Trump projette-t-il d’attaquer l’Iran ce mois-ci ? Ce qu’il faut savoir

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Par Darius Shahtahmasebi
Paru sur RT sous le titre Is Trump planning to strike Iran next month? Here’s what you need to know


Un rapport récent affirme que le président américain a l’intention de bombarder l’Iran, dans une énième attaque armée étasunienne contre un pays étranger.

À la fin de la semaine dernière, un rapport explosif publié par l’Australian Broadcasting Corporation (ABC) affirmait que l’administration Trump se prépare à bombarder les installations nucléaires iraniennes dès le mois prochain, ajoutant que l’Australie pourrait aider à l’identification des cibles. Le rapport cite des personnalités de haut rang au sein du gouvernement australien. l’Australie est l’un des acteurs-clés de l’alliance connue sous le nom de Five Eyes, qui comprend également le Royaume-Uni, le Canada et la Nouvelle-Zélande.

Le rapport faisait suite au tweet tristement célèbre de Trump dans lequel il menaçait le président iranien Hassan Rouhani d’ « avoir à subir des conséquences sans comparaison avec celles que d’autres personnes ont subies tout au long de l’histoire. »

En dehors du fait que ce tweet est, en lui-même, une violation claire de l’Article 2(3) et (4) de la charte de l’ONU, en particulier de la mention « Tous les membres éviteront dans leurs relations internationales de se menacer ou d’utiliser la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’un autre état« , il est inquiétant (mais pas étonnant) que les médias mainstream n’aient pas fait plus de cas d’aussi dangereuses initiatives.

Le rapport succède également à la rencontre du secrétaire d’État américain James « Mad Dog » Mattis et du secrétaire d’État américain Mike Pompeo avec la ministre australienne de la Défense Marise Payne et la ministre des Affaires étrangères Julie Bishop plus tôt la semaine dernière, en Californie, à l’occasion de la consultation ministérielle annuelle de l’Australie et des États-Unis (AUSMIN).

Depuis la publication du rapport, Mattis a ouvertement nié la véracité de son contenu, en le qualifiant de « fiction ».

« Je ne sais pas où les journalistes australiens ont trouvé cette information « , a déclaré Mattis aux journalistes qui l’interrogeaient sur le rapport. « Je suis sûr que rien de tel n’est envisagé en ce moment, et je pense franchement que c’est de la fiction. »

Le Premier ministre australien Malcolm Turnbull a également écarté le rapport, qu’il a qualifié de « spéculation« , et affirmé qu’il n’avait « aucune raison » de croire à une attaque imminente.

Même Trump est revenu sur son attaque verbale contre l’Iran, en déclarant à une convention à Kansas City : « J’ai sorti les États-Unis de l’horrible accord nucléaire iranien unilatéral, et l’Iran n’est plus le même pays… Nous sommes prêts à conclure un accord. »

Alors, le rapport est-il une invention ? S’agit-il d’une spéculation fondée sur de mauvaises informations de hauts fonctionnaires anonymes ? Ou s’agit-il d’un des tours de passe-passe de la dernière doctrine de Trump sur la manière de traiter les états qui s’opposent à lui ?

Il faut garder à l’esprit que des rapports antérieurs affirmaient que l’administration Trump avait envisagé de procéder à des frappes limitées sur la République populaire démocratique de Corée (RPDC), au moment où Trump menait, sur Twitter, sa petite guerre personnelle contre le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un, suite à laquelle aucune frappe de ce genre n’a finalement été déclenchée. Peu de temps après, l’administration Trump et les dirigeants nord-coréens ont accepté de poursuivre une voie diplomatique, ce qui a valu  des compliments à Donald Trump. Vous commencez à voir se dessiner un schéma ?

