés jetés des couveuses en Irak, l’incident du Golfe du Tonkin, le coup d’État contre le président Arbenz au Guatemala en 1954, la menace de massacre de Benghazi, l’attaque aux gaz de Douma, etc.

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