Moyen-Orient : nouvel axe Turquie-Iran-Qatar, l’Arabie Saoudite furieuse

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Premier article d’une mini-série sur les progrès de la nouvelle Route de la soie chinoise, qui s’étendra jusqu’aux côtes de l’Atlantique en Europe, en passant par le Moyen-Orient où des pays-clés de la Route commencent en ce moment même à forger de nouvelles alliances destinées à promouvoir leur échanges commerciaux, à augmenter leurs exportations de gaz et de pétrole, mais aussi et surtout à stabiliser la région. Evidemment, les USA tentent d’entraver les avancées pacifiques des alliés de la Chine au Moyen-Orient.


Par Darius  Shahtahmasebi
Paru sur RT sous le titre New Turkey-Iran-Qatar axis is rising in Middle East, and it has Saudi Arabia furious


La nouvelle alliance formée par le Qatar, la Turquie et l’Iran, avec la possibilité de recevoir le soutien de la Russie et de la Chine, est une préoccupation majeure pour les États-Unis, Israël et l’Arabie Saoudite.

Les conséquences de plus de huit années de guerre en Syrie ont changé la dynamique régionale d’une manière presque certainement imprévue pour les États-Unis et leurs alliés. Grâce à des documents qui ont fait l’objet de fuites, nous savons depuis un certain temps déjà que l’objectif provisoire de Washington était, à tout le moins, de déstabiliser le gouvernement Assad dans l’espoir de réduire l’influence iranienne. (Son but ultime était très clairement le changement de régime, qui avait été très près de se concrétiser pendant au moins une étape de la guerre).

Cette stratégie anti-Assad s’est, bien sûr, retournée ses auteurs, au point où des forces soutenues par l’Iran sont aujourd’hui amassées le long de la frontière syro-israélienne, menaçant l’allié régional le plus proche de Washington. L’autre développement notable – et objectivement le plus important — est que la Russie, et non les États-Unis, a émergé des décombres de la Syrie en tant que principal négociateur et tacticien militaire au Moyen-Orient.

Cependant, il semble que les retombées de la Syrie ne soient que le début d’un mouvement tectonique qui s’éloigne massivement du statu quo ante. Huit ans après le début de la guerre en Syrie, nous commençons à voir, au sein des alliances régionales, d’autres changements importants qui font trembler les alliés traditionnels de Washington, en particulier l’Arabie Saoudite.

À l’heure actuelle, le Qatar, l’Iran et la Turquie forment une alliance régionale qui irrite l’Arabie Saoudite et les autres États du Golfe – et ils n’ont qu’eux-mêmes à blâmer. Après que l’Arabie Saoudite ait dirigé une coalition de nations qui a tenté d’intimider le Qatar et d’accepter une longue liste de demandes irrecevables en juin 2017, le Qatar a rapidement constaté qu’il pouvait compter sur certains partenaires-clés pour surmonter la tempête dirigée par les Saoudiens. Ces partenaires forment maintenant ouvertement une nouvelle alliance, qui bouleversera l’équilibre du pouvoir au Moyen-Orient.

Le renforcement des liens entre cet axe de nations est tout à fait remarquable, si l’on considère que chacune d’elles a eu des positions différentes sur le conflit syrien. L’horreur de ce départ du paradigme occidental par les trois pays a été impeccablement exprimée dans un article d’Asia Times intitulé « L’humiliation de l’Amérique en Syrie est pire qu’il n’y paraît ».

Lorsque l’Arabie Saoudite a bloqué la seule frontière terrestre du Qatar et que les Émirats Arabes Unis ont à leur tour bloqué les exportations de leurs ports vers Doha, le Qatar a rapidement trouvé des amis à Oman, en Turquie et en Iran pour contourner le blocus. Les vols qataris ont été déroutés pour passer au-dessus de l’espace aérien iranien et la Turquie a renforcé sa présence militaire dans le pays en signe d’alliance. Rapidement, la vie quotidienne au Qatar a repris son cours normal. Cela ne veut pas dire que le Qatar n’a pas connu de difficultés, notamment en ce qui concerne les prix du pétrole, les prix de l’immobilier, le tourisme et le ralentissement de sa croissance économique. Mais le Qatar a pu puiser dans ses réserves pour en contrer les effets, minimisant ainsi les dégâts causés par ses voisins.

Le minuscule Qatar, en jaune, est signalé par la flèche.

