Theresa May : un Premier ministre en voie d’extinction et son gouvernement-zombie

Par George Galloway
Paru sur RT sous le titre Theresa May: An extinct prime minister and her dead-man-walking government (by George Galloway)


Même après sa défaite historique à la Chambre des communes au sujet de l’accord du Brexit, il est peu probable que le premier ministre Theresa May soit renversée lors de la motion de censure à venir. Cela n’aidera pas non plus à mettre de l’ordre le chaos que ses mauvaises décisions antérieures ont engendré.

Il y aura maintenant une vitrine spéciale au musée de la politique pour May, qui vient de subir de loin la pire défaite dans toute l’histoire du pays pour un premier ministre britannique. Comme la vitrine du Muséum d’histoire naturelle de Londres marquée « Oiseau Dodo », elle contiendra une créature éteinte, un ex-perroquet, un ex-premier ministre.

La défaite de May par 230 voix est pire que la pire défaite précédente, celle qu’avait subie le premier Premier ministre travailliste Ramsay MacDonald – par 166 voix – avant d’être démoli par le faux document du MI6 connu sous le nom de Lettre de Zinoviev, en 1924. C’est, dans les mots mémorables d’un commentateur , « du très haut de gamme dans le mauvais ». Il n’existe pas d’adjectifs politiques aptes à décrire l’échelle stratosphérique de la défaite.

Dans le cadre d’un régime politique normal, je serais maintenant occupé à rédiger la notice nécrologique d’un Premier ministre qui aurait déjà remis ses sceaux à Sa Majesté la Reine, qui elle-même évaluerait les candidats à la succession de Winston Churchill, Anthony Eden, Harold MacMillan, Alec Douglas-Home, Harold Wilson, Edward Heath, James Callaghan, Margaret Thatcher, John Major, Tony Blair, Gordon Brown, David Cameron et Theresa May – tous Premiers ministres sous le long règne d’Elizabeth II.

Mais il n’y a plus rien de normal dans la politique britannique d’aujourd’hui.

Sur le papier, le Parti conservateur ne peut rien faire pour évincer le Premier ministre May du pouvoir. Mais comme Bill Shankly, le célèbre manager du Liverpool Football Club, l’avait répondu à un commentateur qui lui avait prédit une victoire sur le papier, « le football ne se joue pas sur le papier, il se joue sur l’herbe ».

Bien que l’échec de la motion de censure à l’égard du Premier ministre, déposée au sein de son propre parti en décembre dernier, la laisse invulnérable aux conflits internes pour le reste de l’année, j’ai l’impression que cette histoire n’est pas terminée.

Au début du règne de la reine Elizabeth, il n’y avait rien d’aussi vulgaire que des élections à la direction du Parti conservateur. Au lieu de quoi, il y avait ce qu’on appelait « le cercle magique » – comme le chameau, il était difficile à définir mais facile à reconnaître – des membres haut placés du Parti conservateur qui tenaient bien sûr compte des « sondages », mais faisaient essentiellement office de comité décisionnaire. Ils allaient en délégation au Palais et informaient la Reine du nom du candidat qu’ils considéraient comme un « bon gars » méritant la confiance de Sa Majesté. On les appelait (à cette époque aujourd’hui démodée) « les messieurs en costume gris ».

Bien que l’équilibre des sexes et les garde-robes aient changé depuis lors, je crois que le même genre de pontes du Parti conservateur ruminent de la sédition au moment même où j’écris ces lignes.

Il n’est pas nécessaire de détester le Premier ministre britannique pour conclure qu’elle ne peut pas être la bonne capitaine d’équipe pour continuer à diriger la Grande-Bretagne dans ces circonstances, d’autant plus que les circonstances en question résultent en grande partie de ses actions.

Le lendemain matin de la victoire historique du vote Leave au référendum sur l’UE, j’ai déclaré dans une émission que le gouvernement devait tendre la main au chef de l’opposition, Jeremy Corbyn, pour former une équipe de négociation conjointe capable de maximiser les avantages du départ de l’Union européenne pour la Grande-Bretagne.

