Médias grand public : « Nous ne faisons pas de propagande »

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Par la rédaction
Paru sur Media Lens sous le titre ‘We Don’t Do Propaganda’


Plus tôt ce mois-ci, l’historien néerlandais Rutger Bregman, auteur de « Utopia For Realists » (Une utopie pour les réalistes), a été interviewé par Tucker Carlson, le présentateur-vedette de Fox News. [la principale chaîne de télévision conservatrice des USA, NdT].

Lors d’une table ronde du Forum économique mondial de Davos en janvier dernier, Bregman avait dit sans ambages aux milliardaires qu’ils devraient cesser de contourner l’impôt et payer leur juste part :

« Il faut qu’on parle d’impôts. C’est tout. Les impôts, les taxes, et encore les taxes. Tout le reste, c’est des conneries, à mon avis. »

Ses commentaires sont devenus viraux, ce qui l’a amené à être invité à l’émission de télévision de Carlson. On peut dire, sans aucun doute, que l’entrevue ne s’est pas déroulée comme l’animateur l’aurait souhaité. En fait, Fox News a décidé de ne pas diffuser le segment. Cependant, elle avait été filmée sur un téléphone portable dans le studio d’Amsterdam où Bregman accordait son interview et a ensuite été distribuée via Twitter. Il avait dit à Carlson :

La vaste majorité des Américains, depuis des années et des années maintenant, selon les sondages — y compris les téléspectateurs de Fox News et les Républicains — sont en faveur d’une augmentation des impôts sur les riches. Des droits de succession plus élevés, des taux marginaux d’imposition plus élevés, des impôts sur la fortune plus élevés, tout cela est vraiment généralisé. Mais personne ne le dit à Davos, tout comme personne ne le dit à Fox News, non ? Et je pense que l’explication est assez simple, c’est que la plupart des gens à Davos, mais aussi ici sur cette chaîne, ont été achetés par la classe des milliardaires. Vous savez ? Vous n’êtes pas censé dire ces choses-là. J’y suis allé et je me suis dit : « Je vais le leur dire comme je le dis sur cette chaîne. »

Carlson était encore assez satisfait de la réponse à ce moment-là. En effet, il a félicité Bregman pour ce qu’il avait dit à Davos :

C’était l’un des grands moments, peut-être le grand moment de l’histoire de Davos. »

Carlson a ajouté :

Je vous tirerais bien mon chapeau si j’en portais un. »

L’historien néerlandais a continué :

L’Amérique est encore pratiquement le pays le plus puissant du monde, non ? Donc, s’il le voulait vraiment, il pourrait facilement en finir avec les paradis fiscaux. Mais le fait est que vous avez amené un président qui ne veut même pas partager ses propres déclarations d’impôts au pouvoir. Qui sait combien de milliards il a cachés aux îles Caïmans ou aux Bermudes ? Je pense donc qu’il s’agit vraiment d’un problème de corruption et de gens qui se laissent corrompre, qui ne parlent pas des vrais problèmes. Ce que la famille — ce que les Murdoch [propriétaires de Fox News, Ndlr] veulent essentiellement que vous fassiez, c’est utiliser les immigrants comme boucs émissaires au lieu de parler d’évasion fiscale. »

À ce moment-là, il était clair que Carlson n’était plus satisfait de la façon dont l’entrevue se déroulait :

« Et je reçois des ordres des Murdoch, c’est ce que vous êtes en train de dire ?

Bregman a répondu calmement :

Non, je veux dire, ça ne marche pas aussi directement. Mais je veux dire, vous avez fait partie du Cato Institute, non ? Vous en avez été l’une des figures de proue pendant des années. [Le Cato Institute, un célèbre think tank qui se présente comme libertarien, soutient des politiques libérales/néolibérales de dérégulations et de privatisations tous azimuts, NdT].

Le présentateur de Fox News a réagi de façon agressive :

« Et ça marche comment ? »

Bregman a répondu :

Eh bien, ça marche si vous prenez leur argent sale. Ils sont financés par les milliardaires de la famille Koch, vous savez ? C’est aussi simple que ça. Vous êtes un millionnaire financé par des milliardaires, voilà ce que vous êtes. Et je suis heureux que vous ayez enfin rejoint des gens comme Bernie Sanders et AOC [Alexandria Ocasio-Cortez, une politicienne démocrate nouvellement élue à New York], mais vous ne faites pas partie de la solution, monsieur Carlson. Vous faites partie du problème, en fait. … Tous les présentateurs de Fox… »

À ce moment-là, Carlson a perdu son calme :

Il faudrait que vous soyez crétin… »

Bregman a continué :

Ils sont tous millionnaires. Comment est-ce possible ? C’est très facile, vous ne parlez pas de certaines choses.

