Venezuela : les pays de l’UE se plient aux demandes des USA comme des tentes bon marché, l’Italie résiste

Par George Galloway
Paru sur RT sous le titre EU states fold like cheap tents to US demands on Venezuela, Italy one of few to stay independent


Comme l’aurait dit l’ancien premier ministre britannique Harold Macmillan : « Ce n’est pas un fichu tracas, c’est un fichu tracas après l’autre. »

Pour l’Union européenne, l’Italie est devenue l’un de ces prêtres turbulents dont on souhaite être débarrassé, un cheveu sur la soupe, un grain de sable dans les rouages du néolibéralisme et de la guerre. Si c’est ce qu’ils entendent par « populisme », il n’est pas étonnant que tous les chemins mènent de plus en plus à Rome.

Il y a eu les sanctions à l’encontre de la Russie, l’afflux de réfugiés de guerres déclarées et menées par d’autres, les budgets d’austérité, et maintenant le vaudeville de la reconnaissance du champion du Super Bowl Juan Guaido comme président du Venezuela. Guaido n’a pas gagné le Super Bowl, bien sûr ; en fait, il n’y a même pas participé. Mais il n’a pas non plus participé aux élections présidentielles internationalement reconnues du Venezuela. Sur toutes ces questions, l’Italie a résisté à l’alignement sur Bruxelles et Washington, et est probablement devenue le pays le plus indépendant d’Europe.

Les mouvements anti-système Cinq Étoiles et Lega (anciennement Lega Nord, ou « Ligue du Nord « ) formaient un bien étrange couple quand ils sont arrivés au pouvoir en Italie — un mouvement populiste de gauche allait-il vraiment pouvoir coexister au gouvernement avec une Ligue de droite ?

Pour l’instant, tout va bien. Ni l’un ni l’autre ne pense qu’une confrontation sans fin avec la Russie soit dans l’intérêt de l’Italie, et c’est pourquoi leur gouvernement est de plus en plus réticent à signer les vagues successives de sanctions anti-russes.

Malgré les aboiements des libéraux de pays situés à l’abri du flux incessant de réfugiés qui fuient la guerre, la famine, la peste et la maladie d’Afrique, des Balkans et du Moyen-Orient, l’Italie a catégoriquement refusé de payer les pots cassés d’une situation dont elle n’est pas responsable. Elle n’a pas mené l’attaque contre la Libye — c’était une affaire franco-britannique — alors pourquoi devrait-elle payer la plus grande part du prix de la misère humaine qui en a résulté ? Le gouvernement italien n’a pas non plus attaqué la Syrie. Et, malgré son passé colonialiste choquant en Afrique, c’est son passé et non son présent.

On attend de l’Italie qu’elle absorbe (dans ses régions méridionales les plus pauvres) des centaines de milliers de ces personnes qu’une effroyable misère pousse à traverser la Méditerranée. Pendant ce temps, des pays comme la France et la Grande-Bretagne – qui ont trempé jusqu’au cou dans la plupart (pour la France) ou la totalité (pour la Grande-Bretagne) des crimes internationaux qui ont causé ces déplacements massifs de personnes – se refusent à en prendre plus de quelques milliers.

Ayant été élu dans le cadre d’un programme visant à mettre fin à l’austérité, à la criminalité intérieure contre les Italiens les plus pauvres, et à cesser de payer le prix des crimes et des erreurs des plus riches, le gouvernement de coalition italien s’est battu avec acharnement pour tenir ses promesses à sa population. Il a conduit un char d’assaut à travers les règles fiscales d’austérité de l’UE, un char d’assaut plus petit qu’il ne l’avait souhaité au début, mais néanmoins une violation des règles de l’UE qui assistera les plus pauvres italiens par une aide au revenu connue sous le nom de « revenu citoyen », et les retraités en abaissant l’âge de retraite, créant des emplois pour les nombreux jeunes au chômage. L’UE les a menacés d’un « traumatisme à la grecque » (tout en jetant un œil de Nelson* sur Macron, qui faisait pleuvoir des euros sur les Champs-Élysées en essayant d’acheter le mouvement des Gilets Jaunes, dans une violation encore plus flagrante des règles) mais elle a fini par se contenter d’un compromis, ce qui a donné une belle victoire à Rome.

Soit dit en passant, le gouvernement italien a été le seul gouvernement de l’UE à dénoncer la façon dont Macron a géré la crise des Gilets jaunes en France. En colère, Paris a riposté en disant aux politiciens italiens « d’apprendre à balayer devant leur porte ».

Au lieu de quoi, dans une rupture sans précédent de la solidarité de l’UE et de l’OTAN, Rome a poursuivi une guerre d’échanges verbaux avec le président Macron.

Là-dessus s’est greffé le Venezuela.

« Nous n’avons pas besoin d’une autre Libye en Amérique latine », déclare Rome, forte de son expérience directe de la catastrophe en Afrique du Nord. « Nous ne pouvons pas accepter cette ingérence flagrante dans les affaires intérieures des autres », disent-ils. « Le principe de non-ingérence est inscrit dans la Charte des Nations Unies », insistent-ils, alors que la plupart des autres États de l’UE autour d’eux se plient comme des tentes bon marché aux exigences de Trump, Bolton et Elliott Abrams.

Étant donné le chœur de ses pieux libéraux contre Donald Trump, il est stupéfiant que l’Union européenne, et maintenant au moins la moitié de ses États membres, demandent « à quelle hauteur? » lorsque le dirigeant américain leur dit de sauter en reconnaissant des présidences autoproclamées choisies par un pays étranger. Ce n’est probablement pas une chose qu’ils auraient tolérée en Catalogne, en Écosse ou dans n’importe lequel des innombrables coins tumultueux de leur propre empire. Mais qui sait, il se pourrait qu’ils doivent bientôt s’y résigner. Ils ont fabriqué cet aiguillon pour leur propre dos et ils pourraient bientôt en ressentir la piqûre…

George Galloway a été membre du Parlement britannique pendant presque trente ans. Il présente des émissions de radio et de télévision (y compris sur RT). C’est un célèbre réalisateur, écrivain et tribun.

Traduction Entelekheia
Image Pixabay

* Note de George Galloway extraite d’un article précédent :  « Dans un célèbre épisode de la Bataille de Trafalgar, quand l’amiral anglais Nelson avait appris que la marine française avançait à sa rencontre, il avait collé son télescope au bandeau noir qui cachait son œil manquant et avait dit « Je ne vois aucun bateau ».

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