L’inquiétude de Macron sur la présence chinoise en Afrique tient à la préservation des richesses de l’Occident

Par Simon Rite
Paru sur RT sous le titre Macron’s concern over China’s presence in Africa is about keeping riches in the West


Quand je vois des dirigeants occidentaux sourire, serrer des mains et distribuer de sages conseils, main sur le cœur, au cours de leurs tournées en Afrique, je m’installe confortablement pour profiter du spectacle, parce que vous savez que vous allez assister à de l’hypocrisie de première catégorie.

Ma partie préférée de la politique, et de loin, c’est de voir ses praticiens de haut niveau ignorer les faits gênants du passé qui pourraient entraver la bonne marche de leurs intérêts égoïstes présents. Un leader français en visite en Afrique ? Vous savez qu’elle va être bien bonne.

L’Afrique est pleine d’éléphants, dont bon nombre sont politiques, vivent dans des couloirs et barrissent joyeusement à l’adresse de gens comme Emmanuel Macron. Sa capacité à ignorer l’histoire s’est révélée prodigieuse.

Macron a fait une tournée en Afrique de l’Est, précisément à Djibouti, en Éthiopie et au Kenya. Il n’était pas là pour bâtir un monde meilleur, mais parce que les économies africaines connaissent une croissance rapide ; en fait, six des dix économies qui connaissent la croissance la plus rapide au monde sont situées en Afrique.

L’un des accords que Macron a conclus au cours de son voyage portait sur la construction d’une ligne de chemin de fer à Nairobi. Si vous doutiez de l’enracinement des instincts coloniaux, cette résurgence du passé devrait vous éclairer.

Rien n’éveille autant les appétits des puissances coloniales de l’Europe que l’idée de richesses à saisir en Afrique, si ce n’est la crainte que d’autres pourraient être les premiers à se servir.

C’était beaucoup plus facile de mener des razzias en Afrique quand il n’y avait pas de concurrents, mais une nouvelle puissance appelée Chine est arrivée. La France n’aime pas trop l’idée que la Chine s’engage dans une partie du monde où elle a open bar depuis… depuis des siècles, en fait, et Macron y est allé muni de terribles avertissements contre Pékin, que selon lui, ne faudrait pas laisser passer la porte.

Le problème, c’est que la France a déjà enfoncé la porte d’entrée, volé le canapé et obligé les habitants à lui préparer le dîner. Historiquement parlant, bien sûr.

Macron a mis en garde contre la présence croissante de la Chine en Afrique en disant : « Je ne voudrais pas qu’une nouvelle génération d’investissements internationaux empiète sur la souveraineté de nos partenaires historiques ou affaiblisse leurs économies.

Ce qui peut paraître bon à court terme… peut souvent finir par être mauvais à moyen ou à long terme », a-t-il dit.

Pour mettre ce petit bijou de rhétorique en contexte, Macron a également visité les troupes françaises basées à Djibouti — car des troupes françaises y sont stationnées depuis sa prise d’indépendance du pouvoir français, en 1977. Personnellement, j’appelle cela du long terme.

La France n’aime pas que la Chine y ait construit sa propre base militaire, en 2017. Mais d’un autre côté, les États-Unis y ont construit une base militaire en 2002. C’est là que le bât blesse, car tout avertissement occidental sur la présence de la Chine en Afrique sera difficile à accepter pour quiconque a la moindre notion d’histoire, ou des yeux dans la tête.

Pour en savoir plus sur l’hypocrisie de première catégorie dont je parlais, vous n’aurez qu’à garder un œil sur la façon dont Macron parlera lorsque le président chinois Xi sera à Paris, dans quelques semaines. Je parie qu’il sera tout à fait ouvert à des investissements chinois à long terme en France.

Alors, les anciens colonialistes offrent-ils quelque chose de mieux que les nouveaux venus de l’Est ? La Chine investit beaucoup d’argent dans des infrastructure, littéralement des milliards et des milliards de dollars dans des ports, des centrales électriques, des routes, des ponts et des usines à travers l’Afrique. Ni la France ni personne d’autre ne peut égaler cela. Soyons francs, qu’ils viennent de l’Est ou de l’Ouest, ce sont toujours des rapaces, alors autant choisir celui qui a les poches les plus profondes. Il n’y a pas que la Chine qui s’installe : la Russie, la Turquie et l’Inde aussi. De fait, l’Inde est actuellement le quatrième principal partenaire commercial de l’Afrique.

Que peut donc offrir l’Occident ? La guerre contre le terrorisme et les frappes aériennes sont toujours un business en expansion. La Libye reste murée dans le chaos après avoir été forcée d’importer un excédent de frappes aériennes occidentales en 2011, et en Somalie, des centaines de milliers de personnes ont été forcées de quitter leur foyer, en grande partie à cause d’un durcissement de la guerre de drones « contre le terrorisme » menée sous le radar par les États-Unis. De l’autre côté, quand est-ce que la Chine a jamais lancé des frappes aériennes en Afrique ?

Dans le monde actuel de la realpolitik où la façade d’autorité morale des vieux colonialistes s’est craquelée depuis longtemps, les nations africaines feraient aussi bien de prendre l’argent chinois, parce que le problème de l’adage « Mieux vaut un mal connu qu’un bien qui reste à connaître » est que ce mal, vous ne le connaissez que trop.

Traduction Entelekheia
Image Pixabay

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