Le Brexit diagnostiqué en dix distorsions cognitives communes

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Un texte qui fonctionne aussi pour les débats français, quels qu’en soient les sujets. Découvrez les ressorts cachés de la radicalisation symétrique des uns et des autres…

Note : l’humour de l’auteur est très britannique, à savoir qu’il manie volontiers l’euphémisme et que bien souvent, ses propositions signifient l’inverse de ce qu’il dit. Par exemple, quand il écrit « C’est sûrement une manière de consolation » à propos de la perpétuation prévisible des inégalités en Grande-Bretagne après le Brexit, il veut dire « c’est désespérant ».


Par Simon Rite
Paru sur RT sous le titre Brexit diagnosed in 10 common cognitive disorders


Je suis sûr qu’il y a des gens et des politiciens en Grande-Bretagne qui croient encore que le débat sur le Brexit est à peu près rationnel. Mais le reste du monde nous regarde, perplexe, en marmottant des choses sur la psychiatrie dans sa barbe.

En écoutant un livre audio intitulé ‘The Coddling of the American Mind’ (le dorlotage de l’esprit américain) qui énumère neuf distorsions cognitives communes, j’ai été frappé par le fait que le Royaume-Uni est aux prises avec un trouble psychologique, et que personne ne l’a diagnostiqué.

Le livre parlait en fait de la situation dans les universités américaines, mais il est clair que le Brexit est un cas d’école.

J’ai trouvé une liste de 10 troubles cognitifs, et j’ai fait de mon mieux pour offrir mon diagnostic. Ensuite, l’acceptation est la première étape vers la guérison.

1. Le filtre mental

Une tendance de fond des gens (autrement dit, d’un côté les Remainers et de l’autre les Brexiteers), consiste à se concentrer exclusivement sur le négatif. L’idée selon laquelle la Grande-Bretagne sera engloutie par la mer à la minute où elle quittera l’UE sans un accord est dominante parmi les Remainers. La peur du continent domine chez les Brexiteers. L’opinion pondérée selon laquelle les choses peuvent aller moins bien avant de reprendre à peu près comme avant est assez difficile à concevoir pour les uns et les autres.  En fin de compte, tous ceux qui sont à l’aise maintenant, continueront probablement de l’être et tous ceux dont la vie était difficile avant continueront de lutter. Ce qui est sûrement une manière de consolation.

2.  La disqualification des aspects positifs

C’est le rejet de tout aspect positif liée à un événement. Par exemple, négliger le fait que partir signifiera ne plus avoir à demander aux Allemands la permission d’aller aux toilettes, ou que rester signifiera que les chances de Boris Johnson d’être Premier ministre tomberont à peu près à zéro. Imaginez sa tête. La leçon ici : il y a toujours quelque chose de positif.

3.  Le tout ou rienisme

C’est une affliction qui consiste à voir les choses en noir ou blanc, bon ou mauvais, et c’était tout à fait littéral pour les Brexiteers qui ont voté pour des raisons d’immigration.

4.  La surgénéralisation

Elle consiste à prendre la partie pour le tout, par exemple un événement ponctuel ou une parole isolée comme preuve de la négativité générale d’un mouvement ou d’une idée.

Dans le cas du Brexit, c’est dans l’exemple classique de la colère britannique au sujet de la forme des bananes qu’on l’observe le mieux. Si vous lisez ceci hors du Royaume-Uni, vous ne croirez peut-être pas que l’un des principaux points de cristallisation de la détestation envers l’UE est une rumeur persistante selon lequel Bruxelles a légiféré sur la courbure des bananes. C’est l’une des affirmations préférées de Boris Johnson, et de nombreuses personnes sont prêtes à ériger des barricades pour défendre les bananes courbes, et y voient une preuve de la malfaisance de l’UE.  Ah oui, et au fait, c’est faux. *

5. La conclusion hâtive

C’est lorsque des individus se livrent à des prédictions négatives sans aucune preuve pour étayer leurs craintes. Les Remainers, par exemple, croient qu’il sera beaucoup plus difficile, pour la classe moyenne britannique, de faire des mini-pauses européennes en Dordogne ou en Toscane, parce que la Grande-Bretagne est tout simplement en train de hausser le pont-levis.  Or, il n’y a pas lieu de s’inquiéter à ce sujet, parce que les touristes arrogants sont toujours très demandés.

6.  le catastrophisme

C’est une tendance à gonfler tout détail mineur jusqu’à lui donner les dimensions d’une catastrophe. En termes de Brexit, c’est ce qu’on appelle le Project Fear (Projet peur) et elle touche toutes les parties. Vous en reconnaissez les symptômes chez les gens pour qui si nous ne quittons pas l’UE, la Grande-Bretagne sera envahie par des Roumains qui prendront nos emplois ou, à l’inverse, si nous quittons l’UE, il n’y aura plus du tout de Roumains pour construire nos vérandas avec une remise de 30% si nous payons en espèces, sans poser de questions. C’est le trouble cognitif-clé du Brexit.

7. La personnalisation

C’est un affliction dans laquelle des gens assument la responsabilité d’événements désastreux qui n’ont rien à voir avec eux. Il s’agit en fait du seul trouble cognitif à peu près absent du débat sur le Brexit.

8. Le yaka fokon

C’est une affliction dans laquelle les gens pensent en termes de ce qu’il aurait fallu faire, et de ce qu’il faudrait faire. Par exemple, nous « aurions dû » empêcher David Cameron de mettre cette histoire de Brexit sur la table, et nous « devrons » le traiter de toutes sortes de noms d’oiseaux s’il revient un jour de ses vacances permanentes.

9. Le raisonnement émotionnel

Dans cette distorsion cognitive, les gens pensent que leurs sentiments reflètent des faits, même s’ils n’en ont aucune preuve. Elle se note chez 100 % des personnes qui se décrivent comme des Remainers. Elle se note chez 100 % des personnes qui se décrivent comme des Brexiteers.

10. L’étiquetage

C’est un trouble dans lequel des individus assignent « une étiquette négative à forte charge émotionnelle, qui ne laisse aucune place à une évolution possible, à leurs opposants ». Dans l’affaire du Brexit, il ne s’agit pas tant d’une distorsion cognitive que de la principale tactique de négociation entre le gouvernement britannique et l’UE.

Oui, donc, la Grande-Bretagne va avoir besoin d’un psy. Quelqu’un veut le poste ?

Traduction et notes Entelekheia
Images Pixabay

Note de la traduction :

* Vérification faite, désolée pour l’auteur, mais selon un article de Forbes, c’est vrai. L’UE interdit les bananes « trop courbes » – et le règlement a force de loi. Si.

Et la fiche de Wikipedia sur le texte du règlement en question le donne également pour vrai. Même si c’est farouchement nié par tout un assortiment des médias pro-Remain tels que le Guardian et autres, et qu’en conséquence, le débat fait rage.

Donc, faut-il ajouter une distorsion cognitive à la liste ci-dessus avec une variante du célèbre biais de confirmation (dont nous sommes tous victimes à des degrés divers, au passage) ? Citation, « Le biais de confirmation est la tendance, très commune, à ne rechercher et ne prendre en considération que les informations qui confirment les croyances et à ignorer ou discréditer celles qui les contredisent. »

Dans ce cas précis, elle se décline comme suit :

1) Boris Johnson utilise le règlement sur la courbure des bananes pour se moquer de l’UE,

2) l’auteur n’aime pas Boris Johnson,

3) l’histoire du règlement de l’UE sur la courbure des bananes est donc fausse.

Et pour les partisans du Brexit ou de Boris Johnson, ce serait évidemment le contraire.

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