A quoi le dernier sommet du G20 a-t-il servi ?

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Par Neil Clark
Paru sur RT sous le titre It takes two to tango: What did G20 summit actually achieve?


Les dirigeants des 20 pays les plus riches du monde se sont réunis en Argentine le week-end dernier pour le sommet du G20, mais en est-il ressorti quelque chose d’important, à part quelques bonnes occasions de photos ?

Supposons qu’il n’y ait pas eu de sommet du G20 à Buenos Aires. Serions-nous en plus mauvaise posture ?

Entendons-nous bien. Je n’ai rien contre le fait que des dirigeants du monde se réunissent et taillent une bavette autour d’un gueuleton arrosé d’un bon pif. Mieux vaut un quadrille de mandibules qu’une guerre. Mais ce G20 n’a jamais vraiment décollé. On pourrait dire que la « défaillance technique » qui a forcé l’avion d’Angela Merkel à rentrer en Allemagne après le décollage était un présage. Peut-être que l’avion savait quelque chose.

Dès le début, le principal sujet d’actualité a été le président russe Vladimir Poutine et le prince héritier d’Arabie Saoudite Mohammed ben Salmane, qui se sont mutuellement félicités. Que nous pensions que c’était une bonne idée, une mauvaise idée ou que nous n’en ayons rien à faire, l’importance accordée à l’affaire dans une grande partie des médias occidentaux en dit long. « La vidéo est à prendre très au sérieux. Alors que ces deux dirigeants rient – et dégèlent les tensions entre leurs nations en travaillant en partenariat pour soutenir les prix du pétrole brut – il y a une absence totale de leadership moral de la part du président américain », écrit Julian Zelizer de CNN.

Détends-toi un peu, Jules. C’est ton pays qui a été l’allié le plus loyal de l’Arabie Saoudite, après tout.

Alors que Poutine a été bien évidemment condamné, comme on pouvait s’y attendre, les dirigeants qui ont exprimé leur « préoccupation » au sujet du meurtre « déplorable » de Jamal Khashoggi, mais qui n’ont pris aucune mesure pour mettre fin aux ventes d’armes à Riyad, ont échappé aux condamnations. Quelques tapes amicales dans le dos sont, semble-t-il, pires que le soutien des pays occidentaux à la guerre au Yémen.

Une rencontre entre le président Trump et Poutine aurait pu être utile pour apaiser les tensions internationales. Imaginez si les deux hommes étaient arrivés à un compromis !

Le face à face n’a pas eu lieu à cause des événements en Ukraine. C’est du moins ce qu’on nous a dit. En vérité, Trump se serait retrouvé sous un feu roulant de condamnations s’il avait rencontré son homologue russe, et sous un autre feu roulant de critiques s’il s’abstenait de lui parler. S’ils s’étaient rencontrés, cela aurait été Donald Trumpsky recevant ses ordres du Kremlin. Si ce n’était pas le cas, cela prouvait que Trump était trop faible pour dire face à face à Poutine : « Sortez de l’Ukraine ! »

Le président américain a cependant eu un « dîner de travail » avec le dirigeant chinois Xi Jinping. Et qu’est-ce qui a été convenu ? Pas grand-chose, si ce n’est de mettre le différend commercial actuel en suspens pendant trois mois. Espérons au moins que le steak était bon.

Emmanuel Macron était en Argentine, mais on ne pouvait s’empêcher de penser qu’il aurait mieux fait de rester chez lui et d’y régler les problèmes croissants qu’il rencontre, la France étant apparemment au bord d’une nouvelle Révolution. « Je respecterai toujours les différences. J’écouterai toujours l’opposition, mais je n’accepterai jamais la violence », a-t-il dit. Il aurait pu ajouter, « sauf lorsqu’elle est dirigée contre le gouvernement syrien. »

Je ne sais pas pour vous, mais pour ma part, j’ai hâte de voir Victoria Nuland s’envoler pour Paris et distribuer des cookies démocratiques aux Gilets jaunes comme elle l’avait fait avec les manifestants du Maïdan il y a presque cinq ans. Et pour sa part, la Grande-Bretagne soutiendra-t-elle les « rebelles modérés » français et enverra-t-elle les « Casques blancs » comme premiers secouristes ? Voilà qui pourrait être un bon moyen d’obtenir un meilleur accord sur les quotas de pêche. *

