Comment le père de George H.W. Bush a soutenu l’ascension d’Hitler

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D’où vient la fortune de la dynastie Bush ? Un article de 2004 traduit aujourd’hui à l’occasion du décès de George H.W. Bush (dont il y aurait beaucoup à dire aussi, ainsi que de son fils George W) donne des éléments de réponse.


Par Ben Aris à Berlin et Duncan Campbell à Washington
Paru sur le Guardian sous le titre How Bush’s grandfather helped Hitler’s rise to power


Le père de George H. W. Bush et grand-père de George W. Bush, feu le sénateur américain Prescott Bush, était directeur et actionnaire d’entreprises qui ont profité de leur implication avec les soutiens financiers de l’Allemagne nazie.

Le Guardian a obtenu la confirmation, à partir de dossiers découverts aux Archives nationales des États-Unis, qu’un cabinet dont Prescott Bush était directeur collaborait avec les architectes des finances du nazisme.

Ses relations d’affaires, qui se sont poursuivies jusqu’à la saisie des actifs de son entreprise en 1942 en vertu de la loi sur le commerce avec l’ennemi, ont conduit plus de 60 ans plus tard à une action civile en dommages et intérêts intentée en Allemagne, contre la famille Bush, par deux anciens travailleurs forcés d’Auschwitz et à une vive controverse préélectorale.

Les preuves ont également incité un ancien procureur américain chargé des poursuites pour crimes de guerre nazis à soutenir que l’action de feu le sénateur aurait dû faire l’objet d’un procès pour collusion avec l’ennemi.

Le comportement de Prescott Bush faisait l’objet de rumeurs depuis un certain temps. Sur Internet, il y avait des allusions constantes à une connexion « Bush-nazis », dont une grande partie était inexacte et injuste. Mais les nouveaux documents, dont beaucoup n’ont été déclassifiés que l’année dernière [en 2003], montrent que même après l’entrée en guerre de l’Amérique, et alors que l’on disposait déjà d’informations importantes sur les plans et les politiques des nazis, il travaillait pour des entreprises étroitement liées aux entreprises allemandes qui avaient financé la montée au pouvoir d’Hitler. Il a également été suggéré que l’argent gagné lors de ces transactions a aidé à cimenter la fortune de la famille Bush et à installer sa dynastie politique.

Étrangement, peu de choses dans les relations de Bush avec l’Allemagne ont fait l’objet d’un examen public, en partie à cause du statut secret des documents qui le concernent. Mais aujourd’hui, l’action en dommages-intérêts de plusieurs milliards de dollars intentée par deux survivants de l’Holocauste contre la famille Bush et la publication imminente de trois livres sur le sujet menacent de rendre l’histoire commerciale de Prescott Bush inconfortable pour son petit-fils, George W, dans sa quête de réélection.

Bien que rien n’indique que Prescott Bush ait été favorable à la cause nazie, les documents révèlent que la firme pour laquelle il travaillait, Brown Brothers Harriman (BBH), avait servi de base américaine à l’industriel allemand Fritz Thyssen, qui avait aidé à financer Hitler dans les années 1930 avant de tomber avec lui. Le Guardian a vu des preuves selon lesquelles Bush était directeur de l’Union Banking Corporation (UBC), une firme bancaire basée à New York qui représentait les intérêts américains de Thyssen, et qu’il a continué à travailler pour cette banque après l’entrée en guerre des États-Unis.

Captivant…

Bush siégeait également au conseil d’administration d’au moins une des sociétés d’un réseau multinational de sociétés écrans qui permettaient à Thyssen de déplacer des actifs dans le monde entier.

Thyssen possédait la plus grande entreprise d’acier et de charbon d’Allemagne et s’était enrichi grâce aux efforts d’Hitler pour se réarmer entre les deux guerres mondiales. L’un des piliers du réseau international de Thyssen, l’UBC, travaillait exclusivement pour, et était détenue par une banque que Thyssen possédait aux Pays-Bas. Les liens de Bush avec la Consolidated Silesian Steel Company (CSSC), basée en Silésie, la région frontalière germano-polonaise riche en minerais, sont encore plus captivants. Pendant la guerre, l’entreprise avait eu recours au travail forcé dans les camps de concentration, y compris à Auschwitz. La propriété de la Consolidated Silesian Steel Company a changé de mains à plusieurs reprises dans les années 1930, mais des documents des Archives nationales américaines ont déclassifié l’an dernier le lien entre Bush et la Consolidated Silesian Steel Company, bien qu’il ne soit pas clair si lui et l’UBC étaient toujours impliqués dans la société lorsque les actifs américains de Thyssen ont été saisis, en 1942.