Quoi qu’il en soit, nous ne savons pas à ce stade ce qui peut arriver demain, et encore moins la semaine prochaine ou le mois prochain. Avec quelqu’un comme Donald Trump à la barre, les paris sont ouverts. Même si une attaque était imminente, il semble qu’il n’y a pas grand-chose à faire pour l’empêcher, comme quand nous étions tous réduits au rôle de benêts qui se demandaient si le gâteau au chocolat était vraiment beau.

Parlons plutôt de ce que nous savons.

Nous savons que Donald Trump a unilatéralement retiré les États-Unis de l’accord nucléaire iranien, également connu sous le nom de Plan d’action global conjoint (Joint Comprehensive Plan of Action, JCPOA) en mai de cette année. Nous savons qu’en même temps, il a ordonné à tous les pays de cesser d’acheter du pétrole iranien d’ici le 4 novembre de cette année, et qu’il a réintroduit les sanctions contre l’Iran censément levées par le JCPOA. Nous savons que l’Europe ne peut pas faire grand-chose pour contourner ces sanctions et préserver ses relations économiques avec Téhéran, pour autant qu’elle essaie.

Nous savons également qu’en réponse à ces sanctions imminentes, Téhéran a menacé de bloquer le détroit d’Ormuz, par lequel passent 30 à 35 % du commerce maritime mondial du pétrole. Nous savons que l’Iran a techniquement le droit de le faire, et qu’une fermeture, même partielle, suffirait à ébranler les marchés financiers mondiaux. Cette menace ne doit pas être prise à la légère, d’autant plus que des difficultés économiques pourraient pousser l’Iran au désespoir. En dehors du développement de sa propre crypto-monnaie, il y a peu de chance que l’Iran puisse contourner la guerre économique de Washington sans rien faire qui paraisse menaçant aux Etats-Unis ou leurs alliés.

Selon CNN, les États-Unis étudient actuellement les options militaires qui s’offrent à eux pour maintenir ces indispensables voies navigables ouvertes, probablement via des forces par procuration, par exemple saoudiennes. Même l’alliée de l’Iran, la Chine, a mis en garde le pays contre la fermeture du passage, elle qui a pourtant mené des exercices navals conjoints avec l’Iran dans le passé.

Nous savons aussi que le major-général Mohammad Hussein Baqeri, du Corps des gardiens de la révolution islamique (IRGC), a averti que l’offensive économique de Washington n’était que le prélude à une attaque militaire, objectif réel de l’administration Trump.

Nous savons qu’une attaque militaire est très probablement en préparation, d’une manière ou d’une autre, puisque Donald Trump a pris comme conseiller en matière de sécurité nationale le fou John Bolton, qui a promis un changement de régime en Iran avant la fin de l’année. Ce même fou dangereux avait publié un éditorial dans le New York Times intitulé « Pour arrêter les bombes iraniennes, il faut bombarder l’Iran. »

Nous savons aussi que les Etats-Unis veulent relancer le soi-disant « OTAN arabe » pour attaquer directement l’Iran, car la Maison-Blanche vient de confirmer ouvertement qu’elle discute de la forme de cette alliance avec ses « partenaires régionaux depuis plusieurs mois ». Actuellement connue sous le nom d’Alliance stratégique pour le Moyen-Orient (MESA), son rôle semble être de servir de rempart contre une « agression iranienne, son terrorisme et son extrémisme », selon un porte-parole du Conseil de sécurité nationale de la Maison-Blanche.

Oui, vous avez bien lu — l’Iran, qui ne bombarde ni n’envahit personne et qui est l’une des entités les plus engagées dans la lutte contre des groupes terroristes tels que l’EI, est soi-disant la source d’agression, de terrorisme et d’extrémisme dans la région du Moyen-Orient, et il est absolument nécessaire de le combattre.

