Iran : Trump aurait approuvé une frappe, puis changé d’avis

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Par B
Paru sur Moon of Alabama sous le titre White House Pushes ‘Trump Pulled Back’ Story – He Likely Never Approved To Strike Iran


Hier soir, le président américain Trump aurait annulé une frappe militaire contre l’Iran après qu’elle ait déjà été ordonnée.

C’est la version officielle, mais on peut avoir des doutes sur sa véracité. La campagne iranienne de « pression maximale » contre les sanctions de Trump se poursuit. Et il y a des premiers signes de réussite.

Le New York Times a titré : Trump approuve des frappes contre l’Iran, mais fait brusquement volte-face

WASHINGTON – Le président Trump a approuvé des frappes militaires contre l’Iran en représailles du drone de surveillance américain abattu, mais il a renoncé à les lancer jeudi soir, après une journée de tensions croissantes.

Jusqu’à 19 heures, les militaires et les diplomates s’attendaient à une frappe, après d’intenses discussions et débats à la Maison-Blanche entre les hauts responsables de la sécurité nationale du président et les dirigeants du Congrès, selon de nombreux hauts fonctionnaires de l’administration impliqués dans les délibérations ou informés de celles-ci.

Les responsables ont déclaré que le président avait initialement approuvé des frappes contre une poignée de cibles iraniennes, comme des radars et des batteries de missiles.

L’opération en était à ses étapes préliminaires lorsqu’elle a été annulée, a indiqué un haut responsable de l’administration. Les avions étaient en l’air et les navires en position, mais aucun missile n’avait été tiré au moment de l’annonce de l’annulation de l’opération, a déclaré le responsable.

L’article du NYT accuse les faucons de l’administration Trump, Bolton, Pompeo et la reine de torture de la CIA Gina Haspel, d’avoir plaidé en faveur d’une frappe. Le Pentagone et certains dirigeants du Congrès s’y seraient opposés. Le rapport du NYT contient ce curieux paragraphe :

Interrogée sur les plans de frappe et la décision de la retenir, la Maison-Blanche s’est refusée à tout commentaire, tout comme les responsables du Pentagone. Aucun représentant du gouvernement n’a demandé au New York Times de ne pas publier l’article.

L’Associated Press a une version similaire : Les États-Unis se sont préparés à lancer des frappes contre l’Iran avant que l’approbation ne soit annulée. Le Washington Post et ABC News publient également des articles dans le même sens. La Maison-Blanche soutient clairement cette version de l’histoire.

Mais tout le monde n’est pas d’accord avec l’affirmation d’une attaque planifiée qui aurait été annulée. Jeffrey Lewis, spécialiste des conflits internationaux, remarque :

Jeffrey Lewis @ArmsControlWonk – 3:43 UTC – 21 Jun 2019

Je n’y crois pas. L’équipe de Trump essaie d’avoir le beurre et l’argent du beurre – agissant avec retenue mais parlant durement. C’est à peu près ce que Nixon avait également fait en 1969. Pourquoi ne pas simplement admettre que parfois, la retenue est l’option intelligente ?

Le @nytimes a publié la même histoire sur Nixon en 1969. Nixon n’allait pas répliquer, mais il voulait que les gens pensent qu’il avait été au bord de passer à des représailles – et le NYT avait servi son histoire au public. —> Des assistants disent dit que Nixon a soupesé l’opportunité de représailles immédiates contre la Corée.

Elijah Magnier, un journaliste qui dispose d’excellentes sources à Téhéran, rejette également l’affirmation du NYT. En référence à l’article du NYT, il remarque :

Elijah J. Magnier @ejmalrai – 4:02 UTC – 21 juin 2019

C’est faux et l’Iran « le savait » dès hier : l’administration américaine a chuchoté cette information pour sauver la face de Trump.

J’ai fait allusion à cette information hier, avant qu’elle soit diffusée ce matin par les médias américains. L’Iran – selon certaines sources – a rejeté le « scénario du théâtre de guerre ». Plus de détails ce soir.

Et le jour précédent :

Elijah J. Magnier @ejmalrai – 19:41 UTC – 20 juin 2019

J’ai des informations très valables sur les renseignements américains, qui ont envoyé un message aux Iraniens pour qu’ils se mettent d’accord sur un certain scénario.

Cette information et bien d’autres encore m’obligeront à écrire un article demain (je l’espère) sur la crise iranienne et américaine.

Après la chute du drone, le prix du pétrole a bondi de 10%. Trump l’aura remarqué. L’Iran l’avait déjà averti qu’il n’y avait pas de place pour des pourparlers et que toute frappe contre lui aurait des conséquences fatales :

DUBAI (Reuters) – Des responsables iraniens ont déclaré vendredi à Reuters que Téhéran avait reçu un message du président américain Donald Trump à travers Oman durant la nuit, avertissant qu’une attaque américaine contre l’Iran était imminente.

