Liberté de la presse : l’arrestation d’Assange marque-t-elle le début de la fin ?

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Ce qui suit est une interview de l’un des plus célèbres lanceurs d’alerte des USA, Daniel Ellsberg, ex-employé d’une entité dédiée à la recherche stratégique pour le compte du Pentagone, la Rand Corporation. En 1971, dans une épopée digne d’un film de James Bond, Ellsberg transfère une masse de documents relatifs à la guerre du Vietnam classés secret défense au New York Times, puis au Washington Post pour publication. Ils sortiront en plusieurs parties, sur des semaines, sous le nom de ‘Pentagon Papers’. Bien sûr, le gouvernement des USA réagit avec férocité, et Ellsberg se retrouve en cavale jusqu’à une décision de la Cour suprême qui met un terme aux poursuites en vertu du Premier amendement de la Constitution du pays, garant de la liberté d’expression et de la presse. L’expérience d’Ellsberg permet de mieux comprendre à quoi Julian Assange est confronté.

La vérité est que CHAQUE attaque portée aujourd’hui contre WikiLeaks et Julian Assange avait été portée contre moi après la publication des Pentagon Papers, à l’époque. » – Daniel Ellsberg


Interview de Daniel Ellsberg par Sharmini Peries
Paru sur The Real News Network et Truthdig sous le titre Daniel Ellsberg: Assange’s Arrest Is the Beginning of the End


Sharmini Peries : C’est The Real News Network. Je suis Sharmini Peries, de Baltimore. Le lanceur d’alerte de WikiLeaks, Julian Assange, a paru faire une geste symbolique alors qu’il était tiré de force, menottes aux poignets, de l’ambassade de l’Équateur à Londres. Il tenait à la main un livre de Gore Vidal sur l’histoire de l’État sécuritaire national publié par The Real News Network. Nous pensons qu’Assange a peut-être essayé d’envoyer un message au monde.

Pour parler maintenant d’Assange et des raisons de son arrestation, nous avons avec nous un homme qui est peut-être le lanceur d’alerte le plus célèbre de l’histoire à avoir connu ce type d’arrestations et de menaces de la part de l’État, Daniel Ellsberg, source des fuites des Pentagon Papers publiés en 1971. Sur le nouveau livre de Daniel, The Doomsday Machine: Confessions of a Nuclear War Planner (La machine du jugement dernier : Confessions d’un planificateur de guerre nucléaire), les anglophones trouveront une série d’interviews sur The Real News Network.

Daniel, merci d’être avec nous.

Daniel Ellsberg : Heureux d’être de retour avec vous. Je vous remercie.

SP : Daniel, votre réaction à ce qui vient d’arriver à Julian Assange à Londres ?

DE : C’est une agression très grave contre le Premier Amendement. Une tentative claire d’annihiler la liberté de la presse, essentiellement. Jusqu’à présent, nous avons eu une douzaine d’actes d’accusation contre des sources, dont la mienne représentait la toute première poursuite en justice contre un Américain pour avoir divulgué des renseignements au public de son pays. Et cela a pris fin quelques années plus tard. Il y en a eu deux autres avant le président Obama, et environ neuf sous le président Obama, dont aucune n’a encore été mise à l’épreuve devant la Cour suprême en lien avec le Premier amendement. Ils ne sont pas arrivés à ce niveau.

Ce que nous avons ici est le premier acte d’accusation contre un journaliste, un rédacteur ou un éditeur en la personne de Julian Assange. Et si cela marche, ce ne sera pas le dernier. C’est clairement une partie de la guerre du président Trump contre la presse, qu’il appelle l’ennemie de l’État. [1] Et s’il réussit à mettre Julian Assange en prison, où je pense que, s’il y va, il y restera toute sa vie, la première accusation portée contre lui ne sera probablement passible que de quelques années. Mais ce ne sera probablement que la première d’une longue série.

Dans mon propre cas, mon premier acte d’accusation portait sur trois chefs d’accusation. Ce nombre a ensuite été porté à 12 chefs d’accusation d’actes criminels à la fin de l’année, avec une peine maximale de 115 ans de prison. Je pense donc qu’il s’agit d’une mise en garde à l’encontre de tous les rédacteurs en chef et éditeurs du pays.

