Hypocrisie sur Huawei : le gouvernement des USA est l’outil des grandes entreprises américaines

Par Finian Cunningham
Paru sur RT sous le titre Washington’s Huawei hypocrisy… US government is instrument of American corporations


Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a encore durci sa diabolisation du géant des télécommunications chinois Huawei en le traitant « d’outil du gouvernement », suggérant que l’entreprise constitue une menace pour la sécurité nationale en tant qu’agent de Pékin.

Comme son patron, le président Trump et beaucoup d’autres à Washington, Pompeo semble aveugle à une réalité pourtant flagrante : le gouvernement américain est l’outil par excellence des entreprises américaines. Son service séculaire aux entreprises privées à but lucratif constitue un risque réel pour la sécurité nationale des citoyens américains, doublé d’une menace pour la sécurité de tous les peuples du monde, en raison des guerres que Washington mène sans relâche au nom des intérêts des entreprises américaines.

L’ironie ne pourrait pas être plus cruelle. Le président Trump a banni Huawei des marchés américains par décret exécutif, au motif que les smartphones de l’entreprise pourraient être des dispositifs d’espionnage pour le gouvernement chinois. Cette décision a été prise par un pays dont les agences d’espionnage gouvernementales sont connues pour avoir utilisé toutes les entreprises américaines de télécommunications, de technologie et de réseaux sociaux comme moyen de collecte mondiale des données personnelles des particuliers et des chefs d’État étrangers.

De plus, la Maison-Blanche affirme que le Huawei est un outil des autorités de Pékin, ce qui constitue une forme risible de projection de culpabilité. L’interdiction de Huawei par l’administration Trump n’est rien de plus qu’un abus de pouvoir de la part du gouvernement américain, qui tente par tous les moyens d’empêcher un concurrent chinois de dépasser les sociétés technologiques américaines. Les produits de Huawei sont réputés moins chers et plus intelligents que ceux de ses concurrents américains. Certains observateurs soulignent également que la technologie chinoise est invulnérable au piratage par l’agence d’espionnage américaine, la NSA, ce qui renforce encore son attrait pour les consommateurs. Débordé sur le front du marché, le gouvernement américain se sert d’une massue légaliste et propagandiste pour écraser Huawei et donner un avantage injustifié à des entreprises américaines de moindre qualité.

Qui est exactement l’outil de qui ?

Bien entendu, les gouvernements de tous les pays utilisent leurs ressources législatives, fiscales et politiques pour tenter de créer des entreprises-clés pour leur développement économique national. Depuis des lustres, c’est une pratique courante dans le monde entier. Les gouvernements peuvent utiliser des subventions et diverses facilités pour stimuler les entreprises, ou des tarifs douaniers pour les protéger de la concurrence étrangère.

Les États-Unis, cependant, sont un exemple majeur de la façon dont le gouvernement intervient, à chaque étape du marché, au profit de ses entreprises privées. Sans injections massives de fonds publics via des subventions, des exemptions fiscales, des subsides, etc, les entreprises américaines n’auraient pas atteint l’ampleur qu’elles ont connue, comme le documente Michael Parenti dans Democracy for the Few. Cette relation, bien sûr, réfute le mythe du « capitalisme de libre marché » américain. En réalité, les sociétés américaines sont des entités publiques dont les bénéfices vont à des actionnaires privés. L’agent principal de ce processus de capitalisme d’entreprise planifié de manière centralisée est le gouvernement américain.

Dès ses débuts en tant que colonie européenne, ce sont les nouvelles autorités fédérales qui ont envahi les terres des Amérindiens à travers des guerres génocidaires au profit des entreprises d’élevage et céréalières, des magnats miniers, des transports et télécommunications, des compagnies pétrolières et des fabricants d’armes.

Dans ses jeunes années de pouvoir impérial, c’est Washington qui a organisé et envoyé des troupes fédérales pour mener des guerres dans les Caraïbes et en Amérique latine – le tout au seul profit de Wall Street et de l’expansion de l’agroalimentaire. Le général de division à la retraite Smedley Butler, dans son livre de 1935 intitulé War is a Racket (La guerre est un racket), décrit l’armée américaine comme l’homme de main des profits des entreprises américaines. Mais sans gouvernement pour agir en tant que recruteur, trésorier et commandant en chef, l’armée américaine ne pourrait pas servir d’homme de main aux entreprises.

