Des mensonges et biais des médias : attention à ce que nous tenons pour vrai

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Il y a deux Histoires : l’Histoire officielle, menteuse qu’on enseigne, l’Histoire ad usum delphini puis l’Histoire secrète, où sont les véritables causes des événements, une histoire honteuse. — Honoré de Balzac


Par Ken Livingstone
Paru sur RT sous le titre ‘Be careful about what you believe’ – Ken Livingstone on US, UK media bias & lies


Aujourd’hui, il semble que nous soyons entrés de plain-pied dans une nouvelle guerre froide. Il était abasourdissant de voir notre Premier ministre Theresa May reprocher immédiatement l’empoisonnement des Skripal à la Russie, avant même que la police n’ait commencé son enquête.

Après la Seconde Guerre mondiale, nos actualités étaient dominées par la menace soviétique, mais quand l’Union soviétique s’est dissoute en 1991, je ne pense pas que quiconque aurait pu deviner qu’un peu plus de deux décennies plus tard, nous parlerions à nouveau d’une menace russe.

Quiconque ne prend ses informations qu’auprès des médias britanniques ou américains [ou français, NdT] est tenu dans l’ignorance de la vérité ; les accusations sans fin au sujet de l’empoisonnement Skirpal ou du conflit sur la Crimée sont présentées d’une manière complètement biaisée, et la plupart des faits ignorés. Mais il n’y a rien de nouveau : les reportages malhonnêtes et les mensonges ont dominé l’ensemble de la guerre froide à l’époque de l’Union soviétique.

Bien que le président John Kennedy aux États-Unis ait commencé son mandat avec un programme orienté sur l’armée, dont une promesse électorale de rattraper le retard des USA sur l’Union soviétique en matière de missiles, il a rapidement changé et commencé à peser de tout son poids, avec son administration, pour lutter contre le racisme dans le sud de l’Amérique. Peu avant son assassinat, il proposait aussi de retirer les troupes américaines du Vietnam s’il était réélu en 1964. Il réalisait qu’une expansion de la guerre au Vietnam serait désastreuse.

Ce qui avait tant changé ses opinions en politique étaient ses conflits avec l’armée. Il n’était président que depuis quelques jours lorsqu’ils l’ont amené à poursuivre des plans d’invasion de Cuba par un petit groupe de dissidents cubains soutenus par les USA. Les militaires lui ont dit que l’invasion mènerait à un soulèvement et au renversement de Fidel Castro, de sorte que l’Amérique n’aurait pas besoin de fournir un soutien aérien à l’invasion de la Baie des Cochons. Mais à peine les rebelles débarqués sur l’île, le Pentagone insistait pour que Kennedy accepte des frappes aériennes américaines sur Cuba. Kennedy s’est rendu compte qu’on lui avait menti et a refusé. J’aimerais pouvoir remonter le temps et lui dire que le régime de Castro allait survivre au règne de douze présidents américains dont huit, Kennedy compris, allaient autoriser des tentatives d’assassinat sur Castro, qui allaient toutes rater.

Kennedy avait déjà été choqué quand il avait découvert que sa promesse de campagne sur le rattrapage du retard de missiles sur la Russie était absurde. Dès son premier briefing militaire en tant que président, il avait appris que l’Union soviétique avait quatre missiles nucléaires capables de frapper les États-Unis. Les États-Unis en avaient trois cent cinquante, tous capables d’atteindre l’Union soviétique.

