L’Iran va mettre une pression maximum sur les USA, voici comment

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Le 13 juin dernier, deux pétroliers ont subi des attaques – apparemment de drones – dans le Golfe d’Oman. Personne ne les a revendiquées. Les USA accusent l’Iran, mais comme chez eux, accuser l’Iran est un réflexe, impossible d’y accorder une quelconque importance. Certains commentateurs réfutent d’emblée toute possibilité de responsabilité de l’Iran parce que, estiment-ils, Téhéran n’aurait rien eu à gagner par ces actions, et pensent qu’il s’agit d’un « false flag », une attaque sous faux drapeau perpétrée par Washington pour pouvoir déclarer la guerre qu’elle convoite depuis des années (même le New York Times évoque la possibilité du faux drapeau). Cette théorie pourrait être la bonne, si et seulement si les USA voulaient réellement entrer dans un conflit armé avec l’Iran, mais rien n’est moins sûr : l’Iran n’est pas l’Irak ou la Libye. C’est un pays bien armé et privilégié par une situation géographique qui lui permettrait de couler l’économie mondiale en cas de guerre. Or, Trump tient plus que tout à sa réélection, dont les chances seraient annihilées par les conséquences potentielles de décisions trop hasardeuses. Ce qui nous ramène à la question : qui a attaqué les deux tankers ? L’article qui suit pourrait relever de la politique-fiction. Ou pas. A chacun de se faire son idée.


Par B.
Paru sur Moon of Alabama sous le titre Iran Decided To Put Maximum Pressure On Trump – Here Is How It Will Do It


Il y a treize mois, les États-Unis ont lancé une guerre économique totale contre l’Iran. Ils exigent sa capitulation. Maintenant, l’Iran a décidé de répliquer sur le même ton. Il mènera une campagne de pression maximale sur les intérêts économiques américains, jusqu’à ce que l’administration Trump capitule. Le transport maritime au Moyen-Orient deviendra bientôt très dangereux. Le prix du pétrole va grimper en flèche. Trump sera piégé entre deux choix également mauvais pour lui.

Début mai 2018, le président américain Trump a retiré les USA de l’accord nucléaire avec l’Iran et sanctionné tout commerce avec ce pays. L’Iran a réagi avec prudence. Il espérait que les autres signataires de l’accord nucléaire tiendraient leurs promesses et continueraient à commercer avec lui. L’année écoulée a prouvé que ces attentes étaient erronées.

Sous la menace de sanctions américaines, les partenaires européens ont cessé d’acheter du pétrole iranien, et ont également mis fin à leurs exportations vers ce pays. Le nouvel instrument financier qui devait permettre les tractations entre les pays européens et l’Iran n’a toujours pas été mis en œuvre. Il s’agit de toutes façons d’une construction faible, et elle a trop peu de capacité pour permettre des échanges commerciaux importants. La Russie et la Chine ont chacune leurs propres problèmes avec les États-Unis. Elles ne soutiennent pas le commerce avec l’Iran lorsque cela met leurs autres intérêts en danger.

Parallèlement, l’administration Trump a augmenté sa pression sur l’Iran. Elle a supprimé les dérogations qu’elle avait accordées à certains pays pour leurs achats de pétrole iranien. Elle a désigné une partie des forces armées iraniennes, le Corps des gardiens de la révolution islamique (GRI), comme entité terroriste. Vendredi, elle a sanctionné le plus grand producteur iranien de produits pétrochimiques, parce que cette société aurait des relations avec les GRI.

La patience stratégique dont l’Iran a fait preuve tout au long de l’année, depuis que Trump a tué l’accord, n’a donné aucun résultat. Trump restera au pouvoir probablement pendant encore cinq ans et demi, tandis que la situation économique de l’Iran continuera de se détériorer. La situation exige une réorientation stratégique et l’adoption d’un nouveau plan pour contrer les pressions américaines.

Sur le plan stratégique, une réorientation à long terme dans quatre domaines différents (lien en français) permettra de contrer les effets de la guerre économique sur l’Iran. Les importations étrangères en Iran seront réduites au minimum en augmentant la production nationale. L’Iran ne s’alliera à personne sinon de façon ponctuelle, pas même à la Chine et à la Russie, car il reconnaît que compter sur des partenaires n’a aucune valeur lorsque ces partenaires ont leurs propres intérêts supérieurs.

