La version de Washington sur Tiananmen commence à s’effilocher

Par Joseph Thomas
Paru sur New Eastern Outlook et Land Destroyer sous le titre Washington’s « Tiananmen » Lies Begin to Fray


Cette année, Washington et ses alliés à travers le monde occidental ont été particulièrement soucieux de célébrer l’anniversaire de leur version des manifestations de Tiananmen, en 1989.

C’est devenu une occasion d’ajouter des pressions politiques aux pressions économiques déjà exercée sur Pékin par Washington dans sa tentative d’endiguer la montée en puissance de la Chine.

Ces pressions passent principalement par les médias occidentaux.

Mais le monopole dont jouissaient autrefois les États-Unis sur l’information mondiale touche à sa fin. Plus les États-Unis tentent d’attirer l’attention sur certains événements, plus d’autres se livrent à un examen objectif desdits événements, ce qui entraîne des dommages croissants et irréversibles à certains des récits de propagande les plus choyés par Washington.

Les tentatives de qualifier les manifestations de Tiananmen de violente répression contre des manifestants pacifiques visent à dépeindre la Chine d’hier et d’aujourd’hui comme un régime autoritaire violent et une menace, non seulement pour la liberté en Chine, mais pour la liberté dans le monde.

Des câbles du Département d’État américain contredisent la version des événements du Secrétaire d’État américain 

Le Département d’État américain lui-même a donné le ton de la campagne de propagande annuelle de Washington. Dans un communiqué de presse intitulé « À l’occasion du 30e anniversaire de la place Tiananmen », le Secrétaire d’État américain Mike Pompeo a déclaré :

Le 4 juin, nous honorons le mouvement de protestation héroïque du peuple chinois qui a pris fin le 4 juin 1989, lorsque la direction du Parti communiste chinois a envoyé des chars d’assaut sur la place Tiananmen pour réprimer violemment les manifestations pacifiques demandant la démocratie, les droits de l’homme et la fin de la corruption. Les centaines de milliers de manifestants qui se sont rassemblés à Pékin et dans d’autres villes de Chine ont gravement souffert en conséquence de leur quête d’un avenir meilleur pour leur pays. Le nombre de morts est encore inconnu.

Pourtant, selon les propres câbles du Département d’État américain obtenus grâce à Wikileaks, ce que le Secrétaire d’État Pompeo a déclaré est totalement faux.

Dans un article du Telegraph de 2011 intitulé « Wikileaks : pas d’effusion de sang sur la place Tiananmen, affirment des câbles », il est admis que :

Des câbles secrets de l’ambassade des États-Unis à Pékin ont montré qu’il n’y avait pas eu d’effusion de sang sur la place Tiananmen lorsque la Chine a réprimé les manifestations des étudiants pour la démocratie, il y a 22 ans.

Alors que le Telegraph tente de prétendre que les troupes chinoises avaient tué des manifestants qu’elles dépeignent comme pacifiques et désarmés « à l’extérieur » de la place, les preuves des propres câbles du Département d’État américain prouvent exactement le contraire.

Un câble daté du 3 juin 1989 admet :

Des [agents de l’ambassade] ont été témoins d’un certain nombre d’incidents à différents endroits, où des foules ont harcelé des militaires ou des policiers, forcé leurs véhicules à faire demi-tour, applaudi devant des stocks de matériel militaire dont ils s’étaient saisis, ou vandalisé des véhicules militaires qu’ils s’étaient appropriés.

Le New York Times a récemment publié un article intitulé « Witnessing China’s 1989 Protests, 1,000 Miles From Tiananmen Square », dans lequel le député du Michigan Andy Levin raconte ce qu’il a vu en tant qu’étudiant, pendant les manifestations.

L’article admet (gras ajouté) :

Les nouvelles sur ce qui s’était passé s’étaient vite répandues. Selon la rumeur, des manifestants étaient détenus dans un poste de police particulier, et une foule immense s’était rassemblée à l’extérieur. Il s’est vite avéré que les étudiants n’étaient pas dedans, mais la foule a mis le feu au poste de police.

Trois camions de pompiers sont arrivés, les sirènes hurlaient. Le premier réflexe de la foule a été de s’écarter. Mais alors, j’ai pu voir la foule changer d’avis. « Attendez une minute, on a mis le feu exprès, alors on ne veut pas que ce camion de pompiers l’éteigne. » La foule a convergé vers un des camions, en a chassé les pompiers, a renversé le camion sur le côté et l’a incendié.