Qu’un homme qui avait été sénateur pendant huit ans, et qui allait devenir président, n’en ait pas su davantage sur la supériorité nucléaire des USA que le reste de la population est très symptomatique de la façon dont les gouvernements nous mentent. Juste avant la fin de sa présidence, dans son dernier discours télévisé, le prédécesseur de Kennedy, le président républicain Eisenhower, avait essayé d’alerter le peuple américain sur le pouvoir grandissant du complexe militaro-industriel, mais rien n’a changé depuis. Et si quelque chose a changé, c’est qu’il a encore plus d’ascendant sur le gouvernement américain aujourd’hui qu’à l’époque, alors que la moitié du budget du gouvernement fédéral était déjà consacrée à l’armée. Le président Eisenhower avait été le plus haut responsable militaire en Amérique avant de devenir président des USA [il avait été Chef d’état-major de l’United States Army, puis Commandement allié Atlantique de l’OTAN, NdT]. Son avertissement n’en est que plus remarquable.

Les mensonges sur la menace militaire russe recommencent aujourd’hui à propos de questions comme la Crimée. A ma connaissance, aucun des médias britanniques n’a rapporté que plus de quatre-vingt-dix pour cent des Criméens sont russes. Je n’ai pas non plus vu dans ces médias que la Crimée n’avait pas fait partie de l’Ukraine jusqu’en 1954, date à laquelle le dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev avait changé les frontières d’un trait de plume, et donné la Crimée à l’Ukraine. Il se peut qu’il l’ait fait simplement parce qu’il était lui-même né et qu’il avait grandi en Ukraine, mais il y a également des rumeurs selon lesquelles il était très ivre au moment de cette décision. Les médias britanniques ne l’ont pas rappelé non plus.

Bien que la Grande-Bretagne et l’Amérique [et l’UE, NdT] aient imposé des sanctions à la Russie pour avoir réintégré la Crimée, la véritable histoire est bien sûr très différente. Le centre et l’ouest de l’Ukraine sont dominés par les Ukrainiens ; pendant la Seconde Guerre mondiale, nombre d’Ukrainiens avaient collaboré avec le régime nazi après son invasion de l’Ukraine sur la route de Moscou. Quelques années plus tard, alors que l’armée soviétique repoussait les nazis, de nombreux Ukrainiens avaient combattu aux côtés des nazis. Personne ne devrait donc s’étonner des inquiétudes qu’entretenaient les habitants de la Crimée et les russes ethniques de l’est de l’Ukraine sur le gouvernement ukrainien et son attitude à leur égard, après la dissolution de l’Union soviétique.

Ce n’est pas une quelconque invasion russe qui a déclenché le conflit en Ukraine, mais le renversement du gouvernement du président ukrainien modéré Viktor Ianoukovitch. En novembre 2013, M. Ianoukovitch a annoncé qu’il retardait la signature d’un traité économique avec l’Union européenne parce qu’il aurait mis fin aux relations commerciales et économiques de son pays avec son principal partenaire économique, la Russie. La raison pour laquelle l’UE exigeait ce changement, qui allait clairement nuire à l’économie de l’Ukraine, n’a jamais été révélée.

Après l’annonce de M. Ianoukovitch, des manifestants ont occupé la place centrale de la capitale ukrainienne, le Maïdan, pour protester contre sa décision. Les protestations et rassemblements sont rapidement devenus violents et ont conduit au renversement du président, le 22 février 2014.

Les protestations étaient menées par des nationalistes et des groupes paramilitaires ukrainiens extrémistes dont la politique faisait écho à une grande partie de l’idéologie fasciste des collaborateurs des nazis de la Seconde Guerre mondiale, y compris à travers l’utilisation de symboles nazis et de slogans racistes qui appelaient au nettoyage ethnique des Russes d’Ukraine.

La Grande-Bretagne, les États-Unis et l’UE ont soutenu le coup d’État contre le président Ianoukovitch. Il existe aujourd’hui de nombreuses preuves de l’implication des services de renseignement occidentaux avec ces groupes d’extrême droite, à partir de la fin de la Seconde Guerre mondiale et sur des décennies.