Prenons quelques exemples spécifiques dans l’histoire pour illustrer le rôle central du gouvernement américain dans la promotion ou la défense des intérêts des entreprises privées du pays. En 1953, le président Eisenhower a autorisé un coup d’État en Iran organisé par la CIA et le MI6 britannique. L’un des principaux objectifs de cette intervention était de s’emparer du pétrole iranien. Cinq sociétés américaines ont ensuite exploité le pétrole iranien, jusqu’à ce que la révolution de 1979 les expulse avec le dictateur fantoche des Américains, le Shah Mohammed Reza Pahlavi. Il y a fort à parier que les menaces militaires actuelles de l’administration Trump contre l’Iran sont motivées par un désir stratégique de reprendre les biens mal acquis des entreprises américaines.

En 1954, le dirigeant élu du Guatemala, Jacobo Arbenz, avait entrepris de nationaliser les terres agricoles sous-utilisées pour les redistribuer aux populations rurales pauvres. Ses réformes agraires impliquaient l’expropriation de propriétés appartenant à une entreprise américaine, la United Fruit Company, comme William Blum le détaille dans Killing Hope. Agissant dans l’intérêt de la United Fruit, Washington est intervenu avec un coup d’État soutenu par la CIA contre Arbenz, qui a conduit par la suite à des décennies de massacres d’autochtones guatémaltèques sous les dictatures militaires successives soutenues par les États-Unis.

Après la révolution cubaine de 1959, l’un des principaux partisans d’une invasion militaire américaine de l’île et d’opérations secrètes de sabotage a été l’industrie américaine des boissons gazeuses, dirigée par Coca-Cola et Pepsi. Ils craignaient que la nationalisation des plantations de canne à sucre par le gouvernement Castro n’affecte leurs profits.

D’aucuns suggèrent également que le président John F. Kennedy aurait peut-être été assassiné par de puissantes forces étatiques américaines, travaillant de connivence avec les intérêts des entreprises américaines, parce qu’il n’avait pas adopté une politique suffisamment agressive envers Cuba après le fiasco de la Baie des Cochons en 1961. L’assassinat de JFK aurait été également lié à sa réticence à continuer la guerre contre le Vietnam au début des années 1960, alors que les grandes compagnies pétrolières et les fabricants d’armes l’y poussaient tous. Son successeur, le sénateur texan Lyndon Baines Johnson, qui était proche de ces deux industries, s’est promptement exécuté en ouvrant la voie à une guerre totale en Indochine après 1964. Jusqu’à deux millions de Vietnamiens ont été tués, ainsi que quelques 58 000 soldats américains. Des millions d’autres ont été mutilés. Les entreprises ont fait d’énormes profits grâce au massacre, qui a duré une décennie. Mais l’économie américaine a entamé une longue descente – qui se poursuit de nos jours – après avoir contracté des dettes fiscales sur le Vietnam, ce qui a poussé Washington à abandonner l’étalon-or pour le dollar et annoncé l’âge de la monnaie de singe, avec le dollar agissant comme une monnaie de réserve internationale surestimée.

En 1971, Nixon découple l’or du dollar… et la courbe de la dette américaine devient exponentielle, NdT.

Beaucoup d’autres exemples pourraient être cités pour illustrer comment le gouvernement américain – tant la Maison-Blanche que le Congrès – est un agent des profits des entreprises, souvent au détriment de la paix internationale et du bien commun des Américains ordinaires.

La guerre de 2003 contre l’Irak – tuant plus d’un million de civils et mutilant des dizaines de milliers d’Américains – a été largement considérée comme un prétexte pour s’emparer du pétrole irakien pour des sociétés américaines comme Halliburton, dont Dick Cheney, alors vice-président, avait auparavant été membre du conseil exécutif.

Le conseiller de la Maison-Blanche pour la sécurité nationale, John Bolton, a ouvertement vanté les propos bellicistes de Washington à l’égard du Venezuela en affirmant qu’il s’agit d’une volonté des entreprises américaines de s’emparer des réserves pétrolières du pays, qui sont considérées comme les plus importantes de la planète.

Parmi les 12 principales entreprises qui font des dons financiers à des politiciens à Washington, trois sont des compagnies d’armement : Boeing, Lockheed Martin et Northrop Grumman ; une quatrième est le titan du pétrole Exxon-Mobil. Il existe une corrélation évidente entre les appels d’offres des entreprises et les politiques étrangères menées par les gouvernements américains, ce qui conduit à des conflits et à des guerres qui, ensuite, remboursent ces entreprises avec des profits considérables.

Le gouvernement américain est le meilleur outil que l’argent des grandes entreprises puisse s’acheter. Ainsi, lorsque Trump, Pompeo et autres prostituées politiques (et médiatiques) de Washington pontifient et s’acharnent contre Huawei, n’oublions pas : ces hommes-troncs sont achetés – entièrement.

Traduction Entelekheia
Image Gordon Johnson/Pixabay

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