Le coût d’une guerre des États-Unis contre l’Iran ? Le pétrole à 250 dollars le baril

Hier, à la suite de la frappe iranienne contre un drone espion américain, le président des USA a menacé l’Iran « d’annihilation » si une autre attaque contre « quoi que ce soit d’Américain » se reproduisait. Mais Trump peut-il mettre cette menace à exécution sans jeter à bas toute l’économie mondiale, qui dépend en grande partie d’un prix du pétrole relativement stable ? Un expert militaire russe répond.


Par Mikhail Khodarenok
Paru sur RT sous le titre Cost of potential US war with Iran? $250 oil & another Afghanistan


La destruction en vol par l’Iran, la semaine dernière, d’un drone de surveillance militaire américain a, comme on pouvait s’y attendre, provoqué une nouvelle flambée de tension dans les relations entre Téhéran et Washington. Quelles pourraient être les implications d’un conflit potentiel entre les deux nations ?

Juste après la destruction du drone Global Hawk, le New York Times a rapporté que le président américain Donald Trump avait approuvé des frappes militaires contre l’Iran, mais qu’il avait ensuite changé d’avis.

Commençons par dire que la décision de lancer une opération militaire contre l’Iran (ce dont il s’agit réellement), avec le lieu et le moment précis, ne peut être prise que par un très petit groupe de hauts responsables politiques et militaires américains. Lors de telles réunions, aucune fuite ne peut, par définition, se produire.

Maintenant, jetons un coup d’œil à certains détails. La différence entre une « frappe » et une « opération » est assez importante, au moins en termes de durée, de forces et d’équipements impliqués. Ce serait bien de savoir si le NYT voulait parler d’une seule frappe ou de toute une opération aérienne.

De façon amusante, la publication a rapporté que les frappes avaient été prévues pour tôt le matin, pour minimiser le nombre potentiel de morts parmi les militaires et les civils iraniens. Il convient de souligner que les États-Unis ne se sont jamais souciés de leur nombre de victimes, que ce soit parmi le personnel militaire ou la population civile de leurs adversaires.

En outre, le but de tout conflit militaire est de faire le plus de dégâts possible chez votre ennemi en termes de personnel, de matériel militaire et autres équipements. C’est ainsi que les objectifs de tout conflit armé sont atteints. Bien sûr, il est préférable que les pertes civiles soient réduites au minimum, mais pour les États-Unis, il s’agit d’un objectif secondaire et non primaire.

La marine et l’armée de l’air américaines frappent généralement avant l’aube dans un seul but – éviter la défense antiaérienne (de petit et moyen calibre), ainsi qu’un certain nombre de systèmes de défense aérienne avec poursuite optique qui tireraient sur eux. De plus, une frappe dans les heures sombres d’avant l’aube affecte le moral du personnel ennemi.

Ici, nous devons comprendre que l’Iran riposterait instantanément, et Téhéran n’a pas précisément des capacités réduites pour ce faire. En d’autres termes, cela tournerait vite à la guerre à grande échelle. Pour les États-Unis, cela ne se terminerait pas par une seule attaque aérienne chirurgicale sans conséquences, comme en Syrie. Et les États-Unis semblent avoir une idée très vague de ce qui constituerait une victoire militaire sur l’Iran.

Il ne fait cependant aucun doute qu’une campagne aérienne prolongée des États-Unis minerait considérablement le potentiel militaire et économique de l’Iran et réduirait ce pays à ce qu’est l’Afghanistan actuel, à travers la destruction complète de ses industries et de son exportation d’hydrocarbures.

Prédire combien de temps une telle campagne pourrait durer serait de l’ordre de la conjoncture farfelue, mais nous avons les exemples de l’opération Tempête du désert en 1991, où les frappes aériennes ont duré 38 jours, et de la Yougoslavie en 1991, où les bombardements se sont prolongés pendant 78 jours. Donc, théoriquement, les États-Unis pourraient bombarder l’Iran pendant, disons 100 jours, détruisant l’économie et l’infrastructure du pays étape par étape.

Cependant, le prix que les États-Unis auraient à payer un tel conflit militaire pourrait s’avérer trop élevé.

Par exemple, l’Iran peut réagir à l’agression américaine en lançant des missiles balistiques à portée intermédiaire et à plus courte portée contre des champs et terminaux pétroliers et gaziers en Arabie Saoudite, au Qatar, au Koweït et dans les Émirats Arabes Unis.

Si une telle guerre devait vraiment se produire, les enjeux seraient très élevés, de sorte qu’il y a toutes les raisons de penser que les missiles iraniens seraient non seulement équipés d’ogives classiques à haute fragmentation explosive, mais qu’ils transporteraient également des agents toxiques et des bombes sales.

Tout d’abord, il convient de souligner que même si les capacités des services de renseignement américains sont presque illimitées, un certain nombre de sites iraniens de lancement de missiles restent à localiser. Ensuite, les systèmes de défense aérienne américains dans le golfe Persique, aussi efficaces soient-ils, n’abattraient pas tous les missiles iraniens. Et même une poignée de missiles de Téhéran atteignant des infrastructures critiques dans la région du golfe Persique suffirait à causer un désastre.

En outre, il y a plus de questions que de réponses au sujet de la fiabilité effective des systèmes antimissile et de défense aérienne que les monarchies du Golfe Persique ont déployés pour défendre leurs terminaux pétroliers et autres infrastructures pétrolières et gazières.

Si un tel scénario se réalisait, cela entraînerait un chaos inconcevable dans l’économie mondiale et ferait immédiatement monter les prix du pétrole à 200-250 dollars le baril – et c’est l’estimation la plus basse. Ce sont ces implications qui empêchent très probablement les États-Unis d’attaquer l’Iran.

Pour résoudre une fois pour toutes leur problème avec l’Iran, il faudrait que les États-Unis montent une opération terrestre à grande échelle, avec une invasion du pays par l’armée américaine. L’Amérique devrait anéantir à la fois les forces régulières iraniennes et le Corps des gardiens de la révolution islamique, détrôner les dirigeants actuels de l’Iran et laisser une présence militaire dans toutes les grandes villes pendant les 10 à 15 prochaines années, tout en maintenant un contrôle strict sur l’ensemble du pays.

Pour mémoire, les États-Unis n’ont pas réussi à faire cela même en Afghanistan, qui est beaucoup moins étendu que l’Iran en termes de territoire et de population. En près de 18 ans de combats, les États-Unis n’y ont presque rien accompli.

Mikhail Khodarenok, commentateur militaire pour RT.com, est un colonel à la retraite. Il a été officier à la direction opérationnelle principale de l’état-major général des forces armées russes.

Traduction et note d’introduction Entelekheia
Illustration Colin Behrens/Pixabay

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