Un article oublié du Washington Post de 1989, intitulé trompeusement « Images Vilify Protesters » (« Des images diabolisent les manifestants »), tente de minimiser des informations dont l’article lui-même admet qu’elles prouvent des actes de violence et des atrocités commis par des manifestants contre des soldats qui, de leur côté, faisaient preuve de retenue.

L’article admet (gras ajouté) :

La version du gouvernement chinois est corroborée par le fait que, dans certaines zones, des manifestants ont attaqué des troupes qui n’ont pas répliqué, et ces incidents ont été enregistrés en vidéo. Aujourd’hui, à la télévision, des images de manifestants lapidant des soldats, les battant à coups de barres de fer et, dans certaines photos particulièrement dramatiques, incendiant des camions, des autobus et même des véhicules blindés de transport de troupes sont diffusées. Dans certains cas, les soldats étaient encore à l’intérieur des véhicules incendiés à ce moment. Sur une avenue de l’ouest de Pékin, des manifestants ont incendié tout un convoi militaire de plus de 100 camions et véhicules blindés. Les images aériennes de l’incendie et les colonnes de fumée ont fortement étayé l’argument du gouvernement chinois, selon lequel les soldats étaient des victimes, et non des bourreaux. D’autres scènes montrent des cadavres de soldats et des manifestants en train d’arracher leurs fusils automatiques à des soldats qui ne résistent pas.

Si les troupes chinoises ont tué « des milliers » de manifestants, comme le prétend l’Occident, il n’y en a aucune preuve. C’est pourquoi le Secrétaire Pompeo lui-même a admis cette année encore, « le nombre de morts est encore inconnu ».

Si l’armée chinoise a tiré sur la foule, le Département d’État américain lui-même, des témoins qui occupent actuellement des postes politiques au sein du gouvernement américain et d’éminents journaux américains admettent tous que c’était contre des émeutiers perpétrant des violences meurtrières contre les soldats, la police et les sauveteurs.

Nous n’avons pas besoin d’imaginer ce que le gouvernement américain lui-même ferait si des émeutiers attaquaient le personnel militaire, incendiaient des postes de police puis attaquaient des secouristes avant de détruire leur équipement dans une grande ville des USA. Lors des émeutes de Los Angeles en 1992, des milliers de soldats et de marines de l’armée américaine avaient été déployés et autorisés à tirer à balles réelles sur la foule [les émeutes ont fait 59 morts, dont, selon le décompte officiel de la police de Los Angeles, sept tués par la police ou l’armée, NdT].

Nous pouvons essayer d’imaginer à quel point il serait absurde que Pékin et les médias qu’il contrôle tentent de dépeindre les émeutes de Los Angeles comme des manifestations pacifiques violemment réprimées par les USA. Seul le monopole de l’Occident sur l’information mondiale lui permet de présenter les événements de la place Tiananmen en des termes aussi absurdes, malgré des preuves du contraire révélées par le gouvernement américain et les médias eux-mêmes.

L’anniversaire de Tiananmen : l’occasion pour les USA et leurs alliés de faire de la propagande politique

Dans toute l’Asie, les États-Unis sont déterminés à creuser un fossé entre Pékin et les nombreux pays de la région désireux de nouer des liens et de faire des affaires avec lui. En diffusant le récit de Tiananmen de Washington dans toute la région, les États-Unis espèrent retourner les opinions locales contre Pékin.

Les États-Unis ont investi des dizaines de millions de dollars par an dans la construction de fronts déguisés en organisations non gouvernementales (ONG) ou en soutenant des « activistes étudiants » pour militer contre les gouvernements régionaux qui font des affaires avec la Chine et pour saboter les liens entre les nations de la région et Pékin.

Un parfait exemple en est le « militant étudiant » thaïlandais Netiwit Chotiphatphaisal.

Il s’est opposé au coup d’État de 2014 et au gouvernement subséquent, qui a renversé le régime fantoche soutenu par les États-Unis du milliardaire fugitif Thaksin Shinawatra et de sa sœur Yingluck Shinawatra.

Le gouvernement thaïlandais actuel a depuis lors cimenté des liens importants avec Pékin par le biais de transactions d’armes, de coopération militaire et de lancement de grands projets d’infrastructure, notamment d’un réseau ferroviaire à grande vitesse.

