La fabrication de Greta Thunberg – pour consentement, acte II : la vérité dérangeante derrière l’embrigadement des jeunes

Zero Hour, Marche, Climat, Jeunes, Ikea, Max Burgers, Banque mondiale, WWF, Bill, Gates, Al, Gore, Justin, Trudeau, Michelle, Obama, Natalie, Portman, Greenpeace, 350.org, COP24, Avaaz,

Par Cory Morningstar
Paru sur Wrong Kind of Green sous le titre The manufacturing of Greta Thunberg – For consent : The inconvenient truth behind youth co-optation
Mis en forme avec Forrest Palmer, du collectif Wrong Kind of Green


Ceci est l’Acte II de la série en six parties : La fabrication de Greta Thunberg – pour consentement : L’économie politique du complexe industriel à but non lucratif

Dans l’Acte I de cette nouvelle enquête, j’ai ouvert le dialogue avec les observations suivantes de l’artiste Hiroyuki Hamada :

« Ce qui est exaspérant dans les manipulations du complexe industriel à but non lucratif, c’est qu’ils récoltent la bonne volonté des gens, surtout des jeunes. Ils s’adressent à ceux qui n’ont pas reçu les compétences et les connaissances nécessaires pour penser par eux-mêmes, dans le but de servir des institutions conçues par et pour la classe dirigeante. Le capitalisme fonctionne systématiquement et structurellement comme une cage pour animaux domestiques. Ces organisations et leurs projets, qui opèrent sous de faux slogans humanistes afin de soutenir la hiérarchie de l’argent et de la violence deviennent rapidement certains des éléments les plus cruciaux de la cage invisible des grandes entreprises, du colonialisme et du militarisme. »

La Fabrication de Greta Thunberg – pour consentement a été écrit en six actes.

Dans l’ACTE I, je révèle que Greta Thunberg, l’enfant prodige actuelle et le visage du mouvement de la jeunesse en lutte contre le changement climatique, sert de conseillère spéciale jeunesse et siège au conseil d’administration de We Don’t Have Time (Nous n’avons pas le temps), une start-up tech en plein essor. J’explore ensuite les ambitions de l’entreprise tech We Don’t Have Time.

Dans l’ACTE II, j’illustre la façon dont les jeunes d’aujourd’hui sont les agneaux sacrificiels de l’élite dirigeante. De plus, dans cet acte, je présente les membres du conseil d’administration et les conseillers de We Don’t Have Time. J’explore le leadership du nouveau projet We Don’t Have Time et les partenariats entre des entités environnementales privées bien établies : le projet Climate Reality d’Al Gore, 350.org, Avaaz, Global Utmaning (Global Challenge), la Banque mondiale et le Forum économique mondial (Forum de Davos, acronyme anglais WEF).

Dans l’ACTE III, j’expose la façon dont Al Gore et les capitalistes les plus puissants de la planète se tiennent derrière les mouvements de jeunesse montés aujourd’hui et pourquoi. J’explore les liens entre We Don’t Have Time/Thunberg et Our Revolution, l’Institut Sanders, This Is Zero Hour, le Sunrise Movement et le Green New Deal [« New Deal vert », un « package » de réformes pro-climat et anti-inégalités proposé par le Parti démocrate des USA. Le nom fait référence au New Deal de Roosevelt, NdT].

J’évoque également la célèbre famille de Thunberg. En particulier, la célèbre mère de Greta Thunberg, Malena Ernman (Héros de l’environnement de l’année du WWF, 2017) et le lancement de son livre, en août 2018. J’explore ensuite la généreuse attention médiatique accordée à Thunberg en mai et avril 2018 par SvD, l’un des plus grands journaux suédois.

Dans l’ACTE IV, j’examine la campagne qui se déroule actuellement, avec son but de « conduire le public en mode d’urgence ». Plus important, je résume qui et quoi ce mode est destiné à servir.

Dans l’ACTE V, j’examine de plus près le Green New Deal. J’explore le think tank Data for Progress (Données pour le progrès) et le ciblage de la jeunesse féminine comme clé « fémographique ». Je connecte l’architecte principal et les auteurs des données du « Green New Deal » à l’ONG World Resources Institute. De là, je vous guide à travers l’imbrication de la Business & Sustainable Development Commission (Commission pour le business et le développement durable) et de la New Climate Economy (initiative Nouvelle Économie du Climat) – un projet du World Resources Institute. Je révèle le point commun entre ces entités et l’attribution de valeurs monétaires à la nature, représenté par la Natural Capital Coalition (Coalition pour le capital naturel) et le complexe industriel à but non lucratif considéré en tant qu’entité. [Complexe industriel à but non lucratif : l’auteur reprend l’expression « Complexe militaro-industriel » et l’applique au réseau mondial des ONG à but non lucratif, NdT]. Enfin, je révèle comment tout cela a abouti à la mise en œuvre de paiements pour des services liés à l’écosystème (c’est la financiarisation et la privatisation de la nature, à l’échelle mondiale) qui « devrait être adoptée lors de la quinzième réunion à Pékin en 2020 ».

Dans l’acte final, l’ACTE VI [Crescendo], je termine la série en révélant que les fondations mêmes qui ont financé le « mouvement » du climat au cours de la dernière décennie sont aujourd’hui partenaires du Climate Finance Partnership et cherchent à siphonner 100 billions de dollars de fonds de pension. Je révèle l’identité des individus et des groupes à la tête de cette matrice, ceux qui contrôlent à la fois le média et le message. Je remonte un peu dans le temps pour décrire brièvement les dix années d’ingénierie sociale stratégique qui nous ont menés jusqu’à ce précipice.

Je vois la relation entre le WWF, l’Institut de Stockholm et le World Resources Institute comme des instruments-clés dans la création de la financiarisation de la nature. J’examine également les premières campagnes publiques pour la financiarisation de la nature (le « capital naturel ») qui sont peu à peu introduites dans le domaine public par le WWF. Je réfléchis à la façon dont les ONG mainstream tentent de préserver leur influence et de manipuler encore davantage la population en se cachant derrière les groupes d’Extinction Rebellion organisés aux États-Unis et dans le monde entier.

Une fois l’écran de fumée dissipé, le vague, voire la quasi-inexistence des demandes, qui rappellent les « exigences » de TckTckTck en 2009, pourront être pleinement comprises.