Trois séries d’archives décrivent l’implication de Prescott Bush. Ces trois documents sont facilement accessibles, grâce à l’efficacité du système d’archivage américain et à l’aide du personnel dévoué de la Bibliothèque du Congrès de Washington et des Archives nationales de l’Université du Maryland.

La première série de dossiers, les documents Harriman de la Bibliothèque du Congrès, montrent que Prescott Bush était administrateur et actionnaire d’un certain nombre d’entreprises liées à Thyssen.

La deuxième série de documents, qui se trouvent aux Archives nationales, est contenue dans l’ordonnance d’acquisition numéro 248, qui avait enregistré la saisie des biens de la société. Ce que ces dossiers montrent, c’est que le 20 octobre 1942, le Gardien des biens étrangers a saisi les biens de l’UBC, dont Prescott Bush était un des administrateurs. Après avoir examiné les dossiers de la banque, d’autres saisies ont été effectuées contre deux de ses filiales, la Holland-American Trading Corporation et la Seamless Steel Equipment Corporation. En novembre, la Silesian-American Company, une autre entreprise de Prescott Bush, avait également été saisie.

La troisième série de documents, qui se trouve également aux Archives nationales, se trouve dans les dossiers concernant IG Farben, qui a été poursuivi pour crimes de guerre.

Un rapport publié par l’Office of Alien Property Custodian (le Bureau du Gardien des biens étrangers) en 1942 déclarait à propos de ces sociétés que « depuis 1939, ces propriétés (sidérurgiques et minières) sont détenues et exploitées par le gouvernement allemand et ont sans aucun doute été d’une aide considérable dans l’effort de guerre du pays ».

Prescott Bush, un charmeur doté d’une voix chaude de chanteur, est le fondateur de la dynastie politique Bush et était autrefois lui-même considéré comme un candidat potentiel à la présidence. Comme son fils, George, et son petit-fils, George W, il était passé par Yale où il était, comme ses descendants, un membre de l’influente et secrète société étudiante Skull and Bones. Il avait été capitaine d’artillerie pendant la Première Guerre mondiale et avait épousé Dorothy Walker, la fille d’un banquier, George Herbert Walker, en 1921.

En 1924, son beau-père, un banquier d’affaires bien connu de St Louis, l’avait aidé à s’installer à New York avec Averell Harriman, un riche fils du magnat du chemin de fer E H Harriman de New York qui s’était reconverti dans la banque.

L’un des premiers emplois que Walker avait confié à Bush avait été de gérer l’UBC. Bush était l’un des membres fondateurs de la banque et les documents de constitution en société, qui l’inscrivent parmi les sept administrateurs, montrent qu’il détenait une action de l’UBC valant 125 $.

La banque avait été créée par Harriman et le beau-père de Bush pour fournir une banque américaine aux Thyssen, la plus puissante famille industrielle d’Allemagne.

August Thyssen, le fondateur de la dynastie, avait été un contributeur majeur à l’effort allemand lors de la Première Guerre mondiale et dans les années 1920, lui et ses fils Fritz et Heinrich avaient établi un réseau de banques et d’entreprises étrangères afin que leurs actifs et leur argent puissent être transférés offshore en cas de menace.

Au moment où Fritz Thyssen avait hérité de l’empire Thyssen en 1926, la reprise économique de l’Allemagne était chancelante. Après avoir entendu un discours d’Adolf Hitler, Thyssen avait été fasciné par la fougue du jeune politicien. Il avait rejoint le parti nazi en décembre 1931 et admettait avoir soutenu Hitler dans son autobiographie, I Paid Hitler (J’ai payé Hitler), alors que les nationaux-socialistes étaient encore un parti radical marginal. Il était intervenu à plusieurs reprises pour renflouer le parti quand il se trouvait en difficulté : en 1928, Thyssen avait acheté le Barlow Palace sur la Briennerstrasse, à Munich, où Hitler avait ensuite installé la Brown House, le siège du parti nazi. L’argent provenait d’une autre institution étrangère de Thyssen, la Bank voor Handel en Scheepvaart, sise à Rotterdam.