S’ils font le lien entre le livre du Real News Network qu’il emportait avec lui en prison – et je pense que Gore Vidal en est très heureux, lui qui a été associé à la défense des droits d’Assange – ils pourraient faire le lien avec vous. Vous serez peut-être également poursuivis pour complot avec Julian Assange. Il n’en faudra peut-être pas beaucoup plus. J’ai vu dans l’acte d’accusation, que je viens de lire, que l’une des accusations est qu’il a encouragé Chelsea Manning/Bradley Manning à lui donner plus de documents, après qu’elle lui ait déjà transféré des centaines de dossiers. Eh bien, si c’est un crime, alors le journalisme est criminel, parce qu’en d’innombrables occasions, j’ai été harcelé par des journalistes qui me demandaient plus de documents que ce que je leur avais déjà remis. Aucun d’entre eux n’a été jugé jusqu’à présent. Mais dans ce cas, si ça leur suffit à inculper Assange, alors aucun journaliste n’est en sécurité. La liberté de la presse n’est pas en sécurité. C’est fini. Et je pense que notre république en est à ses derniers jours, parce que les divulgations non autorisées de ce genre sont vitales dans une république.

SP : Daniel, merci de nous avoir rappelé que Chelsea Manning est actuellement en prison, et après 28 jours d’isolement pour avoir refusé de témoigner contre Assange devant un grand jury dont l’enquête est en cours. Maintenant, il est très intéressant de noter que le président équatorien Moreno a révoqué [en infraction au Droit international, NdT] le droit d’asile qui protégeait Julian Assange jusqu’à aujourd’hui à l’ambassade équatorienne à Londres, ce qui a conduit à tout cela. Et l’avocate de Julian Assange Jen Robinson – l’un de ses avocats – a tweeté pendant son arrestation pour confirmer qu’Assange avait été arrêté non seulement pour violation des conditions de sa libération sous caution, mais aussi à la suite d’une demande d’extradition par les USA. Maintenant, étant donné que vous avez fait l’objet de ce genre d’allégations et d’arrestations, et de ce type de surveillance, quelles sont, à votre avis, les intentions réelles des États-Unis ? Pourquoi cette révocation imposée de son asile de l’ambassade équatorienne, ainsi que cette demande d’extradition ?

DE : Vous savez, je pense que le mot « imposé » peut être trompeur ici, parce qu’il sous-estime le degré de choix que l’Équateur et les Britanniques avaient dans ces deux cas. Ainsi, d’ailleurs, que le Département de la Justice des USA. Ils ne pouvaient pas vraiment forcer l’équateur à enfreindre les normes internationales du droit d’asile et à leur livrer Assange. Ils ne pouvaient pas non plus forcer la Grande-Bretagne à quoi que ce soit. De toute évidence, les deux ont été induits à le faire par diverses mesures incitatives. Dans le cas de Moreno, je dirais que c’est passé par une allégement de la dette équatorienne. Et les États-Unis, la grande nation créancière, bien qu’il s’agisse en fait d’une nation débitrice, sont en mesure d’exercer sur l’Équateur le genre de pression qui a entraîné ici une action essentiellement illégale menaçante pour tout le monde au regard du droit d’asile. Tout le monde, sur la planète entière. Les gens qui ont obtenu l’asile politique aux USA, les réfugiés politiques de Grande-Bretagne et certainement d’Équateur.

C’est donc de très mauvais augure. Les Britanniques ont une longue histoire de servilité à l’égard de leur allié, les États-Unis, et ils ne se soucient apparemment pas trop du droit, je pense. Il y avait déjà eu des indications selon lesquelles, si l’Équateur obtenait l’assurance qu’Assange ne risquait pas la peine de mort de la part de la Grande-Bretagne, il pourrait le considérer comme une excuse suffisante pour révoquer son asile, au motif qu’il n’avait accordé l’asile que par crainte de la peine de mort. A mon sens, c’est absurde. Il n’en a pas été question il y a sept ans, lorsqu’il a obtenu l’asile. Et bien sûr, il n’est pas nécessaire de craindre la peine de mort pour demander et obtenir un asile politique. Alors pourquoi exactement ce moment a été choisi pour que l’Équateur et la Grande-Bretagne accèdent à la demande des États-Unis, je n’en suis pas sûr. L’acte d’accusation a été signé il y a un an en mars 2018. Peut-être que cela a pris le temps de la négociation, avec l’Équateur et la Grande-Bretagne, pour savoir quel serait le prix de sa remise.