Certains de ces sujets, ainsi que d’autres, feront l’objet de publications ultérieures et seront discutés plus en détail au fur et à mesure des addenda qui viendront s’ajouter à l’important volume de recherches. Il s’agit notamment de passer de l’autre côté du miroir et d’explorer à quoi ressemblera le véritable « Green New Deal » de la Quatrième Révolution industrielle. Il sera également question du pouvoir de la célébrité – et de la façon dont elle est devenue un outil-clé, à la fois pour le capital et pour s’assurer de la passivité conformiste des populations.

Note : Cette série contient des informations et des citations traduites du suédois via Google Translate.

 

ACTE DEUX

Les acteurs de We Don’t Have Time

 

 

 

 

 

Le conseil d’administration de We Don’t Have Time est composé des personnes suivantes

  • Ingmar Rentzhog, fondateur et PDG de We Don’t Have Time
  • Anette Nordvall, présidente/actionnaire de We Don’t Have Time, investisseur privé en technologie, travaille avec la STOAF (une société de capital-risque et d’investissement privé en Suède), partenaire de Capital A Partners.
  • David Olsson, directeur d’exploitation de We Don’t Have Time, président du think tank suédois sur le climat Global Utmaning.
  • Christian Emmertz, co-fondateur de We Don’t Have Time, directeur de business unit chez Hewlett-Packard (HP) Suède, partenaire de RealCap Investment, leader du Climate Reality Project, formé par Al Gore. [Vice-président des USA de 1993 à 2001, sous Bill Clinton. Aujourd’hui très actif sur le front du réchauffement climatique, NdT].
  • Stella Diesen, auparavant à Microsoft tech Innofactor, Microsoft), leader du Climate Reality Project leader, formée par Al Gore
  • Gustav Stenbeck, PDG de Mestro, fondateur et président exécutif de Gain Sustain (banque d’investissement)

Global Utmaning, qui se traduit par Défi Global en français, a été fondée en 2005 par l’économiste Kristina Persson, ancienne ministre suédoise du Développement stratégique et de la Coopération nordique. Mme Persson a été chargé de renforcer la coopération entre pays nordiques afin de tirer parti de la force de la communauté internationale (« ensemble, nous sommes un acteur puissant »). Son poste consistait à promouvoir le développement à long terme pour « la transition verte, les emplois et la distribution, et les initiatives visant à influencer l’agenda mondial pour le développement durable ». [Source] Elle est l’héritière (avec ses frères et sœurs) de l’empire commercial créé par son père, Sven O. Persson, dont les revenus s’élèvent à environ 3 milliards de couronnes suédoises, soit environ 332 500 000 de dollars par an. Persson est également le fondateur de la Fondation Freja, créée en 2017.

Le conseil d’administration de la Fondation We Don’t Have Time comprend :

  • Cathy Orlando, directrice nationale, Lobby des citoyens pour le climat au Canada
  • Stuart Scott, leader du Climate Reality Project, formé par Al Gore
  • Per-Espen Stokenes, chercheur en économie comportementale
  • Ingmar Rentzhog, fondateur et PDG, We Don’t Have Time
  • David Olsson, directeur d’exploitation, We Don’t Have Time
  • Greta Thunberg, conseillère spéciale jeunesse et administratrice
  • Jamie Margolin, conseillère spéciale jeunesse et administratrice

Acquisition International Magazine Numéro 10, 2018 : « Pour nous assurer que notre agenda ambitieux, emmené par nos valeurs, ne soit pas compromis, nous avons fondé une « compagnie de la bonne cause », ce qui veut dire que les droits de vote majoritaires appartiennent à une fondation caritative. Cette fondation détientaussi la marque We Don’t Have Time, et reçoit un financement fondé sur les revenus de la compagnie. Si notre plate-forme réussit, ces revenus seront substantiels; et la fondation pourra utiliser ces fonds pour soutenir des gens et des organisations qui combattent la crise climatique. »

 

« Cathy Orlando, responsable de la sensibilisation internationale pour le lobby Citoyens pour le climat, au centre, est satisfaite du nouveau plan du gouvernement Trudeau concernant la taxe carbone. Elle a été vue ici avec l’ancien vice-président américain Al Gore, son mari Sanjiv Mathur et leur fille Sophia Mathur. » [Source]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le comité consultatif de We Don’t Have Time comprend les personnes suivantes :

  • Daniela Rogosic, attachée de presse globale, Groupe IKEA
  • Tove Ahlström, PDG de Global Utmaning, filiale du projet The Climate Reality d’Al Gore
  • Anna Svahn, PDG de Feminvest, PDG et co-fondatrice de Cygnus Capital [http://annasvahn.se]
  • Andra Farhad, fondatrice et PDG de Borshajen
  • Kaj Török, responsable réputation et durabilité chez Max Burgers, co-fondateur de Futerra Marketing et Publicité.
  • Sweta Chakraborty, scientifique renommée dans le domaine du risque et du comportement (changement de comportement) [Bio en anglais].
  • David JP Phillips, fondateur de davidjpphillips.com, speakerrating.com et presentationsteknik.com. (Phillips offre des formations en techniques de présentation dans plus de 16 pays. Son expertise est basée sur les dernières recherches en neurologie, en psychologie et en biologie comme outils de « story-telling » et de communication.)

 

 

 

 

La présence d’Ikea au conseil consultatif de We Don’t Have Time doit être dûment notée. En 2017, Ikea a accordé une subvention de 44,6 millions de dollars de la Fondation IKEA à la coalition We Mean Business (fondée en 2014). Cette subvention était en fait « le deuxième don le plus important jamais fait par la branche caritative du géant de la vente IKEA ». Les membres fondateurs de la coalition We Mean Business comprennent la B Team, le Business for Social Responsibility (BSR), le Carbon Disclosure Project, Ceres, le Climate Group, le World Business Council for Sustainable Development (WBCSD) et le Prince of Wales Corporate Climate Group. Parmi les autres partenaires commerciaux de We Mean Business figurent le Pacte mondial des Nations Unies, le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE, acronyme anglais UNEP), UNEP Finance, la Banque mondiale et le World Wildlife Fund (WWF). [Liste complète] [Lecture complémentaire : « 100 milliards pour tous ceux qui signent »].

