Un rapport de l’ONU confirme : l’ennemi de la Grande-Bretagne n’est pas la Russie, mais ses propres dirigeants

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La France va mal, et ailleurs en Europe, c’est le même effondrement : perte d’acquis sociaux, coupes sombres dans les budgets publics, privatisations calamiteuses, baisse de niveau de vie des classes moyennes — qui rejoignent de plus en plus les rangs des « perdants de la mondialisation », etc. Or, quand la population n’a plus le contrôle de son destin, quand elle n’est plus écoutée et qu’elle perd l’espoir de pouvoir remédier à sa situation, elle ne se résigne pas à son sort. Elle fait bien pire : elle se laisse mourir. Deux exemples, l’épidémie d’addictions aux opiacés traversée aujourd’hui par les USA est la première cause de mortalité chez les Américains de moins de 50 ans (devant les armes à feu et les accidents de la route), et les taux d’addiction et de suicides au Royaume-Uni sont devenus la première cause de mortalité chez les moins de 45 ans, avec une nette hausse chez les femmes.

La démocratie, avec son dialogue social, ses aménagements et ses compromis, même s’ils sont souvent imparfaits, n’est pas seulement une « valeur ». Elle est avant tout une question de survie pure et simple.


Par John Wight
Paru sur RT sous le titre Britain’s enemy is not Russia but its own ruling class, UN report confirms 


Alors que l’establishment politique britannique s’entre-déchire sur le Brexit, une crise bien plus grave continue de frapper les millions de victimes de l’austérité mise en place par les Tories.

Un rapport dévastateur de l’ONU sur la pauvreté au Royaume-Uni apporte la preuve irréfutable selon laquelle l’ennemi du peuple britannique est sa classe dirigeante, celle-là même qui a fait tout son possible, ces dernières années, pour le convaincre que c’était la Russie.

Le professeur Philip Alston, Rapporteur spécial des Nations Unies sur l’extrême pauvreté et les droits de l’homme, a passé deux semaines au Royaume-Uni dans le cadre de ses recherches sur l’impact de huit années de l’un des programmes d’austérité les plus extrêmes des économies du G20, en réponse au krach financier de 2008 et à la récession mondiale qui a suivi.

Ce qu’il a découvert est la preuve d’une guerre économique systématique, délibérée et brutale déclenchée par le Parti conservateur contre la frange la plus pauvre et la plus vulnérable de la société britannique — bouleversant la vie de millions de personnes qui n’étaient pas responsables de la crise financière et de la récession, mais qui ont été contraintes d’en payer le prix.

Extrait de l’introduction du rapport :

Il semble […] manifestement injuste et contraire aux valeurs britanniques que tant de gens vivent dans la pauvreté. C’est évident pour tous ceux qui ouvrent les yeux de voir l’énorme augmentation des banques alimentaires et des files d’attente de ceux qui patientent devant, les gens qui dorment dans la rue, l’explosion du nombre des sans-abris, le sentiment de désespoir profond qui a poussé même le gouvernement à nommer un ministre de la prévention du suicide, et la société civile à rendre compte de niveaux inouïs de solitude et d’isolement ».

Bien qu’en tant que citoyen du Royaume-Uni, malgré tous les égards qui lui sont dus, je sois en désaccord avec l’affirmation du professeur selon laquelle ce carnage social et économique semble « contraire aux valeurs britanniques » (au contraire, il est entièrement conforme aux valeurs de l’establishment conservateur du pays, une élite dont la déshumanisation des pauvres et de la classe ouvrière forme le cœur de l’idéologie), son argument selon lequel c’est « évident pour qui ouvre ses yeux, » est bien formulé.

En effet, il est aujourd’hui impossible de marcher plus d’une minute dans une ville ou un centre-ville de Grande-Bretagne sans rencontrer des sans-abri qui mendient dans la rue. Et le fait que quelque 13 000 d’entre eux soient d’anciens soldats, rebuts des diverses aventures militaires du pays entreprises au service de Washington ces dernières années, démontre que les platitudes émises, sur le ton de la piété la plus pénétrée, par les politiciens et le gouvernement sur la gratitude due aux troupes et à leur « sacrifice », ne sont que du baratin hypocrite.