Comme je l’ai dit, c’est une menace non seulement pour les journalistes, mais aussi pour les demandeurs d’asile politique partout dans le monde. Mais la menace immédiate, la signification de tout ceci pour Trump, c’est que, et je n’ai aucun doute là-dessus, il veut définir dans une salle d’audience la presse comme criminelle et ennemie du peuple. Si le fait qu’Assange ait demandé des documents — quelque chose que les journalistes m’ont demandé à maintes reprises, leur donner des documents — si c’est tout ce qu’il leur faut pour condamner Assange, alors le Premier amendement ne veut plus rien dire. Et sans liberté de la presse, vous n’avez pas de liberté du tout, ou très peu. J’ai bien peur que ce soit dans cette direction que nous allons.

Les journalistes en général devraient donc se rallier à cette affaire, quoi qu’ils pensent de Julian lui-même. Il y a beaucoup de gens qui n’aiment pas Julian personnellement. Je ne suis pas de ceux-là. Je l’aime bien. Il y a beaucoup de gens qui sont très critiques à l’égard de ses actions lors des élections de 2016, pour divers motifs. Je ne suis pas satisfait du résultat, dans la mesure où il a probablement aidé Trump à devenir président. Et Trump a, bien sûr, déclaré son amitié pour Julian à un moment donné. Il a dit « J’adore WikiLeaks » quand il semblait que Wikileaks l’aidait. Mais bien sûr, une promesse de bonne volonté de la part de Donald Trump n’a rien de fiable. Nous le savions déjà. Il est donc prêt à en faire un bouc émissaire, je pense, pour les journalistes en général.

SP : Daniel, vous avez dit quelque chose de très intéressant, c’est que tous ceux qui s’intéressaient à la liberté de la presse et, bien sûr, à la défense de notre droit à la liberté d’expression, à l’accès à l’information et au savoir, qui est essentiel à la démocratie, vous avaient soutenu dans la même situation, et que des gens vous avaient aidé. Quelles sont certaines des choses essentielles qui se sont produites dans votre cas et qui pourraient nous servir aujourd’hui ?

DE : Eh bien, ce qui m’avait frappé, c’est qu’une douzaine de personnes nous avaient aidés, ma femme Patricia et moi – c’était ma co-conspiratrice non accusée – et beaucoup de personnes nous ont aidé à nous loger alors que nous tentions d’échapper au FBI, pendant le processus de publication en 17 parties des Pentagon Papers dans différents journaux après que le New York Times et le Washington Post aient reçu l’ordre de les stopper, pour la première fois dans notre histoire. Et aucune de ces personnes n’a jamais été interrogée par le FBI, parce que nous n’utilisions pas de téléphones privés, ce qui paralysait quelque peu la police à l’époque où les ordinateurs n’existaient pas. À cette époque, les téléphones publics étaient relativement sûrs. Je ne pense pas que ce soit toujours vrai. Je ne sais même pas s’il y a encore des cabines téléphoniques, en fait.

Mais ce qui m’a encore plus frappé, c’est que lorsque j’ai finalement écrit un compte rendu de cela de nombreuses années plus tard – en 2002, 30 ans plus tard – j’espérais raconter l’histoire de toutes ces autres personnes, qui n’avaient jamais fait l’objet d’informations. Ce serait intéressant pour le public. Comment ces gens nous avaient aidés en portant les documents à différents journaux, en jouant les intermédiaires avec eux et en nous trouvant des endroits où nous loger quand nous nous cachions. À cette époque, il était assez facile de trouver des gens. Ils suffisait qu’ils soient jeunes, qu’ils aient les cheveux longs, et leur dire qu’ils pouvaient faire quelque chose pour aider à mettre un terme à cette guerre [du Vietnam, NdT]. Mais ils encouraient beaucoup de risques juridiques. Personne n’a refusé. Cependant, 30 ans plus tard, presque personne n’était prêt à révéler son nom, car ils avaient peur, dans certains cas d’être expulsés, dans d’autres cas d’être mis en accusation, même aussi tard que cela.

Il y a deux années à peine, Gar Alperovitz, une personne clé dans ce processus, a décidé, après avoir consulté ses avocats, de me laisser révéler son nom. Cela a donné matière à un article dans le New Yorker. Mais les autres sont restés prudents. Et il me semble maintenant qu’ils ont eu raison d’être prudents. J’aurais pensé qu’avec tout le temps qui s’était écoulé depuis, et avec le fait qu’il était clair que la publication à laquelle ils avaient contribué avait servi les intérêts américains en aidant à mettre fin à la guerre du Vietnam et en dénonçant des mensonges d’Etat, j’aurais pensé qu’ils en seraient non seulement fiers, mais qu’ils auraient été prêts à en tirer du crédit. Eh bien non. C’est un crédit dont ils ne voulaient pas, parce qu’il pourrait se faire au prix d’une mise en accusation. Et j’espère que Gar, qui a osé le faire, a été laissé en paix.