À la fin des années 1930, Brown Brothers Harriman, qui revendiquait le statut de plus grande banque d’investissement privée du monde, et l’UBC avaient acheté et expédié des millions de dollars d’or, de combustible, d’acier, de charbon et de bons du Trésor américain en Allemagne, pour alimenter et financer la préparation de la guerre par Hitler.

Entre 1931 et 1933, l’UBC avait acheté pour plus de 8 millions de dollars en or, dont 3 millions avaient été envoyés à l’étranger. Selon des documents vus par le Guardian, après la création de l’UBC, celle-ci a transféré 2 millions de dollars sur des comptes de Brown Brothers Harriman et, entre 1924 et 1940, les actifs de l’UBC oscillaient autour de 3 millions de dollars, baissant à 1 million de dollars à seulement quelques reprises.

En 1941, Thyssen avait fui l’Allemagne après s’être brouillé avec Hitler, mais il avait été capturé en France et détenu jusqu’à la fin de la guerre.

Il n’y avait rien d’illégal à faire des affaires avec les Thyssen tout au long des années 1930 et plusieurs des noms d’affaires les plus connus des États-Unis avaient investi massivement dans la reprise économique allemande. Mais tout avait changé après l’invasion de la Pologne par l’Allemagne en 1939. Même à ce moment-là, on pourrait soutenir que Brown Brothers Harriman avait le droit de poursuivre ses relations commerciales avec les Thyssen jusqu’à la fin de 1941, car les États-Unis était restés techniquement neutres jusqu’à l’attaque contre Pearl Harbor. Le problème a commencé le 30 juillet 1942, lorsque le New York Herald Tribune a publié un article intitulé « Hitler’s Angel Has $3m in US Bank » (« L’Ange d’Hitler a 3 millions de dollars dans le système bancaire des USA »). Les énormes achats d’or de l’UBC avaient éveillé des soupçons sur le fait que la banque pouvait être en fait un « sac d’or » caché à New York pour Thyssen et d’autres gros bonnets nazis. La Alien Property Commission (APC, Commission des propriétés étrangères) a ouvert une enquête.

Il n’y a aucun doute sur le fait que le gouvernement américain ait saisi une série d’actifs contrôlés par Brown Brothers Harriman – y compris l’UBC et la Silesian-American Company – à l’automne 1942, en vertu de la loi sur le commerce avec l’ennemi. La question qui se pose aujourd’hui est de savoir si Harriman, Walker et Bush possédaient ces compagnies uniquement sur papier ou non.

Erwin May, attaché au Trésor et agent du service des enquêtes de l’APC (Commission des propriétés étrangères), avait été chargé d’examiner les activités de l’UBC. Le premier fait à émerger était que Roland Harriman, Prescott Bush et les autres administrateurs ne détenaient pas réellement leurs actions de l’UBC, mais qu’ils les détenaient simplement au nom de la Bank voor Handel.
Curieusement, personne ne semblait savoir à qui appartenait la banque de Rotterdam, y compris le président de l’UBC.

May écrit dans son rapport du 16 août 1941 : « L’Union Banking Corporation, constituée le 4 août 1924, est détenue à 100 % par la Bank voor Handel en Scheepvaart N.V. de Rotterdam, aux Pays-Bas. Mon enquête n’a produit aucun indice quant à la propriété de la banque néerlandaise. Mr Cornelis [sic] Lievense, président de l’UBC, prétend ne pas être au courant de l’identité du ou des propriétaires de la Bank voor Handel, mais pense qu’il est possible que le baron Heinrich Thyssen, frère de Fritz Thyssen, en possède une part substantielle. »

May a blanchi la banque de l’accusation de constituer un « sac d’or » pour les dirigeants nazis, mais il a décrit un réseau de compagnies qui s’étendaient à partir de l’UBC sur l’Europe, l’Amérique et le Canada, et comment l’argent de la Bank voor Handel arrivait jusqu’à ces compagnies via l’UBC.

