Gilets jaunes : législatives anticipées ou États généraux?

Par Anne-Sophie Chazaud
Paru sur Vu du droit


En dépit des rodomontades bravaches, postures managériales et autres affirmations de façade, il y a le feu à la maison LREM, assaillie de tous côtés par un peuple dont elle a cru pouvoir ne faire qu’une bouchée de pain (voire de brioche à 200 euros).

Pourtant, certains élus ou représentants de la majorité continuent, n’ayant honte de rien, de venir pérorer sur les plateaux télé en raillant notamment la très grande hétérogénéité des revendications des gilets jaunes. Notons au passage la mauvaise foi du procédé puisque ce sont les mêmes qui, dans le même temps, tentent désespérément de réduire le mouvement de révolte actuel à la seule question des prix du carburant et de l’écologie, essayant ainsi de circonscrire l’incendie qui s’est pourtant déjà largement étendu à de nombreux autres sujets ayant trait au pouvoir d’achat, aux niveaux de revenus, mais aussi à des questions telles que la représentativité des élus, l’allocation des moyens de l’Etat etc.

Encore une fois, ces faquins infatués d’eux-mêmes ne comprennent rien, quand ils ne feignent pas de ne rien comprendre, ce qui dans les deux cas n’est pas admissible et représente une lourde faute politique.

Les élus LREM qui ne sont eux-mêmes rien d’autre qu’un patchwork pseudo-disruptif dont la plupart semble avoir décroché la timbale législative en 48h sur Amazon, paraissent globalement habités par une profonde inculture politique (et autre). On l’avait déjà constaté pendant l’affaire Benalla avec la consternante attitude de la majorité parlementaire lors des commissions d’enquête. Les voici à présent dans l’incapacité de comprendre que c’est précisément le foisonnement de revendications de ce mouvement de révolte qui en garantit l’aspect dynamique et quasi-inédit. Disons «quasi » car cela s’est tout de même déjà produit aux États généraux de 1789 avec la présentation des cahiers de doléances que nos drôles de la République en Marche auraient sans doute jugés un peu ridicules et fouillis, sachant que nous avons affaire à des gens qui aiment bien convoquer l’Histoire sans pour autant être manifestement capables de beaucoup remonter au-delà des années 1930 sur lesquelles se concentrent tous leurs fantasmes.

Certains pourraient penser que je manque d’objectivité et qu’il y aurait une forme de systématicité idéologique dans ma critique du pouvoir en place : ils se trompent. Quand bien même j’ai toujours considéré Macron comme une bulle spéculative, ce qu’il s’avère être au-delà de toute imagination, parvenu à la tête de l’exécutif par quasi-effraction (stratégie barragiste dite du Castor, appui opportun du Parquet National Financier pour disqualifier l’opposition etc.) et manigances d’une caste auto-produite dont la plupart des médias sont les outils propagandistes, j’ai aussi considéré, certains s’en souviendront, après son élection malgré tout légitime au plan formel, qu’il devait pouvoir disposer d’une majorité LREM à l’Assemblée nationale, ayant pour ma part et comme de nombreux Français une sainte horreur de la cohabitation et souhaitant que nous le jugions sur pièce puisque, ma foi, il était parvenu à gagner fût-ce avec des procédés peu reluisants. Il fallait faire cet indispensable effort de légitimisme et d’objectivité afin de rendre l’éventuelle critique ultérieure elle-même légitime et audible.

Je suis donc d’autant plus tranquille à présent pour faire exactement ce que je prônais dès les législatives : juger sur pièce, établir son jugement sur les actes accomplis et non sur des postulats idéologiques hostiles a priori.

Or, l’accumulation de ces actes sur lesquels il est permis de porter un regard négatif est accablante et notamment depuis l’affaire Benalla que certains idiots utiles nous ont reproché de monter en épingle alors qu’il était évident qu’elle contenait tous les symptômes des dysfonctionnements majeurs inhérents au macronisme et dont la révolte des gilets jaunes est la conséquence mécanique, logique et prévisible.

Mépris des corps intermédiaires, mépris de la démocratie parlementaire, mépris des corps constitués, mépris des territoires, rabaissement de l’Assemblée au rôle de chambre d’enregistrement pour députés godillots, gestionnarisation de l’action politique, inculture sur fond de management à l’emporte-pièce, vulgarité voire obscénité (au sens étymologique) des postures élyséennes (Fête de la musique, selfies au goût douteux désormais censurés même par le grand complice Zuckerberg), prises de parole intempestives et agressives visant le peuple, provocations narcissiques – traverser la rue, pognon de dingue, tu m’appelles pas Manu, Mimi Marchand et Compagnie -, insultes répétées visant le peuple français souvent depuis l’étranger, jeu pervers sur la question migratoire (félonie du Pacte sur les Migrations en vue dans quelques jours à Marrakech et sur lequel, comme de bien entendu, le peuple n’a pas son mot à dire alors que c’est lui qui en paiera les conséquences), renoncements serviles à la souveraineté au profit de la domination allemande devenue caricaturale dans une Union Européenne qui n’a plus d’âme et méprise les peuples mais continue malgré tout de courir comme un poulet sans tête, extrême brutalité des mesures sociales (plutôt antisociales), atteinte grave prévue à la laïcité, loi liberticide et propagandiste sur les Fake News, dépeçage en vue des collections publiques des musées pour cause d’affairisme néo-libéral sur fond d’indigénisme inculte, communautarisme flatté dans le sens du poil comme autant de parts de marché, proches douteux à la Belattar -dont on n’a toujours pas bien compris ce qu’il faisait exactement dans l’entourage présidentiel-, positions ambiguës sur l’islamisme, attitude caricaturale, clivante et histrionique à l’international, propagande idéologique de bas étage (gentils progressistes, méchants nationalistes)…

Dans ce bilan déjà très lourd, les députés LREM, de fait, ne représentent bientôt plus rien d’autre que la bulle spéculative qui les a fait advenir. Il n’est qu’à voir comment est traitée la députée LREM Sonia Krimi, incitée fermement à quitter le parti pour avoir osé sympathiser avec les gilets jaunes, elle qui avait déjà fait preuve de courage et de lucidité pendant l’affaire Benalla. Il n’est pas incohérent dans ce contexte que les gilets jaunes foisonnent de demandes mais aussi revendiquent de plus en plus unanimement la tenue de législatives anticipées, rappelant au passage que les députés sont supposés représenter le peuple français et non pas l’exécutif.

Cela se fera, ou pas, mais dans tous les cas, le pouvoir en place a déjà perdu, qu’il s’entête ou qu’il cède.

N’oublie jamais qui t’a fait Roi, sans quoi il y a toujours un moment où celui que tu as oublié se rappellera à ton bon souvenir.

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