La B Team est dirigée par Purpose, la société de relations publiques à but lucratif dirigée par Jeremy Heimans, co-fondateur d’Avaaz et co-auteur du livre « New Power ». Ikea est client de Purpose et partenaire de l’ONG-filiale de Purpose « We Are Here Now » (abrégé en « Here Now », en français « Nous sommes là maintenant » abrégé en « Là maintenant »).

Dans l’extrait suivant de l’article de Maclean’s du 28 janvier 2016, intitulé Have We Hit’ Peak Stuff ? Ikea Says There’s Röom to Grow, la ferveur collective pour le climat qui règne dans les entreprises, actuellement dans le monde, est une fois de plus démontrée :

Alors, comment concilier le discours d’Ikea sur le « peak stuff » (saturation du marché) avec ses actions « buy more » (achetez davantage) ? Un porte-parole a expliqué dans un courriel que selon [Steve] Howard [responsable du développement durable chez Ikea], ses commentaires s’inscrivaient « dans un contexte mondial plus large où de nombreuses personnes ont encore des moyens très limités  » tandis que Sjostrand a suggéré que l’objectif était « de continuer à développer notre entreprise, mais de la développer de manière plus durable ». Traduction : Ikea vous vendra plus de meubles et d’accessoires de maison, mais il fera plus d’efforts pour que vous ne vous sentiez pas coupable. C’est pourquoi les rapports d’entreprise de l’entreprise sont agrémentés d’exemples d’initiatives de développement durable, allant de la vente d’éclairages exclusivement compatible avec les LED à la consommation responsable de poisson à la cafétéria. »

La durabilité et le capitalisme sont comme l’huile et l’eau. Les deux sont immiscibles. Ils ne peuvent pas coexister.

La « révolution climatique » poursuivie par We Don’t Have Time et consorts ne réduit pas la consommation de masse, elle offre de nouveaux produits afin de l’étendre.

La « révolution de l’énergie propre » ne menace pas les compagnies pétrolières, elle les sécurise. Elle n’affaiblit pas le capitalisme, elle le renforce. Elle n’inspire pas la résistance – elle l’étouffe et l’envoie aux oubliettes.

Ici, nous pouvons nous pencher sur les moyens les plus simples de mettre en lumière les idéologies partagées par la majorité de ceux qui sont à la tête du processus décisionnel, face à notre crise climatique. A la vue de tous, les entreprises et institutions qui intéressent le plus une personne sont rendues publiques sur son compte LinkedIn. Les entités suivies par les professionnels du complexe industriel des ONG sans but lucratif sont rarement ou jamais des groupes, des institutions ou des personnes travaillant dans les domaines de l’écologie, des droits autochtones, de la justice sociale, des sciences environnementales ou d’autres domaines critiques associés au changement climatique et à l’épuisement des ressources et de l’environnement. De même, les petites institutions ou les individus qui travaillent à la recherche de solutions locales à petite échelle ne sont pas non plus d’un intérêt quelconque à leurs yeux.

Ce directorat interconnecté de « conférenciers Ted » et de « leaders d’opinion » sélectionne et suit le plus souvent les sociétés financières et technologiques les plus puissantes et les plus prospères du monde, ainsi que les sociétés de marketing qui les propulsent vers leur succès. Il est rare que des institutions, des groupes ou des personnes œuvrant dans le domaine des sciences de l’environnement présentent un intérêt à leurs yeux, pas plus que les petites institutions ou les individus qui travaillent à des solutions locales à petite échelle. Les institutions les plus volontiers suivies, et partagées par la plupart de ces gens, sont composées de dirigeants occidentaux blancs, principalement des hommes. Parmi les plus admirées, on compte le Forum économique mondial (Davos), la Fondation Bill et Melinda Gates, la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), The Economist, le Green Climate Fund (Fonds vert pour le climat) – des groupes et institutions auxquels ils s’identifient pleinement et qu’ils cherchent à intégrer.

Nous devons ici rappeler le fait (révélé dans l’Acte I) que le Climate Reality Project d’Al Gore est un partenaire de We Don’t Have Time. (Les priorités d’Al Gore seront discutées dans l’Acte III.)

« Rentzhog veut changer les choses dans l’entreprise, pas contre l’entreprise. » – Anette Nordvall, présidente de We Don’t Have Time [Source]

Agneaux sacrificiels

Les mêmes hormones et neurotransmetteurs peuvent être libérés par une bonne histoire. Il s’agit notamment de dopamine, d’ocytocine et d’endorphines, que Phillips appelle le « cocktail des anges ». Les effets de l’ocytocine vous rendent plus généreux, plus confiant et prêt à vous engager affectivement. C’est ce qui est libéré dans votre sang quand vous entendez une histoire triste. On se sent détendu et plus humain, et on se concentre sur le conteur. » – fondé sur la conférence TEDx de Stockholm, « The Magical Science of Storytelling, » par David JP Phillips, conseil d’administration de We Don’t Have Time [Source].

Pour commencer ce segment, nous pouvons nous tourner vers le « WE Movement », auparavant Free the Children, Enfants Entraide en France, avec sa filiale « ME to WE » et son événement annuel WE Day. [1] Le documentaire de 2015 « Unleashing Voluntourism » (« Le Volontourisme sans freins ») produit par la Canadian Public Broadcasting (CBC) devait à l’origine être diffusé le 19 mars 2015. Le documentaire examine la privatisation, l’ONGisation et la croissance explosive de ce qui s’est transformé en une industrie de milliards de dollars – le tourisme déguisé en volontariat – pour les jeunes privilégiés de l’Occident.

La célébrité, fétichisée dans une société en déclin rapide, dénuée de sens et de culture, est devenue un atout si puissant pour le capitalisme et le militarisme que le sujet est aujourd’hui un domaine d’étude pour des universitaires tels que Dan Brockington et Ilan Kapoor. Le pouvoir de la célébrité n’a pas été perdu pour l’organisme de bienfaisance WE, dont les conférenciers principaux pour les rassemblements massifs ont inclus : Le premier ministre du Canada Justin Trudeau en 2008 (vidéo) et de nouveau en 2015, après sa victoire électorale ; l’ancienne « première dame » Michelle Obama ; Natalie Portman de Hollywood et une foule d’autres. En effet, la location de célébrités pour des galas et de l’événementiel est également devenue une industrie de niche.