Vous êtes un millionnaire financé par des milliardaires, voilà ce que vous êtes… vous faites partie du problème. »

Bregman a alors prédit correctement : « Vous n’allez probablement pas diffuser ça dans votre émission. »

Il a ajouté :

Mais je suis allé à Davos pour dire la vérité au pouvoir et je fais exactement la même chose en ce moment. Vous n’aimez peut-être pas ça, mais vous êtes un millionnaire financé par des milliardaires et c’est la raison pour laquelle vous ne parlez pas de ces questions. »

Carlson :

Mais je parle de ces questions. »

Bregman a répondu :

Ouais, en ce moment. Allez, vous avez pris le train en marche. Vous dites tous des choses comme, « oh, je suis contre l’élite mondialiste, bla bla bla bla ». C’est beaucoup plus porteur que la franchise ».

C’en était trop pour Carlson, qui a explosé :

Je vais te dire, pourquoi tu ne vas pas te faire foutre, petite tête ? Et j’espère que ceci sera vu parce que tu es un crétin. J’ai essayé de t’écouter, mais putain, tu est trop crispant… »

Sans s’énerver, Bregman a dit avec un sourire :

Vous ne supportez pas la critique, n’est-ce pas ? »

Par la suite, Bregman a partagé le clip sur son fil Twitter :

Voici l’interview que @TuckerCarlson et Fox News ne voulaient pas vous montrer. J’ai choisi de le publier, parce que je pense que nous devons continuer à parler de l’influence corruptrice de l’argent en politique. Ça montre aussi à quel point les élites peuvent se mettre en rage si vous le faites. »

Comme prévu, Fox News n’a pas diffusé le segment. C’est sans doute parce que Bregman a posté l’échange en public que Carlson l’a ensuite abordé dans son émission :

Tout s’est bien passé dans les premières minutes, puis Bregman s’est lancé dans une attaque contre Fox News. Il n’est pas clair que Bregman ait jamais regardé Fox. Mais il voulait faire valoir son point de vue. Très bien.

Mais ensuite, il a prétendu que [il adopte une voix féroce] mes chefs d’entreprise me disaient ce que je devais dire dans l’émission, et c’était trop. »

Carlson a continué :

Quels que soient mes défauts ou ceux de cette chaîne, personne à la direction ne nous a jamais dit quelles positions prendre à l’antenne, jamais, pas une seule fois. Nous jouissons d’une liberté totale ici et nous en sommes reconnaissants. J’ai animé des émissions sur les deux autres chaînes du câble et je sais donc très bien à quel point cette liberté est rare. Dans cette émission, grâce à Fox, nous pouvons dire exactement ce que nous pensons être la vérité, pour le meilleur ou pour le pire.

Mais il n’y avait pas moyen d’en convaincre Bregman, qui savait ce qu’il savait. J’ai donc fait ce que j’essaie de ne jamais faire dans cette émission, j’ai été grossier. Je l’ai traité de crétin, puis j’ai agrémenté mes propos avec un terme vulgaire qui est également intelligible en néerlandais.

Pour ma défense, je dirais que cela décrivait précisément mes sentiments. Mais vous n’avez pas le droit d’utiliser ce mot à la télévision. Donc, parce que je l’avais dit à haute voix, le segment n’a pas été diffusé. »

Carlson a ensuite souligné que Bregman avait publié l’échange et qu’il pouvait être trouvé en ligne :

J’ai dit des mots grossiers, et je m’en excuse. D’un autre côté, c’était vraiment sincère. Je pensais ce que je disais en toute sincérité.

L’explication est loin d’être une explication convaincante de la raison pour laquelle Fox News n’a pas diffusé le segment. Après tout, un simple bip aurait suffi à couvrir le mot. C’est une procédure standard à la télévision.