Au Royaume-Uni, 14 millions de personnes vivent aujourd’hui dans la pauvreté, ce qui représente un cinquième de la population. Quatre millions d’entre eux sont des enfants, tandis que, selon le professeur Alston, 1,5 million de personnes vivent sous le seuil de pauvreté, c’est-à-dire qu’elles sont incapables de subvenir à leurs besoins fondamentaux.

Et c’est ce que la classe dirigeante de la cinquième plus grande économie du monde, un pays qui se présente sur la scène mondiale comme un parangon de la démocratie et des droits de l’homme, considère comme du progrès.

Les valeurs qui sous-tendent la noirceur de ce paysage social sont celles du XVIIIe siècle, et non celles du XXIe siècle. Elles sont la preuve que le réseau des écoles privées d’élite – Eton, Harrow, Fettes College et autres – où on inculque l’arrogance de classe et la certitude d’être nés pour gouverner aux responsables de ce carnage humain, sont les vrais foyers de l’extrémisme britannique. [Les élites politiques britanniques sortent presque toutes des mêmes écoles privées. Elles leur sont d’ailleurs réservées via des frais de scolarité dissuasifs, NdT].

Dans les mots du professeur Alston :

La compassion normale britannique envers ceux qui souffrent a été remplacée par une approche punitive, mesquine et souvent impitoyable, apparemment conçue pour inculquer une discipline là où elle est le moins utile, imposer un ordre rigide à ceux qui sont le moins capables de faire face au monde actuel et faire respecter un conformisme aveugle, à la place d’un véritable souci d’amélioration du bien-être des personnes des plus bas niveaux de la société britannique ».

Et voilà, surlignée, la barbarie qui va de pair avec le capitalisme du libre-échange. La même barbarie a envoyé la Russie post-soviétique dans un abîme économique et social pendant dix ans dans les années 1990, et ces « valeurs » poussent aujourd’hui 14 millions de personnes au Royaume-Uni dans le même abîme économique et social.

L’austérité, il faut le souligner, n’est pas et n’a jamais été une réponse économique viable à une récession, quel que soit le pays ou son économie.

Il s’agit plutôt d’un club idéologique dont le but est de transférer le prix à payer pour cette récession économique exclusivement sur la masse de ceux qui en sont le moins capables, à savoir les pauvres et les travailleurs, au nom des riches et des grandes entreprises. Il s’agit d’une guerre de classes présentée comme une politique gouvernementale légitime.

Cependant, dans le cas de la Grande-Bretagne en 2018, il s’agit d’une guerre sans équivalent parce que, comme l’indique le rapport du professeur Philip Alston, dans cette guerre, un seul camp a envoyé tous les coups et l’autre camp les a tous encaissés. [Avec tout le respect dû à l’auteur, la Grèce n’est pas dans une meilleure situation – sans même parler des pays de l’espace post-soviétique néolibéralisés dont les niveaux de vie sont aujourd’hui parmi les plus bas de la planète, par exemple l’Ukraine ou la Lettonie, un pays à l’agonie, NdT].

À l’approche de la période de Noël, les campagnes publicitaires sophistiquées qui nous invitent au shopping et à nous faire plaisir — des publicités qui représentent le rêve de richesse et de confort matériel de la classe moyenne — prennent des allures de provocation au regard de l’ampleur de la souffrance humaine au Royaume-Uni. En fait, elles rappellent le truisme selon lequel les guerres ont lieu quand le gouvernement vous désigne l’ennemi, alors que les révolutions ont lieu quand le peuple le désigne lui-même.

Dans la Grande-Bretagne austéritaire, l’identité de l’ennemi n’a jamais été aussi claire.

Traduction et notes Entelekheia

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