En septembre, May avait retracé les origines des membres non américains du conseil d’administration et découvert que le Néerlandais HJ Kouwenhoven – qui avait rencontré Harriman en 1924 pour fonder l’UBC – avait plusieurs autres fonctions : en plus d’être directeur général de la Bank voor Handel, il était également directeur de la banque d’August Thyssen à Berlin et directeur du syndicat Fritz Thyssen Steel Works, la holding qui contrôlait l’empire minier et métallurgique de Thyssen en Allemagne.

Après quelques semaines, Homer Jones, le chef de la division des enquêtes et de la recherche de l’APC, avait envoyé une note de service au comité exécutif de l’APC, où il recommandait au gouvernement des USA de saisir l’UBC et ses avoirs. Jones nommait les administrateurs de la banque, y compris le nom de Prescott Bush, et avait écrit : « Ces actions sont détenues par les personnes susmentionnées, mais uniquement à titre de mandataires pour la Bank voor Handel de Rotterdam, en Hollande, qui appartient à un ou plusieurs membres de la famille Thyssen, des ressortissants de l’Allemagne et de Hongrie. Les 4 000 actions susmentionnées sont donc la propriété effective et servent les intérêts de ressortissants ennemis, et sont confiscables par l’APC », selon la note des Archives nationales vue par le Guardian.

La main dans le sac

Jones a recommandé que les actifs soient liquidés au profit du gouvernement, mais l’UBC a été maintenue intacte et finalement rendue à ses actionnaires américains après la guerre. Certains prétendent que Bush a vendu sa part de l’UBC après la guerre pour 1,5 million de dollars – une somme énorme à l’époque – mais il n’y a aucune preuve pour étayer cette affirmation. Aucune autre mesure n’a été prise et l’enquête n’a été poursuivie, malgré le fait que l’UBC ait été prise en flagrant délit d’exploitation d’une société écran américaine pour la famille Thyssen huit mois après l’entrée en guerre des États-Unis, et que cette banque avait financé en partie la montée au pouvoir de Hitler.

La partie la plus captivante de l’histoire reste entourée de mystère : le lien, le cas échéant, entre Prescott Bush, Thyssen, la Consolidated Silesian Steel Company (CSSC) et Auschwitz.

Le partenaire de Thyssen dans United Steel Works, qui possédait des mines de charbon et des aciéries dans toute la région, était Friedrich Flick, un autre magnat de l’acier qui possédait également une partie d’IG Farben, la puissante société chimique allemande.

Les usines de Flick en Pologne avaient fait un usage intensif de travail forcé dans les camps de concentration en Pologne. Selon un article du New York Times publié le 18 mars 1934, Flick détenait les deux tiers de la Consolidated Silesian Steel Company, les « intérêts américains » détenant le reste.

Les documents des Archives nationales montrent que la participation de Brown Brothers Harriman à la Consolidated Silesian Steel Company ne se limitait pas à en détenir des actions au milieu des années 1930. En janvier 1933, un ami et compagnon de la société Skull and Bones de Bush, Knight Woolley, un autre partenaire de Brown Brothers Harriman, avait écrit à Averell Harriman pour l’avertir de problèmes avec la Consolidated Silesian Steel Company après que les Polonais eurent commencé leur campagne de nationalisation de l’usine. « La situation de la Consolidated Silesian Steel Company est devenue de plus en plus compliquée, et j’ai donc fait appel à Sullivan et Cromwell * afin d’être sûr que nos intérêts sont protégés, » écrivait Knight. « Après avoir étudié la situation, Foster Dulles insiste pour que leur homme à Berlin entre en scène et obtienne les informations que les directeurs ici présents devraient avoir. Vous vous souviendrez que Foster est un des directeur et qu’il est particulièrement soucieux de s’assurer que les directeurs américains ne seront tenus pour responsables de rien. »

Mais la propriété de la Consolidated Silesian Steel Company, entre 1939 lorsque les Allemands avaient envahi la Pologne et 1942, quand le gouvernement américain avait saisi l’UBC et la Silesian-American Company, n’est pas claire.