(Chaos en France : Macron envisage l’état d’urgence au milieu des manifestations des « Gilets jaunes ». ‘Toutes les options’ sont sur la table)

Et puisque nous en parlons, Theresa May était aussi à Buenos Aires, profitant sans doute d’un bref répit de son ‘Brexit Blues’ intérieur. Elle a insisté sur le fait qu’elle retirerait le Royaume-Uni de l’UE, même si son accord négocié, si on peut l’appeler ainsi, risque fort d’être rejeté à la Chambre des communes.

(Le problème de Theresa May est qu’elle jouait aux dames alors que tous les autres jouaient aux échecs…)

Le Premier ministre japonais Shinzo Abe a mis en garde May contre les conséquences d’un Brexit sans accord négocié. Mais bien sûr, il ne s’agit pas « d’ingérence » dans les affaires intérieures de la Grande-Bretagne, car ce n’est pas un Russe.

Au cours d’un « petit déjeuner de travail » organisé « sans média » (mais j’espère avec des saucisses, des brownies au haschisch et beaucoup de thé, des toasts et du café), Poutine et Merkel ont accepté de parler davantage de l’Ukraine. A une date ultérieure.

Une fois de plus, le G20 de Buenos-Aires n’a pas été considéré comme le bon moment ou le bon endroit.

(Je viens de signer l’un traité commerciaux les plus importants, et grands, de l’histoire des USA et du monde. Les Etats-Unis, le Mexique et le Canada ont très bien travaillé ensemble pour forger ce grand document. Le très mauvais NAFTA sera bientôt parti. L’USMCA sera fantastique pour tous !)

Outre la signature du traité USMCA vendredi dernier, qui aurait pu avoir lieu n’importe où, la chose probablement la plus constructive du sommet a été l’appel du président turc Erdogan, lancé lors d’une réunion avec le président Poutine, en faveur d’un autre sommet pour discuter de la situation dans la province d’Idlib en Syrie et de la création là-bas d’une zone démilitarisée.

Mais avouons-le, cela aurait pu se faire aussi par téléphone.

Bien sûr, des discussions très importantes auraient pu avoir lieu à huis clos en Argentine. Des discussions qui pourraient atténuer certains des problèmes les plus urgents dans le monde, tels que le changement climatique et la pauvreté dans le monde. Une « déclaration des dirigeants » longue et verbeuse a été publiée, qui réaffirme leur engagement en faveur d’un « ordre international fondé sur la règle de droit et capable de répondre efficacement à un monde en mutation rapide », mais qu’est-ce que cela signifie dans la pratique, quand, pour ne prendre qu’un exemple, 2 000 soldats américains continuent d’occuper illégalement certaines parties de la Syrie ?

Ainsi, Buenos Aires a-t-elle été une occasion manquée ?

Seules les personnes présentes connaissent la réponse à cette question. Il suffit de deux personnes pour arriver à un compromis, mais il en faut beaucoup plus pour réussir un sommet du G20.

Neil Clark est journaliste, homme de radio et blogueur. Il a écrit pour de nombreux journaux et magazines au Royaume-Uni et dans d’autres pays, notamment le Guardian, le Morning Star, le Daily/Sunday Express, le Mail on Sunday, le Daily Mail, le Daily Telegraph, le New Statesman, le Spectator, The Week et The American Conservative. C’est un habitué des colonnes de RT et a également fait des apparitions à la télévision et à la radio sur la BBC, Sky News, Press TV et Voice of Russia. Il est cofondateur de la Campaign For Public Ownership (Campagne pour la propriété publique) @PublicOwnership. Son blog primé  www.neilclark66.blogspot.com. Compte Twitter @NeilClark66

Traduction Entelekheia
Photo Pixabay

Note de la traduction
* Les quotas de pêche de l’UE font l’objet de multiples doléances de la part des pêcheurs du Royaume-Uni (qui sont nombreux sur cette île).

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