Notez que nous ne prétendons pas que tout ce que Carlson dit peut être catalogué comme de la servilité envers ses « maîtres ». L’année dernière, par exemple, il a admirablement contesté le consensus médiatique sur la Syrie. Cette expression de dissidence a peut-être même fait grimper ses taux d’écoute, ce qui est toujours bienvenu pour un organe médiatique. Ce que nous voulons dire, c’est qu’il n’y a pas de liberté de « dire exactement ce que l’on pense » dans un média grand public. Comme Herman et Chomsky l’ont expliqué dans ‘La Fabrication du consentement’, il existe des limites structurelles à la libre expression dans les médias ‘grand public’ :

Le « but sociétal » des médias est d’inculquer et de défendre le programme économique, social et politique des groupes privilégiés qui dominent la société et l’État. Les médias servent cet objectif de plusieurs façons : par le choix des sujets, leur hiérarchisation, la formulation des questions, le filtrage de l’information, la tonalité, et en maintenant le débat dans les limites de l’acceptable ». (Edward Herman et Noam Chomsky,‘La Fabrication du consentement’, p. 298 de la version originale en anglais)

Cette phrase, « maintenir le débat dans les limites de l’acceptable », est cruciale. Ainsi, par exemple, un présentateur de Fox News qui examinerait d’un œil critique les propriétaires et annonceurs de ce réseau ne durerait pas longtemps ; en fait, il n’aurait probablement jamais été placé à ce poste de confiance au départ.

Vous dites ce que vous voulez, parce que vous dites ce qu’ils veulent entendre

Le plus intéressant dans la riposte de Carlson à Bregman était peut-être sa défense de Fox News :

Personne à la direction ne nous a jamais dit quelles positions prendre à l’antenne – jamais – pas une seule fois. Nous jouissons d’une liberté totale ici et nous en sommes reconnaissants. J’ai animé des émissions sur deux autres chaînes du câble et je sais donc bien à quel point cette liberté est rare. Dans cette émission, grâce à Fox, nous pouvons dire exactement ce que nous pensons être la vérité, pour le meilleur ou pour le pire. »

Même l’ancien rédacteur en chef du Guardian, Alan Rusbridger, a compris l’absurdité de cette réponse. En 2000, il nous avait dit dans une interview :

Si vous demandez à quelqu’un qui travaille dans la presse, il vous dira à juste titre : « Rupert Murdoch », ou qui que ce soit d’autre, « ne me dit jamais quoi écrire », ce qui est hors de propos : leurs patrons n’ont pas besoin de leur dire quoi écrire… C’est implicite. »

En fait, Bregman l’avait déjà noté lorsqu’il a posté l’échange :

Je maintiens ce que j’ai dit, mais il y a une chose que j’aurais pu faire mieux. Quand Carlson m’a demandé de quelle façon il est influencé par les grandes entreprises et les milliardaires qui contournent l’impôt, j’aurais dû citer Noam Chomsky.

Il a développé :

Il y a des années, lorsqu’on lui a posé une question similaire, Chomsky a répondu : « Je suis sûr que vous pensez tout ce que vous dites. Mais ce que je veux dire, c’est que si vous pensiez quelque chose de différent, vous ne seriez pas à ce poste. »

Les lecteurs de longue date de Media Lens se souviendront très bien de cet exemple. Il avait émergé dans une émission de la BBC2, en 1995, intitulée  » The Big Idea », où Andrew Marr – alors de l’Independent et maintenant de BBC News — avait interviewé Chomsky au sujet du modèle de propagande des médias. La citation en question arrive à un moment où Marr a du mal à saisir le système de filtrage des journalistes, qui ne laisse subsister que des éléments obéissants, au service du pouvoir, et leur permet de se tailler une carrière à succès dans les médias grand public.

Marr :  » Cela m’intéresse parce que j’ai été élevé comme beaucoup de gens, probablement après le film sur le Watergate et ce genre de chose, à croire que le journalisme était un métier pour gens dotés d’un esprit de croisade, et qu’il y avait beaucoup de gens conflictuels, capricieux et difficiles dans le journalisme. Et je dois dire, je crois en connaître quelques-uns.

Chomsky : « Eh bien, je connais certains des meilleurs et des plus célèbres journalistes d’investigation aux États-Unis — je ne citerai pas de noms — dont l’attitude envers les médias est encore beaucoup plus cynique que la mienne. En fait, ils considèrent les médias comme une imposture. Et ils savent, et ils parlent consciemment de la façon dont ils essaient d’en jouer comme d’un violon. S’ils voient une petite ouverture, ils essaieront d’y glisser quelque chose qui, normalement, ne passerait pas. Et c’est tout à fait vrai que la majorité — je suis sûr que vous parlez au nom de la majorité des journalistes qui ont une formation dans ce domaine — ont en tête qu’il s’agit d’une profession de croisade, d’accusations, de conflits avec le pouvoir. Un point de vue très flatteur pour leur ego. D’un autre côté, à mon avis, je déteste porter un jugement de valeur, mais en fait, ceux qui sont considérés comme les meilleurs journalistes en ont une image bien différente. Et je pense que leur vision est très réaliste.