Peu de temps avant sa diffusion, le documentaire a été remanié après que WE ait demandé le retrait d’images non autorisées du reportage. Lors de sa diffusion, le 7 avril 2017, deux scènes avaient été coupées du film. Le clip suivant est l’un des deux clips supprimés (durée : 1m:1s), « Volunteers Unleashed : suppressed Me to We clip #1″ :

La controverse concernant WE est loin d’être terminée alors que l’ONG s’efforce de protéger sa marque milliardaire. Le 17 janvier 2019, WE a annoncé qu’elle intenterait une action en justice contre un journal télévisé et réseau de podcasts au Manitoba, Canada, où les journalistes ne bénéficient d’aucune protection juridique explicite contre les poursuites SLAPP (Strategic Lawsuits Against Public Participation). Ce journal d’information enquêtait sur le mouvement WE depuis 2015.

Les images et les brefs commentaires qui suivent ne sont qu’un petit aperçu du monde de l’ONG et de son recrutement à la fois de dissidents et de jeunes. Aujourd’hui, nous sommes témoins de ce que l’on peut décrire comme les mécanismes et mouvements orchestrés par le complexe industriel du spectacle à but non lucratif. [Non traduit en français, NdT]

Pour illustrer le recrutement des jeunes, nous allons maintenant nous intéresser aux jeunes militants célèbres et aux leaders de Climate Reality, Greta Thunberg et Jamie Margolin. Nous nous concentrons sur ces deux personnes, car elles sont directement liées à la campagne et au business plan de We Don’t Have Time.

Le Climate Reality Project et Global Utmaning. Greta Thunberg à l’extrême gauche. « Comment faire en sorte que les décideurs d’aujourd’hui bénéficient de l’engagement des jeunes pour l’avenir et en tirent des enseignements ? Le 26 septembre, la question a attiré plus de 250 visiteurs au Kulturhuset Stadsteatern, où Global Utmaning et le Climate Reality Project d’Al Gore avaient organisé des séminaires. » [Source]

Thunberg a déclaré à plusieurs reprises que sa grève se poursuivrait « jusqu’à ce que la Suède soit alignée sur l’Accord de Paris ». Par conséquent, d’après ses propres déclarations, il s’agit là du but et de l’objectif unique et global de la grève. Les fondements de l’Accord de Paris sont l’expansion du nucléaire, la financiarisation de la nature, la poursuite de la privatisation à une échelle sans précédent, la « réduction à grande échelle des émissions de CO2 » (stockage du carbone), une tentative désespérée de relancer la croissance économique et davantage de « solutions » commerciales qui perpétueront nos multiples crises. Par conséquent, la campagne de Thunberg vise en partie à demander aux gouvernements du monde entier de s’aligner sur l’Accord de Paris. (Une demande pour obtenir ce que les classes dirigeantes ont déjà décidé de lâcher contre nous, notre planète et toute vie.) Comme l’adhésion aux Accords de Paris est un thème récurrent dans le mouvement des ONG, la campagne de marketing est soutenue par 350.org, Avaaz, WWF, Greenpeace, en collaboration avec l’ONU (« Changing Together »), la Banque mondiale (« Stepping Up ») [2], et plus récemment le Forum économique mondial de Davos (WEF).

« Aujourd’hui je suis à l’Action Hub avec @UNFCCC 13:00 Table ronde à la Banque Mondiale « Jeunesse indomptable » à 14:00 Conférence de presse avec Extinction Rebellion et Scientists Warning (les Scientifiques Préviennent) 15:00 Zone F #COP24

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le groupe de réflexion Global Utmaning cite son réseau de plus de 90 conseillers principaux comme étant son principal atout. Sur sa page d’accueil :

L’économie de marché mondiale a tiré des millions de personnes de la pauvreté. Dans le même temps, les inégalités se sont considérablement creusées. Le système financier doit être réglementé à l’échelle mondiale et la stagnation économique actuelle doit être brisée. Elle exige un nouveau modèle de croissance vert, circulaire et inclusif qui crée de la valeur, du travail et du bien-être. Quelle nouvelle économie pour demain ? »

Global Utmaning a annoncé un partenariat avec Global Shapers – une initiative du Forum économique mondial de Davos qui réunit de jeunes leaders du monde entier : « La réunion annuelle 2019 du Forum économique mondial se tiendra du 22 au 25 janvier à Davos-Klosters, en Suisse. Plus de 3 000 dirigeants mondiaux se réuniront sous le thème Mondialisation 4.0 : Façonner une architecture mondiale à l’ère de la quatrième révolution industrielle. » [Gras ajouté]

« Les 23-25 janvier, je me fais une joie de rejoindre le forum économiqyue mondial de Davos, en Suisse. Particulièrement le trajet en train de 65 heures aller-retour. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avaaz

Nous ferons ici quelques brèves observations sur Avaaz et de 350.org en relation avec les campagnes mondiales « Climate Strike » (grève pour le climat). Un corpus exhaustif de recherches qui met à nu la fonction et les racines des deux ONG, fondé sur des enquêtes menées de 2012 à ce jour, existe maintenant sur le site Web Wrong Kind of Green [en anglais, NdT]. J’encourage les lecteurs à se familiariser avec ces deux entités.

Le 14 décembre 2018, 350.org a publié un communiqué de presse contenant les extraits suivants :

Katowice, Pologne – Aujourd’hui, 30 écoliers de trois écoles locales de Katowice ont répondu à l’appel de Greta Thunberg et ont apporté la grève mondiale pour le climat à la table des débats, pour le dernier jour des négociations des Nations Unies sur le climat à Katowice.

