Macha et l’ours : Comment « le Kremlin » endoctrine nos tout-petits

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En France, avec son habituel zèle anti-poutinien, Le Monde a dégainé son fiel contre un adorable dessin animé russe – qui bat des records d’audience dans plus de cent pays – avec l’article « Macha, la petite peste russe qui veut conquérir le monde ». Mais il semble que le journal français n’ait fait que copier un des ses homologues britanniques, le Times.


Par George Galloway
Paru sur RT sous le titre Masha and the Bear: How ‘the Kremlin’ set out to subvert our toddlers


Le poète écossais Robert Burns a écrit : « Oh, qu’un Pouvoir, quel qu’il soit, nous donne un don, celui de nous voir nous-mêmes comme les autres nous voient. » J’y ai pensé en lisant ce qui est sûrement le tréfonds des balivernes russophobes : les critiques du dessin animé Macha et l’ours.

Il se trouve que je suis russophile et ce, depuis plus de cinquante ans. Mais j’ai quatre enfants de moins de 12 ans et ils ont tous aimé Macha et son ami le grand ours protecteur sans une seule explication de ma part sur L’État et la Révolution ou les limites de la Nouvelle Politique Économique de Lénine. D’habitude, j’attends que mes enfants aient douze ans avant de leur expliquer que « le Communisme = les Soviets + l’électricité ». [Citation de Lénine, NdT]

En tout cas, Macha et l’ours ne vivent pas sous le socialisme — ils vivent dans un état capitaliste dont la nouvelle politique économique est la même que celle du reste du monde. Leur Russie est déjà bien électrifiée, et la révolution et les Soviets sont relégués au musée. C’est dommage, d’ailleurs, de mon point de vue, mais c’est comme ça.

Ce qui est étonnant, c’est que malgré cela, la peur et le dégoût envers la Russie continuent sans relâche comme si Staline, le Komintern et la ligne du Parti sur la lutte des classes de la Troisième période étaient toujours à l’avant-scène.

Et donc tout ce qui est beau ou attrayant et qui émane de Russie doit être attaqué par les anticorps des médias occidentaux comme s’il s’agissait d’un virus. Macha et l’ours sont un virus.

[Un épisode particulièrement subversif et dommageable aux enfants de Macha et l’ours. Merci à Russie Politics, NdT]

Pourtant, j’ai regardé ce dessin animé avec quatre enfants d’affilée et je n’y ai jamais vu une quelconque trace de quoi que ce soit qui puisse s’apparenter à de la politique.

Contrairement aux équivalents occidentaux de Macha et l’ours.

Quand j’avais l’âge de mes enfants, j’ai enduré un régime quotidien de héros de dessins animés ou de bédés tout droit sortis du camp de l’impérialisme occidental, et j’y ai survécu, du moins assez pour en parler.

Il y avait Biggles, un aviateur impérialiste, et il y avait un Anglais, le Loup de Kaboul (et son guide afghan néandertalien « clicky ba » — ainsi surnommé parce qu’il frappait les stupides ennemis de l’Anglais avec une batte de cricket). Il y avait Lone Ranger et son oncle Tom — Tonto, un sauvage résigné. Il y avait Tintin.

Mais au-dessus d’eux planait « Superman », bien sûr. Il bandait muscles et tendons pour servir « la Justice, la Vérité et la Vie à l’américaine » (imaginons à quel point les choses auraient pu être différentes si le bébé Superman avait atterri dans les steppes au lieu de la prairie américaine — et avait mis sa formidable force au service de la construction du socialisme par Staline !)

En dix ans, je n’ai jamais entendu ni Macha ni son ours dire un seul mot sur « la Vie à la russe ». Je n’ai jamais vu l’un des deux humilier, stéréotyper, ou traiter avec condescendance un seul autochtone, où que ce soit. Je ne les ai jamais entendu parler de prosélytisme en faveur de l’empire, d’une quelconque suprématie raciale ou du droit de leur pays à soumettre les autres. On s’amuse bien à les regarder, c’est tout. Mais peut-être que je ne décèle pas les méthodes subliminales.

Mais certains le font.

Macha et l’ours compte des milliards de vues sur YouTube et plus de 4 millions d’abonnés, dont peu savent que le président Poutine est derrière tout cela. Et, selon mon journal du dimanche, le diabolique « Kremlin » a encore « intensifié » ses efforts de propagande en se ramifiant en espagnol ! Et en passant sur Netflix !

L’année dernière, un professeur de l’université de Tallinn, Priit Hobemagi, a déclaré que la petite Macha (ou peut-être son ours) était « un danger pour la sécurité nationale estonienne ».

Et maintenant, Anthony Glees, un « expert du renseignement » anglais de l’Université de Buckingham, explique dans mon journal du matin que « Macha est fougueuse, plutôt même méchante, mais courageuse » — tout comme la Russie, implique-t-il : « Elle boxe au-dessus de sa catégorie. Ce n’est pas tiré par les cheveux que de la voir comme poutinienne », explique « l’expert du renseignement ».

Bien que Macha et l’Ours n’aient rien à voir avec le Kremlin ou Poutine et soient une affaire parfaitement capitaliste et rentable du secteur privé qui a (probablement) rapporté à ses créateurs une pile de roubles sonnantes et trébuchantes en profits, les haineux envers la Russie ne peuvent échapper à leur paradigme selon lequel derrière toute bonne chose venue de Russie doit se cacher un sombre complot de Poutine.

George Galloway a été membre du Parlement britannique pendant presque trente ans. Il présente des émissions de radio et de télévision (y compris sur RT). C’est un célèbre réalisateur, écrivain et tribun.

Traduction et note d’introduction Entelekheia

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1 réponse

  1. 23 novembre 2018

    […] Traduction et note d’introduction Entelekheia […]

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