Le chemin de la prochaine guerre partira du Golan

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Par George Galloway
Paru sur RT sous le titre Road to next war begins in Golan


Lorsque l’archiduc François-Ferdinand, héritier du trône d’Autriche-Hongrie, a pris un mauvais tournant à Sarajevo en 1914, le monde s’est retrouvé sur la route de la Première Guerre mondiale.

Avec la reconnaissance mégalomane de l’annexion illégale du plateau du Golan syrien par Israël de Donald Trump, une erreur similaire a été commise et ouvre la voie à une prochaine guerre au Moyen-Orient.

J’ai visité à plusieurs reprises le plateau du Golan, de part et d’autre des barbelés qui y rouillent depuis l’attaque israélienne surprise contre ses voisins arabes en 1967, qui avait laissé l’agresseur en possession de parties de l’Égypte, de la Jordanie et de la Syrie.

Le Droit international est très clair : un territoire conquis par la force ne peut en aucune façon être légalement conservé et les résolutions 242 et 338 du Conseil de sécurité de l’ONU restent en vigueur, même si elles sont ignorées.

De même, le Droit international interdit à l’occupant militaire d’apporter des changements permanents, qu’ils soient démographiques, topographiques ou économiques, au territoire saisi jusqu’à sa restitution.

Ces deux principes juridiques ont été violés à maintes reprises, profondément et probablement de façon permanente par Israël. Le territoire égyptien du Sinaï a été restitué à la suite de l’accord de Quisling conclu avec le président égyptien Anouar el-Sadate. Mais les anciens territoires jordaniens et syriens de Cisjordanie, de Jérusalem-Est et du plateau du Golan ne sont pas seulement restés sous occupation militaire, ils ont été complètement transformés.

Jérusalem est devenue une capitale israélienne unifiée — encore une fois unilatéralement soutenue par Donald Trump. Des centaines de milliers de colons israéliens permanents ont été transférés en Cisjordanie, déplaçant leurs nombres égaux et opposés de palestiniens, dont les terres ont été illégalement confisquées. Des maisons palestiniennes sont quotidiennement démolies, l’eau confisquée, les récoltes gâchées — tout cela pour obtenir le « transfert » des personnes occupées ailleurs dans le territoire ou mieux encore, en exil.

Le côté israélien occupé du plateau du Golan semble une une sorte de paradis au yeux des visiteurs. Mais pas à environ 20 000 citoyens druzes de Syrie sous occupation. C’est la plus belle terre verdoyante et fertile de tout le Levant. Par manque de chance, il y a de l’or noir sous ces vertes collines.

Si la fertilité de ces terres donnait déjà une bonne raison à Israël de chercher à conserver ses gains mal acquis du Golan, les ambitions se sont aiguisées quand il s’est avéré que la région était plus fertile qu’on ne l’avait cru. Du pétrole.

Le principal prospecteur n’était bien sûr ni israélien ni syrien, mais Genie Energy, un conglomérat international auquel quelques noms célèbres étaient attachés. Comme Jared Kushner, le gendre du président américain Trump, qui vient de changer les enjeux du Golan d’un coup de baguette magique. Comme Dick Cheney, qui a mis le vice en surbrillance dans le terme vice-président. Comme Rupert Murdoch, le magnat des médias (pour qui je travaille d’ailleurs actuellement sur TalkRadio). *

Ces hommes sont actuellement engagés dans un acte de piraterie, à cette seule différence qu’ils ne sont pas en mer. Le pétrole qu’ils prospectent est volé à ses propriétaires légitimes. Qu’aucune action en justice ne puisse les arrêter démontre seulement l’impuissance de ce que l’on appelle « l’ordre international fondé sur des règles » claironné en chœur par les mercenaires employés par les pirates.

La Syrie n’acceptera jamais le vol de ses terres ou de ce qui se trouve dessous. Les Syriens qui vivent sous un régime militaire étranger dans le Golan ne l’accepteront pas non plus. L’opinion publique arabe unie, au-delà de ses différences, contre la validation de ce brigandage par Trump non plus.

L’armée syrienne, aguerrie au combat, ne l’acceptera pas non plus. Ni ses alliés — la Russie, la Chine, l’Iran et le Hezbollah. On dit que l’orgueil débridé précède la chute. Dans leur histoire d’amour, Trump et Netanyahou plastronnent, en toute irresponsabilité, en prenant la dignité arabe pour un paillasson. Mais la colère des Arabes s’échauffe, et de grandes tempêtes sont à venir.

George Galloway a été membre du Parlement britannique pendant presque trente ans. Il présente des émissions de radio et de télévision (y compris sur RT). C’est un célèbre réalisateur, écrivain et tribun.

Note de la traduction :

* George Galloway est l’un des seuls à avoir carte blanche sur un support médiatique de l’empire Murdoch.