Le nouveau gouvernement ukrainien a affirmé que les personnes mortes par balles avaient été tuées par les forces de sécurité du gouvernement Ianoukovitch et des Russes qui se faisaient passer pour des Ukrainiens. Ces allégations ont été réfutées lorsque le site Internet de la télévision italienne Gli Occi Della Guerra a diffusé un documentaire dans lequel trois anciens tireurs d’élite géorgiens admettaient avoir été embauchés par les insurgés et avoir participé aux tirs des snipers de la place Maïdan. Aucun gouvernement occidental n’a parlé de sanctions contre la Géorgie.

Il est clair que le renversement du gouvernement et son remplacement par un régime anti-russe d’extrême droite a suscité des craintes de nettoyage ethnique et conduit la majorité russe en Crimée et en Ukraine orientale à refuser de se plier au nouveau régime ukrainien. Ils se sont donc battus pour se défendre. Les Russes de Crimée et les Russes ethniques d’Ukraine orientale doivent avoir le même droit à l’autodétermination que tous les autres peuples du monde entier.

Tout cela n’a rien de nouveau. Il y a quelques années, en 2014, un avion malaisien a été abattu alors qu’il passait au-dessus de l’Ukraine. Immédiatement, les médias occidentaux ont accusé la Russie. Mais aucun média occidental n’a été révélé que le missile utilisé était d’un modèle qui avait été retiré de l’arsenal des forces armées russes des années auparavant. Après le chaos de l’éclatement de l’ancienne Union soviétique, il est tout à fait possible que plusieurs de ces vieux missiles aient été conservés en Ukraine, peut-être même par des groupes d’extrême droite du pays.

Il faut souvent des décennies pour que la vérité se fasse jour. Nous savons maintenant que lorsque Tony Blair nous disait que l’Irak possédait des armes de destruction massive qui pouvaient atteindre la Grande-Bretagne en 45 minutes, et que le président Bush prétendait que l’Irak avait accumulé un énorme stock d’uranium, c’était complètement faux. Mais cela a entraîné la mort de centaines de milliers d’Irakiens.

Je me souviens qu’en 1964, quand j’étais jeune, le gouvernement américain avait annoncé une attaque contre l’un de ses cuirassés par le Nord-Vietnam, ce qui a conduit à des bombardements de masse et à une guerre à grande échelle qui a causé la mort de plus de trois millions et demi de personnes. Vingt ans plus tard, la vérité a émergé : il n’y a jamais eu d’attaque contre ce navire américain.

Le premier mensonge dont je me souviens, c’est quand j’avais à peine onze ans et que la Grande-Bretagne et la France avaient annoncé qu’ils envahissaient l’Égypte pour mettre fin à une guerre entre l’Égypte et Israël. Tous les politiciens qui avaient menti à ce sujet sont morts bien avant que la vérité ne soit révélée : la Grande-Bretagne et la France avaient demandé à Israël d’envahir l’Égypte afin de pouvoir « intervenir à sa rescousse » et au passage, renverser le gouvernement égyptien de Nasser et reprendre le contrôle du canal de Suez.

Faisons attention à ce que nous tenons pour vrai.

Ken Livingstone est un politicien britannique. Après avoir dirigé le Conseil du Grand Londres de 1981 jusqu’à son abolition en 1986, il a été le premier maire élu de Londres, entre 2000 et 2008. C’est également un ancien membre du Parlement et du Parti travailliste.

 

Traduction Entelekheia

Note de la traduction :

Sur les points d’histoire cités par Ken Livingstone, la Baie des cochons, les tentatives d’assassinat de Castro par des présidents successifs des USA, le faux drapeau avéré de l’incident du golfe du Tonkin, la Crise de Suez :

1) Voir USA-Cuba 1961 : la débâcle de la Baie des Cochons, première partiedeuxième partietroisième et dernière partie

2) Voir le documentaire 638 façons de tuer Fidel Castro, de Dollan Cannell pour Channel Four (en VOSTFR).

3) Voir Huit faux drapeaux qui ont marqué l’histoire (dont l’incident du golfe du Tonkin).

4) Voir Un dictateur astucieux face aux puissances coloniales : Nasser et la crise de Suez

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