Le deuxième officiel a dit : « Nous avons dit clairement que notre leader est contre toute discussion, mais le message lui sera transmis pour qu’il prenne une décision… Cependant, nous avons dit au responsable omanais que toute attaque contre l’Iran aurait des conséquences régionales et internationales.« 

Toute l’histoire des frappes ordonnées, puis retenues par Trump, qui nous a tous sauvés » pourrait bien être fausse.

Lorsque Trump s’est adressé à la presse hier après-midi, il minimisait l’attaque de l’Iran contre un drone américain Global Hawk. Comme nous l’avons écrit hier :

Trump vient de tenir une conférence de presse dans le bureau ovale. Il semblait minimiser (vidéo) l’événement. Il soulignait que le drone n’avait pas de pilote. Il a dit qu’il avait « un très, très grand sentiment » selon lequel « quelqu’un a fait une erreur », qu’un « général iranien a probablement fait une erreur ». Cela signifie qu’il n’accuse pas le gouvernement iranien d’avoir abattu le drone, mais un subordonné mal embouché qui « aurait pu faire une erreur ».

Cette déclaration lui donne la possibilité d’éviter d’avoir à ordonner d’importantes représailles.

Une frappe de représailles pour le drone abattu n’a peut-être jamais été envisagée. Une autre interprétation est que les États-Unis ont cherché à obtenir l’accord de l’Iran pour une « frappe » symbolique. Elle aurait frappé un endroit désertique pour permettre à Trump de sauver la face. Mais l’Iran aurait rejeté ce plan.

Mais il y a aussi des indications selon lesquelles la frappe était vraiment en préparation :

𝙏𝙝𝙚 𝙄𝙣𝙩𝙚𝙡 𝘾𝙧𝙖𝙗 @IntelCrab – 3:26 UTC – 21 juin 2019

Je ne suis pas sûr d’avoir encore une opinion sur cet article de NYT, mais je dirai une chose….le trafic HF que nous avons vu aujourd’hui est conforme à l’affirmation selon laquelle au moins une certaine forme de frappe avait été autorisée.

Le trafic radio à haute fréquence inhabituel indiquait une préparation de frappe, selon l’analyste open source IntelCrab.

Il y a aussi une autre explication plausible pour laquelle une frappe imminente aurait pu être annulée. Du Wall Street Journal :

Une usine saoudienne touchée par un missile, apparemment en provenance du Yémen

De hauts responsables américains ont été rappelés à la Maison-Blanche après l’attaque d’une station de désalinisation dans le royaume.

De hauts responsables d’un certain nombre d’organismes du gouvernement américain ont été rappelés à la Maison-Blanche pour se réunir mercredi soir, a dit le responsable.

« Le président a été informé des informations faisant état d’une frappe de missiles dans le Royaume d’Arabie Saoudite « , a déclaré mercredi l’attachée de presse de la Maison-Blanche Sarah Sanders. « Nous suivons la situation de près et continuons à consulter nos partenaires et alliés. »

Les Houthis, alias Ansar Allah, ont frappé hier l’usine saoudienne de désalinisation et d’électricité d’Al-Shuqaiq, près de Jizan, au sud du pays. Les Saoudiens ont confirmé la frappe :

Le colonel Turki al-Maliki, porte-parole de la coalition dirigée par les Saoudiens qui combattent Ansar Allah, a confirmé l’attaque, affirmant qu’un projectile hostile qui n’avait pas encore été identifié avait atterri près de l’usine de désalinisation d’Al-Shuqaiq, mais qui n’avait fait ni victimes, ni dégâts. Il a ajouté qu’il s’agissait d’un autre exemple d’attaque délibérée de cibles civiles par les rebelles.

Cela a dû être un choc pour les Saoudiens. Environ 75% de l’eau utilisée par les Saoudiens provient des usines de désalinisation. Leur peuple mourra de soif quand elles seront détruites. Le roi saoudien a-t-il appelé la Maison-Blanche et l’a-t-il exhortée à annuler l’attaque contre l’Iran parce qu’il craignait pour ses ressources en eau ? Était-ce la véritable raison pour laquelle la Maison-Blanche a rappelé ses conseillers et a annulé la frappe ?

Les Houthis ont également lancé une grande attaque sur l’aéroport de Jizan :

Brasco_Aad @Brasco_Aad – 18:17 UTC – 20 Jun 2019

Attaque massive de drones houthis sur l’aéroport de Jizan ce soir.
Des témoins saoudiens signalent d’importants dégâts à l’intérieur et autour de l’aéroport.

Les vols à destination de Jizan ont été retardés après la frappe alléguée.