Les 30 étudiants ont bénéficié d’un accès spécial pour participer aux pourparlers de l’ONU et transmettre leur message aux délégués et au gouvernement polonais : avec seulement 12 ans pour se retirer des combustibles fossiles, les dirigeants doivent agir maintenant. » [gras dans l’original]

Comme sur signal, les médias internationaux ont publié des photos comme celle-ci :

Des jeunes participants du mouvement de la Grève du Climat créé par la militante de 15 ans Greta Thunberg, posent pendant le sommet sur le climat (COP24) de Katowice (Pologne) le 14 décembre 2018. EFE/Andrzej Grygiel

Voici ce que vous ne voyez pas :

Préconférence : Les jeunes sont briefés pour l’événement de presse du 14 décembre 2018. Photo : David Tong / WWF Nouvelle-Zélande

Les instructions sont données. Écoutez, les enfants. Photo : David Tong / WWF Nouvelle-Zélande

Et ici, nous voyons une frénésie médiatique, qui réclame à grands cris l’attention d’un homme. Les jeunes se taisent, ignorés à l’arrière-plan. Pourtant, les jeunes étaient censés avoir été exactement l’objet de l’action. « Les adultes oublient parfois les jeunes », dit Magorzata Czachowska, l’une des élèves polonaises inspirées par Thunberg. Photo : David Tong / WWF Nouvelle-Zélande

Ici, nous avons des jeunes qui s’ennuient à périr. Est-ce du militantisme ? C’est à ça que ressemble la révolution ? Photo : David Tong / WWF Nouvelle-Zélande

Bonjour, Iain Keith. Ian Keith – directeur de campagne à Avaaz. Photo : David Tong / WWF Nouvelle-Zélande

Les jeunes qui s’ennuient sont rassemblés et correctement placés – prêts pour la séance photo. Photo : David Tong / WWF Nouvelle-Zélande

Au bas du communiqué de presse de 350.org, à la rubrique « Plus d’informations », le communiqué de presse publie : « NOTEZ que 350.org et Avaaz n’organisent PAS ces actions mais aident les élèves à diffuser leur message. » [majuscules dans l’original]

Pourtant, il semble bien qu’Avaaz ait joué un rôle de premier plan dans l’organisation de l’action – tout en orchestrant l’attention des médias. [Voir les photos ci-dessus.]

Au lendemain du communiqué de presse de 350.org-Avaaz, le 15 décembre 2018, les ONG et les institutions se sont empressées de catapulter les mots de Thunberg jusque dans le cœur et l’esprit des citoyens du monde entier.  De l’ONU, à Avaaz, à la Banque mondiale, aux militants populaires, ils ont tous réclamé à grands cris la diffusion des paroles de la jeune Thunberg. Mais une ONG a pris l’initiative de censurer bon nombre des propos de Thunberg, publiant une version abrégée (79K vues sur Facebook). Sans en avertir son auditoire, Avaaz a censuré quatre extraits du discours de Thunberg. Les deux extraits qui suivent, coupés par Avaaz, sont des plus révélateurs :

Chair de poule ! La militante de 15 ans Greta Thunberg dit la vérité aux  puissants au cours des débats sur le climat de la COP24 à l’ONU : « Vous dites aimer vos enfdants par-dessus tout, et pourtant vous leur volez leur avenir sous leurs yeux ».

 

 

 

 

 

 

 

 

Les deux extraits très révélateurs du discours de Greta :

Vous ne parlez de croissance économique verte éternelle que parce que vous avez trop peur d’être impopulaire. Vous ne parlez que d’aller de l’avant sur la mauvaise voie qui nous a mis dans ce pétrin elle-même, alors même que la seule chose raisonnable à faire est de freiner d’urgence. »

Mais je me fiche d’être populaire. Je me soucie de justice climatique et de la planète vivante. Notre civilisation est sacrifiée pour permettre à un très petit nombre de personnes de continuer à gagner énormément d’argent. »

Il n’est pas surprenant qu’Avaaz ait effacé ces commentaires de Greta, considérant qu’une fonction première d’Avaaz est de promouvoir des solutions de marché qui accélèrent la croissance économique « verte » – pour servir « un très petit nombre de personnes qui continuent à gagner énormément d’argent ».

Dans la campagne suivante d’Avaaz, l’ONG a utilisé le visage de Thunberg pour faire pression sur la Suède pour qu’elle adopte des non-solutions rentables, par exemple, dans ce cas précis, la « réduction du CO2 à grande échelle ». Il s’agit d’un cadre holistique pour les technologies de piégeage et de stockage du carbone (Carbon Capture and Storage, CCS).

Encadré : « L’ONU dit que ceci est probablement le moment le plus important de l’histoire de l’humanité. Les gouvernements ont un choix : passer à des actions concrètes pour une réduction de CO2 à grande échelle, ou condamner Gret et les générations futures à des températures plus extrêmes, des feux de forêt, des sécheresses et une montée des mers.' »

Il est impératif de se référer ici au communiqué de presse du 24 août 2017 « Séminaire de Bellona sur la coopération nordique en matière de CCS ». Extrait de la publication :

Maintenant, les politiciens doivent aller de l’avant afin que nous puissions construire le plus rapidement possible des installations de captage du CO2 à grande échelle », a déclaré M. Tandberg. Trois installations de grande échelle en Norvège sont prévues, mais pas encore accordées, avec un prix préliminaire de 12,6 milliards de couronnes norvégiennes (1,28 milliard d’euros)…

La Norvège est à la pointe des technologies de capture, de transport et de stockage, et peut exporter ses connaissances et installations. Il y a un potentiel pour la construction d’une toute nouvelle industrie. Toutefois, cela dépend de la capacité de la Norvège à maintenir sa position. Il est urgent de construire les installations de CCS, de développer davantage la technologie et de mettre en place une infrastructure complète de CCS, et une coopération nordique peut faciliter ce processus ».

Il s’agit là d’un excellent exemple de l’une des principales fonctions des ONG. Engendrer une demande populaire de la part de citoyens qui, ensuite, soutiendront les législations requises pour des projets qui serviront les intérêts de l’industrie, plutôt que ceux des gens et de la planète. Avant la signature des contrats ou la première pelletée de terre pour construire les infrastructures qui constitueront « l’architecture globale à l’ère de la quatrième révolution industrielle », un cadre légal est nécessaire. Et tout comme la boule de neige qui se transforme en avalanche du proverbe, le cadre légal appelle l’argent pour un budget public suivi par des appels d’offres et une mise en œuvre, qui commencent peu après.

Quelle meilleure façon de créer une demande pour quelque chose de préjudiciable à l’environnement et à la population que de l’intégrer à un package de solutions au changement climatique, orné du visage charmant et innocent de Greta. La réalité étant inversée, l’industrie n’a pas besoin d’imposer sa volonté au peuple – le peuple se l’imposera à lui-même, via Avaaz et consorts. Les gens sont donc formatés pour exiger les très fausses solutions que les entreprises gardaient sous le coude depuis des années, voire des décennies.

