Le racisme respectable

xénophobie, russophobie, antisémitisme, stéréotypes, Sages de Sion, Trump, libéraux, gauche, USA, Etats-Unis, paranoïa, théorie du complot, complotisme, conspirationnisme,

Par Yasha Levine
Paru sur Yasha Levine’s Influence op sous le titre Respectable Racism


Ce sectarisme ne vient pas des « classes inférieures » dont les libéraux de gauche aiment tant se moquer, mais du sommet de l’échelle sociale – la crème de la crème de nos médias et de notre classe politique.

Le dessin représente la présentatrice de MSNBC Rachel Maddow, une des têtes de file des « Russiagaters » des médias US. Sur l’affiche, « Si la Russie gagnait ». Copyright Yasha Levine

J‘ai essayé d’écrire sur la xénophobie libérale qui sous-tend une grande partie de la panique sur la « Russie » et les « Russes » de l’élite actuelle. Depuis l’élection de Trump, la rhétorique prémâchée et les stéréotypes habituels sur les Russes se sont transformés en conspiration raciste généralisée. Dans les cercles médiatiques libéraux de gauche américains, il est devenu tout à fait normal — et même respectable — de bombarder les téléspectateurs et lecteurs de toutes sortes de complots sur d’obscurs intérêts russes qui infecteraient « notre » société et se tiendraient derrière tous les malheurs de l’Amérique et du monde.

En tant que Juif d’origine soviétique élevé en Amérique, il m’a été impossible de ne pas remarquer à quel point ces conspirations s’apparentent aux vieux fantasmes antisémites sur les « judéo-bolcheviques » et les « Sages de Sion » — des fables mortifères sur des « orientaux » dégénérés qui, en secret, détiendraient un pouvoir total et comploteraient dans les coulisses en exploitant et dominant la civilisation chrétienne blanche. Cette paranoïa sectaire rappelle aussi les virulentes campagnes racistes du XIXe siècle qui visaient les immigrants et les travailleurs irlandais, chinois, japonais, italiens, mexicains, russes et d’Europe de l’Est, et les accusaient d’infecter et de dégrader la société américaine.

Les journalistes libéraux, les universitaires, les personnalités des médias, les stars de Hollywood, les officiels du renseignement et les auteurs de documentaires du New York Times qui crient aux « Russes » depuis trois ans ne savent peut-être pas qu’ils servent des fantasmes racistes réchauffés, mais c’est ce qu’ils font. Et ce sectarisme ne vient pas des « classes inférieures » dont les libéraux de gauche aiment tant se moquer, mais bien du sommet — la crème de la crème de nos médias et de notre classe politique. Un jour, vous voyez Rachel Maddow en pleine crise de paranoïa à cause d’un prétendu complot russe visant à couper des lignes électriques pour geler des millions d’Américains dans leur sommeil. Le jour suivant, vous pouvez voir le scénariste de Mme Doubtfire monter au créneau sur Internet pour théoriser la façon dont les Russes complotent pour faire tomber Joe Biden (et je suppose, pour secrètement faire grimper Bernie Sanders) en poussant un politicien américain à exposer la manière dégradante dont Biden traite les femmes.

C’est dégoûtant, et cela montre que l’opposition respectable, libérale de gauche de Donald Trump n’est pas moins raciste et paranoïaque que lui — elle opère simplement pour un marché xénophobe démographiquement différent.

Quoi qu’il en soit, je dis que j’ai « essayé » d’écrire à ce sujet parce que, eh bien, c’est un sujet tellement répugnant qu’il m’est difficile de trouver les mots. Jusqu’à présent, la seule façon dont j’ai pu le traiter est de tweeter — de tweeter et de dessiner.

—Yasha Levine

Fareed Zakaria, un autre « Russiagater » des plus enragés, est présentateur sur CNN et éditorialiste au Washington Post. Sur le bandeau : « Que le Venezuela reste russe-frei ! » et sur l’affiche de droite, « Comment les Russes travaillent ». Copyright Yasha Levine

Yasha Levine est un journaliste d’investigation russo-américain né en Union soviétique. Il a été en rédacteur en chef du journal satirique basé à Moscou The eXile et a écrit pour Wired, The Nation, Slate, TIME, le New York Observer, entre autres. Son dernier livre, Surveillance Valley: The Secret Military History of the Internet (La Vallée de la surveillance : l’histoire militaire secrète de l’internet) a défrayé la chronique.

Traduction Entelekheia

Ajouter un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.