Ajout :

Le diplomate indien M.K. Bhadrakumar donne des détails supplémentaires sur Indian Punchline, dans son dernier article intitulé Trump’s Golan is a megalomaniac’s own goal (Le Golan de Trump est un but mégalomane marqué contre son propre camp) :

« Les motivations de Trump sont claires : il s’agit d’améliorer les perspectives de réélection du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou en avril prochain, alors que le parti de centre-droite nouvellement créé, le Blue and White Party dirigé par l’ancien ministre de la Défense Moshe Ya’alon et l’ancien général d’état major Benny Gantz, bat le le Likoud dans tous les sondages. (Voir la chronique d’Aaron David Miller sur CNN, ‘Why Trump and Netanyahu desperately need each other’ – ‘Pourquoi Trump et Netanyahou ont désespérément besoin l’un de l’autre’) »

  • Et aussi :

« … les États-Unis ont joyeusement négligé le fait que la décision sur le Plateau du Golan intervient à un moment très délicat, où le Moyen-Orient est pris au piège d’une contestation capitale des autorités politiques et des territorialités dans le contexte de processus historiques et politiques très complexes. Le fait est que le système du Moyen-Orient lui-même est en danger.

En référence à l’accord informel Sykes-Picot négocié pendant la Première Guerre mondiale sur l’avenir des territoires ottomans, David Fromkin avait écrit dans son étude classique « A peace to end all peace ? The fall of the Ottoman empire and the creation of the modern Middle East’ (‘Une paix pour en finir avec la paix ? La chute de l’empire ottoman et la création du Moyen-Orient moderne’, 2009) que 1914-1922 avait été une période « dans laquelle les nations et les frontières du Moyen-Orient étaient dessinées en Europe ». Les sources de l’instabilité régionale depuis lors, tout au long du siècle dernier — la consolidation de l’autoritarisme, la montée du sectarisme, l’impossibilité de résoudre les conflits (bien avant le printemps arabe de 2011), et l’assaut incessant des défis internes et externes – guerres civiles et entre États, interventions étrangères multiples – ont amoindri la souveraineté et l’intégrité territoriale des États de la région. »

  • Sur la réaction du premier allié arabe des USA dans la région, l’Arabie Saoudite, il note ceci :

« Les États de la région sont tout simplement sidérés par la décision de Trump sur le Golan. L’Arabie Saoudite n’a pas perdu de temps pour condamner avec une fermeté exceptionnelle la décision américaine :

Le Royaume d’Arabie Saoudite exprime son ferme rejet et sa condamnation de la déclaration faite par l’administration américaine de reconnaître la souveraineté d’Israël sur le plateau du Golan syrien occupé. Le Royaume d’Arabie Saoudite affirme sa position ferme et de principe sur le plateau du Golan, à savoir qu’il s’agit d’une terre arabe syrienne occupée, conformément aux résolutions internationales pertinentes. Les tentatives visant à imposer le fait accompli ne changent rien aux faits. 

La Déclaration de l’Administration des États-Unis constitue une violation manifeste de la Charte des Nations Unies et des principes du droit international, ainsi que des résolutions internationales pertinentes, notamment les résolutions no 242 (1967) et no 497 (1981) du Conseil de sécurité, et elle aura de graves répercussions sur le processus de paix au Moyen-Orient, et sur la sécurité et la stabilité dans la région.

Le Royaume d’Arabie Saoudite appelle toutes les parties à respecter les résolutions légitimes internationales et la Charte des Nations Unies. » 

  • Sur l’Iran :

« En d’autres termes, Trump a peut-être marqué un but contre son camp avec l’annonce du Golan. Sans aucun doute, cette mesure audacieuse affaiblira sa stratégie de déstabilisation de l’Iran. La position de Téhéran selon laquelle ce sont les États-Unis, et non l’Iran, qui violent le droit international devient nettement plus difficile à contredire. Dans l’ensemble, pour citer Abdel Aziz Aluwaisheg, secrétaire général adjoint aux affaires politiques du Conseil de coopération du Golfe, « l’annonce faite par Trump au sujet du Golan pourrait saboter des décennies de diplomatie américaine et sérieusement compliquer la restauration de l’influence et la crédibilité de Washington dans la région ».

Tout plan de paix américain pour le Moyen-Orient sera désormais plus difficile à vendre qu’à n’importe quel autre moment de l’histoire – surtout sous la direction de Trump. De toute évidence, le prétexte invoqué par les États-Unis pour intervenir en Syrie — à savoir la nécessité de mettre fin à la présence militaire iranienne — devient intenable. La sympathie du monde arabe ira infailliblement à la Syrie.

L’Iran et le Hezbollah continuent d’être présents en Syrie, ce qui se justifie aujourd’hui pleinement. Plus important encore, la démarche de Trump sur le Golan est appelée à cimenter l’alliance syro-iranienne construite sur le socle de la « résistance » commune aux États-Unis et à Israël. »

  • Et enfin sur Israël :

« Paradoxalement, la propre sécurité d’Israël fait face à de nouveaux défis de taille de la part de la Syrie, alors qu’un nouveau « front de résistance » prend forme. Le développement d’une forte capacité de dissuasion contre Israël devient un priorité numéro un pour la Syrie. »

M.K. Bhadrakumar a travaillé au sein du corps diplomatique indien pendant 29 ans. Il a été ambassadeur de l’Inde en Ouzbékistan (1995-1998) et en Turquie (1998-2001). Il tient le blog Indian Punchline et contribue régulièrement aux colonnes d’Asia Times, du Hindu et du Deccan Herald. Il est basé à New Delhi.

Traduction et notes Entelekheia
Photo : Plateau du Golan, Pixabay/Nabeeh Awidat

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