Notre-Dame, entre « pensées profondes » des médias et instrumentalisations politiciennes

Firefighter douse flames billowing from the roof at Notre-Dame Cathedral in Paris on April 15, 2019. - A major fire broke out at the landmark Notre-Dame Cathedral in central Paris sending flames and huge clouds of grey smoke billowing into the sky, the fire service said. The flames and smoke plumed from the spire and roof of the gothic cathedral, visited by millions of people a year, where renovations are currently underway. (Photo by FRANCOIS GUILLOT / AFP)

Par Igor Ogorodnev
Paru sur RT sous le titre And that’s why Britain should stay in the EU! Cringiest hot takes after Notre Dame fire


En regardant en direct, à la télévision, l’acte de destruction le plus dramatique depuis le 11 septembre 2001, il était difficile de trouver les mots justes. Mais cela n’a pas empêché les médias de trouver les pires.

Après tout, quelle meilleure occasion de faire avancer votre programme politique ?

« Dans un moment comme celui-ci, comme c’est stupide de prétendre que nous ne sommes pas tous des Européens. Nous sommes aux côtés de la France à l’heure de ce crève-cœur. Nous ne lui tournerons jamais, jamais le dos », a affirmé le Guardian en conclusion de son éditorial, alors que le feu ravageait encore la cathédrale Notre-Dame.

Croient-ils que ce n’est pas parce qu’ils n’ont pas utilisé le mot ‘Brexit’ que personne n’a remarqué l’insinuation ? Puisque, à moins qu’il n’y ait des gens en Angleterre pour brailler « Nous ne nous soucions pas de cette vieille cathédrale en feu, nous ne sommes plus Européens », c’est exactement ce que c’était.

Même si peu d’autres ont été aussi impudents, partout dans le monde, un climat de symbolisme pompeux s’est installé parmi des commentateurs de l’actualité de premier plan.

Le New York Times s’est centré sur les Gilets jaunes – Emmanuel Macron ayant dû annuler un discours de réponse au mouvement en raison du drame – en écrivant « La France brûle ».

« Une nation angoissée et agitée a lutté pour faire face au soulèvement qui a duré des mois et à la dégradation du filet de sécurité sociale qui a provoqué les protestations. Les générations qui en étaient venues à compter sur ce filet de sécurité sociale, pour des raisons de fierté et d’identité nationale, le voient s’envoler en fumée « , a écrit Michael Kimmelman.

« Lundi, la cathédrale l’a suivie, elle qui depuis des siècles a incarné les évolutions de la France. Le symbolisme était difficile à manquer. »

Le Washington Post a choisi un autre angle : « La chute de Notre-Dame est un coup porté à Paris et tout ce qu’il représente. »

L’article dresse la liste des récents actes terroristes qui ont frappé la capitale française — l’attentat contre Charlie Hebdo, et les fusillades de novembre 2015.

« A travers tous ces cauchemars, il y a eu un sentiment constant et collectif. C’était la réalité réconfortante — ou du moins la croyance réconfortante – selon laquelle d’une certaine manière, à travers tout cela, Paris était indestructible. L’idée que Paris sera toujours Paris n’était jamais plus forte que devant Notre-Dame », a écrit le correspondant local James McAuley.

On peut se demander si les parents de ceux qui sont morts dans le Bataclan, ou même ceux qui ont seulement vu des terroristes tirer en rafales sur des cafés de rue, se sont vraiment dit : « Au moins, Notre-Dame est toujours là ». Ou si les New-Yorkais étaient rassurés parce que l’Empire State Building était intact lorsque les tours jumelles sont tombées. Dit comme ça, cela frise l’offensant.

Bien sûr, McAuley et d’autres partent d’un point de vue plus large et plus abstrait, mais il y a aussi un argument contre ce genre d’intellectualisation.

Un incendie qui a détruit l’un des bâtiments les plus célèbres au monde après 800 ans d’existence, ne peut-il pas être tragique en soi ? Ne pouvons-nous pas pleurer en paix dans ce qui a été un moment presque universellement triste ? Faut-il à tout prix que ça signifie autre chose que ce que c’était ? Pourquoi ce besoin de langage prétentieux, ces métaphores forcées, ces recherches absconses de sens alors qu’il y en avait juste devant nos yeux ?

Lorsqu’une catastrophe d’ampleur historique se produit — et c’est exactement ce que c’était, au sens le plus littéral du terme — c’est un instinct social naturel que d’y voir de l’importance, de réagir en se mettant en rapport avec d’autres, de se joindre à l’expérience commune. Et il est mal venu de juger les gens pour ce qui, mis à part les quelques trolls et politiciens, était une expression maladroite mais bien intentionnée de l’esprit humain.

Mais si vous avez quelque chose à dire, une suggestion : et si, au lieu de nous donner du mal pour trouver des pensées profondes, dans ce genre d’occasion, nous nous souvenions de quelque chose de personnel ?

Oui, l’histoire de votre visite de Notre-Dame est peut-être identique à celle des 13 millions de touristes qui s’y rendent chaque année, et de fait, des étudiants prennent leur déjeuner sur un banc, à l’extérieur, depuis des siècles. Mais au moins, ce sera honnête et sincère, et un hommage authentique à la cathédrale.

Traduction Entelekheia

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