« La Silesian-American Company détenait des mines de charbon et possédait la Consolidated Silesian Steel Company entre 1934 et 1935, mais lorsque la Silesian-American Company a été saisie, il n’y avait aucune trace de la Consolidated Silesian Steel Company. Toutes les preuves concrètes de sa propriété avaient disparu après 1935 et il n’y a que peu de traces pour 1938 et 1939 », explique Eva Schweitzer, journaliste et auteur du livre America and the Holocaust.

La Silésie avait rapidement été intégrée au Reich allemand après l’invasion, mais alors que les usines polonaises avaient été saisies par les nazis, celles appartenant aux Américains encore neutres (et quelques autres ressortissants) étaient traitées avec plus de prudence, car Hitler espérait toujours persuader les États-Unis de rester hors de la guerre au nom de leur neutralité. Selon Eva Schweitzer, les intérêts américains avaient été traités au cas par cas. Les nazis en ont racheté certains, mais pas d’autres.

Les deux survivants de l’Holocauste qui poursuivent le gouvernement américain et la famille Bush pour un montant total de 40 milliards de dollars en dommages-intérêts expliquent que tous deux avaient matériellement bénéficié du travail forcé à Auschwitz pendant la Seconde Guerre mondiale.

Kurt Julius Goldstein, 87 ans, et Peter Gingold, 85 ans, ont entamé des poursuites en Amérique en 2001, mais le juge Rosemary Collier a rejeté l’affaire au motif que le gouvernement ne peut être tenu responsable des faits mentionnés en vertu du principe de la « souveraineté des États ».

Jan Lissmann, l’un des avocats des survivants, a dit : « Le président Bush a retiré la signature du président Bill Clinton du traité [qui a fondé le tribunal] non seulement pour protéger les Américains, mais aussi pour se protéger lui-même et sa famille. »

Lissmann soutient que les cas liés à l’Holocauste sont couverts par le Droit international, qui tient les gouvernements responsables de leurs actes. Il fait valoir que la décision du juge était entachée de nullité parce qu’il n’y avait pas eu d’audience.

Mr Goldstein et Mr Gingold, président honoraire de la Ligue des Antifascistes, suggèrent que les Américains étaient au courant de ce qui se passait à Auschwitz et auraient dû bombarder le camp.

Les avocats ont également déposé une requête à La Haye pour solliciter son avis sur la question de savoir si la souveraineté de l’État est un motif valable pour refuser d’entendre leur cause. Une décision est attendue d’ici un mois. [Elle reste attendue à ce jour, NdT].

La pétition adressée aux États de La Haye stipule que : « A partir d’avril 1944, l’armée de l’air américaine aurait pu détruire le camp par des raids aériens, ainsi que les ponts ferroviaires et les lignes ferroviaires entre la Hongrie et Auschwitz. Le meurtre d’environ 400 000 victimes hongroises de l’Holocauste aurait pu être évité. »

L’affaire s’articule autour d’un décret exécutif du 22 janvier 1944. Signé par le président Franklin Roosevelt, il appelait le gouvernement à prendre toutes les mesures nécessaires pour sauver les Juifs européens. Les avocats prétendent que l’ordonnance avait été ignorée en raison de pressions exercées par un groupe de grandes sociétés américaines, notamment Brown Brothers Harriman, dont Prescott Bush était administrateur.

Lissmann a dit : « Si nous avons une décision positive du tribunal, cela causera d’énormes problèmes à Bush et le rendra personnellement redevable d’une compensation. »

Le gouvernement américain et la famille Bush ont rejeté toutes les accusations portées contre eux.

Outre celui d’Eva Schweitzer, deux autres livres abordent le sujet de l’histoire des affaires de Prescott Bush. L’auteur du deuxième livre, John Loftus, est un ancien procureur américain qui a poursuivi des criminels de guerre nazis dans les années 70. Loftus vit maintenant à Saint Petersburg, en Floride, et gagne sa vie en tant que commentateur pour Fox News et la radio ABC. Il a également écrit un roman qui utilise une partie du matériel qu’il a découvert sur Bush. Loftus a souligné que Prescott Bush était impliqué dans exactement la même chose que beaucoup d’autres hommes d’affaires américains et britanniques à l’époque.