À la fin de 2017, la Turquie, l’Iran et le Pakistan avaient tous accru leurs échanges bilatéraux avec le Qatar, au bénéfice des quatre pays. En moins de six mois depuis le début de la « crise du Qatar », le commerce entre l’Iran et le Qatar avait augmenté de 117 %, selon les rapports. À l’époque, les experts qui étudiaient la crise avaient déjà prédit que les relations commerciales entre les deux pays resteraient intactes, même après la clôture de la crise du Qatar menée par les Saoudiens.

L’Iran, le Qatar et la Turquie ont également signé un pacte de transport terrestre en août de la même année, qui allait contribuer à réduire les coûts et durées des transits de marchandises. Étant donné que l’Arabie Saoudite a effectivement bloqué le flux de marchandises à destination du Qatar, il ne devrait pas être difficile de voir que même cet accord, à lui seul, a vite revêtu une importance majeure.

Le Qatar, pour sa part, a beaucoup investi en Turquie, plus de 20 milliards de dollars au total. Comme Al-Jazeera l’a déjà expliqué, c’est son deuxième pays investisseur, ce qui démontre l’importance de ces deux nations l’une pour l’autre.

De l’avis général, les États du Golfe ont besoin de la Turquie à leurs côtés pour contenir l’Iran. Selon une récente information publiée par Middle East Eye, l’Arabie Saoudite, les Émirats Arabes Unis et l’Égypte avaient élaboré un plan avec Israël pour réduire l’influence régionale de la Turquie et de l’Iran, la Turquie étant considérée comme la principale menace militaire pour les intérêts de ces pays du Golfe.

En l’occurrence, l’axe Qatar-Turquie-Iran pourrait constituer une zone-tampon importante contre la dénommée « OTAN arabe », qui sera dirigée par l’Arabie Saoudite. Si l’Arabie Saoudite semble avoir réussi à rallier le Pakistan à sa cause, il n’en demeure pas moins que le Pakistan a une frontière commune avec l’Iran et dépend fortement de la Chine, un autre allié-clé de l’Iran. La position anti-iranienne d’Islamabad ne peut donc pas aller bien loin.

Le fait que cette alliance bénéficiera probablement du soutien de la Russie et de ses forces militaires constitue également une préoccupation majeure pour l’alliance anti-iranienne.

Actuellement, la Russie, l’Iran et le Qatar fournissent plus de la moitié des réserves mondiales de gaz connues. Sans même mentionner que l’Iran et le Qatar partagent le plus grand gisement gazier au monde, une autre préoccupation majeure pour le bloc mené par les Saoudiens.

Les médias saoudiens ont déjà exprimé leur opposition à cette nouvelle alliance, comme en témoigne un article d’Al Arabiya intitulé « Comment l’Iran et la Turquie utilisent le Qatar pour saper la sécurité régionale et les intérêts américains ». Selon Al Arabiya, il existe un « risque » que le Qatar « quitte l’orbite arabe et constitue une menace sérieuse pour l’Arabie Saoudite, les Émirats Arabes Unis et Bahreïn ». L’accord Qatar-Iran, « précédemment dissimulé, a été rendu public », note également l’article.

« Pour dire les choses simplement : Le Qatar s’est irrévocablement joint à Ankara et Téhéran contre ses anciens alliés arabes », supposent les sources de l’article. « Il s’est positivement inscrit dans une alliance qui poursuit une domination géopolitique en alimentant l’instabilité de la région. »

Le Qatar « joue avec le feu », déclarait l’article. A peu près au même moment, le Qatar a appelé à la création d’une nouvelle alliance pour remplacer le Conseil de coopération du Golfe (CCG), démontrant ainsi une nouvelle fois son changement de perspective.

Selon le think tank russe [eurasianiste, NdT] Katehon, le nouvel axe Qatar-Iran-Turquie est déjà bien installé et a le pouvoir de contrôler l’Asie, l’Inde occidentale et le Pakistan, et de défier le « trio démoniaque » des États-Unis, d’Israël et de l’Arabie Saoudite.

« Ne sous-estimez pas le rôle du petit Qatar dans cette triple alliance avec les empires latents », affirme le think tank dans une citation. « Le fait est que les énormes ressources financières et la situation géographique de l’émirat lui permettent de résister même à la toute-puissance de l’Arabie Saoudite, qui revendique également une domination régionale. »

« Ainsi, la pression internationale et les restrictions économiques ont poussé trois États complètement différents à entamer un rapprochement dans le domaine économique, malgré leurs différences géopolitiques. Comment tout cela tournera dépend avant tout des actions des États-Unis, qui, sans aucun doute, tenteront de briser l’émergence de cette triple alliance. »

Traduction et note d’introduction Entelekheia

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