Ainsi, le complexe industriel à but non lucratif et les médias, tous deux financés par l’élite mondialiste au pouvoir, sont fusionnés avec et par le pouvoir des entreprises. Ensemble, ils travaillent dans l’harmonie vers un but commun : la croissance économique. Par conséquent, les solutions du marché sont toujours LES solutions. Il ne s’agit pas simplement de faire passer l’économie avant tout le reste, mais de mettre l’économie au premier rang AUX DÉPENS de tout le reste. Et de tous les autres. Et de toute vie sur cette planète.

Pour voir l’échelle de ces soi-disant solutions, il suffit de regarder le rapport de 2013 de l’ONG Carbon Tracker intitulé « Unburnable Carbon Report » (rapport sur le carbone impossible à brûler) – page 12 :

Étant donné que le taux annuel moyen de stockage en 2015 est estimé par le Global Carbon Capture and Storage Institute (2012) à environ 2,25 millions de tonnes pour 16 projets CCS, un total de près de 3800 projets CCS seraient nécessaires d’ici 2050, selon le scénario idéal.

Le scénario idéal « offre environ 80% de chances de ne pas dépasser un réchauffement de plus de 2°C. »

14 mai 2015 :

Comme c’est le cas pour tous ceux qui façonnent notre avenir commun, la voie vers le CCS est claire dans le livre de l’Alliance verte de 2008, Une dernière chance pour le charbon, avec la contribution de Ben Caldecott lors de sa participation au think tank Policy Exchange. Le document note qu’il est essentiel que l’engagement de l’Europe à l’égard du CCS se concrétise avant 2020, soit 12 courtes années après la date de publication du document. L’année 2020 est une date critique d’une grande importance – une échéance récurrente pour la mise en place de toutes les solutions environnementales apportées par le marché. »

[Lecture complémentaire : AVAAZ : Le plus grand et le plus puissant réseau mondial pour le changement comportemental, en anglais].

[Lecture complémentaire : McKibben’s Divestment Tour – Brought to You by Wall Street]
Jamie Margolin – Zero Hour (Heure Zéro)

Jamie Margolin est la fondatrice adolescente de This Is Zero Hour (Ceci est l’heure zéro) et « l’une des 13 plaignants qui poursuivent l’État de Washington en justice pour son incapacité à prendre des mesures adéquates contre le changement climatique ». (Comme expliqué dans l’Acte I de cette série, Margolin – et son ONG Zero Hour – sont deux des six compte taggés par We Don’t Have Time sur le tout premier post, sur Twitter, rapportant la grève scolaire de Greta Thunberg). Margolin a participé au Climate Reality Leadership Corps d’Al Gore (une conférence de trois jours) à Seattle, du 27 au 29 juin 2017. [Source] En juillet 2017, Margolin a commencé à organiser une marche des jeunes pour le climat à Washington, D.C. et lancé Zero Hour. Le 27 février 2018, exactement huit mois après son premier jour au Climate Reality Leadership Corps, Margolin a figuré dans le magazine Rolling Stone. Avant son ascension fulgurante vers le statut de star, Margolin avait fait un stage dans le bureau de campagne d’Hillary Clinton, à Seattle. Le passage suivant démontre ce qui est maintenant devenu la promotion normale de la jeunesse dans les entreprises :

Jamie Margolin, de Seattle, est la plus jeune oratrice au Sommet mondial sur le climat, qui s’est tenu cette semaine à San Francisco. Elle a fondé la marche des jeunes pour le climat de Zero Hour en juillet dernier, et a dirigé cette action-phare à Washington, D.C. A 16 ans, Margolin présente un contraste saisissant avec la plupart des dirigeants du Sommet mondial sur le climat, comme Jerry Brown (80 ans), gouverneur de Californie ; Michael Bloomberg (76 ans), maire de New York et Xie Zhenhua (68 ans), diplomate chinois chargé de l’environnement. [Source]

Dans les mouvements et révolutions manufacturés du 21ème siècle, les « leaders » d’aujourd’hui (fabriqués par des médias détenus et financés par des entreprises) ne sont plus les ennemis de l’establishment. Au contraire, ils organisent des événements ensemble – avec des personnalités telles que le maire de New York, Bill de Blasio, qui adulent nos nouveaux « révolutionnaires », les taggent et tweetent leurs louanges. Quand l’ establishment lui-même adore nos mouvements et nos « visages du futur » – nous savons que nous avons déjà perdu la bataille de l’avenir.

« Faites un don » : Jamie Margolin, adolescente fondatrice du projet-phare This Is Zero Hour | bannière du site du Climate Reality Project.

Comme sur signal, le 5 décembre 2018, Time Magazine a élu Greta Thunberg l’une des adolescentes les plus influentes (aujourd’hui la cible démographique la plus recherchée et choyée par les entreprises) de 2018, tandis que Jamie Margolin, fondatrice de Zero Hour, leader de Climate Reality et influenceuse d’adolescents, a reçu les éloges de Teen Vogue. 19 juillet 2018, Climate Change Puts the Future at Risk, So I’m Taking Action ; 5 novembre 2018, 21 Under 21 : Jamie Margolin Knows Climate Justice is the Key to All Justice ; 1er décembre 2018, The Teen Vogue Summit 2018].

 

Teen Vogue, 5 décembre 2018 : « La militante de 15 ans Greta Thunberg a fait la leçon à des dirigeants mondiaux sur le changement climatique lors d’un sommet des Nations Unies. »

Dans l’image ci-dessus, Margolin prête son statut de célébrité aux marques Global Citizen et Johnson & Johnson. Global Citizen est peut-être l’ONG la plus représentative de ce qu’est le complexe industriel à but non lucratif, avec son modèle grotesque de « militantisme » superficiel, vide de sens, et ses liens ouverts avec des entreprises. Récemment, Global Citizen a introduit des « points » qui peuvent être accumulés en cliquant sur des actions. Dans une émulation flagrante des cartes de fidélité (plus vous dépensez d’argent, plus vous gagnez de points), plus vous cliquez sur des actions, plus vous gagnez de points. Ces points peuvent ensuite être échangés contre des accès à des événements et à des concerts de célébrités.