L’opposition de Netiwit au gouvernement prend le masque fragile de la « promotion de la démocratie » et des « droits de l’homme ». Ses liens et sa coopération avec des ONG financées par les États-Unis, ainsi que ses visites régulières dans les ambassades occidentales à Bangkok, le montrent plutôt comme un lobbyiste soutenu par certains des pires contrevenants actuels aux droits de l’homme de la planète.

Un tweet de 2017 du commentateur pro-occidental Pravit Rojanaphruk le montre en train de trinquer (à gauche) avec Netiwit Chotiphatphaisal (à droite) à l’intérieur de l’ambassade britannique.

Quand il ne sirote pas de vin dans des ambassades occidentales ou qu’il ne tente pas de saper le gouvernement thaïlandais actuel, Netiwit se montre chaque année devant l’ambassade de Chine, à Bangkok, pour protester à l’occasion de l’anniversaire des manifestations de Tiananmen.

Un article de Prachatai (qui fait partie du front médiatique financé par le gouvernement américain) au sujet de la manifestation anniversaire de cette année, intitulé « Un groupe d’étudiants se rassemble devant l’ambassade de Chine à la mémoire du massacre de Tiananmen », affirme :

Le groupe d’étudiants, qui s »est donné le nom « Humanité sans frontières », était dirigé par Netiwit Chotiphatphaisal et Sirin Mungcharoen, tous deux étudiants à l’Université Chulalongkorn. Le groupe a placé des fleurs blanches devant une photo imprimée d’un tank, et a observé une minute de silence à la mémoire des morts.

L’article comprend la photo d’un tank imprimée avec une soin de professionnel et légendée « un tank écrase ceux qui pensent autrement ».

Ici, Netiwit et d’autres ne se contentent pas de répéter les mensonges américains sur Tiananmen, ils le font spécifiquement pour dépeindre la Chine d’alors et d’aujourd’hui comme un régime despotique qui doit être condamné et avec qui toute coopération devrait être refusée, une notion dont seules les ambassades occidentales et les intérêts qu’elles représentent pourraient profiter.

Il peut être pertinent à ce stade de noter que Netiwit entretient des liens étroits avec un autre « activiste étudiant  » soutenu par les États-Unis, Joshua Wong de Hong Kong, ce qui ne fait que souligner encore davantage sa nature de militant soutenu par l’étranger et les motifs réels de ses activités, en particulier envers la Chine.

Il est à noter que Netiwit est né en 1996. Bien qu’il proteste chaque année devant l’ambassade de Chine à Bangkok en se fondant sur un compte rendu douteux d’événements arrivés des années avant sa naissance, il n’a pas été vu en train de manifester devant les ambassades américaine ou britannique contre les guerres illégales et les atrocités dont ces deux nations sont responsables aujourd’hui.

Par des rappels périodiques des mensonges de Washington sur Tiananmen fondés sur les preuves que le gouvernement américain et les médias eux-mêmes ont documentées, et en révélant la vérité derrière les opérations de communication comme celles menées par des agitateurs de l’espèce de Netiwit Chotiphatphaisal, les mensonges annuels de l’Occident sur Tiananmen continueront de s’effilocher.

Des articles entiers peuvent être consacrés aux indices qui émergent en ce moment selon lesquels les États-Unis avaient provoqué les manifestations de 1989. Il est établi que la CIA américaine et le MI6 britannique ont coordonné des opérations visant à sauver des dirigeants de l’arrestation après le rétablissement de l’ordre, selon le Financial Times. Nombre de ceux qui avaient dirigé les foules en 1989 sont ouvertement soutenus par le gouvernement américain pour des activités anti-gouvernementales contre Pékin aujourd’hui.

Plus les États-Unis insisteront sur leur campagne de propagande annuelle, plus ils attireront l’attention sur ces vérités.

Alors que les événements de Tiananmen appartiennent au passé, les États-Unis cherchent encore aujourd’hui à provoquer une violence similaire non seulement contre la Chine, mais aussi contre les nations du monde entier dans le cadre d’une stratégie désormais si régulièrement utilisée par Washington qu’elle a un nom : les révolutions de couleur.

En révélant la vérité sur les révolutions de couleur passées, nous pouvons peut-être empêcher que d’autres ne se produisent, et épargner au monde toutes les morts et les destructions qui les accompagnent.

Joseph Thomas est rédacteur en chef de la revue géopolitique thaïlandaise The New Atlas et collaborateur du magazine en ligne New Eastern Outlook.  

Traduction Entelekheia

1 réponse

  1. 13 juin 2019

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