Mais pour l’accusation de complot, Manning, qui a donné à Julian les documents, a passé sept ans et demi en prison, et est de nouveau en prison en ce moment, apparemment parce qu’ils veulent qu’elle aille au-delà de ce qu’elle a dit, quitte à l’obliger à mentir, ce dont ils seraient heureux, pour incriminer Julian Assange. Après tout, la torture est surtout utilisée pour obtenir de faux aveux. Et ça marche généralement. Mais pas avec Chelsea Manning. Elle a été mise à l’isolement pendant dix mois et demi, jusqu’à ce que la pression du public la tire de là pour la renvoyer dans la population carcérale générale, il y a des années. Et il est clair que ce n’est pas une personne dont peut tirer de faux aveux par la torture. Seconde possibilité, ils voudraient qu’elle donne de nouveaux détails sur ses relations avec Assange, ce qui les aiderait dans leur poursuite contre lui. Et elle ne coopère pas avec le grand jury à ce sujet. Elle s’oppose au grand jury en disant qu’il s’agit d’un processus antidémocratique – anticonstitutionnel en fait – dans son aspect de secret et ses lacunes en matière de défense juridique. Et beaucoup de gens, au fil des décennies, ont dit la même chose et résisté de la même façon.

En fait, mon co-accusé, Tony Russo, avait déjà refusé de témoigner devant un grand jury — après mon inculpation, mais avant les nouvelles inculpations qui allaient suivre. Et il a passé environ un mois en prison avant d’être lui-même inculpé et d’être ajouté à l’acte d’accusation. C’est donc le précédent de l’action actuelle de Chelsea Manning. Tony ne voulait pas témoigner contre moi en secret devant un grand jury, sans transcription des débats, sans transparence sur ce qu’il aurait pu dire. En fait, il a offert de témoigner s’il recevait une transcription de son témoignage qu’il pouvait publier. Ils ont refusé et l’ont mis en accusation. C’était Anthony Russo, qui n’est plus en vie.

Mais Chelsea fait la même chose en ce moment. Elle agit avec beaucoup de courage, ce que je n’exigerais jamais de personne. Mais je ne suis pas du tout surpris qu’elle le fasse.

SP : Et Daniel, enfin, alors que les États-Unis ont demandé une extradition ici, il est fort possible que les avocats de Julian Assange s’y opposent. Quelles sont les chances que cela réussisse ? Et si cela ne réussit pas, qu’est-ce qui l’attend aux États-Unis s’il est extradé ?

DE : Mon jugement ne vaut pas grand-chose ici, et c’est une affaire assez inédite ; en fait, totalement inédite parce qu’il s’agit d’extrader quelqu’un pour avoir commis des actes de journalisme. Ils l’accusent d’avoir aidé, ou d’avoir essayé d’aider Chelsea à dissimuler son identité comme source des fuites. C’est quelque chose que la Freedom of the Press Foundation (Fondation pour la liberté de la presse) fait aussi à sa façon – et je suis membre du conseil d’administration de cette fondation, avec Edward Snowden et Laura Poitras, et d’autres. Nous avons distribué des logiciels à de nombreuses associations de journalistes pour permettre aux gens de leur donner des informations en secret et de les chiffrer. C’est un peu différent de ce dont il est accusé ici, mais le but est le même : protéger les sources.

Soit dit en passant, Chelsea m’a dit qu’elle avait de toutes façons l’intention de se révéler comme source, pour éviter que d’autres personnes soient accusées à tort. C’était vrai pour moi aussi, ainsi que pour Ed Snowden, que nous ne voulions pas que d’autres personnes soient accusées à notre place.

Je pense donc que le fait d’avoir incité les Britanniques à l’arrêter par la force, comme cela vient de se produire, indique qu’ils continueront à enfreindre les normes internationales en violant son immunité, son asile, puis en l’envoyant aux États-Unis. De mon temps, son cas aurait presque certainement été classé sans suite, c’est-à-dire que le cas aurait rejeté par la Cour suprême pour cause de violation du Premier Amendement. Mais c’était une autre Cour suprême, il y a 40 ans. Et je ne pense pas du tout qu’il puisse compter sur cette cour pour défendre la Déclaration des droits [à savoir l’ensemble des dix premiers amendements de la Constitution américaine, NdT]. Je pense que beaucoup de choses sont en jeu aujourd’hui, surtout avec les dernières nominations que Trump a faites. Mais avant aussi.