C’est de l’ingénierie sociale pour engendrer un conformisme inconditionnel et une adhésion instantanée. Pour recevoir la récompense, il faut effectuer l’action demandée. Si vous ne vous conformez pas, vous ne recevez tout simplement pas les points.  Ici, l’encouragement à la pensée critique et au débat est délibérément et stratégiquement écarté.

25 septembre 2018 : La fondatrice et présidente du mouvement Zero Hour, Jamie Margolin, assiste à la rencontre Global Citizen – Movement Makers (Citoyens du monde – Artisans de mouvements) au Times Center à New York City. (Photo par Noam Galai/Getty Images pour Global Citizen)

Les ONG ne sont pas les seules entités à exploiter les jeunes. Les entreprises partenaires qui financent leurs projets fournissent également de grosses sommes d’argent pour blanchir leurs héritages toxiques [le célèbre « greenwashing », NdT]. En juillet 2018, Johnson & Johnson a été condamné à payer « près de 4,7 milliards de dollars US en dommages et intérêts à 22 femmes et leurs familles après qu’elles aient poursuivi la compagnie, parce que l’amiante contenu dans le talc Johnson & Johnson avait contribué à leur cancer des ovaires, dans la première affaire contre l’entreprise à se focaliser sur l’amiante contenu dans le talc… Six des 22 plaignantes dans ce dernier procès sont mortes de cancers ovariens… Mark Lanier, avocat principal des demandeurs, a déclaré que Johnson & Johnson avait dissimulé des preuves de la présence d’amiante dans ses produits pendant plus de 40 ans. » [Source]

Les partenariats et les soutiens à des entreprises qui infligent de la violence à des enfants et à la planète sont monnaie courante dans le complexe industriel à but non lucratif. Ce n’est pas la seule poursuite qui ait été intentée contre Johnson & Johnson et ce ne sera pas la dernière. Il y a 1 200 procédures judiciaires en cours dans les seuls États-Unis contre cette entreprise. Johnson & Johnson n’est pas l’exception – c’est la norme.

« Citoyens du monde – Artisans de mouvements. Sur cette photo : (De gauche à droite) Ladan Manteghi, Jamie Margolin et Afroz Shah s’expriment sur scène lors de Global Citizen – Movement Makers au Times Center le 25 septembre 2018, à New York City. » Source : Noam Galai/Getty Images North America

Bill Gates (Breakthrough Energy, Mission Innovation) avec le premier ministre canadien Justin Trudeau pour Global Citizen. Montréal, Québec, Canada, 17 septembre 2016. REUTERS/Geoff Robins/POOL

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jamie Margolin – adolescente fondatrice et directrice exécutive de This is Zero Hour, fondé en 2017 (30 juin 2017, twitter)

Jamie Margolin, s’exprimant via Skype lors de la présentation du Plan d’urgence climatique (We Don’t Have Time, Climate Utmaning, Club de Rome), 24 novembre 2018 :

Nous ne pensons pas seulement à, oh il y a du carbone dans l’air et nous devons le réduire, nous réfléchissons à la façon dont le carbone est arrivé là ? comment avons-nous autorisé un système qui pouvait nous mener à une telle destruction ? »

Le système auquel Margolin fait référence est celui du capitalisme mondial, un système économique qui dévore tout sur son passage. Une promesse de détruire les écosystèmes planétaires de notre avenir commun. Et ce n’est pas comme si Margolin n’avait pas commencé à comprendre les systèmes qui se croisent au carrefour de nos multiples crises, comme le capitalisme, le colonialisme, le racisme et le patriarcat.

Au contraire, Margolin possède en fait les connaissances de base nécessaires au long chemin à parcourir avant d’instiller et d’inspirer les changements révolutionnaires qui sont nécessaires chez les jeunes. Pourtant, en se positionnant aux côtés de ceux qui font fructifier et profitent de tout ce que Margolin touche, elle discrédite tragiquement sa propre analyse en demandant simplement, par exemple, de meilleurs gobelets pour Starbucks, [authentique !!! NdT] plutôt que l’élimination totale de Starbucks. Par conséquent, sur sa voie actuelle, Margolin fait plus de mal que de bien pour les questions très systémiques qu’elle appréhende si bien.

20 septembre 2018, Al Gore du Climate Reality Project avec la fondatrice de This Is Zero Hour, Jamie Margolin

Avec des « capitalistes purs et durs » tels que Gore, de Blasio et d’autres, qui captent maintenant les derniers jeunes conscients (une conscience qui s’éteint lentement), bientôt les structures systémiques qui permettent au capitalisme et à l’oppression de se développer n’auront plus aucune opposition. Nous en arrivons au point où il n’y aura plus de distinction entre nos « mouvements » et les coalitions créées pour durcir notre oppression et notre servitude. Le fait que Margolin serve de visage au Climate Reality Project d’Al Gore – alors que sauver le capitalisme est la priorité numéro un de Gore (comme nous l’apprendrons dans l’Acte III), annihile la portée de tous les mots – et de toutes les actions – articulés par Margolin. Gore utilise Greta, Margolin et tous les jeunes qu’elles mobilisent – en détruisant l’avenir que ces jeunes espèrent sauver – pour le compte d’une croissance économique et d’un capitalisme au service de l’élite mondialiste au pouvoir.

Nous n’avons pas le temps ! #24HeuresDeRealite Nous allons construire un communauté mondiale de militants pour mettre nos leaders face à leurs responsabilités.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il est aussi à noter, sur la campagne de Thunberg, que c’est également une course à la captation des jeunes « millenials » [nés entre 81 et 96, NdT] et de la génération Z [entre 7 et 22 ans en 2019, NdT]. De plus en plus souvent, cette captation est principalement réalisée par des « mouvements » de jeunesse préfabriqués et généreusement financés. Des « mouvements » qui foisonnent de consommateurs potentiels, pleinement exploitables par ceux qui bénéficient et, dans de nombreux cas, contribuent au flux constant de financement. Le titre Génération Z a été attribué à ceux qui sont nés avec les médias en ligne, et pour qui « la gratification immédiate est la norme ». Aujourd’hui, ce groupe démographique est le public le plus puissant et le plus recherché en Amérique du Nord. Pour illustrer la popularité de ces termes, Margolin, de Zero Hour’s, se désigne elle-même sous le nom de « Génération Z ».