La troisième étape consiste à relâcher la pression intérieure sur les « réformistes » qui, auparavant, plaidaient pour une orientation plus « occidentale ». Trump, et la lâcheté des Européens ont prouvé que leurs arguments étaient illusoires. La dernière mesure consiste à réorienter les exportations du commerce du pétrole vers d’autres produits, probablement des dérivés du pétrole, et vers les pays voisins.

Ces quatre étapes prendront un certain temps. Il s’agit d’une réorientation générale d’une stratégie de mondialisation vers une stratégie nationale plus isolationniste. Les premières étapes de ce nouveau plan sont déjà visibles. Une banque commune sera créée par la Syrie, l’Irak et l’Iran pour faciliter les échanges entre ces pays.

La réorientation économique n’est pas suffisante. Pour contrer directement la campagne de pression maximale de Trump, il faut aussi une réorientation tactique.

Trump continue d’appeler à des négociations avec l’Iran, mais il n’acceptera qu’une capitulation totale. Trump a également prouvé que les États-Unis ne respectent pas les accords qu’ils ont conclus. Il n’y a donc aucun espoir que l’Iran parvienne à quoi que ce soit par la négociation. Il n’y a qu’une seule façon de contrer la campagne de pression maximale de Trump, c’est de lui opposer une contre-pression maximale.

Ni Washington, ni les pays anti-iraniens du Moyen-Orient, ni les autres signataires de l’accord nucléaire n’ont jusqu’ici payé le prix de leurs actes hostiles contre l’Iran. Cela va changer.

Trafic actuel des pétroliers chargés au Moyen-Orient. Les bateaux sans cargaison ne sont pas représentés. Source Tanker Trackers. 

L’Iran agira contre les intérêts des États-Unis, d’Israël, de l’Arabie Saoudite et des Émirats Arabes Unis. Il le fera sous une forme oblique, pour ne pas donner aux États-Unis et à d’autres pays de prétexte à des mesures militaires contre lui. L’Iran a des amis, dans divers pays du Moyen-Orient, qui le soutiendront avec leurs propres capacités. La campagne que l’Iran lance aujourd’hui causera également de graves dommages à d’autres pays.

Au milieu de l’année 2018, après que Trump eut commencé à sanctionner les exportations de pétrole de l’Iran, ses dirigeants ont expliqué comment ils allaient contrer cette décision :

Si l’Iran ne peut pas exporter de pétrole, personne au Moyen-Orient ne pourra », prévient Téhéran.

En décembre dernier, le président iranien Rohani a réitéré cette position :

Si un jour ils veulent empêcher l’exportation de pétrole iranien, alors aucun autre pétrole ne sera exporté non plus du golfe Persique », a dit Rohani.

Le 12 mai 2019, un an après que Trump ait déchiré l’accord nucléaire, des frappes ont endommagé quatre pétroliers qui mouillaient près de Fujairah, dans les EAU. Il n’y avait aucune preuve d’une implication de l’Iran.

L’incident était un avertissement. Mais les États-Unis l’ont ignoré et ont durci la pression des sanctions contre l’Iran.

Le 13 juin, deux pétroliers transportant des produits pétrochimiques ont été attaqués alors qu’ils traversaient le golfe d’Oman. Quelques jours seulement après que Trump eut sanctionné les exportations pétrochimiques de l’Iran, ce qui semble impliquer l’Iran. Mais encore une fois, aucune preuve n’a été retrouvée qui permette d’accuser l’Iran de l’incident.

Les États-Unis ont publié une vidéo floue en noir et blanc, qui montre une équipe iranienne de sauvetage en train d’enlever une mine limpet non explosée de l’un des pétroliers. Aucune mine n’est visible dans la vidéo. L’équipage iranien semble seulement inspecter les dégâts sur le pétrolier.

Les États-Unis eux-mêmes admettent que la vidéo a été prise plusieurs heures après l’incident. Les États-Unis disent aussi qu’un de leurs navires se trouvait à proximité. Pourquoi n’a-t-il pris aucune mesure pour enlever la mine alléguée lui-même ?

Entre-temps, le propriétaire du Kokuka Courageous, l’un des navires sinistrés, a déclaré que les dommages causés à son navire n’avaient pas été causés par des mines, mais par des drones :

Deux « objets volants » ont endommagé un pétrolier japonais appartenant à Kokuka Sangyo Co lors d’une attaque jeudi dans le golfe d’Oman, mais la cargaison de méthanol n’a pas été endommagée, a déclaré le président de la compagnie vendredi.