« Vous ne pouvez pas blâmer Bush pour ce que son grand-père a fait, pas plus que vous ne pouvez blâmer John F. Kennedy pour ce que son père avait fait – il avait acheté des actions nazies – mais ce qui est important, c’est la dissimulation, comment elle a pu se poursuivre avec autant de succès pendant un demi-siècle, et quelles en sont les implications pour nous aujourd’hui ? » a-t-il dit.

« C’était le mécanisme par lequel Hitler a été financé pour arriver au pouvoir, c’était le mécanisme par lequel l’industrie de défense du Troisième Reich a été réarmée, c’était le mécanisme par lequel les profits nazis ont été rapatriés aux propriétaires américains, c’était le mécanisme par lequel les enquêtes sur le blanchiment financier du Troisième Reich ont été étouffées, » dit Loftus, qui est vice-président du Musée de la Shoah à Saint Petersburg.

« L’Union Banking Corporation (UBC) était une société holding pour les nazis, pour Fritz Thyssen, » a déclaré Loftus. « A plusieurs reprises, la famille Bush a essayé de raconter des mensonges, disant qu’elle appartenait à une banque néerlandaise et que ce n’est que lorsque les nazis avaient pris le pouvoir en Hollande qu’ils s’étaient rendu compte que les nazis contrôlaient la société. C’est pourquoi, après la guerre, les partisans de Bush ont prétendu avoir repris leur argent. Les enquêtes du Trésor américain et les enquêtes des services de renseignements en Europe réfutent tout à fait cela, c’est de la foutaise. Ils ont toujours su qui étaient les bénéficiaires ultimes – les nazis. »

« Il n’y a plus personne en vie qui pourrait être poursuivi en justice, mais ils s’en sont sortis impunément », a déclaré M. Loftus. « Si j’étais encore procureur fédéral, je demanderais que Prescott Bush, son beau-père (George Walker) et Averell Harriman soient poursuivis pour collusion avec l’ennemi. Ils sont restés au conseil d’administration de ces sociétés, alors qu’ils savaient pertinemment qu’elles étaient financièrement avantageuses pour la nation allemande. »

Loftus a dit que Prescott Bush devait être au courant de ce qui se passait en Allemagne à l’époque. « Selon moi, c’était un gendre pas très doué qui faisait ce qu’Herbert Walker lui avait dit de faire. Walker et Harriman étaient les deux génies du mal, ils ne se souciaient pas plus des nazis que de leurs investissements chez les bolcheviques. »

Ce qui est aussi en jeu, c’est combien d’argent Bush a gagné grâce à sa participation à ces entreprises. Ses partisans avancent qu’il avait une part symbolique. Loftus conteste cela, citant des sources des « communautés bancaires et du renseignement » et suggérant que la famille Bush, à travers George Herbert Walker et Prescott, a obtenu 1,5 million de dollars. Il n’y a cependant aucune trace écrite de cette somme.

La troisième personne à publier sur le sujet a été John Buchananan, 54 ans, journaliste basé à Miami, qui a commencé à examiner les dossiers tout en travaillant sur un scénario de film. L’année dernière, Buchanan a publié ses découvertes dans la vénérable mais peu diffusée New Hampshire Gazette sous le titre « Documents in National Archives Prove George Bush’s Grandfather Traded With the Nazis – Even After Pearl Harbor » (« Des Documents des Archives nationales prouvent que le grand-père de George W. Bush a commercé avec les nazis – même après Pearl Harbor ») . Il développe ce sujet dans son livre Fixing America: Breaking the Stranglehold of Corporate Rule, Big Media and the Religious Right.

Dans l’article, Buchananan, qui a travaillé principalement dans la presse professionnelle et musicale avec un passage dans le journalisme d’investigation à Miami, affirme que « les faits essentiels sont apparus sur Internet et dans des livres relativement obscurs, mais ont été rejetés par les médias et la famille Bush comme autant de rumeurs infondées ».

Buchanan souffre d’hypermanie, une forme de dépression maniaco-dépressive, et lorsqu’il s’est trouvé rejeté dans ses premiers efforts pour intéresser les médias, il a répondu par une série de menaces contre les journalistes et les médias qui l’avaient dédaigné. Ses menaces, contenues dans des courriels, suggéraient qu’il démasquerait ces journalistes comme des « traîtres à la vérité ».