Les récents succès des Houthis contre l’Arabie Saoudite sont une escalade notable de par leur qualité et leur ampleur. Les Houthis ont manifestement reçu de nouvelles armes. Leurs actions s’inscrivent dans le cadre de la campagne iranienne visant à exercer une « pression maximale » sur Trump. Comme l’écrit Abdel Bari Atwan :

Les alliés israéliens et du Golfe des États-Unis ont exploité la stupidité de Trump pour tenter de l’entraîner dans une guerre contre l’Iran en leur nom. Les Iraniens tentent de lui faire comprendre qu’une telle guerre aurait un coût exorbitant pour les États-Unis et pour leurs alliés – le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a averti que toute guerre, loin de se confiner à l’Iran, embraserait toute la région.

Même s’il n’y a pas d’attaque directe des États-Unis, les Iraniens ne resteront pas les bras croisés et n’attendront pas d’être affamés par l’embargo de Trump et l’arrêt de leurs exportations de pétrole. C’est encore quelque chose que le président américain ne comprend pas. Et il ne le comprendra peut-être jamais, tant qu’il ne verra pas l’ampleur de leurs représailles contre les forces, les navires de guerre et les bases de son pays, ainsi que contre les villes, les aéroports, les centrales électriques et les usines de désalinisation de ses alliés.

Trump mène une guerre économique contre l’Iran en imposant des sanctions sur tout ce que l’Iran exporte ou importe. L’Iran fait de son mieux pour lutter contre ce fait en créant des incidents qui peuvent être niés de manière plausible, mais qui mettent Trump sous pression maximum. Il y a des signes selon lesquels Trump commence enfin à le comprendre.

Hier soir, Tucker Carlson, un animateur de FOX News qui dispose d’une ligne directe avec la Maison-Blanche, a présenté deux segments anti-guerre dans son émission (vidéo). Dans le deuxième segment, Carlson s’entretient avec le colonel à la retraite Douglas McGregor. Tous deux plaident en faveur d’un retrait des sanctions. Il s’agissait probablement d’un échange planifié à l’avance (à 9 : 56) visant à couvrir Trump pour sa décision :

Carlson : Y a-t-il une bonne raison de maintenir ce niveau de sanctions contre l’Iran ? Est-ce que nous en tirons quelque chose ?

McGregor : Eh bien, je pense que l’idée était de détruire l’économie iranienne pour mettre la nation à genoux. Ce n’est vraiment pas ce que nous devrions essayer de faire en ce moment. Je pense que le président sent qu’il y a maintenant une opportunité de diplomatie, avec une nouvelle approche de l’Iran qui pourrait désamorcer cet ensemble de conditions et produire un résultat positif.

Cela ruinera notre économie si nous nous lançons dans une guerre contre l’Iran. L’Iran aura instantanément le soutien du monde entier. Ils seront les victimes des « frappes limitées » dont il est question. L’idée de frappes limitées est une pure folie. Cela provoquerait une guerre. Tout le monde, la Chine, la Russie, l’Inde, de nombreux États européens viendront en aide à l’Iran. Nous nous retrouverions avec la plus grande coalition contre nous que nous ayons vue depuis des décennies.

Je pense que le président a compris. Il a un bon instinct. Mais il doit se débarrasser des bellicistes. Il doit virer ces génies, avec leurs frappes limitées, hors du Bureau ovale. La dernière chose dont l’ordre du jour «  L’Amérique D’abord » ait besoin, c’est d’une guerre inutile, stupide et déplacée avec l’Iran, il le sait et il doit agir.

[Tucker Carlson approuve de la tête]

Trump pourrait bien vouloir renouer des échanges diplomatiques avec l’Iran. Mais l’Iran ne lui parlera pas tant que les sanctions seront maintenues. Il poursuivra sa campagne de pression maximale en créant de nouveaux incidents qui feront encore grimper le prix du pétrole. La solution la plus simple pour Trump est d’abolir les sanctions contre l’Iran. Il devrait du moins accorder des dérogations à la Chine et à d’autres pays pour leur permettre d’acheter à nouveau du pétrole iranien.

S’il ne le fait pas, l’Iran frappera encore et encore ceux qui réclament la guerre contre lui. Hier, c’était un drone américain et une usine de désalinisation saoudienne qui étaient visés. Le prochain incident pourrait frapper une installation pétrolière aux Émirats Arabes Unis ou, symboliquement, Israël.

La balle est toujours dans le camp de Trump. Il doit agir davantage pour éviter une guerre plus étendue.

Traduction Entelekheia
Illustration Pixabay

[Mise à jour d’Entelekheia] L’article d’Elijah Magnier promis pour aujourd’hui dans ses tweets cités plus haut, en français : L’Iran et Trump au bord du précipice

1 réponse

  1. 22 juin 2019

    […] vous ne devez lire qu’un article, je vous conseille celui de Entelekheia. Complet, il reprend les différentes versions des évènements des derniers jours et met en avant […]

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