Ce qui relie entre eux tous ces développements est un incident qui s’est déroulé sans faire grand bruit jeudi dernier, au cours duquel un énorme pétrolier en provenance d’Arabie saoudite à destination de l’Égypte a été endommagé par une attaque de missiles lancée par les Houthis du Yémen depuis le détroit de Bab el-Mandeb, au nord de la mer Rouge. Les médias occidentaux, de concert avec les médias saoudiens et israéliens, qualifient les Houthis de forces supplétives de l’Iran. Toutefois, comme je n’ai cessé de le souligner depuis des années, il n’y a en fait que très peu de preuves concrètes d’une implication iranienne à grande échelle au Yémen. De toute façon, il est facile de voir quel est le but réel de cette propagande sur le long terme.

Nous savons que, comme les États-Unis ne peuvent pas attaquer l’Iran directement, ils ont conçu un plan pour réduire son influence dans l’ensemble du Moyen-Orient. Nous savons que les États-Unis ont envahi plus d’un tiers de la Syrie, y compris certains de ses territoires les plus stratégiques, pour contrer l’expansion de l’Iran dans la région. Nous savons aussi que c’est l’objectif réel qui a toujours sous-tendu l’engagement de Washington en Syrie et que la lutte contre l’EI n’est qu’un prétexte. Selon le commandant du CENTCOM, le général Joseph Votel, la base militaire américaine d’al-Tanf, en Syrie, permet aux États-Unis d’influencer indirectement l’activité iranienne « par la poursuite de nos opérations en cours. »

Combien de temps les opérations illégales en Syrie vont-elles encore se poursuivre et jusqu’où les Etats-Unis sont-ils prêts à aller pour nuire à l’Iran en Syrie ?

Nous savons aussi que le commandant des Force Qods de la Garde révolutionnaire iranienne, le général Qasem Soleimani, qui a également répliqué à la rhétorique anti-iranienne de Trump, a fait craindre aux États-Unis que l’Iran puisse déployer des milices chiites en Irak pour frapper les troupes américaines stationnées là-bas. La preuve que Soleimani donne de sacrées migraines aux États-Unis, c’est qu’il aurait été désigné comme cible légitime d’assassinat par les États-Unis et Israël depuis un certain temps déjà.

En outre, et c’est peut-être le plus important, nous savons que le récent sommet des BRICS, une épine économique enfoncée dans le pied de la politique étrangère belliciste de Washington, a également pour projet d’inclure l’Iran en tant qu’allié dans l’avenir. En ce qui concerne les pays des BRICS, une attaque contre l’Iran constituerait très probablement aussi une attaque contre tout ce que les BRICS tentent de réaliser.*

Dans ce contexte, l’Iran pourrait avoir de bons alliés, alors même qu’il doit faire face à un ensemble sans précédent de mesures agressives de la part des États-Unis et de ses laquais. Quelle que soit la manière dont on regarde le sentier de la guerre sur lequel nous nous trouvons, les scénarios sont potentiellement catastrophiques et les conséquences seront profondes.

Une guerre avec l’Iran peut sembler aberrante étant donné les conséquences inimaginables qu’elle entraînerait, mais on en voit les bases se consolider sous nos yeux dans un silence médiatique assourdissant. Qu’une attaque de missile sur l’Iran se profile ou non à l’horizon, la guerre de Washington avec l’Iran a déjà commencé de plus d’une façon et semble devoir s’intensifier jusqu’à ce que les États-Unis réussissent à détruire le régime iranien par des moyens directs ou indirects.

Darius Shahtahmasebi est juriste et analyste politique. Il vit en Nouvelle Zélande.

 Traduction Dominique Muselet

*Note d’Entelekheia : la Chine en  particulier souffrirait d’une attaque contre l’Iran, l’un des acteurs-clé de sa nouvelle Route de la soie en raison de son incontournable situation géographique. D’ailleurs, c’est à se demander si, précisément, ce méga-projet chinois — qui enverrait inéluctablement les USA dans un rôle économique subalterne –, n’est pas la cause réelle de l’hystérie belliciste de Washington contre l’Iran.

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