Comme on pouvait s’y attendre, il n’a pas tardé à avoir des difficultés à obtenir des réponses à ses appels. Plus grave encore, il a fait l’objet d’accusations de harcèlement aggravé à Miami, en relation avec un homme avec qui il s’était brouillé sur la meilleure façon de faire connaître ses conclusions. Les charges contre lui ont été abandonnées.

Biographie

Buchanan a dit qu’il regrettait que son comportement ait nui à sa crédibilité, mais que son but principal était d’assurer la publicité de l’histoire. Loftus et Schweitzer affirment que Buchananan a produit des documents qui n’avaient pas encore été divulgués.

La famille Bush n’a fait presque aucun commentaire sur Prescott Bush. Brown Brothers Harriman a également refusé de répondre aux questions.

La famille Bush a récemment approuvé une biographie flatteuse de Prescott Bush intitulée « Duty, Honour, Country » (« Devoir, honneur, patrie ») par Mickey Herskowitz. Les éditeurs, Rutledge Hill Press, avaient promis que le livre « traiterait honnêtement des relations d’affaires présumées de Prescott Bush avec les industriels nazis et autres accusations ».

En fait, les allégations sont traitées en moins de deux pages. Le livre fait référence à l’histoire du Herald Tribune en disant qu’une « personne dont l’éthique aurait été moins établie aurait paniqué… Bush et ses associés de Brown Brothers Harriman ont informé les organismes de réglementation gouvernementaux que le compte, ouvert à la fin des années 1930, représentait ‘une politesse bénévole pour un client’… Prescott Bush a agi rapidement et ouvertement au nom du cabinet, et bénéficiait d’une réputation qui n’avait jamais été compromise. Il a mis à disposition tous les dossiers et tous les documents. Six décennies plus tard, à l’ère des scandales et des carrières brisées, il a reçu ce qu’on peut considérer comme l’ultime certificat de bonne conduite. »

L’histoire de Prescott Bush a été considérée par les conservateurs et certains Démocrates comme sans rapport avec le président actuel, George W. Bush. Il a également été suggéré que Prescott Bush n’avait que peu de chose à voir avec Averell Harriman et que les deux hommes s’opposaient politiquement.

Cependant, les documents du dossier Harriman comprennent un profil flatteur de Harriman en temps de guerre publié dans le New York Journal American et, à côté, dans le dossier, une lettre de Prescott Bush à l’éditeur de ce journal pour le féliciter d’avoir publié ce profil. Prescott Bush ajoutait que la « performance d’Harriman et son attitude ont été une source d’inspiration et de fierté pour ses partenaires et ses amis. »

L’Anti-Defamation League**, aux États-Unis, soutient Prescott Bush et la famille Bush. Dans une déclaration de l’année dernière, elle a déclaré que « des rumeurs sur de prétendus « liens » nazis du regretté Prescott Bush… ont largement circulé sur Internet ces dernières années. Ces accusations sont intenables et politiquement motivées… Prescott Bush n’était ni nazi ni sympathisant nazi. »

Cependant, l’une des plus anciennes publications juives du pays, le Jewish Advocate, a diffusé la controverse en détail.

Plus de 60 ans après que Prescott Bush ait été brièvement examiné, son petit-fils fait face à un autre type d’examen, mais un examen fondé sur la même perception selon laquelle, pour certaines personnes, la guerre peut être une affaire rentable.

Traduction et notes Entelekheia
Photo Pixabay : Auschwitz

Notes de la traduction :

* La firme d’avocats Sullivan et Cromwell, d’où étaient sortis deux personnages centraux de la politique américaine dans les années 50, le Secrétaire d’Etat John Foster Dulles et son frère, le directeur de la CIA Allen Dulles, avait directement trempé dans le coup d’État de 1954 contre le président élu du Guatemala, Jacobo Arbenz. Voir l’article « Tueurs d’espoir : 1954, les fruits amers de la CIA au Guatemala ».

** L’Anti-Defamation League est une organisation non-gouvernementale américaine dédiée à la lutte contre l’antisémitisme.

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