Marr : « Comment pouvez-vous savoir que je m’autocensure ? Comment pouvez-vous savoir que les journalistes sont…

Chomsky : « Je ne dis pas que vous vous autocensurez. Je suis sûr que vous pensez tout ce que vous dites. Mais ce que je veux dire, c’est que si vous pensiez quelque chose de différent, vous ne seriez pas à ce poste. »

La phrase de Chomsky, « si vous pensiez quelque chose de différent, vous ne seriez pas à ce poste » résume le système de propagande des médias grand public. Ce que Tucker Carlson ne semble pas comprendre, c’est qu’il a « une liberté totale » de dire ce qu’il veut sur Fox News parce qu’il a montré qu’on peut compter sur lui pour rester dans des limites acceptables. Il n’a évidemment jamais entendu Noam Chomsky expliquer le fonctionnement du système. Il ne semble pas non plus connaître le critique américain Michael Parenti, dont la riposte à la vantardise de nombreux journalistes d’entreprise selon lesquels « personne ne leur dicte quoi dire ou écrire » était :

Vous dites ce que vous voulez, parce que vous dites ce qu’ils veulent entendre. »

Parenti avait développé le thème lors d’une conférence intitulée « L’invention de la réalité » en
1993 :

Et, vous savez, à la minute où vous allez trop loin — et que vous n’avez pas l’impression d’être limité dans votre liberté. Je veux dire, vous ne savez pas que vous êtes attaché à une niche si vous restez assis près de la niche toute la journée. Ce n’est que si vous sortiez de votre périmètre que vous sentieriez une traction, vous voyez. Vous êtes libre, mais seulement parce que votre perspective idéologique correspond à celle de votre patron. Donc, vous n’avez pas l’impression d’être en désaccord avec votre patron. »

L’auteur américain lauréat du prix Pulitzer Upton Sinclair est peut-être celui qui l’a exprimé de manière impeccable lorsqu’il a écrit :

Il est difficile de faire comprendre quelque chose à un homme, quand son salaire dépend de ce qu’il ne le comprenne pas ».

Évidemment, il en va de même pour les femmes. Par exemple, Deborah Haynes, alors rédactrice en chef sur les sujets de défense au Times et maintenant rédactrice experte en affaires étrangères à Sky News, a fièrement tweeté l’an dernier :

Personne ne me dit quoi penser. »

Orla Guerin, une journaliste chevronnée de la BBC qui travaille actuellement au Venezuela, se croit scrupuleusement impartiale et neutre :

Merci de nous observer, mais nous ne faisons pas de propagande. Nous disons ce que nous voyons, même si cela ne correspond pas aux idées préconçues/aux idéaux de certains. »

Jeremy Bowen, rédacteur en chef de BBC News Middle East, a affirmé :

Nous sommes la meilleure source de reportages honnêtes et impartiaux au monde. »

À première vue, les affirmations de Guerin et Bowen semblent plausibles. Après tout, la BBC est admirée et citée en exemple dans le monde entier. Mais dans la réalité, la BBC est structurellement et institutionnellement incapable de rendre compte pleinement et honnêtement des crimes de l’Occident et de ses alliés. Elle n’a jamais dit ne serait-ce qu’une fraction de la vérité sur les crimes commis par les États-Unis et le Royaume-Uni en Serbie, en Afghanistan, en Irak, en Iran, en Libye, en Palestine, en Syrie, au Yémen et ailleurs. Elle n’a jamais correctement rapporté ces crimes, elle ne les a pas non plus placés dans le contexte historique précis des attaques constantes de l’Occident à l’encontre des mouvements nationaux indépendants à l’étranger, et de son approbation envers des tyrans locaux qu’elle a armés et soutenus dans leurs répressions des populations locales au profit des entreprises occidentales. Cet exposé du contexte est considéré comme tout à fait hors de propos dans le discours « poli » de la BBC ; il n’est même pas pensable à ses yeux. En outre, la BBC se situe exactement dans le contraire de cette position en véhiculant systématiquement les condamnations souvent fabriqués de toutes pièces des gouvernements occidentaux envers leurs ennemis officiels comme l’Irak, la Libye et la Syrie, pavant ainsi la voie à des sanctions occidentales et à d’autres formes « d’interventions », notamment des invasions à grande échelle.