Non seulement cette approche a été refusée, mais Theresa May et son parti ont passé les deux années suivantes à traiter le chef de l’opposition de divers noms d’oiseaux, tous apparentés à « ennemi intérieur », qui allaient d’agent du Kremlin à ami du terrorisme en passant pour tous les types d’extrémisme. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il est difficile de rétropédaler aujourd’hui.

Ensuite, c’est Theresa May elle-même qui a délibérément jeté la majorité parlementaire qu’elle détenait dans la balance, espérant — après avoir cru à sa propre propagande selon laquelle Corbyn était un impopulaire agent russe — éviscérer le parti travailliste de l’opposition et obtenir un tsunami électoral en sa faveur. Elle a déclenché des élections surprise, a perdu sa majorité et a dû regarder le faussement étiqueté « agent du Kremlin » récolter plus de votes travaillistes que tout autre dirigeant depuis 1945, et ainsi construire le plus grand parti de centre gauche du monde occidental.

La nécessaire dépendance ultérieure de May à l’égard du bloc pro-britannique de dix fondamentalistes religieux de l’Irlande du Nord, le DUP, a toujours été vouée à s’échouer sur les rochers du Brexit, car la République d’Irlande allait désormais devenir la frontière entre l’UE et l’État britannique. Les exigences inconciliables de l’absence obligatoire de toute « frontière dure » entre l’Irlande du Nord et du Sud (en vertu de l’accord dit Good Friday, qui a mis fin à la guerre de la Grande-Bretagne en Irlande) et de l’établissement, également obligatoire, d’une frontière entre les 27 pays de l’UE et l’État britannique se sont révélées, justement, inconciliables.

Mais la division au sein du parti conservateur est bien plus profonde que la question irlandaise. En vérité, il s’agit de deux partis (tout comme, en fait, le Parti travailliste — mais c’est le sujet d’un autre article). Les conservateurs sont divisés entre ce que l’on peut qualifier ontologiquement d’aile capitaliste « nationale-patriotique » et une aile transnationale de « mondialistes » pour qui leur propre pays n’est guère plus que l’une de leurs nombreuses sources de profits. Ceux-là ont dépassé les frontières nationales. Le problème pour eux, c’est que leurs électeurs ne les ont pas dépassées avec eux.

Bien que les conservateurs pro-UE soient nombreux au Parlement (y compris Mme May elle-même), parmi les membres du Parti conservateur et les électeurs tories, ils constituent une minorité presque transparente.

Ce soir, Mme May fera face à une motion de censure en bonne et due forme à la Chambre des communes, dans laquelle le DUP et les 115 députés conservateurs qui l’ont abandonnée à son humiliation, hier soir, devront lui exprimer leur pleine et entière confiance – 24 heures après. C’est irresponsable, c’est mal et c’est dévastateur sur le plan électoral.

Bien qu’il soit peu probable que le gouvernement soit renversé aujourd’hui, il n’en restera qu’un cadavre ambulant. Il est tout aussi improbable que l’UE puisse lui concéder le territoire de négociation nécessaire pour combler un tel manque de crédibilité, comme l’a démontré cette défaite parlementaire historique, mais dans ce cas, le compte à rebours se poursuivra vers un Brexit sans accord, le 29 mars prochain.

Il est peu probable que le gouvernement disposera du loisir de légiférer pour retarder cette échéance, et encore moins qu’il légiférera pour un deuxième référendum sur l’accord — car ces deux démarches scinderaient formellement, organiquement, son parti en deux, comme cela s’était déjà produit il y a 150 ans.

Ainsi, un état de chaos règne aujourd’hui au Royaume autrefois Uni. La vieille reine n’avait jamais rien vu de semblable.

George Galloway a été membre du Parlement britannique pendant presque trente ans. Il présente des émissions de radio et de télévision (y compris sur RT). C’est un célèbre réalisateur, écrivain et tribun.

Traduction Entelekheia

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