Les leaders de l’UE acceptent l’accord sur le Brexit : des changements majeurs à prévoir

Accord, Brexit, UE, union douanière, May, eurosceptiques, référendum, Ecosse, Irlande, Allemagne, OTAN, Royaume-Uni, Angleterre,

Par Arkady Savitsky
Paru sur Strategic Culture Foundation sous le titre EU Leaders Endorse Brexit Deal: UK and Europe in for Big Changes


Ce qui semblait presque irréalisable a été réalisé le 25 novembre lors d’un sommet extraordinaire de l’UE. C’est un moment-clé. Le premier obstacle a été franchi. L’UE est parvenue à un tournant majeur qui aura potentiellement un impact désastreux sur son avenir. Les dommages causés à la position mondiale de l’Union peuvent être considérables et irréparables. Ce divorce pourrait accélérer une nouvelle « Europe à plusieurs vitesses » le long de lignes nord-sud, avec l’Allemagne, les Pays-Bas, la Pologne et les États scandinaves et baltes allant leur chemin et mettant ainsi un terme à l’idée même de l’unité européenne.

Après 18 mois de négociations difficiles, les dirigeants de l’UE ont approuvé l’accord de 585 pages du Brexit et la déclaration politique sur l’avenir des relations UE-Royaume-Uni, qui détaille les termes et conditions dans lesquels la Grande-Bretagne quittera le bloc le 19 mars 2019. L’accord proposé définit les questions financières, les droits des citoyens, l’impact sur l’Irlande du Nord et explique par quelles voies le Royaume-Uni pourra accéder au marché de l’UE une fois la période de transition de deux à quatre ans terminée. Toute la Grande-Bretagne fera partie d’une union douanière avec l’UE. L’Irlande du Nord restera inscrite dans certains des éléments du marché commun de l’UE.

L’entente doit encore être approuvée par la Chambre des communes au début de décembre. Tous les partis d’opposition et quelque 70 députés conservateurs s’y opposent. Certains de ceux qui soutiennent l’accord en général ne sont pas satisfaits du filet de sécurité visant à empêcher le rétablissement d’une frontière étanche avec l’Irlande.

Quelque soixante eurosceptiques conservateurs et dix députés du Parti unioniste démocratique d’Irlande du Nord (DUP, extrême droite) qui renforcent le gouvernement (il serait minoritaire sans eux), insistent sur le fait que l’accord prévoit une relation trop intime entre le Royaume-Uni et le bloc. Les députés du DUP menacent de retirer leur soutien au Parti conservateur si l’accord est adopté par le Parlement. Le filet de sécurité pour l’Irlande n’est pas une chose qu’ils peuvent accepter [Ce sont des Protestants fondamentalistes qui vouent une haine implacable aux Catholiques d’Irlande, NdT]. Certains y voient la voie de la séparation. Selon l’ancien ministre des Affaires étrangères Boris Johnson, « C’est un choix entre l’éclatement de ce pays ou la soumission de ce pays, entre la séparation ou la soumission. Il s’agit de traiter l’Irlande du Nord comme une colonie économique de l’UE ou de traiter l’ensemble du Royaume-Uni comme une colonie de l’UE. C’est un choix entre protéger l’Union ou sauver le Brexit. » Leur intransigeance pourrait détruire le pays qu’ils prétendent protéger.

Le mécontentement est assez fort pour déclencher des rumeurs sur une possible « rébellion » dans les rangs de la coalition au pouvoir. Les appels en faveur d’un deuxième référendum sur le Brexit se sont multipliés. Mais cela changerait-il quelque chose et y a-t-il du temps avant la fin du mois de mars ? Une élection générale, une autre forme de référendum sur l’accord, est également une option. Si le gouvernement obtenait la majorité, il serait en bien meilleure position pour s’attaquer aux problèmes interminables causés par cet adieu à l’UE. Mais sur le terrain, rien ne peut changer ; les dirigeants européens ont averti qu’ils ne renégocieront pas l’accord.

Les conséquences ont un impact non seulement sur l’avenir de l’Europe, mais aussi sur le destin du royaume, car l’opinion publique britannique est divisée sur cette question et ces différences sont extrêmement difficiles à concilier. L’opinion publique britannique ne s’identifie plus aux travaillistes ou aux conservateurs, mais plutôt aux Brexiters et aux Remainers, l’Angleterre soutenant fermement le retrait de l’UE tandis que l’Irlande du Nord et l’Écosse veulent y rester.

En octobre, une étude du Centre on Constitutional Change a montré qu’une nette majorité des partisans de Brexit pensent qu’il est plus important de quitter l’UE que de garder l’Écosse et Irlande du Nord, toutes deux pro-UE. Pour eux, les abandonner est un prix acceptable à payer pour l’indépendance vis-à-vis de Bruxelles. 52% des électeurs d’Irlande du Nord et 48% des électeurs d’Écosse opteraient pour l’indépendance si le Brexit allait de l’avant, selon un récent sondage réalisé par Deltapoll.

Le filet de sécurité permettant de traiter l’Irlande du Nord comme un cas particulier, l’Écosse va inévitablement se poser la question : « Et nous ? » Les Écossais ont voté massivement en faveur du maintien dans l’UE. Le mépris de Londres pour ce fait poussera certainement la question de l’indépendance de l’Écosse sur le devant de la scène et ajoutera à l’ordre du jour un nouveau référendum sur l’indépendance. Le Premier ministre écossais, Nicola Sturgeon, envisage cette option. En outre, le parlement écossais pourrait déclarer l’indépendance sans tenir de référendum. Au minimum, Edimbourg accepterait un statut spécial qui lui permettrait de rester dans l’UE. Si l’Écosse partait, la question de la dissuasion nucléaire stratégique de la Grande-Bretagne, qui est actuellement basée en Écosse, se poserait. Il n’existe pas d’autre endroit immédiatement possible en Angleterre. Autre question, cet arsenal serait-il partagé, transformant ainsi l’Écosse en puissance nucléaire ?

Si l’unité est préservée, l’Irlande du Nord et l’Écosse bénéficieront chacune d’un statut spécial et au moins trois des nations qui composent ce royaume vivront alors conformément à leurs propres lois. Le pays serait désintégré de fait. Les appels à l’indépendance du Pays de Galles se feront également de plus en plus pressants. Le statut de grande puissance de la Grande-Bretagne ne sera plus assurée, même si elle conservera très probablement son siège au Conseil de sécurité de l’ONU. Le retrait du Royaume-Uni de l’UE pourrait marquer le début de sa désintégration. Et pour couronner le tout, L’OTAN n’est pas non plus aussi unie qu’elle l’était auparavant.

Theresa May rejette l’idée d’un autre référendum ou d’élections nationales qui, en théorie, pourraient être remportés par les partisans de l’UE – ce qui serait la seule chance de maintenir le Royaume-Uni en un seul morceau. Nous allons donc connaître des changements majeurs sur le continent européen. Il est extrêmement difficile de faire des prédictions précises sur ce qui nous attend, mais une chose est certaine : l’unité de l’Occident recevra un coup sévère.

Traduction Entelekheia

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.