Un article du 8 novembre 2018 de Barclays, Gen Z : Step Aside Millennials, rapporte que ce groupe démographique (les enfants nés entre 1995 et 2009), le groupe même auquel appartiennent des jeunes leaders influents auprès des jeunes comme Greta Thunberg et Jamie Margolin, devient rapidement les nouveaux « géants de la consommation » et « les méga-influents » :

D’ici 2020, la génération Z sera le plus important groupe de consommateurs au monde. Ils représenteront 40% des consommateurs aux États-Unis, en Europe et dans les pays des BRIC, et 10% dans le reste du monde. Les entreprises qui ne s’engagent pas auprès des Gen Z pourraient rapidement perdre des parts de marché. Certains d’entre eux n’ont peut-être que 9 ans, mais Gen Z a déjà un énorme pouvoir d’achat. Aux États-Unis, la génération Z dispose actuellement d’un pouvoir d’achat direct de 200 milliards de dollars, ajouté à un pouvoir d’achat indirect de 1 billion de dollars par leur influence sur les dépenses de leurs ménages parentaux*. Les connaissances numériques avancées de Gen Z et sa capacité à évaluer des facteurs tels que le prix et la disponibilité dès le plus jeune âge les rendent de plus en plus influents dans les décisions de dépenses familiales. »

Aux yeux des banquiers et des capitalistes, ces jeunes sont de simples consommateurs. Des dollars sur pied. Ni des enfants, ni des jeunes, ni même des gens.

Le faux militantisme s’accompagne de nombreux avantages, y compris des salaires à six chiffres, un accès à la jet-set et aux « conférences Ted ». De plus, au meilleures marques éco-compatibles disponibles sur le marché. L’avantage le plus séduisant est peut-être l’accès : accès aux antichambres du pouvoir. Avec les médias qui s’extasient devant chaque mot réformiste, le faux militant peut tomber amoureux de sa propre image. Tout le monde veut être une star. Tout le monde veut vivre dans le luxe. Tout le monde veut faire partie du circuit du champagne.

Le tout sur le dos des plus opprimés. Le tout sur le dos des plus vulnérables. Pourtant, le paradoxe est le suivant : nous sommes leur véhicule. C’est notre résistance qui est canalisée au service des systèmes mêmes qui nous écrasent.

Coup de grâce

Greta Thunberg est exploitée stratégiquement par la Banque mondiale, l’ONU et le complexe industriel sans but lucratif qui sert les classes dirigeantes. Ils se servent d’elle pour promouvoir leurs propres intérêts et objectifs – qui sont en opposition directe avec tout ce que cette jeune femme exprime avec brio. Tout ceci est présenté comme un « mouvement sans leader » – la méthodologie et la religion du « Nouveau Pouvoir » pour les capitalistes théorisée par Jeremy Heimans (Avaaz/Purpose) pour la construction de mouvements de masse – qui sert les forces les plus puissantes et destructives de la planète.

La manipulation de jeunes esprits malléables est à la base de l’endoctrinement occidental afin de camoufler les défaillances du système et de masquer les solutions issues du marché conçues pour y remédier. Des « solutions » du marché qui profitent aux riches au détriment de l’environnement. Ainsi, les jeunes sont les agneaux sacrificiels du complexe industriel à but non lucratif.

[Lecture complémentaire : Une étoile est née – La genèse des « héros du climat » nord-américains]

[Lecture complémentaire : Le ciblage des millenials: un jackpot de 30 billions de dollars]

[Lecture complémentaire : Le virus pygmalion en trois actes [SÉRIE SUR AVAAZ 2017, PARTIE II]

Cory Morningstar est journaliste d’investigation indépendante, écrivain et militante écologiste. Elle se concentre sur l’effondrement écologique mondial et l’analyse politique du complexe industriel à but non lucratif. Elle réside au Canada. Ses écrits récents ont été publiés sur Wrong Kind of Green, The Art of Annihilation et Counterpunch. Ses écrits ont également été publiés par Bolivia Rising and Cambio, une parution officielle de l’État de Bolivie.

Traduction Corinne Autey-Roussel pour Entelekheia

Notes et références :

1] « Selon WE.org, « WE est composé de WE Charity et ME to WE. Les deux font partie du Mouvement WE, aussi connu sous le nom de ‘WE’ et ‘We’. » – WE, l’ONG caritative, s’appelait Free The Children, et avant cela, Kids Can Free The Children. ME to WE est une entreprise privée à but lucratif, mais nous préférons l’appeler une ‘entreprise sociale’. » [Source]

2] La COP24 Stepping Up Climate Action (COP24 Intensifier l’action pour le climat) est une campagne lancée par l’ONU avec Connect4Climate. Greta Thunberg fait partie de la campagne des « leaders, penseurs, activistes et influenceurs du monde entier ». « Connect4Climate est un programme de partenariat mondial dans le cadre du Fonds d’affectation spéciale multidonateurs du Groupe de la Banque mondiale pour la communication sur le changement climatique. Le Fonds d’affectation spéciale a été créé à l’initiative du Ministère italien de l’environnement et, en 2014, il a été rejoint par le Ministère fédéral allemand de la coopération économique et du développement ».

3] Vidéo : Greta & Svante Thunberg – Straight Talk, 9 décembre 2019 [15:31 in] ; Grist, 5 décembre 2018 : « Je resterai assise là tous les vendredis jusqu’à ce que la Suède soit alignée sur l’Accord de Paris », a-t-elle déclaré devant une salle comble à Katowice.

4] 1) « Vous ne parlez de la croissance économique verte et éternelle que parce que vous avez trop peur d’être impopulaire. Vous ne parlez que d’aller de l’avant dans la mauvaise voie même qui nous a mis dans ce pétrin, même si la seule chose raisonnable à faire est de freiner d’urgence. »

2) « Mais je me fiche d’être populaire. Je me soucie de justice climatique et de la planète vivante, notre civilisation est sacrifiée pour permettre à un très petit nombre de personnes de continuer à gagner énormément d’argent. »

3) « Tant que vous ne commencez pas à vous concentrer sur ce qui doit être fait plutôt que sur ce qui est politiquement possible, il n’y a aucun espoir. Nous ne pouvons pas résoudre une crise sans la traiter comme une crise. »

4) « Nous n’avons plus d’excuses et nous n’avons plus de temps. »

Ajouter un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :