Ma rencontre avec un Américain tranquille (et un Américain moins tranquille)

Ces derniers jours, George Galloway participait à l’Eurasian Media Forum, au Kazakhstan, dont il était l’un des intervenants principaux. Mais l’hôtel Ritz-Carlton d’Almaty, où il séjournait en compagnie des autres participants, abritait de bien étranges hôtes…


Par George Galloway
Paru sur RT sous le titre My encounter with a Quiet American (and a not so quiet American)


Aux heures incertaines qui précèdent l’aube, la semaine dernière au Kazakhstan, ma femme et moi avons vécu le pire cauchemar des clients d’hôtels.

Endormis dans nos pyjamas, nous avons été tous deux réveillés par le bruit de quelqu’un qui essayait d’entrer dans notre chambre. Tout d’abord, la poignée qui tourne doucement, plus de plus en plus vite. Puis, le bruit d’une épaule qui, indubitablement, heurte à plusieurs reprises notre porte – une épaule dont nous n’avions aucun moyen de connaître la force.

Avec une louable promptitude, Mme Galloway s’est éjectée du lit comme une balle de revolver et a lancé tout ce qui comportait des roulettes contre la porte. Une fois sa barricade érigée, elle a couru au téléphone pour appeler la réception à l’aide, ce qui n’est pas la chose la plus facile à communiquer au milieu de la nuit à Almaty, comme vous pouvez l’imaginer.

Étant « l’homme de la maison », la seule chose que je pouvais offrir était de la force brute, avec mes deux mains exerçant une pression compensatoire sur la porte (qui commençait littéralement à se plier) et mon accent écossais à couper au couteau, exigeant de l’énergumène qu’il cesse ses menées (ou des mots écossais moins polis à cet effet). Bien sûr, j’ai regardé par le judas de la porte et j’ai pu en voir assez pour être sûr que ce n’était pas un cauchemar, que c’était bien un danger humain clair et net.

L’homme refusait de lever la tête pour que je puisse voir son visage, mais il grognait contre moi, à travers la porte, avec un accent distinctement américain. Ma femme m’a alors (judicieusement) demandé si me tenir devant la porte était une bonne idée : « il est peut-être armé », m’a-t-elle rappelé.

« C’est un peu alarmiste », ai-je répondu, mais à peine ces mots m’avaient-ils quitté la bouche que l’homme – alerté par l’arrivée au trot de l’équipe de sécurité – a finalement arrêté de pousser et s’est redressé, révélant être rien de moins que ‘Jim’ Woolsey, ancien directeur de la CIA.*

Donc, il était peut-être bien armé, après tout (ou peut-être était-il simplement content de me voir). De fait, il était harnaché pour une action décisive : un marcel noir, un pantalon et des chaussures fermement lacées.

Dès que les secours sont arrivés sur les lieux, j’ai ouvert grand la porte et je suis sorti pour demander une explication, mais alors que l’ancien chef de l’organisation de renseignement la plus dangereuse de la terre était emmené en état d’arrestation, tout ce que j’ai pu entendre, c’était les mots « Je suis l’ambassadeur Jim Woolsey » répétés encore et encore.

Et dire que j’avais eu peur de tomber sur le bras droit du président Donald Trump, Steve Bannon, ce jour-là…

Je m’étais rendu dans la ville kazakhe d’Almaty pour débattre avec le populiste radical maintenant libéré de ses fonctions, l’ancien chef de la campagne présidentielle de Trump (et autres), et je m’attendais à ce que ce soit un duel au sabre. Bien qu’à certains égards, nous soyons similaires – Bannon et moi sommes tous deux issus de la classe ouvrière irlandaise – je suis un homme de gauche et lui de droite. Certains médias ont dit que j’étais d’extrême gauche et qu’il était d’extrême droite, mais dans mon cas, cela n’est vrai en aucun cas. Et en ce qui le concerne, un coup d’œil sur le débat vous amènerait à conclure que s’il représente l’extrême droite, il est très loin d’être conservateur.

Franchement, j’ai eu du mal à suivre le rythme de ses invectives contre les élites mondialisées qui ont amoindri leur propre pays et plongé le monde dans guerre après guerre, sans autre perspective à l’horizon. Son mépris était infini envers ceux qui exportent des emplois et des richesses nationales pour leur propre compte, mais qui déguisent leur trahison en parlant avec enthousiasme de « supranationalité », de « mondialisation », « d’internationalisme » ou de « libéralisme » dans le cas des Démocrates-Clinton et de l’Union européenne.

Mais sur un sujet, il m’a glacé le sang, et je ne sais pas ce que la dame au premier rang de l’auditoire, la vice-ministre des Affaires étrangères de la République populaire de Chine, a ressenti, mais Bannon m’a fait encore plus peur que l’ambassadeur Jim Woolsey dans sa tentative de forcer la porte de ma chambre.

Si vous pensez que Donald Trump est un éléphant déchaîné dans un magasin de porcelaine, vous n’avez pas entendu Steve Bannon en furie dans le même magasin. Il n’est pas exagéré, je pense, de dire que Bannon veut que les États-Unis entrent en guerre avec la Chine, et qu’il estime même que les États-Unis devraient déjà l’avoir fait. Et, lorsqu’il l’exprime dans sa posture de combat à la Jake ‘Raging Bull’ LaMotta, c’est effrayant.

Bannon est un ancien officier de marine, dont l’une des filles sert dans l’armée aujourd’hui. Alors qu’un problème de chevilles avait empêché Donald Trump d’aller combattre au Vietnam (un problème de santé toutefois bien soulagé par la pratique intensive du golf) et que les multiples problèmes physiques liés au port de moustaches de John Bolton rendaient l’aventure militaire trop éprouvante pour lui aussi, vous avez le sentiment que Steve Bannon irait lui-même sur le pont de la première canonnière américaine à entrer sur le fleuve Yangtze.

(Post-scriptum : Je n’avais pas l’intention d’exposer les pérégrinations nocturnes de l’ancien chef de la CIA. Si, comme je m’y étais attendu, une explication et des excuses avaient été fournies pour la terreur nocturne qu’il a causée à ma femme, vous n’auriez jamais entendu parler de l’histoire extraordinaire ci-dessus. Aucune explication, excuse, même pas le moindre bref signe de tête ne m’ont été donnés).

(Ajout de la traduction : « Chère @CIA, pourquoi votre ancien chef, l’ambassadeur James Woolsey, a-t-il tenté pendant près de 10 minutes de casser ma porte d’hôtel du Ritz-Carlton d’Almaty la semaine dernière, causant une peur horrible à ma femme ? @RT_com)

 

George Galloway a été membre du Parlement britannique pendant presque trente ans. Il présente des émissions de radio et de télévision (y compris sur RT). C’est un célèbre réalisateur, écrivain et tribun.

Traduction et notes Entelekheia

Note de la traduction :

* Robert James « Jim » Woolsey Jr a été directeur de la CIA de février 1993 à janvier 1995, sous Bill Clinton. Le pire étant que cet individu a 78 ans. Que croyait-il faire, vêtu d’un marcel noir dans les couloirs du Ritz-Carlton (à son âge !) et tentant apparemment d’assassiner George Galloway de ses propres mains ?

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