C’est donc une situation très inquiétante, non seulement pour Julian Assange, qui est resté confiné dans la même pièce depuis près de sept ans, ce qui, soit dit en passant, a dû influer sur son jugement à certains égards. [2] Je n’approuve pas tous les choix qu’il a faits au cours des deux dernières années, en particulier, mais je ne sais pas quel genre de discernement j’aurais moi-même après six ans enfermé dans une pièce aveugle. Pour ce qu’il a devant lui, après s’être attaqué à l’empire le plus puissant du monde et en avoir révélé des secrets criminels, dans de nombreux cas en rapport avec de la torture et des assassinats, qu’il n’aura aucune complaisance de leur part. Je pense qu’il sera enfermé dans une cellule, peut-être à l’isolement, sous prétexte qu’il a d’autres secrets qu’il pourrait révéler ; tout comme Ed Snowden y aurait fait face, je pense, peut-être pour le reste de sa vie. Et ce sera certainement beaucoup, beaucoup plus grave que la chambre qu’il a eue à l’ambassade de l’Équateur, qui constituait déjà un traitement inhumain et un emprisonnement injustifié. Eh bien, l’isolement auquel on l’envoie maintenant est beaucoup plus sérieux.

J’ai remarqué, au fait, qu’on le traînait le long des marches. J’ai été arrêté plusieurs fois, et je suis moi-même sujet au mal de dos. Je coopère toujours, quand on m’arrête, pour éviter que les policiers qui m’arrêtent se fassent mal au dos. Mais je pense que si j’étais arrêté dans ces circonstances, avec la Constitution en jeu, si j’étais arrêté à tort, je ne m’inquiéterais pas pour leur dos. Je ferais ce que Julian faisait, apparemment. Il faudrait littéralement me traîner en prison.

SP : D’accord, Daniel. Une dernière réflexion sur cette affaire ? Et surtout, si Julian Assange est accusé d’espionnage en plus de tout ça ?

DE : C’est le moment pour les journalistes en général, et pour tous ceux qui attachent de l’importance à la liberté de la presse, et pas seulement dans ce pays, d’unir leurs forces pour dénoncer et résister à l’abus injustifié et inconstitutionnel de nos lois pour faire taire les journalistes. Je ne serais pas du tout surpris qu’il soit inculpé en vertu de la Loi sur l’espionnage, comme j’ai été la première personne à l’être. Je soupçonne que cela s’ajoutera à ses accusations. Encore une fois, c’est un grand danger pour les journalistes en général. Ils doivent s’informer et commencer à exiger que la loi sur l’espionnage ne soit pas utilisée contre la presse libre, comme elle l’a été sous les deux derniers présidents. Je vous remercie.

SP : DE, je vous remercie infiniment de vous être joint à nous en ce jour très important, qui révèle la menace de l’État contre notre liberté d’expression. Merci beaucoup. Et merci à tous de nous avoir rejoints sur The Real News Network.

Traduction et note d’introduction Entelekheia

Notes de la traduction :

[1] Depuis le début de sa campagne électorale, aucune injure n’a été épargnée à Trump par les médias de centre gauche libérale des USA, qui étaient tout acquis à sa rivale Hillary Clinton. Après son élection, leur campagne de dénigrement contre Trump a directement enchaîné sur des accusations de collusion avec la Russie (le célèbre Russiagate) et autres fadaises. De sorte que Trump, aujourd’hui, les considère à juste titre comme des ennemis personnels. Cela étant, on voit mal comment il pourrait utiliser le cas Assange pour bâillonner les médias anti-Trump de son pays, mais il peut avoir cette idée en tête, si incohérente soit-elle. Après tout, c’est Trump, un personnage dont le moins qu’on puisse dire est qu’il ne brille ni par sa sagacité, ni par la logique de ses raisonnements, ni par ses scrupules.

[2] Au terme de plusieurs années de confinement dans une pièce sans lumière du jour, Julian Assange est probablement dans un état d’apparence psychotique connu des psychiatres de prison ou d’hôpitaux (il peut toucher des prisonniers, mais aussi n’importe quel patient hospitalisé sur une longue période). Ce type de privation sensorielle induit de la confusion mentale et des hallucinations, mais heureusement, ses effets se dissipent en quelques jours après le retour de la personne à des conditions normales.

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