« L’équipage nous a dit que quelque chose est venu voler sur le navire, et ils ont trouvé un trou, » a dit Katada. « Puis l’équipage a été témoin d’un second tir. »

Katada a également rejeté l’hypothèse selon laquelle le pétrolier, qui naviguait sous pavillon panaméen, aurait été attaqué parce qu’il s’agissait d’un navire appartenant à des Japonais :

À moins d’un examen minutieux, il aurait été difficile de déterminer que le pétrolier était exploité ou appartenait à des Japonais », a-t-il dit.

Malgré l’ignorance générale de qui ou de ce qui a causé l’incident, les États-Unis ont immédiatement blâmé l’Iran :

Secrétaire Pompeo @SecPompeo – 18:27 UTC – 13 juin 2019

C’est l’évaluation du gouvernement américain que l’Iran est responsable des attaques d’aujourd’hui dans le golfe d’Oman. Ces attaques constituent une menace pour la paix et la sécurité internationales, une atteinte flagrante à la liberté de navigation et une escalade inacceptable de la tension par l’Iran.

L’Iran a répliqué à travers son ministre des Affaires étrangères :

Javad Zarif @JZarif – 12:11 UTC – 14 Jun 2019

Le fait que les États-Unis aient immédiatement sauté à des conclusions contre l’Iran – sans la moindre preuve factuelle ou circonstancielle – ne fait qu’indiquer très clairement que la #B_Team est en train de passer à un #PlanB : saboter la diplomatie – y compris celle d’@AbeShinzo – et couvrir son #terrorisme économique contre l’Iran.

J’avais prévu ce scénario il y a quelques mois, non pas parce que je suis voyant, mais parce que je sais qui est la #B_Team.

La B-Team* comprend John Bolton, conseiller à la sécurité nationale de Trump, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, Mohammad ben Salmane d’Arabie Saoudite et Mohammed ben Zayed des EAU.

Dire que les attaques étaient des provocations des États-Unis ou de leurs alliés du Moyen-Orient est facilité par leur caractère manifestement impitoyable. Toute accusation de culpabilité iranienne de la part de l’administration Trump sera facile à rejeter, parce que tout le monde sait que Trump et son équipage sont des menteurs notoires.

Ce jeu du chat et de la souris va maintenant se poursuivre et s’accélérer avec régularité. Plus de pétroliers seront endommagés ou même coulés. Des raffineries saoudiennes vont commencer à exploser. Des ports des Émirats Arabes Unis connaîtront des difficultés. L’Iran niera de façon plausible qu’il est impliqué dans tout cela. Les États-Unis continueront de blâmer l’Iran, mais ils n’auront aucune preuve à son encontre.

Les prix des assurances du fret au Moyen-Orient vont augmenter. Les prix à la pompe des produits pétroliers augmenteront encore et encore. Les dégâts collatéraux peuvent être immenses.

Tout cela va progressivement mettre de plus en plus de pression sur Trump. Les États-Unis voudront négocier avec l’Iran, mais cela sera rejeté – à moins que Trump ne rejoigne l’accord nucléaire et lève toutes ses sanctions. Mais il ne peut faire cela sans perdre la face et ses alliés. D’ici la mi-2020, la campagne de pression maximale atteindra son apogée. Les prix du pétrole vont exploser et les États-Unis vont entrer en récession. L’économie mondiale va en souffrir et tout le monde saura qui a causé le problème. La réélection de Trump sera en jeu.

Il y aura également des pressions sur Trump pour qu’il prenne des mesures militaires contre l’Iran. Mais il sait qu’une guerre serait tout aussi désastreuse pour ses chances de réélection que pour les États-Unis. Une guerre contre l’Iran embraserait tout le Moyen-Orient.

La pression maximale que Trump espérait exercer contre l’Iran se transformera en pression maximale contre lui et ses alliés. Il sera piégé et il n’y aura pas de sortie.

Traduction et notes Entelekheia
Photo Jason Weeks/Pixabay

*La « B-Team » (l’équipe B) est celle qui, faute de mieux, remplace les gens compétents de l’équipe A quand ils ne peuvent pas se déplacer ou qu’ils refusent de régler votre problème parce qu’ils ont des choses plus importantes à faire.

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