Les reportages de la BBC sur le Venezuela en sont un triste exemple récent. Parce que les États-Unis, le Royaume-Uni et leurs alliés sont les principaux auteurs de violations des droits de l’homme dans le monde, et parce que les journalistes et rédacteurs en chef de la BBC ne peuvent même pas concevoir cette possibilité, la production de la BBC doit être considérée comme de la propagande sur toutes les questions relatives aux affaires internationales — et, en fait, souvent intérieures aussi. Nos lanceurs alertes médiatiques et nos livres regorgent d’exemples et d’analyses qui le démontrent en détail.

Pour ne prendre qu’un exemple récent : si l’affirmation absurde de Bowen au sujet de la BBC était vraie, elle aurait parlé de l’ancien directeur du FBI Andrew McCabe et de sa citation de propos de Donald Trump :

Je ne comprends pas pourquoi nous ne regardons pas vers le Venezuela. Pourquoi nous ne sommes pas en guerre avec le Venezuela ? Ils ont tout le pétrole et ils sont juste à côté. »

Mais vous ne verrez jamais cela devenir le sujet d’une manchette de la BBC. Pourquoi pas ? Parce que cela ferait sombrer l’histoire que nous sommes censés croire, à savoir que les États-Unis agissent par souci humanitaire pour les Vénézuéliens. Dans n’importe quel média sain d’esprit, le récit de la rencontre de McCabe avec Trump aurait été au centre d’innombrables reportages et de discussions sur le Venezuela. BBC News, ITV News et Channel 4 News mettraient tous cela en Une dans leurs bulletins d’information. Les journaux l’auraient en première page. En fait, nos recherches dans les bases de données des médias démontrent qu’aucun journal britannique « grand public » n’a rapporté ces remarques. Le journal de gauche Morning Star est le seul journal national à avoir couvert l’événement.

De même, les médias grand public semblent suprêmement désintéressés par les remarques similaires du célèbre néoconservateur américain John Bolton, un ressuscité des crimes de guerre de l’invasion de l’Irak maintenant appointé Conseiller à la sécurité nationale par Trump. Il a fait en sorte que les considérations de realpolitik qui sous-tendent la politique américaine à l’égard du Venezuela soient claires comme de l’eau de roche :

Cela fera une grande différence pour les États-Unis si les compagnies pétrolières américaines peuvent investir dans et produire avec les capacités pétrolières du Venezuela. »

Imaginez si Poutine avait fait des remarques similaires en menaçant de faire la guerre au Venezuela et en établissant ouvertement que l’objectif en aurait été le contrôle des vastes réserves pétrolières du pays. Les gros titres consacrés à ses intentions monstrueuses et à la perfidie des ambitions impériales russes n’auraient pas eu de fin.

Nous avons questionné Paul Royall, rédacteur en chef de BBC News at Six et News at Ten, au sujet de son silence sur les propos de l’ancien directeur du FBI qui citait le désir de Trump de faire la guerre au Venezuela :

Bonjour @paulroyall. Vous êtes l’éditeur de @BBCNews at Six and Ten. Pourquoi cette question n’est-elle pas au centre de vos reportages sur le #Venezuela ? Pourquoi avoir enterré un facteur crucial qui aide à expliquer la politique américaine envers le #Venezuela ?

Comme toujours, Royall — qui nous suit sur Twitter — est resté silencieux. Des défis similaires à Orla Guerin et Andrew Roy, rédacteur en chef de BBC News pour l’étranger, ont également vu des anges passer. De même, un de nos tweets précédents avait été ignoré :

Vos reportages présentent un point de vue très partial et favorable aux États-Unis sur le #Venezuela. En omettant des faits cruciaux, vous induisez votre public en erreur.

Comme le journaliste vétéran John Pilger l’a souligné depuis longtemps, cette tactique est appelée « mensonge par omission ». C’est un facteur majeur qui permet aux journalistes de haut niveau des grands organes d’information grand public de prétendre à tort, comme l’a fait Orla Guerin, qu’ils ne font pas de propagande. C’est un mythe mortifère. Mortifère, parce qu’il masque que les médias grand public, en particulier BBC News, sont responsables de la propagande qui pousse à toujours plus « d’interventions » occidentales, plus de guerres, plus de pillages de ressources naturelles, plus de massacres de civils innocents, plus de réfugiés, plus de profits pour les multinationales, plus de combustibles polluants, plus d’extinctions d’espèce animales et, finalement, plus de destruction planétaire et pour tout horizon, encore plus de chaos et de nihilisme.

DC et DE

Traduction Entelekheia

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