La fabrication de Greta Thunberg, acte VI [crescendo] : une décennie de manipulation sociale pour la captation de la nature par les grandes entreprises

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Par Cory Morningstar
Paru sur Wrong Kind of Green sous le titre The Manufacturing of Greta Thunberg – A Decade of Social Manipulation for the Corporate Capture of Nature [Act VI – Crescendo]
Mis en forme avec Forrest Palmer, du collectif Wrong Kind of Green


Voici l’ACTE VI de la série en six parties : La fabrication de Greta Thunberg – pour consentement : L’économie politique du complexe industriel à but non lucratif

Le dernier acte de cette série est dédié à Greta Thunberg et aux jeunes qu’elle a inspirés à travers notre fragile planète. Les échelons supérieurs du pouvoir ont la ferme intention de capter et de canaliser cette énergie – et de l’utiliser pour maintenir les structures de pouvoir actuelles. Ils sont déjà au travail.

Nous sommes arrivés à un moment digne du Meilleur des mondes : il n’y a plus de distinction entre nos « mouvements » et les forces entrepreneuriales qui ont été créées pour favoriser notre oppression et notre servitude – en accord avec la croissance économique et le capitalisme de la classe dirigeante mondiale. Tout cela doit être réalisé sur le dos des plus vulnérables – nos jeunes. Les forces hégémoniques salivent à la vue des vagues mondiales de mobilisation de jeunes qui réclament une action contre le changement climatique.

Le paradoxe est le suivant : les jeunes sont leur véhicule. Leur résistance est annexée et redirigée directement dans le système même qui détruira l’avenir qu’ils marchent pour sauver. Lorsque des enfants, même issus des familles les plus riches (la richesse monétaire étant l’incarnation même du « succès » en Occident), sont touchés par l’épidémie de dépressions actuelle de notre société – nous devons nous demander pourquoi nous ferions n’importe quoi pour soutenir un système défaillant dont si peu bénéficient – aux dépens de tant de choses.

Que ce savoir serve d’arme de résistance.

La Fabrication de Greta Thunberg – pour consentement a été écrit en six actes.

Dans l’ACTE I, je révèle que Greta Thunberg, l’enfant prodige actuelle et le visage du mouvement de la jeunesse en lutte contre le changement climatique, sert de conseillère spéciale jeunesse et siège au conseil d’administration de We Don’t Have Time (Nous n’avons pas le temps), une start-up tech en plein essor. J’explore ensuite les ambitions de l’entreprise tech We Don’t Have Time.

Dans l’ACTE II, j’illustre la façon dont les jeunes d’aujourd’hui sont les agneaux sacrificiels de l’élite dirigeante. De plus, dans cet acte, je présente les membres du conseil d’administration et les conseillers de We Don’t Have Time. J’explore le leadership du nouveau projet We Don’t Have Time et les partenariats entre des entités environnementales privées bien établies : le projet Climate Reality de l’ex-vice-président des USA Al Gore, 350.org, Avaaz, Global Utmaning (Global Challenge), la Banque mondiale et le Forum économique mondial (Forum de Davos, acronyme anglais WEF).

Dans l’ACTE III, j’expose la façon dont Al Gore et les capitalistes les plus puissants de la planète se tiennent derrière les mouvements de jeunesse montés aujourd’hui et pourquoi. J’explore les liens entre We Don’t Have Time/Thunberg et Our Revolution, l’Institut Sanders, This Is Zero Hour, le Sunrise Movement et le Green New Deal [« New Deal vert », un « package » de réformes pro-climat et anti-inégalités proposé par le Parti démocrate des USA. Le nom fait référence au New Deal de Roosevelt, NdT].

J’évoque également la célèbre famille de Thunberg. En particulier, la célèbre mère de Greta Thunberg, Malena Ernman (Héros de l’environnement de l’année du WWF, 2017) et le lancement de son livre, en août 2018. J’explore ensuite la généreuse attention médiatique accordée à Thunberg en mai et avril 2018 par SvD, l’un des plus grands journaux suédois.

Dans l’ACTE IV, j’examine la campagne qui se déroule actuellement, avec son but de « conduire le public en mode d’urgence ». Plus important, je résume qui et quoi ce mode est destiné à servir.

Dans l’ACTE V, j’examine de plus près le Green New Deal. J’explore le think tank Data for Progress (Données pour le progrès) et le ciblage de la jeunesse féminine comme clé « fémographique ». Je connecte l’architecte principal et les auteurs des données du « Green New Deal » à l’ONG World Resources Institute. De là, je vous guide à travers l’imbrication de la Business & Sustainable Development Commission (Commission pour le business et le développement durable) et de la New Climate Economy (initiative Nouvelle Économie du Climat) – un projet du World Resources Institute. Je révèle le point commun entre ces entités et l’attribution de valeurs monétaires à la nature, représenté par la Natural Capital Coalition (Coalition pour le capital naturel) et le complexe industriel à but non lucratif considéré en tant qu’entité. [Complexe industriel à but non lucratif : l’auteur reprend l’expression « Complexe militaro-industriel » et l’applique au réseau mondial des ONG à but non lucratif, NdT]. Enfin, je révèle comment tout cela a abouti à la mise en œuvre de paiements pour des services liés à l’écosystème (c’est la financiarisation et la privatisation de la nature, à l’échelle mondiale) qui « devrait être adoptée lors de la quinzième réunion à Pékin en 2020 ».

Dans l’acte final, l’ACTE VI [Crescendo], je termine la série en révélant que les fondations mêmes qui ont financé le « mouvement » du climat au cours de la dernière décennie sont aujourd’hui partenaires du Climate Finance Partnership et cherchent à siphonner 100 billions de dollars de fonds de pension. Je révèle l’identité des individus et des groupes à la tête de cette matrice, ceux qui contrôlent à la fois le média et le message. Je remonte un peu dans le temps pour décrire brièvement les dix années d’ingénierie sociale stratégique qui nous ont menés jusqu’à ce précipice.

Je vois la relation entre le WWF, l’Institut de Stockholm et le World Resources Institute comme des instruments-clés dans la création de la financiarisation de la nature. J’examine également les premières campagnes publiques pour la financiarisation de la nature (le « capital naturel ») qui sont peu à peu introduites dans le domaine public par le WWF. Je réfléchis à la façon dont les ONG mainstream tentent de préserver leur influence et de manipuler encore davantage la population en se cachant derrière les groupes d’Extinction Rebellion organisés aux États-Unis et dans le monde entier.

Une fois l’écran de fumée dissipé, le vague, voire la quasi-inexistence des demandes, qui rappellent les « exigences » de TckTckTck en 2009, pourront être pleinement comprises.

Certains de ces sujets, ainsi que d’autres, feront l’objet de publications ultérieures et seront discutés plus en détail au fur et à mesure des addenda qui viendront s’ajouter à l’important volume de recherches. Il s’agit notamment de passer de l’autre côté du miroir et d’explorer à quoi ressemblera le véritable « Green New Deal » de la Quatrième Révolution industrielle. Il sera également question du pouvoir de la célébrité – et de la façon dont elle est devenue un outil-clé, à la fois pour le capital et pour s’assurer de la passivité conformiste des populations.

Note : Cette série contient des informations et des citations traduites du suédois via Google Translate.

 

ACTE SIX

10 mars 2014 :

« …la campagne de désinvestissement aboutira (avec succès) à une injection colossale d’argent transféré dans les portefeuilles mêmes qui se sont lourdement investis, donc qui dépendent de la marchandisation et la privatisation des dernières forêts restantes de la planète (via REDD, les « marchés » environnementaux, etc). Ce tour de force sera exécuté avec une précision astucieuse sous couvert de la gérance de l’environnement et « d’internalisation des externalités négatives par une tarification appropriée ». Ainsi, ironiquement (en apparence), la plus grande émergence de capture par les entreprises des dernières ressources restantes de la Terre est menée et sera accomplie par les écologistes et les groupes environnementaux mêmes qui prétendent s’opposer à cette domination et capture par les entreprises ». – McKibben’s Divestment Tour – Brought to You by Wall Street [Partie II d’un rapport d’enquête, The « Climate Wealth » Opportunists] (en anglais seulement)

Le chaperon

Cha.pe.ron Dictionnaire : nom masculin 1.2. AU FIGURÉ • ANCIENNEMENT Personne qui accompagnait une jeune fille ou une jeune femme par souci des convenances. Synonymes : duègne, femme de compagnie, protectrice, escorte, compagne, nurse, gouvernante, gardienne, surveillante, garde du corps, cerbère.

Pour le dernier segment de cette série, revenons à notre point de départ, Greta Thunberg.

Lors du Forum économique mondial (WEF) de Davos en janvier 2019, la célébrité de Thunberg a été pleinement utilisée pour donner aux citoyens l’illusion d’un nouveau « capitalisme compassionnel ». C’était particulièrement vrai pour le programme Journée mondiale de l’océan du WEF, où Thunberg a participé à la table ronde « Qu’est-ce qu’un océan en évolution signifie pour nous, nos emplois et nos marchés ? » Alors que les membres du groupe d’experts (dont Angel Gurría, secrétaire général de l’Organisation de coopération et de développement économiques) ont parlé de l’océan comme d’un marché à risque (« si nous ne sauvons pas les océans, cela représente une perte de 24 billions de dollars »), l’innocence de Thunberg a créé un vernis de légitimité sur cette réification grotesque de la nature. Pendant ce temps, Al Gore siégeait au panel « Agir pour l’océan » (« l’économie de l’océan » représenterait entre 3 et 5 % du PIB mondial, avec des actifs évalués à 24 000 milliards de dollars. Comment le monde peut-il puiser dans l’économie océanique tout en la protégeant de l’effondrement environnemental ? ») pour y discuter des grèves climatiques mondiales (en tant que signe central de changement – à environ 30m:10s) et de la nécessité d’attribuer une valeur monétaire à la nature. Bien sûr, le moment-clé de l’exploitation de Thunberg (et le but même de la construction de son image mondiale) a eu lieu au moment où elle a prononcé ses mots très médiatisés « Notre maison est en feu. Je suis ici pour dire que notre maison est en feu. » Ces mots reprenaient presque mot pour mot le texte du document de stratégie intitulé « Mener le public en mode d’urgence ». La stratégie, dont l’auteur est le Climate Mobilization Project (Projet de mobilisation contre le changement climatique), décrit une  » mobilisation de type guerre, semblable à l’effort du front intérieur américain pendant la Seconde Guerre mondiale ». [voir l’Acte IV]

Le Projet Climate Mobilization : « Al Gore appelle à une mobilisation climatique à l’échelle de la Seconde Guerre mondiale » [0m:53s]

Panel du Forum économique mondial : « Qu’est-ce qu’un océan en évolution signifiera pour nous, nos emplois et nos marchés ? »  De gauche à droite : Haley Edwards, modératrice, correspondante de TIME Magazine, Sharan Burrow, secrétaire générale de la Confédération syndicale internationale, Katherine Garrett-Cox de la Gulf International Bank, et Greta Thunberg.

La photo ci-dessus de Thunberg sur le chemin du retour de Davos a été partagée sur les réseaux sociaux le 25 janvier 2019.  La femme qui accompagne Thunberg et qui a partagé la photo n’est ni la mère ni la grand-mère de Thunberg. Il s’agit de Jennifer Morgan, directrice exécutive de Greenpeace International. Et c’est là que toutes les pièces de notre puzzle s’emboîtent enfin.

22 janvier 2019, Twitter, comptes tagués : Al Gore, Forum économique mondial, Sharan Burrow, Greenpeace International

Pendant le rassemblement, alors que la présence de Thunberg était exploitée de multiples façons, notamment pour ajouter à la fois de la légitimité et des allures diplomatiques à la Conférence sur les océans, Morgan prenait part à des discussions beaucoup plus discrètes – celles qui étaient axées sur le « New Deal pour la Nature ».

Chaîne YouTube du Forum économique mondial : « Davos 2019 – Un New Deal pour la nature », publié le 9 février 2019

24 janvier 2019, Twitter, New Deal For Nature, Global Shapers, Forum économique mondial, Davos

22-25 janvier 2019. « Nous battons le rappel des dirigeants du monde pour agir pour la planète, notre seul foyer. Ajoutez votre voix à la demande d’un avenir durable pour tous. – WWF AU FORUM ÉCONOMIQUE MONDIAL – AJOUTEZ VOTRE VOIX » [Source]

Ceux qui ne connaissent pas bien le fonctionnement et les mécanismes internes du complexe industriel à but non lucratif pourraient se demander pourquoi le directeur exécutif de Greenpeace International est invité à participer à une discussion sur la mise en œuvre des « paiements pour services liés aux écosystèmes » (PSE), à l’échelle mondiale. C’est-à-dire que des valeurs monétaires sont attribuées à toute la nature, sous couvert de la protection de l’environnement. En d’autres termes, c’est la financiarisation et la privatisation de toute nature – sur toute la Terre.

Et c’est là que nous devons prêter attention.

Jennifer Morgan est l’ancienne directrice pour le changement climatique mondial de Third Generation Environmentalism (E3G). Avant E3G, elle avait dirigé le Programme mondial sur le changement climatique pour le Worldwide Fund for Nature (WWF). Morgan a travaillé pour le réseau américain Climate Action Network (USCAN), le European Business Council for a Sustainable Energy Future et pour le ministère fédéral de l’Environnement, en Allemagne. Elle a été conseillère principale du conseiller en chef de la chancelière allemande, a conseillé l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair et siège au Conseil du développement durable de l’Allemagne.

1998 : « Jennifer Morgan, Responsable des politiques climatiques, WWF, assise avec Andrew Kerr, WWF, qui a présenté le rapport du WWF sur le changement climatique et la santé humaine » COP-4 de l’UNFCCC, QUATRIÈME RÉUNION DE LA CONFÉRENCE DES PARTIES À LA CONVENTION-CADRE DE L’ONU SUR LE CHANGEMENT CLIMATIQUE, BUENOS AIRES, ARGENTINE, 2 – 13 novembre 1998 [Source]

Mais il y a plus important que tous les postes ci-dessus : le rôle de Morgan aux échelons supérieurs du pouvoir via sa position antérieure en tant que directrice mondiale du programme sur le climat et l’énergie au World Resources Institute. [Bio][Source]

Le Forum économique mondial de 2019 (qui présente les publications et les billets de Morgan sur son site Web) n’a pas représenté le premier exemple de l’engagement de Morgan dans le prochain « New Deal pour la Nature ». Au cours des remarques de clôture du Global Landscapes Forum (Forum sur les paysages mondiaux), le 9 décembre 2018, lors de la COP24, Morgan a souligné qu’en plus de déplacer l’attention mondiale des secteurs du pétrole et des transports vers les terres et les forêts, une coopération supplémentaire était nécessaire pour atteindre un consensus sur le New Deal pour la Nature :

« Nous avons également besoin d’une coopération beaucoup plus efficace pour parvenir à un nouvel accord sur la nature qui sera adopté lors de la prochaine conférence des Parties à la CDB (Convention sur la diversité biologique) en 2020 et qui fixera des lignes directrices décisives en matière de biodiversité pour l’action en faveur du climat ». – Jennifer Morgan, directrice exécutive de Greenpeace International – Remarques de conclusion, Global Landscapes Forum, COP24, 9 décembre 2018

La vérité est que la carrière de Morgan en tant que chouchou et confidente de l’Establishment est établie depuis longtemps. Sa persévérance et son habile navigation au sein de la direction interdépendante du complexe industriel à but non lucratif l’ont amenée à cette position précise.

14 mai 2013, Jennifer Morgan, Rainer Baake, Lutz Weischer, Carol Browner, World Resources Institute, Flickr

25 janvier 2019, World Economic Forum (forum économique mondial), Davos, Greta Thunberg

L’ancien vice-président des États-Unis Al Gore (The Climate Reality Project et Generation Investment) et Jennifer Morgan, directrice générale de Greenpeace International. ClimateHub, COP24, Katowice, Pologne [Source]

Al Gore, New Deal pour la Nature via les ‘UN Sustainable Development Goals’ (‘Buts de développement durable de l’ONU’), WEF, Davos, 2019

28 novembre 2018, Greenpeace Australie-Pacifique, Facebook [Source]

23 janvier 2019, New Deal vert

3 novembre 2015, Jennifer Morgan (@ClimateMorgan), World Resources Institute, The Climate Group, The Climate Reality Project.

Il est essentiel de savoir que le World Resources Institute est l’un des partenaires fondateurs de la Campagne mondiale pour l’action climatique (GCCA) et que la New Climate Economy (Nouvelle économie climatique) – un projet de la Commission mondiale sur l’économie et le climat lancé en 2013 – est également créée par le World Resources Institute.

Ce qu’exprime la New Climate Economy en déclarant que « le passage à une économie à faible émission de carbone et résiliente au changement climatique n’est qu’une partie – potentiellement minime – de la transition économique beaucoup plus large qui est en cours » est ceci : la transformation de la finance mondiale via l’évaluation économique et la rémunération de services environnementaux.

« L’incapacité à fixer le prix de notre capital naturel, dont dépendent notre richesse et notre bien-être, est un grave échec sur le marché mondial des capitaux. D’une valeur de plusieurs billions de dollars en actifs financiers, le marché mondial des capitaux façonne le monde dans lequel nous vivons, et dont nos enfants hériteront. » – Kitty van der Heijden, Directrice, World Resources Institute Europe and Africa, Finance for One Planet, 2016

Qui se ressemble s’assemble : l’Institut Mondial des ressources (World Resources Institute), le World Wildlife Fund (WWF) et l’Institut de l’environnement de Stockholm

« Malheureusement, de nombreuses ONG de défense de l’environnement se sont ralliées à ce raisonnement illogique et justifient leur soutien par une volonté de pragmatisme. Le langage néolibéral est omniprésent dans leurs rapports et recommandations politiques et dans leur adoption du capital naturel, des services écosystémiques, de la compensation carbone et du commerce. Ces nouveaux pragmatiques de l’environnement croient, sans que rien ne le justifie, que la financiarisation de la nature contribuera à prévenir sa destruction. » – extrait du document This Changes Nothing : The Paris Agreement to Ignore Reality (Cela ne change rien : L’Accord de Paris pour un déni de réalité) rédigé par Clive L. Spash, WU Vienna University of Economics and Business, Vienne, Autriche

En haut : 14 novembre 2017, « Ensemble, plus forts pour agir sur le climat » : De gauche à droite : Paul Polman, PDG Unilever, Pascal Canfin, PDG WWF France, Jennifer Morgan, Directrice exécutive Greenpeace International, Ramiro Fernández, Avina, Manuel Pulgar-Vidal, Global Leader WWF Climate and Energy Practice, et Edmund Gerald Brown, Jr, gouverneur de Californie Photo : IIDD/ENB, Herman Njoroge Chege [Source]

https://twitter.com/WWF_DG/status/1096433690396233728?

« Nous avons besoin que la CDB [Changement climatique et biodiversité] atteigne la plus haute pertinence politique pour pouvoir développer une vision commune beaucoup plus large, si nous voulons parvenir à un New Deal pour la nature et créer un moment comme celui de Paris pour la biodiversité en 2020. – 15 novembre 2018, communiqué de presse, Le WWF se mobilise derrière l’appel en faveur d’un New Deal pour la nature et les peuples » [gras ajouté].

Comme nous l’avons vu dans l’Acte V de cette série, le conseil d’administration qui supervise le World Resources Institute représente les échelons les plus élevés de la classe dirigeante mondialiste.

Nous avions également exposé qu’Helen Mountford est directrice de programme pour le projet New Climate Economy et directrice de l’économie au World Resources Institute. Avant cette nomination, Mountford était directrice adjointe de l’environnement à l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Au-delà de ses partenariats de recherche formels, le projet New Climate Economy est aligné sur la Banque mondiale, le Fonds monétaire international, l’Agence internationale de l’énergie, les banques régionales de développement, des agences de l’ONU et l’OCDE.

Le World Resources Institute est l’un des principaux cofondateurs de l’appareil d’ingénierie sociale GCCA (TckTckTck), officiellement lancé en 2008. Bien avant que les forces d’élite ne déclarent une situation d’urgence climatique dont nous sommes témoins du développement aujourd’hui, les scientifiques et les universitaires avaient déjà reconnu que l’échelle industrielle de notre réification et destruction collective de la nature avait pris une telle ampleur, qu’elle menaçait la civilisation industrielle d’effondrement (tout en exploitant et en réduisant la plupart des gens en esclavage au profit de quelques-uns). Bien sûr, depuis bien plus longtemps, les indigènes avaient compris ce à quoi la conquête effrénée de la nature par les Européens allait mener.

Les marchés ont finalement conquis le monde occidental. Notre société est maintenant enlisée dans la dette, et la croissance économique n’est pas seulement stagnante, elle est aussi prise dans une spirale descendante. Aujourd’hui, nous nous trouvons dans une culture tellement déconnectée de la réalité qu’elle considère la croissance économique comme beaucoup plus précieuse que les écosystèmes planétaires qui soutiennent toute vie.

Comme cette série l’a démontré et le démontrera encore dans ce segment de conclusion, la coalition de la GCCA a été conçue, financée et orchestrée par les mêmes entités qui s’apprêtent à débloquer 100 billions de dollars et à mettre en œuvre simultanément la privatisation/financement de la nature via le New Deal pour la Nature (paiements pour services liés aux écosystèmes) qui sera proposé pour accord en 2020. Comme démontré  dans l’Acte IV, l’urgence dont nous sommes témoins aujourd’hui est due à une peur déclenchée par tout autre chose que l’effondrement de la biosphère planétaire, à savoir l’effondrement du système économique capitaliste.

[Lecture de référence sur le World Resources Institute et la New Climate Economy (Nouvelle économie climatique) : La fabrication de Greta Thunberg – pour consentement : Le nouveau pacte vert est le cheval de Troie de la financiarisation de la nature].

Le World Resources Institute, le World Wildlife Fund et la New Climate Economy sont aux commandes de la financiarisation de la nature. La Natural Capital Coalition (Coalition pour le capital naturel) – en collaboration avec le World Resources Institute et le World Wildlife Fund) – qui représente plus de 300 entreprises parmi les plus puissantes du monde, et qui est engagée auprès de « plusieurs milliers d’autres », est également à la barre.

Le partenaire de recherche de la New Climate Economy, le Stockholm Environment Institute (Institut de l’environnement de Stockholm), a une porte tournante bien huilée entre lui et le WWF. L’institut a disposé d’un généreux financement de 260 millions de couronne suédoises en 2017 (environ 28 millions de dollars US) dont près de dix millions de couronnes offerts par la Fondation Bill & Melinda Gates. En passant, nous pouvons ajouter que le Stockholm Environment Institute a fait une présentation lors d’une manifestation sur le climat le 4 mai 2018 (intitulée « Welcome to the Power of Capital », « Bienvenue au pouvoir du capital ») avec Ingmar Rentzhog, PDG de We Don’t Have Time et Malena Ernman, Prix du héros de l’environnement WWF 2017 et mère de Greta Thunberg).

Le 21 novembre 2017, la nomination de Pavan Sukhdev à la présidence de WWF International a été annoncée : « Pavan Sukhdev, ancien directeur de l’Initiative des Nations Unies pour une économie verte, a été nommé président de WWF International ». Sukhdev, ancien directeur général de la Division des marchés de la Deutsche Bank, avait publié les conclusions de l’étude de l’initiative Economics of Ecosystems and Biodiversity (« Économie des écosystèmes et de la biodiversité », acronyme anglais TEEB) en 2010. La TEBB était une initiative du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE). La Natural Capital Coalition s’appelait auparavant « TEEB for Business Coalition » (mot pour mot, la « Coalition de Économie des écosystèmes et de la biodiversité pour le business »).

« Stockholm abrite deux institutions, le Stockholm Resilience Centre et le Stockholm Environment Institute, qui ont fait de nombreuses recherches pour mieux comprendre et appliquer le concepts de Capital Naturel à notre façon de gérer les écosystèmes et l’économie.  Johan Rockström, directeur exécutif du Centre de résilience de Stockholm, et un groupe de 28 universitaires ont proposé en 2011 un nouveau schéma du système terrestre que le gouvernement et les organismes de gestion allaient pouvoir utiliser comme outil pour soutenir le développement durable. » – Stockholm : Capital Naturel du Monde, 23 septembre 2014

Le 13 février 2019, Le Guardian a publié un article intitulé ‘La courageuse position des enfants de la grève de l’école pour le climat a notre soutien’ (School Climate Strike Children’s Brave Stand Has Our Support) – « Nous sommes inspirés par le fait que nos enfants, encouragés par les actions nobles de Greta Thunberg et d’autres élèves en grève, font entendre leur voix », disent 224 universitaires. Parmi ceux qui approuvaient la lettre, on comptait Annemarieke de Bruin, chercheuse au Stockholm Environment Institute, Alison Dyke du Stockholm Environment Institute, Jean McKendree du Stockholm Environment Institute et Corrado Topi, économiste écologique au Stockholm Environment Institute.

Une décennie d’ingénierie sociale stratégique et méthodique

Les manifestations des citoyens et les actions en justice contre les entreprises, les gouvernements et les particuliers deviendront sans aucun doute un moyen de pression de plus en plus important en renfort de cette approche d’urgence et ont déjà commencé. – Club de Rome, The Climate Emergency Plan, lancé avec We Don’t Have Time and Global Utmaning, décembre 2018

TckTckTckFlickr : La conférence de presse du lancement de la campagne « Nos lits brûlent » à Paris a attiré de nombreux participants, dont Kofi Annan, David Jones, Mélanie Laurent, Manu Katché et de nombreux autres partisans de la campagne.

« L’objectif était d’en faire un mouvement que les consommateurs, les annonceurs et les médias utiliseraient et exploiteraient. » – Rapport de Havas sur TckTckTck, 2010

GCCA (TckTckTck) a été fondée par un petit groupe d’ONG, dont le World Resources Institute (WRI), 350.org, Greenpeace, Avaaz et le WWF. Elle a 470 partenaires, notamment ClimateWorks (fondée en 2008 par les fondations Hewlett, Packard et McKnight), dont il sera question plus loin dans ce segment. La Semaine du climat NYC 2014 (22-26 septembre), une initiative annuelle du Climate Group, a été relayée par les médias conjointement avec la Marche pour le climat, qui a eu lieu le 21 septembre 2014. La Semaine du climat NYC a été fondée en 2009 en tant que partenariat entre The Climate Group, les Nations Unies, la Fondation des Nations Unies, GCCA/TckTckTck, le Carbon Disclosure Project, le gouvernement du Danemark et la Ville de New York.

La marche était organisée par GCCA/TckTckTck, le Rockefeller Brothers Fund, Climate Nexus (un projet sponsorisé par Rockefeller Philanthropy Advisors), 350.org (incubé par la Fondation Rockefeller), la Fondation Rasmussen et USCAN.

Les campagnes commerciales du Climate Group « vous sont présentées dans le cadre de la coalition We Mean Business ». [Source]

Vidéo : La dynamique de We Mean Business – Un catalyseur de la « Marche pour le climat 2014 » [Durée : 1m:39s] :

Le Plan stratégique 2018-2022 définit l’approche et les priorités du World Resources Institute (WRI) pour les cinq prochaines années. L’approche du WRI est d’aider à catalyser et à promouvoir des changements rapides dans les politiques et les comportements, des partenariats politiques, sociaux et d’entreprises inhabituels, et à être compris dans le contexte de « mouvements » plutôt que dans celui de changements politiques. »  – Ministère des Affaires étrangères, Note conceptuelle, Soutien au World Resources Institute, Mise en œuvre du Plan stratégique 2018-2022

Grâce à la coalition GCCA/TckTckTck, une décennie d’ingénierie sociale est passée inaperçue. La Marche pour le Climat du 21 septembre 2014 et les marches mondiales qui allaient suivre telles que les mobilisations Rise Up, les « groupes de travail », les rassemblements Power Shift, etc, avaient des objectifs multiples qui ont eu un succès incroyable pour ceux qui en tenaient la barre. Le slogan « Pour tout changer, nous avons besoin de tout le monde » était un signal. L’indice d’une opération d’ingénierie comportementale qui allait unir une fraternité entre les citoyens et le pouvoir des entreprises pour devenir « plus forts, tous ensemble ». Toute l’attention serait détournée des principaux moteurs du changement climatique (le militarisme, le système économique capitaliste dépendant d’une croissance et d’une exploitation infinies, l’agriculture/*l’élevage industriels, etc.) qui pouvaient être rendus invisibles, à l’exemple de l’Accord du peuple autochtone de Cochabamba mené par des indigènes du monde entier en 2010.

Au lieu de cela, cette énergie serait dirigée vers le discours des « énergies propres » comme solution quasi-unique à nos multiples crises écologiques. La foi en deux objets allait être suffisante pour rassurer toute une population sur le fait qu’elle n’aurait rien à sacrifier. Le mode de vie occidental allait pouvoir se poursuivre. Les panneaux solaires et les éoliennes ont pris l’avant-scène. La foule a applaudi à tout rompre. La fixation sur « l’énergie renouvelable » est devenue un éco-fétiche de la population occidentale, la population-cible. [*d’êtres sensibles, autrefois appelés animaux.]

Ces dix années d’efforts d’ingénierie sociale ont également conduit à une transition de l’écologie vers un véritable anthropocentrisme inconscient. En dix ans, « l’écologie » est passée de la protection de la nature à l’exigence d’un déploiement de technologies vertes, à l’échelle industrielle, qui détruisent encore davantage la nature. Le monde naturel a perdu toute pertinence, à mesure que le désir de voir des technologies vertes l’a emporté sur celui de protéger l’environnement. Les éoliennes et les panneaux solaires ont remplacé les images d’arbres et d’insectes comme nouveaux symboles de notre monde naturel. Le sauvetage de la civilisation industrielle, qui tue toute vie, est devenu plus important que celui des écosystèmes dont toute vie dépend. [Cette foi est d’autant plus déplacée que les éoliennes et les panneaux solaires s’avèrent désastreux pour l’environnement. Les forêts d’éoliennes nécessaires à une production d’électricité conséquente tuent des oiseaux, des chauve-souris et des insectes utiles en masse. Les panneaux solaires attirent et brûlent les oiseaux et les insectes qui ont le malheur de voler un peu trop près ou pire, de se poser dessus. Les sociétés d’ornithologues sont d’autant plus inquiètes que des espèces menacées d’oiseaux sont touchées. Article de Forbes en français, NdT]

Ces idéologies se sont lentement installées, jusqu’à ce que les « mouvements » ne soient plus rien d’autre des groupes de pression pour l’énergie verte. Nous avons des bénévoles en marche pour le capital à l’échelle mondiale. Dire qu’Edward Bernays serait impressionné serait un euphémisme. [Edward Bernays (1891−1995), baptisé « père des relations publiques », est le chef de file des propagandistes des USA et probablement du monde entier, NdT].

Telle est la beauté de l’ingénierie sociale et du changement de comportement.

Pourtant, pour bien comprendre comment nous en sommes arrivés au précipice actuel, nous devons d’abord revenir sur le passé.

En 2009, sur une période de cinq mois, GCCA/TckTckTck et ses partenaires ont enregistré 15,5 millions de noms dans le monde sur leur pétition en ligne pour un « accord équitable, ambitieux et contraignant sur le changement climatique ». Outre Havas, de nombreuses sociétés de marketing y ont contribué, notamment l’agence de communication et d’affaires publiques Hoggan & Associates, dont Jim Hoggan, cofondateur de DeSmogBlog, est président et fondateur. La liste de clients d’Hoggan comprend TckTckTck, les Chemins de fer Canadiens-Pacifique, Shell et ALCOA. DeSmogBlog peut bien »critiquer » Shell à l’occasion, mais Hoggan & Associates n’ont aucun problème pour ratisser de l’argent de Shell afin de, selon leurs propres termes, « aider les clients à identifier le cadre optimal et à l’établir dans l’esprit du public ». [Source]

« LE PROBLÈME ENVIRONNEMENTAL LE PLUS URGENT AUQUEL NOUS SOMMES CONFRONTÉS AUJOURD’HUI N’EST PAS LE CHANGEMENT CLIMATIQUE. C’est la pollution sur la place publique, où un brouillard de rhétorique contradictoire, de propagande et de polarisation étouffe la discussion et le débat, créant une résistance au changement et entravant notre capacité à résoudre nos problèmes collectifs. » – Jim Hoggan, co-fondateur de DeSmogBlog [Source : Hoggan & Associates].

[Lecture complémentaire : Les yeux grands fermés | exposé sur TckTckTck, 6 janvier 2010]

La veille du lancement des négociations internationales sur le climat à Cancun, la campagne mondiale TckTckTck et ses partenaires ont présenté Christiana Figueres, Secrétaire exécutive de l’UNFCCC  Photo : Ivan Castaneira/tcktcktck

Kelly Rigg, directrice générale de TckTckTck, prend la parole lors de la cérémonie d’ouverture de la Climate Week NYC à New York, le 20 septembre 2010 (Photo de Ramin Talaie/Corbis via Getty Images)

En 2014, Kelly Rigg, directrice exécutive de TckTckTck de 2009 à 2014, a été créditée comme principale organisatrice de la Marche pour le climat 2014 :

« Les grands groupes, comme 350.org, Avaaz ou le Sierra Club, et les nombreuses organisations de base (1 300 selon certaines estimations) ne travaillent pas ensemble pour louer des autobus, obtenir des permis de police et imprimer des pancartes par magie. Il doit y avoir une vision dans laquelle ils achètent tous, un parapluie assez grand pour tout le monde. Le travail de Rigg, qui comprend d’importantes leçons de leadership valables pour quiconque tente de mobiliser de grands groupes ayant des intérêts et des programmes variés, a permis d’établir ce cadre. Son travail peut être considéré comme une feuille de route pour qui veut apprendre à jouer les bergers pour des troupes de chats. » Forbes, 25 septembre 2014 : Leadership Lessons from The People’s Climate March [gras ajouté.]

Avant d’occuper son poste chez GCCA/TckTckTck, Rigg a été directrice adjointe de campagne pour Greenpeace International de 1998 à 2003, et coordonnatrice de projets de 1982 à 1993. [Source] De plus, Rigg est directrice-fondatrice du cabinet de conseil international Varda Group, co-fondé en 2003 avec Rémi Parmentier. GCCA/TckTckTck est client de Varda, tout comme Greenpeace, Ceres (partenaire de 350.org), Amnesty International, les Amis de la Terre, WWF, Nature Conservancy, WCBSD, UNEP, etc. [Liste des clients]

Ayant commencé sa carrière chez les Amis de la Terre France, Parmentier a également une longue histoire (sur 27 ans) avec Greenpeace, ainsi que de nombreuses relations avec des organismes multilatéraux :

« Rémi Parmentier est impliqué dans le processus de Rio +20 depuis le début. Il a participé aux réunions intersessions et au Comité préparatoire, à New York, avec des « consultations informelles » au nom de diverses organisations et alliances internationales. Auparavant, en tant que directeur politique de Greenpeace International, lors du Sommet de Johannesburg en 2002, Parmentier avait été le négociateur et protagoniste de l’accord entre le World Business Council for Sustainable Development et Greenpeace International sur le Protocole de Kyoto. » [Source][Gras ajouté]

Parmentier a également été secrétaire exécutif adjoint de la Commission mondiale des océans (2013-2016), lancée en février 2013. Inés de Águeda, chargée de communication pour la Commission mondiale des océans, est également collaboratrice au sein du Groupe Varda.

Parmi les membres de la Commission mondiale des océans figurent José María Figueres (coprésident), président du Costa Rica de 1994 à 1998 et frère de Christina Figueres, ancienne présidente du Carbon War Room (Cellule de crise carbone) ; David Miliband (député du Labour, ex-ministre britannique) ; John Podesta (président du Center for American Progress, ancien secrétaire général de la Maison-Blanche, ancien directeur de campagne d’Hillary Clinton) ; Sri Mulyani Indrawati (directeur général à la Banque mondiale) ; Pascal Lamy, directeur général de l’OMC, et autres personnalités de haut niveau.

Ajoutons que José María Figueres a été directeur du WWF, du WRI et de l’Institut de l’environnement de Stockholm. Il a également été le premier PDG du Forum économique mondial de Davos, et a ensuite été PDG de Concordia 21.[Source]

[Lecture complémentaire : Sous un ciel nuageux | La Marche pour le climat 2014 de TckTckTck : Cela n’a rien changé, 23 septembre 2015]

Et les informations suivantes ne surprendraient personne non plus, si seulement la population pouvait voir à travers le brouillard du faux écologisme.

Economie de la Terre : Quel est le prix de votre planète ?

Alnoor Ladha est associé fondateur et responsable de la stratégie chez Purpose. Grâce à son expertise en matière de changement de comportement, Purpose est surtout connue pour sa campagne sur les Casques blancs, une ONG hybride du XXIe siècle au service des États-membres de l’OTAN. Ladha est membre fondateur et directeur exécutif d’un projet de Purpose, The Rules. Ladha siège au conseil d’administration de Greenpeace USA où sa directrice exécutive, Annie Leonard, a cofondé Earth Economics (Économie de la Terre). Encore une autre institution créée pour aider, encourager et, plus important encore, tirer profit du programme de financiarisation de la nature, qui est maintenant bien engagé, comme le démontre cette série. L’ONG de Leonard, Earth Economics [4] est membre de l’entité dédiée au désinvestissement CERES, elle-même partenaire du World Business Council for Sustainable Development (Conseil mondial des entreprises pour le développement durable, acronyme anglais WBCSD). Purpose (branche des relations publiques d’Avaaz) gère la B-Team (co-fondatrice de We Mean Business). L’adresse officielle de la B-Team est le bureau de Purpose.

Le lien entre la plupart, sinon la totalité de ces ONG, institutions et individus de haut niveau, est la volonté commune de s’emparer des marchés du carbone et/ou la mise en œuvre de paiements pour des services écosystémiques (PSE).

« Depuis les années 1970, plusieurs vagues de privatisation ont balayé le monde. En 2017, le Baromètre de la privatisation a conclu que « la vague massive de privatisations mondiales qui a commencé en 2012 se poursuit sans relâche ». Selon l’expert des droits de l’homme, cette vague a été provoquée non seulement par les gouvernements et le secteur privé, mais aussi par les organisations internationales, en particulier le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale et les Nations Unies. » – Les droits de l’homme menacés par le tsunami des privatisations, Third World Network, 16 novembre 2018

Kelly Rigg, directrice fondatrice, Varda Group, États-Unis : L’économie du développement durable, 16-19 juin 2012 | Rio de Janeiro, Brésil, Photo : site Web de l’Institut international du développement durable (IISD)

« La deuxième question est celle de la réduction des émissions. Il doit y avoir des réductions radicales des émissions à partir de maintenant. À notre avis, d’ici 2017, nous devrions réduire, les pays développés doivent réduire de 52 %, 65 % d’ici 2020, 80 % d’ici 2030, bien au-delà de 100 [%] d’ici 2050. Et c’est très important parce que plus vous différez l’action, plus vous condamnez des millions de personnes à des souffrances incommensurables. » – Lumumba Di-Aping, négociateur en chef du G77, 11 décembre 2009, COP15

En 2008, Jennifer Morgan (directrice exécutive, Greenpeace International) a joué un rôle central et a été un catalyseur principal dans la formation et le lancement de la GCCA – la coalition précédemment mentionnée, conceptualisée pour la première fois en 2006 – en tant que directrice du programme E3G sur le changement climatique mondial. Avec sa vaste expérience des processus de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), Morgan était la candidate idéale.

Avec un budget global de 6,8 millions de dollars US, dont plus de 95 % provenaient de financements de fondations, la Campagne mondiale pour l’action climatique (GCCA) a sans aucun doute été la campagne climatique mondiale la mieux financée de 2009. Les subventions pour la Campagne mondiale pour l’action climatique, (« Global Campaign for Climate Action ») GCCA/TckTckTck 2009 (créée par Havas Worldwide/Euro RSCG, en collaboration avec le Global Humanitarian Forum de Kofi Annan), se sont élevées à 11 millions de dollars. [2]

En 2013, l’International Policies and Politics Initiative (IPPI) a été créée par cinq fondations : la Fondation européenne pour le climat (ECF), la Fondation ClimateWorks, la Oak Foundation, la Children’s Investment Fund Foundation (CIFF) et la Mercator Foundation. L’initiative agirait « comme une plate-forme où les fondations et les bénéficiaires de subventions se rencontrent pour élaborer des stratégies sur la façon dont les leviers politiques et politiques internationaux peuvent catalyser des politiques plus ambitieuses aux niveaux nationaux ». La Fondation ClimateWorks a été en grande partie gérée par McKinsey & Company, un conseiller du Carbon War Room (Cellule de crise carbone) de Richard Branson. [3]

La GCCA allait être très avantageuse pour l’IPPI :

« La GCCA et la campagne TckTckTck offrent un exemple éloquent de la façon dont les fonds des fondations – et surtout ceux de la Oak Foundation – ont été mobilisés à des fins de renforcement des capacités dans la période de préparation à Copenhague. – [Source, p. 73]

Jennifer Morgan, qui travaillait alors pour le World Resources Institute, était la personne idéale pour coordonner la plate-forme de l’IPPI avant et pendant la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP21) de Paris, en 2015. Morgan avait été choisie pour diriger l’IPPI en raison de sa vaste expérience dans le domaine du climat international et de son affiliation au World Resources Institute (WRI). Essentiellement, il s’agissait d’un signal à l’intention du pouvoir entrepreneurial : ses intérêts seraient protégés. « Le WRI, étant donné les liens de son directeur avec les gouvernements et des institutions internationales comme la Banque mondiale, était considéré comme un partenaire légitime aux yeux des bailleurs de fonds. [Source : Le prix de l’action pour le climat – Les fondations philanthropiques dans le débat international sur le climat, 2016, p. 101].

Et si l’IPPI et la GCCA contrôlaient le « mouvement », les mêmes forces contrôlaient également le message via le Carbon Briefing Service (Service de briefing sur le carbone, CBS). Ce service d’informations et de communication avait été lancé par Jennifer Morgan (WRI) et Liz Gallagher (E3G) à la fin de 2014 avec un financement supplémentaire des Fondations ClimateWorks, Hewlett, Oak, Villum et Avaaz. [Source]

La description sur le site Web d’E3G décrit le Carbon Briefing Service comme « une plate-forme commune entre E3G et le WRI fournissant des analyses et des renseignements politiques à un large éventail d’acteurs, dans la perspective des négociations de Paris 2015 sur le changement climatique ». Les communications distribuées via le réseau de CBC/Radio-Canada commençaient avec l’avis suivant : « Ce briefing est confidentiel et ne doit pas être diffusé au public. Vous l’avez reçu grâce à vos relations avec les membres et les réseaux de CBS. » Les participants invités par CBS comprenaient : Iain Keith (Avaaz), Jamie Henn (350.org), Camilla Born (E3G), Liz Gallagher (E3G), Mohamed Adow (ChristianAid), Monica Araya, Martin Kaiser (Greenpeace Allemagne), Farhana Yamin (TrackO), Wael Hmaidan (CAN International), Bill Hare (Climate Analytics), Pascal Canfin (WRI), Michael Jacobs (Grantham), Alden Meyer (UCS), Tim Nuthall (ECF), Alix Mazounie (Réseau Action Climat-France). [Source]

L’IPPI se concentre sur l’utilisation du « moment Paris » pour augmenter l’ampleur et le rythme du changement. » – Jennifer Morgan, World Resources Institute [Source, p. 5]

En utilisant la GCCA, l’IPPI, CBS et les « médias progressistes », en collaboration avec les ONG et les institutions qui composent le complexe industriel à but non lucratif, la création du « moment Paris » allait rencontrer un franc succès.

Havas Worldwide (créateur de la campagne TckTckTck) était partenaire de la campagne de la COP21 Earth to Paris, avec d’autres partenaires comme 350.org et Avaaz (également fondateur de GCCA/TckTckTck), Ceres, le Climate Reality Project, la Nature Conservancy, We Mean Business, la Banque mondiale (via Connect4Climate) et une multitude d’autres entités. Bien avant la fin de la conférence, il a été annoncé, lors d’un sommet en direct les 7 et 8 décembre, que les partenaires de Earth to Paris allaient proposer « un nouvel accord universel sur le changement climatique « [Source].

Communiqué de presse du Programme des Nations Unies pour le développement, 29 octobre 2015 :

Earth To Paris, une coalition de partenaires contribuant à sensibiliser l’opinion publique au lien entre les peuples et la planète, ainsi qu’à la nécessité d’une action forte en faveur du climat, a annoncé qu’elle accueillera « Earth To Paris-Le Hub », un sommet de deux jours, en direct et à fort impact, les 7 et 8 décembre à Paris pendant la COP21 – la conférence des Nations unies sur le climat, qui se déroulera à l’occasion d’un nouvel accord universel sur les changements climatiques ».

Le fait qu’un « nouvel accord universel sur le changement climatique  » ait été annoncé le 29 octobre 2015, un mois avant la tenue effective de la conférence, n’a pas été relevé par la population. [Article en anglais : De TckTckTck à Air France, à « Earth To Paris », Havas Worldwide continue d’hypnotiser]

« Alors que la rave de l’Establishment à Paris s’achève, la chimère de l’énergie propre propulse les sociétés industrielles vers l’atomisation de l’avenir. La Ghost Dance du Nouvel âge, expression de désespoir social, a conduit à une illusion progressiste qui nous promet le monde, si seulement nous y croyons assez fort. En regardant de l’autre côté du miroir, on peut examiner les paramètres du message véhiculé par les réseaux sociaux et les fondations philanthropiques qui, ensemble, constituent la force motrice du complexe industriel sans but lucratif. – Jay Taber, Rave New World [La « Ghost Dance », « Danse des fantômes » de 1890 était un mouvement religieux amérindien fondé sur la vision d’un homme, Wovoka/Jack Wilson, qui promettait de chasser le colon blanc hors des terres ancestrales indiennes. Le mouvement a mené les Indiens à la défaite désastreuse de Wounded Knee, NdT]

L’IPPI, coordonné par Morgan, a été créé en tant que « programme discret de la Fondation européenne pour le climat (ECF) » qui « travaillerait en coulisses ». « Bien que la Fondation européenne pour le climat ait donné naissance à l’idée originale et qu’elle abrite son personnel dévoué, l’IPPI a été présenté comme une initiative autonome et « sans marque » (« sans marque » signifiant qu’elle n’était censée avoir aucun lien avec une organisation particulière). [Source, p. 101]

Vidéo : Beyond Davos, 2015 – Comment mobiliser les consommateurs et les mouvements spontanés, explique Jeremy Heimans, co-fondateur d’Avaaz/Purpose. Introduction par Paul Hilder (Avaaz, Here Now/Purpose). Durée : 3m:39s] :

Bien que les groupes de la société civile soient censément motivés par la normativité [sic] (…), ils sont néanmoins intégrés dans une économie capitaliste mondiale et ont des besoins matériels bien précises, qui doivent être remplis pour qu’ils fonctionnent correctement. – Lipschutz et McKendry, Mouvements sociaux et société civile mondiale, août 2011

Lipschutz et McKendry (cités ci-dessus) approfondissent la question : « Pour réussir, une organisation doit survivre et, dans un environnement axé sur le marché, cela signifie trouver les moyens de générer les fonds nécessaires pour soutenir ses activités. » Pourtant, c’est plus que cela. Leurs dirigeants, comme cette série l’a démontré, partagent les mêmes idéologies et le même état d’esprit occidentaux que les capitalistes et les entreprises dont ils servent les intérêts.

L’IPPI a réuni des acteurs influents : Greenpeace, WWF, 350.org, Avaaz, CAN International, Oxfam, E3G, The Climate Group et le World Resources Institute. La formation de l’GCCA a été l’un des points communs entre bon nombre de ces ONG et think tanks, associée à une forte implication dans l’arène climatique internationale et à de fortes affiliations avec les négociateurs et le secrétariat de la CCNUCC. [Source : Le prix de l’action pour le climat – Les fondations philanthropiques dans le débat international sur le climat, 2016 [p. 101 et p. 118]

Le rôle d’Avaaz est particulièrement révélateur à cet égard. En d’autres termes, il ne s’agissait pas de promouvoir une approche parmi tant d’autres, mais de s’assurer que l’approche de l’IPPI était la seule approche, tout en maintenant un faux pluralisme à l’intérieur et en marge des négociations climatiques. Les principaux contributeurs à la stratégie de l’IPPI ont déployé des efforts extraordinaires pour empêcher d’autres acteurs non étatiques de « faire obstacle » à un résultat diplomatique positif à Paris. – Le prix de l’action pour le climat – Les fondations philanthropiques dans le débat international sur le climat, 2016, Edouard Morena][p. 133]

Les fondations principales

Pour être claire, l’IPPI n’est pas le seul cas d’implication et d’influence de fondations dans le domaine de la politique climatique. Cependant, c’est l’une des plus « réussies », compte tenu de l’influence qu’elle a réussi à avoir. La plupart des politiques (si ce n’est toutes) sont menées par des entreprises par l’intermédiaire des fondations et des think tanks les plus importants et les plus influents, par ailleurs créés et financés par les bénéfices de ces mêmes entités commerciales.

Le domaine de la philanthropie climatique regroupe un nombre assez restreint de grands acteurs.  Une étude réalisée en 2010 pour le Foundation Center a montré qu’en 2008, 25 fondations monopolisaient plus de 90 % du financement total de la lutte contre le changement climatique. Des données plus récentes provenant de la même source révèlent que six fondations – Oak, Packard, Hewlett, Sea Change, Energy, Rockefeller – ont représenté environ 70 % du financement des politiques sur les changements climatiques en 2012. [Source, p 10]

En 1989, l’Environmental Defence Fund, le WWF et Greenpeace, avec le soutien de fondations, ont lancé le Réseau Action Climat (Climate Action Network, CAN), que Jennifer Morgan avait également présidé au cours de sa carrière chez USCAN. Une fondation, le Rockefeller Brothers Fund, qui a financé les ramifications régionales du CAN, exposait dans son rapport annuel de 1993 que ces « prédicateurs mondiaux » ont joué un rôle central « dès les premiers jours du débat sur le changement climatique ». [Source, p. 32]

C’est ici que nous devons avancer dans le temps jusqu’à aujourd’hui.

Dans l’article « La philanthropie s’associe aux investisseurs institutionnels pour lutter contre le changement climatique » publié le 7 septembre 2017, la nécessité d’une nouvelle approche qui débloquera des capitaux pour de nouvelles infrastructures climatiques à grande échelle est soulignée:

Parce que le changement climatique représente une menace extraordinaire, il est impératif de comprimer la dynamique de l’innovation et de l’échelle par de nouvelles approches. C’est pourquoi la Planet Heritage Foundation… une société mondiale de conseil en investissement qui travaille avec des investisseurs institutionnels pour canaliser les capitaux vers les secteurs des « infrastructures climatiques » tels que l’énergie propre, l’eau et la valorisation des déchets. Ces investisseurs – fonds souverains, fonds de pension, fonds de dotation, compagnies d’assurance et fondations – représentent plus de 80 billions de dollars d’actifs et sont les seuls acteurs autres que les gouvernements à pouvoir investir à grande échelle… Après seulement un an, le modèle de l’intermédiaire aligné est déjà prometteur à cet égard…

« En partenariat avec Sarah Kearney (PRIME) et Alicia Seiger (Université de Stanford), nous avons d’abord obtenu des subventions totalisant 500 000 $ de quatre organismes philanthropiques – la Hewlett Foundation, la MacArthur Foundation, la ClimateWorks Foundation et la Planet Heritage Foundation – pour des recherches qui démontrent le potentiel de notre modèle. [Gras ajouté]

Un an plus tard, lors du Sommet One Planet à New York le 26 septembre 2018, le Groupe de travail sur la finance du climat (Climate Finance Task Force), un groupe coordonné par le Groupe de travail sur l’innovation philanthropique et les intermédiaires alignés (Task Force on Philanthropic Innovation and Aligned Intermediary) , a annoncé de nouveaux instruments pour dégager des capitaux à grande échelle :

Le 26 septembre dernier, lors du Sommet One Planet à New York, le président français Emmanuel Macron et Larry Fink de BlackRock ont annoncé la création du Climate Finance Partnership (Partenariat sur la finance du climat, CFP) un pas important a été franchi dans les efforts visant à combiner les capitaux afin d’engager et de mobiliser des capitaux institutionnels à grande échelle pour des solutions climatiques. Le CFP est composé d’une combinaison unique de philanthropes, de gouvernements, d’investisseurs institutionnels et d’un gestionnaire d’actifs de premier plan à l’échelle mondiale. Les parties, dont BlackRock, les gouvernements de la France et de l’Allemagne, ainsi que les fondations Hewlett, Grantham et IKEA, se sont engagées à travailler ensemble pour finaliser la conception et la structure de ce qui devrait être un véhicule d’investissement en capital mixte phare d’ici la fin du premier trimestre 2019.

Le partenariat, coordonné par le Groupe de travail sur l’innovation philanthropique et les intermédiaires alignés, un groupe consultatif sur les investissements, a été conçu et structuré spécifiquement pour utiliser une couche de capital gouvernemental et philanthropique afin de maximiser la mobilisation de capitaux privés vers les secteurs liés au climat dans les marchés émergents. » [gras ajouté]

Le groupe de travail sur la finance mixte (Acte IV de cette série) est composé de cinquante têtes de file de la finance, dont la Fondation MacArthur (World Resources Institute), la Fondation Rockefeller et la Fondation ClimateWorks. [Liste complète]

Le même article fait la lumière sur « l’accord violent » pour débloquer 100 billions de dollars US :

Une analyse détaillée de la Banque mondiale a révélé que si 100 billions de dollars sont détenus par des fonds de retraite et d’autres investisseurs institutionnels, ces mêmes investisseurs ont affecté moins de 2 billions de dollars sur une période de 25 ans à l’investissement dans les infrastructures des marchés émergents. Et la fraction de cet investissement qui pouvait être considérée comme verte, propre ou respectueuse du climat était négligeable.

Alors, que peut-on faire ? Que vous choisissiez de regarder à travers le prisme d’un défi sans précédent ou d’une opportunité sans précédent, il existe un accord violent sur le fait que le capital institutionnel doit être « débloqué » (un mot souvent choisi sur le circuit des conférences sur le climat) et mobilisé rapidement et à grande échelle« . [Gras ajouté]

Les fondations impliquées dans la politique climatique depuis le début, qui continuent à travailler main dans la main avec des ONG et des dirigeants d’ONG sélectionnés, sont les mêmes fondations à bénéficier du Partenariat pour le financement du climat. La feuille de route pour débloquer 100 billions de dollars prend les fonds de pension pour cible. La feuille de route vers la privatisation et la financiarisation de la nature, à l’échelle mondiale, est la direction interreliée du complexe industriel sans but lucratif, une matrice de bretelles d’autoroutes de l’hégémonie entrecroisées.

Le 12 décembre 2017, lors du Sommet One Planet, Frank Bainimaramai, président de COP23 et premier ministre des ïles Fidji, a déclaré :

Après tout, lorsque nous parlons de puiser dans les énormes sommes de capital institutionnel pour trouver des solutions climatiques, nous parlons surtout de l’épargne-retraite des citoyens ordinaires qui travaillent dur, et nous devons honorer leur attente d’être de bons intendants avec leur argent… »

Soyons clairs : l’argent à donner à des sociétés brassant des milliards de dollars – pour créer des services et des industries privatisés sous couvert de la protection de l’environnement, va être PAYÉ PAR LE PUBLIC – MAIS LE PUBLIC NE LES POSSÉDERONT PAS. (Car ce serait du communisme – une idée détestable dans le monde occidental.) Pour le secteur privé, il n’y a pas de risque – tout sera profit. Et tout ce qui échouera sera renfloué par le public.

John D. Rockefeller a déclaré un jour que « la capacité à traiter avec le public est une marchandise aussi achetable que le sucre ou le café, et je paierai plus cher pour cette capacité que pour toute autre ». Des paroles d’une grande justesse.

La compétence et la précision dans la réalisation de la protection et de l’expansion du système économique capitaliste est aujourd’hui proprement extraordinaire. En utilisant le complexe industriel à but non lucratif, les oligarques les plus puissants du monde n’ont pas besoin d’imposer leur volonté à la société. Au contraire, comme Aldous Huxley l’avait prophétisé dans son roman de fiction Le Meilleur des mondes, nous avons été manipulés pour exiger les « solutions » mêmes qui donneront plus de pouvoir à ceux qui nous détruisent.

« Les people du climat comme M. Bloomberg, L. DiCaprio, N. Stern, C. Figueres, A. Gore, M. Carney. Tous ces gens ont d’énormes empreintes carbone et font le tour du monde en avion privé pour nous informer sur ce qu’il faut faire contre les changements climatiques. Ils sont soutenus par tout un ensemble d’universitaires de haut niveau qui font la promotion de la compensation, des émissions négatives, de la géo-ingénierie, du CSC, de la croissance verte, etc. Ils représentent une évolution au sein du système. » – Kevin Anderson, Centre Tyndall de recherche sur les changements climatiques. [Source]

En cours : la monétisation du capital social

André Hoffmann est un industriel suisse appartenant à l’une des dynasties les plus riches d’Europe. Il a été vice-président du WWF de 2007 à 2017, et président honoraire de la même ONG de 1998 à 2017. Il est président de la Fondation MAVA, un fondateur de la Coalition pour le capital naturel (Natural Capital Coalition), et vice-président du conseil d’administration de Roche, le géant pharmaceutique et chimique fondé par sa famille. [Bio]

Roche est la plus grande entreprise de biotechnologie au monde. Elle a son siège en Suisse et est présente dans plus de 100 pays. C’était l’un des premières entreprises à avoir adopté le Protocole sur le capital naturel, et le rapport sommaire du projet pilote de la Natural Capital Coalition mentionnait que « l’un des points importants est le fait que l’utilisation de ses produits et d’autres activités socialement responsables génère une valeur sociale positive considérable, dont Roche ne tient pas compte et qui compense probablement de loin tout impact environnemental négatif« . [Source][gras ajouté]

La révélation ci-dessus révèle une autre couche de dépravation. Si nous pouvons attribuer des valeurs monétaires à la nature, nous pouvons également attribuer des valeurs monétaires à la culture. C’est l’entrée d’une valeur monétaire attribuée au « capital social » et des « marchés du capital social ». Site Web des marchés du capital social : « dédié à catalyser le changement mondial à travers des solutions fondées sur le marché. »]

NextBillion a été lancé en mai 2005 par le World Resources Institute. Le projet « développement à travers l’entreprise » s’intéresse au développement du capital social. En 2010, le William Davidson Institute (WDI) de l’Université du Michigan s’est joint au World Resources Institute à titre de partenaire de NextBillion. Depuis le 4 décembre 2012, NextBillion est géré exclusivement par WDI, qui se dédie à l’apport de solutions du secteur privé dans les marchés émergents.

Les marchés du capital social se consacrent à l’accélération d’un nouveau marché mondial, à l’intersection de l’argent et du sens ».  – Site Web des marchés du capital social

Le Protocole de 2017 sur le capital social stipule que « les approches d’intégration entre le capital social et le capital naturel » ont le même objectif et reposent sur les mêmes concepts et principes que le Protocole sur le capital naturel élaboré par la Natural Capital Coalition. [p. 6]

Bien que le concept de capital social en soit encore à ses balbutiements ( » la mesure et l’évaluation du capital social est un concept relativement nouveau « ), ses objectifs sont clairs :  » Au cours des prochaines années, l’initiative du Protocole sur le capital social façonnera et orientera l’action collaborative pour atteindre quatre objectifs ». Le dernier objectif peut être décrit comme le coup de grâce à venir pour les derniers vestiges de normalité humaine : « Permettre aux entreprises de capitaliser sur leur mise en œuvre du Protocole sur le capital social en s’assurant que la communauté financière et les marchés financiers reconnaissent et récompensent la création de valeur sociale. [p. 5]

Encore une fois, comme dans le cas du projet ou de la coalition sur le capital naturel, le World Resources Institute joue un rôle clé : « Ces principes s’alignent sur les principes actuels du Natural Capital Protocol, qui s’appuie sur les orientations de la Global Reporting Initiative (GRI), du World Resource Institute (WRI)/WBCSD Greenhouse Gas Protocol, et du Climate Disclosure Standards Board (CDSB) ». [p. 10]

Un nouveau système financier qui permet à une entreprise telle que Roche, la plus grande société de biotechnologie au monde, de mesurer et de comptabiliser la valeur sociale positive « comme moyen de compenser des impacts environnementaux négatifs » est en effet un outil formidable. Il n’est pas étonnant que Hoffman ait investi dans son développement.

Hoffmann est également conseiller principal à Chatham House et à de nombreux autres conseils d’administration, dont le Forum économique mondial, le Center for the Fourth Industrial Revolution et SYSTEMIQ.

Jeremy Oppenheim, responsable et ancien directeur de programme de la Nouvelle économie climatique (New Climate Economy), est fondateur et directeur associé de SYSTEMIQ : Tout en valorisant pleinement l’écosystème naturel, ces alternatives doivent être économiquement viables et aptes à être reproduites à grande échelle… Nous envisageons que les modèles à succès deviennent rapidement une « classe d’actifs bancables » pour des investisseurs réguliers. [Source] Oppenheim préside également le Groupe de travail sur le financement mixte. John E. Morton, qui est conseiller principal du groupe de travail sur les financements mixtes, est membre de la Fondation européenne pour le climat. Deux associés de SYSTEMIQ dirigent le projet vers le groupe de travail sur le financement mixte. [Source] En somme, toutes les routes mènent au Partenariat pour le financement du climat et à la nouvelle économie climatique.

Le père d’André Hoffmann, Luc Hoffmann, a siégé au premier conseil d’administration international de WWF (les co-fondateurs incluent Goddfrey Rockefeller). En plus de sa contribution à la création du WWF, Luc Hoffmann a également fondé WWF France et WWF Grèce. Il a été vice-président honoraire du WWF jusqu’à sa mort en 2016. [Source]

Outre le soutien apporté au WWF, Luc Hoffmann a été directeur de Wetlands International, vice-président de l’IUCN ( International Union for Conservation of Nature , Union internationale pour la conservation de la nature) et a créé la International Banc d’Arguin Foundation, [le Banc d’Arguin est un parc national, NdT] en Mauritanie. Il est important de le savoir car en 2013, ce projet a reçu le « premier paiement international pour des services rendus par les écosystèmes marins » [Source : Le cas du Parc National du Banc d’Arguin, Mauritanie].

29 octobre 2018, Communiqué de presse du WWF, « Un rapport du WWF révèle l’ampleur stupéfiante de l’impact humain sur la planète » (« WWF Report Reveals Reveals Staggering Extent of Human Impact on Planet ») :

« Un accord mondial pour la nature, semblable à l’Accord de Paris sur le climat, peut garantir le maintien de méthodes de conservation efficaces et la fixation d’objectifs plus ambitieux. »

Le rapport indique que « les principaux facteurs de la perte actuelle de biodiversité sont la surexploitation et l’agriculture, toutes deux liées à une consommation humaine en constante augmentation ». Il ne mentionne nulle part les impacts écologiques du militarisme. En tant que collectif, nous sommes devenus tellement conditionnés à cet incroyable « oubli », que nous ne prenons plus conscience de son omission. Le rapport attire l’attention sur l’agriculture, mais pas sur l’élevage industriel, avec son impact écologique stupéfiant et sa cruauté grotesque. Il attire l’attention sur le nombre croissant de gorilles de montagne – juste avant le soutien promotionnel de Jane Goodall à une quatrième révolution industrielle en janvier 2019, à Davos – une révolution qui demande cinq fois plus de minéraux et de métaux que ce que nous utilisons déjà, et aussi vite que possible. Ces mêmes métaux sont à l’origine du conflit et de la mort d’hommes, de femmes et d’enfants congolais – et de gorilles. Nous ne pouvons que conclure ici ce que les pays du Sud ont toujours su : le « progrès » technologique est toujours destiné à servir l’Occident, au détriment de la vie et des ressources qui restent.

Quand on le décortique, Le « New Deal pour la Nature » est encore plus effarant que le « Green New Deal ». Pourtant, si les ONG peuvent créer suffisamment de battage publicitaire collectif autour du Green New Deal, au service de leurs bailleurs de fonds, l’accord le plus sinistre peut être introduit sans opposition dans la législation. Cela ressemble aux campagnes des ONG anti-pipeline. Alors que les Américains étaient hypnotisés par un seul pipeline, le magnat américain des affaires Warren Buffett a construit un empire ferroviaire du XXIe siècle pour transporter le pétrole par rail, et le pétrole a continué à couler – seulement encore plus vite.

Le storytelling

… et je le dis à nos collègues de la société civile occidentale, vous avez définitivement pris le parti d’un petit groupe d’industriels, de leurs représentants et de vos branches représentatives. Rien de plus que ça. Vous êtes devenu un instrument de vos gouvernements. » – Lumumba Di-Aping, négociateur en chef du G77, 11 décembre 2009, COP15

Dans cette capture d’écran de la conférence David Blood 2012 (vidéo), « Breakthrough Capitalism Forum – David Blood », on peut voir les sponsors en arrière-plan. En haut de l’écran, nous pouvons identifier les conférenciers et commanditaires Jeremy Leggitt de Solar Century & Carbon Tracker, et Jennifer Morgan du WWF, pour n’en nommer que deux. [Voir la liste complète des partenaires de Breakthrough Capitalism.][Source]

Pour illustrer un exemple de « narration » utilisée pour apaiser le public et feindre une opposition à ceux qui détruisent notre planète, nous pouvons consulter le communiqué de presse suivant de Greenpeace International : 25 janvier 2019, « Le profit, pas les gens, reste clairement la priorité des élites de Davos. Alors que le Forum économique mondial de Davos tire à sa fin, Jennifer Morgan, directrice exécutive de Greenpeace International, a déclaré :

Greenpeace est venu à Davos à la recherche d’un leadership moral, économique et politique, et nous ne l’avons pas trouvé. Il est profondément troublant de constater que, alors que le monde est au bord d’une catastrophe climatique, éviter une nouvelle hausse des températures n’est pas au centre de toutes les réunions des PDG et des dirigeants mondiaux. Les solutions sont devant eux et ils doivent donner la priorité à la résolution de cette crise, rejoindre les jeunes qui montrent la voie à suivre et se placer ainsi du bon côté de l’histoire.

Hier, il y avait 32.000 étudiants en grève dans les rues de Belgique et aujourd’hui, des enfants descendent dans les rues de Berlin pour réclamer l’élimination du charbon. Les jeunes exigent d’être entendus, la question est de savoir pourquoi l’élite de Davos ne réagit pas avec l’ampleur et l’attention requises ? Les intérêts commerciaux à court terme et la réalisation d’un plus grand profit, quel qu’en soit le coût pour les autres, restent clairement la priorité des élites de Davos. Nous n’avons pas de temps à perdre. Selon les mots puissants de Greta Thunberg, nous devons nous mettre en colère et transformer cette colère en action. »

Un extrait du communiqué de presse du 16 janvier 2019 de Morgan une semaine auparavant, en préparation du WEF à Davos, déclarait :

Ne vous méprenez pas, nous sommes dans une situation d’urgence climatique et cette urgence doit dominer la réunion annuelle du Forum économique mondial à Davos la semaine prochaine… La Quatrième Révolution industrielle pourrait totalement réimaginer la manière dont nous abordons les solutions à la crise climatique. Mais seulement si cette révolution est au service de la résolution du changement climatique. » [Source]

C’est le feu vert pour des grèves climatiques dans lesquelles Greenpeace joue un rôle de meneur – à l’arrière-plan.

7 février 2019, tweet du UKYCC. Utilisateurs marqués : Extinction Rebellion, Greenpeace, Greta Thunberg, People & Planet (le plus grand réseau étudiant du Royaume-Uni), UKSCN, YouthStrike4Climate et Friends of the Earth.

Voice for the planet – Une voix pour la planète

Voice for the planet a été lancé au Forum économique mondial de Davos en 2019 par Global Shapers. L’objectif est de mettre en évidence les mouvements croissants de personnes à travers le monde qui appellent à un New Deal pour la nature et les hommes : une action mondiale urgente pour faire face à la crise actuelle de la nature. » [Source : site web de Voice for the Planet]

Les vingt-deux organisations soutenant la campagne (enregistrées auprès de WWF-UK) comprennent : le Climate Reality Project, le World Resources Institute, WWF, Conservation International, Nature Conservancy et UNDP. [consulté le 20 février 2019][Liste complète]

Global Shapers, les Artisans mondiaux

Voice for the Planet nous mène à Global Shapers, une communauté mondiale de « créateurs de changement » – soutenue par des partenaires communautaires et des subventions. Fondé en 2011 par Klaus Schwab, fondateur et président exécutif du Forum économique mondial, Global Shapers est un centre de formation de facto pour les jeunes de moins de 30 ans qui veut façonner le monde dans le sens voulu par le WEF, Al Gore, Jack Ma et consorts. Avec plus de 7 000 membres, la communauté mondiale Shapers couvre 369 centres urbains dans 171 pays.

Ici encore, les jeunes sont formés pour détruire leur propre avenir en tant qu’agneaux sacrificiels du capitalisme.

David M. Rubenstein, co-fondateur et co-directeur général du groupe Carlyle, et Jack Ma, président exécutif du groupe Alibaba et co-fondateur de la Breakthrough Energy Coalition, siègent au conseil d’administration de Global Shapers.

Les partenaires incluent : le Climate Reality Project, Coca-Cola, Salesforce, Procter and Gamble, Reliance Industries, Oando, GMR Group, Hanwha Energy Corporation, Rosamund Zander et Yara International.

Enfin, grâce à la collaboration avec le Climate Reality Project, plus de 292 Global Shapers ont pu rejoindre l’ancien vice-président américain Al Gore et être formés par le Climate Reality Leadership Corps. Global Shapers s’est joint aux ateliers organisés à Berlin, Pittsburgh, Mexico et Los Angeles, ainsi qu’aux événements régionaux du SHAPE, pour apprendre comment mener la lutte mondiale pour des solutions climatiques. » – Global Shapers Rapport annuel 2017

The Global Shapers est un spectacle grotesque de malversations d’entreprises déguisées en bonnes actions. À titre d’exemple, sous le titre « Accélérer le changement », on peut citer le « Concours de subventions Coca-Cola pour façonner un avenir meilleur ». En 2017, le prix a été décerné au Hub de Bogota afin de « promouvoir la paix et la réconciliation dans les régions de la Colombie déchirées par le conflit ». Ce que les jeunes énamourés de Global Shapers ne savent pas, c’est que Coca-Cola a une longue et sordide histoire de meurtres de dirigeants syndicaux en Colombie.

Comme je l’ai écrit dans l’addenda « L’image de marque d’Alexandria Ocasio-Cortez – Par tous les moyens nécessaires » (15 février 2019), les jeunes sont de plus en plus ciblés comme moteurs-clés de la croissance économique et de l’influence :

Nous sommes de plus en plus conscients que les solutions à nos défis mondiaux doivent faire participer les jeunes à tous les niveaux – local, régional, national et mondial. Cette génération a la passion, le dynamisme et l’esprit d’entreprise qu’il faut pour façonner l’avenir. » – Klaus Schwab, fondateur et président exécutif du Forum économique mondial.

Le corpus croissant de recherches afférent au sujet ne tombe pas dans l’oreille de sourds pour l’élite économique qui se réunit chaque année à Davos, ni pour le Forum économique mondial qui les accueille. Nature Conservancy, 4 janvier 2019, Dix groupes à surveiller en 2019 :

La Révolution sera Snapchattée. Oubliez vos stéréotypes de cinéma à la John Hughes. Les adolescents d’aujourd’hui sont actifs sur le plan civique et ont une vision mondiale – et ils sont presque tous d’accord pour dire que nous devons en faire plus pour lutter contre les changements climatiques. Une étude menée auprès de 31 000 jeunes de 186 pays a révélé que le changement climatique est leur principale préoccupation (devant le terrorisme, la pauvreté et le chômage). Plus de 90 % sont d’accord pour dire que la science a prouvé que les humains sont responsables du changement climatique, et près de 60 % prévoient de travailler dans la durabilité. » [Gras dans l’original]

L’enquête soulignée par Nature Conservancy a été menée par Global Shapers. Cela n’a rien à voir avec la bonne volonté ou le bien-être des jeunes. Il s’agit d’indicateurs simples permettant d’identifier, de comprendre et, en fin de compte, d’exploiter le public-cible.

Dans un sondage réalisé pour le rapport annuel 2017 de l’enquête mondiale Shapers, l’un des domaines d’intérêt est la section sur le « sens des responsabilités et la réactivité ». Lorsqu’on leur demande qui a la plus grande responsabilité dans la construction d’un monde meilleur et donc le pouvoir de s’attaquer aux problèmes mondiaux et locaux les plus importants, leur premier choix est celui des « individus » (34.2%) « . A titre de comparaison, 9% des voix estiment que la responsabilité incombe aux « grandes entreprises mondiales et nationales ». [Le premier choix est constant quels que soient le sexe, l’âge, la région, l’indice de développement humain, l’indice de perception de la corruption ou le niveau de revenu.]

En résumé, nous avons des jeunes – dont beaucoup viennent d’États dont la contribution aux changements climatiques est presque nulle – qui ont été convaincus que leur propre impact est beaucoup plus dévastateur sur l’environnement que celui des entreprises, du système économique lui-même ou même de l’industrie mondiale de la guerre.

L’enquête a permis de dégager un autre point de vue : « Le sentiment de responsabilité se traduit-il par des actions concrètes ? On a demandé aux jeunes s’ils seraient prêts à changer leur mode de vie pour protéger la nature et l’environnement, ce à quoi 78,1% ont répondu oui ». Et c’est la principale raison pour laquelle les capitalistes les plus puissants du monde feignent de s’en inquiéter – La façon dont les jeunes peuvent être exploités en tant que consommateurs.

Pendant ce temps, sur le front de « la conduite du public en mode d’urgence »

S’IL N’Y A PAS D’ACTION avant 2012, ce sera trop tard. Ce que nous ferons au cours des deux ou trois prochaines années déterminera notre avenir. C’est le moment décisif. » – Rajendra Pachauri, chef du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, 17 nov. 2007

« Mais nous avons encore une chance de renverser la vapeur. Un important corpus de recherche mené par la Nature Conservancy montre qu’il est encore possible de réaliser un avenir durable pour l’homme et la nature – si nous prenons des mesures massives au cours des dix prochaines années. – Le 4 janvier 2019

Par ailleurs, en ce qui concerne le front « Mener le public en mode d’urgence », nous avons les mêmes groupes qui nous ont amenés à participer à la campagne TckTckTck 2009 pour la COP15 (« un mouvement que les consommateurs, les annonceurs et les médias utiliseraient et exploiteraient ») – qui ont ensuite pu « rassembler les chats » pour la Marche pour le climat organisée en 2014 – et sont maintenant chargés de mobiliser la population pour le crescendo final, nécessitant un nombre encore plus important et sans précédent de gens. C’est pourquoi nous avons des titres tels que « Le Sommet pour la survie humaine » : La prochaine vague de protestations contre le changement climatique arrive – Greenpeace et Amnesty International s’unissent pour réclamer une plus grande désobéissance civile. » [25 janvier 2019]

L’ironie ici est que Greenpeace et TckTckTck ont abandonné les citoyens les plus vulnérables du monde en 2009, pendant le mandat de Kumi Naidoo, qui était directeur exécutif des deux organisations. Aujourd’hui, dix ans plus tard, Naidoo dirige Amnesty International en tant que secrétaire général. En 2011, Amnesty International, en utilisant l’économie comportementale de la haine, a joué un rôle déterminant dans la guerre illégale contre la nation souveraine de Libye – la Libye était le pays le plus prospère d’Afrique sous la direction du révolutionnaire libyen Mouammar Kadhafi. La Libye est rapidement devenue une nation déchirée par la guerre, enlisée dans un état de chaos permanent, alors que des centaines de milliers de citoyens ont péri (et continuent de mourir à ce jour). Pourtant, les institutions d’élite et les oligarques qui financent, contrôlent et utilisent Amnesty International comme une arme au service de l’impérialisme et du patriarcat, voudraient vous faire croire qu’ils sont réellement préoccupés par le climat et les droits humains :

Greenpeace International, qui s’est traditionnellement concentrée sur les questions environnementales, et Amnesty International, qui s’est concentrée sur les droits humains, lancent ensemble un Sommet pour la survie humaine, à venir cette année, pour encourager les manifestations non violentes et autres interventions qui pousseront à une plus grande action contre le changement climatique.

L’idée du sommet, a dit M. Naidoo, n’est pas de dicter ou d’essayer de coordonner des actions centralisées, mais plutôt d’unir des individus et des organisations afin qu’ils puissent collaborer pour faire avancer le changement. Il a évoqué de nouvelles formes de protestation telles que le mouvement Extinction Rebellion, l’un des nombreux mouvements de désobéissance civile dirigés par des jeunes et axés sur les changements climatiques. L’initiative a commencé au Royaume-Uni et ouvre maintenant des sections dans le monde entier, y compris aux États-Unis. Naidoo a ajouté que les grandes ONG internationales n’organisent pas cette mobilisation et que ce type de décentralisation devrait être encouragé. »

Et ça aussi, c’est un mensonge.

J’avais d’abord eu l’intention d’écrire longuement sur Extinction Rebellion dans ce segment, mais la nécessité de le faire n’est plus pressante. Il suffit de rappeler que l’ONG Climate Mobilization (dont le fondateur est l’auteur de l’article « Conduire le public en mode d’urgence « , avec la collaboration de 350.org, The Leap et plusieurs autres) travaille avec Extinction Rebellion depuis au moins septembre dernier [6]. Cela révèle pourquoi le groupe Extinction Rebellion a été catapulté en superstar internationale par The Guardian et consorts, alors que les actions beaucoup plus importantes des défenseurs des terres dans le Sud global sont ignorées.

Si cela n’est pas suffisant pour certains lecteurs, il faut noter que 350.org, Avaaz, Friends of the Earth et Greenpeace ont tous dialogué avec les co-fondateurs d’Extinction Rebellion – qui, avec la Climate Mobilization, sont très favorables à cette collaboration. Entrevue avec les cofondateurs d’ Extinction Rebellion par le fondateur de Climate Mobilization, 6 décembre 2018] [A noter : cette vidéo citée par Cory Morningstar n’a réussi à cumuler que 564 vues depuis sa publication sur Youtube. Il semble que, malgré le battage incessant des médias, la « conduite du public en mode d’urgence » peine à prendre, NdT].

La cofondatrice d’Extinction Rebellion Gail  Bradbrook « … au début de cette campagne, début octobre, nous avons occupé les bureaux de Greenpeace. C’était très amical. On a apporté du gâteau et des fleurs et tout le monde a caché les cornes du diable, parce qu’on voulait que tout reste agréable…

Nous avons des conversations avec des organisations, des conversations avec certaines des plus grandes plate-formes en ligne, même avec 350.org. C’est toujours un équilibre important de savoir comment on entretient une relation avec n’importe quelle ONG pour qu’il n’y ait pas de gros compromis à faire, et de surveiller cet espace sur ce front. Je pense que je ne devrais pas annoncer à l’avance des choses qui ne sont pas encore convenues avec tout le monde, mais oui, nous parlons avec d’autres organisations. C’est plus délicat que vous ne le pensez, bien souvent. »

L’autre co-fondateur, Roger Hallam « …c’est donc une proposition très sérieuse que nous faisons à certaines des ONG , et je pense que beaucoup de gens dans les ONG le savent aussi. Je veux dire que beaucoup de gens savent ce qui va arriver et je pense que cela ouvre un espace très intéressant dans la culture progressiste dans les pays où nous sommes.  Pour la première fois depuis une génération ou deux, il s’agit essentiellement de créer un front uni, comme s’il s’agissait de personnes travaillant ensemble sur un programme commun, et j’ai été personnellement très surpris de voir à quel point certaines personnes de Greenpeace, d’Avaaz et de diverses autres organisations ont été ouvertes à l’idée que, oui, nous devons participer en masse à la désobéissance civile et que nous allons manquer de toute autre option pour le futur ».

Les relations des ONG avec Extinction Rebellion expliquent les trois revendications délibérément vagues du « mouvement » Extinction Rebellion – un flou qui passe largement inaperçu – alors qu’une revendication particulière est aussi claire que la lumière du jour. Alors que l’impérialisme, le capitalisme et le militarisme – les principaux moteurs de la dévastation écologique et du changement climatique – ne se trouvent nulle part, il y a quelque chose qui est enterré dans la section FAQ :

Question : « POURQUOI N’AVEZ-VOUS PAS D’OBJECTIFS PLUS TANGIBLES À ATTEINDRE QUI RENFORCERAIENT VOTRE MORAL A MESURE DE VOS SUCCÈS ? »

Extinction Rebellion : « Nous en avons. Nous disons que le gouvernement doit revenir sur les politiques incompatibles avec la reconnaissance de l’urgence climatique – il y a beaucoup à faire dans ce domaine. Par exemple, l’interdiction du fracking et l’abandon des plans d’une troisième piste à Heathrow. Et il doit revenir sur sa décision de comprimer les investissements dans les énergies renouvelables tout en doublant les investissements dans les combustibles fossiles. Un New Deal vert massif est absolument vital, possible et nécessaire. »

Ici, il faut se demander pourquoi un groupe britannique désigne une campagne américaine comme point central de ses revendications. La réponse est que non seulement les ONG américaines étaient déjà officiellement impliquées dans Extinction Rebellion dès septembre 2018, tout en étant des partisanes agressives du New Green Deal, mais plus important encore, que ces ONG, à la demande de leurs sponsors, avaient aussi des projets mondiaux pour le New Deal vert. Le New Deal pour la nature serait introduit après avoir popularisé le langage du « New Deal », de façon à en masquer les vilaines intentions. Le New Deal pour la Nature, saturé d’une linguistique holistique et d’appels à l’émotif, se tient dans l’ombre portée du New Deal vert et des grèves climatiques – aux aguets.

Dans l’article du 31 octobre 2018 sur la toute première action d’Extinction Rebellion, publié par le DesmogBlog déjà cité, se cache une référence à un « New Deal pour la nature » :

La déclaration d’Extinction Rebellion survient un jour après qu’un rapport du WWF ait constaté que les populations de nombreuses espèces ont diminué en moyenne de 60 % entre 1970 et 2014, en grande partie à cause de l’activité humaine.

Le rapport disait : « Les décideurs, à tous les niveaux, doivent faire les bons choix politiques, financiers et de consommation pour réaliser la prospérité de l’humanité et de la nature, en harmonie sur notre unique planète « .

Le WWF a appelé à « un new deal mondial pour la nature et les peuples » pour enrayer le déclin de la faune sauvage, lutter contre la déforestation, le changement climatique et la pollution par les plastiques et est soutenu par « des engagements concrets des dirigeants et des entreprises du monde entier ».

Le fait qu’Extinction Rebellion n’inclue pas le capitalisme, l’impérialisme ou le militarisme – les principaux moteurs de l’assaut écologique contre la Terre, en conjonction avec l’omission d’autres causes structurelles sous-jacentes, a soulevé d’importantes questions : ce véhicule peut-il être utilisé pour construire et organiser une communauté ?

Ici, la question doit être : pourquoi choisirions-nous de prêter notre nom pour renforcer une MARQUE selon qui « un New Deal massif est absolument vital », tout en omettant délibérément le fait que l’arrêt du capitalisme, de l’impérialisme, du militarisme et d’autres formes d’oppression sont tout aussi essentielles ? C’est pire qu’un oubli. C’est une honte. Ce qui est encore plus tragique, c’est que, collectivement, nous avons été conditionnés à un tel point que nous ne sommes même plus conscients de ces hypocrisies flagrantes.

Alors que s’accélère le coup d’État contre l’État souverain du Venezuela dirigé par les États-Unis et le Canada, Extinction Rebellion ne parvient pas à mobiliser ses groupes contre cette ingérence, dont la portée est maintenant internationale. Non seulement ils ne se mobilisent pas, mais ils n’en parlent pas. Avec leurs bras ouverts aux ONG impérialistes comme Avaaz et Amnesty International, ils montraient déjà ce qu’ils étaient vraiment avant même leur première action.

De plus, Extinction Rebellion est un autre groupe qui choisit de rester absolument silencieux sur la marchandisation et la réification de la nature – un autre signe symptomatique.

Nous devons soutenir et rejoindre de petits groupes de résistance qui travaillent ensemble pour détruire les structures qui nous oppriment non seulement nous-mêmes, mais surtout nos frères et sœurs du Sud global. Cela signifie s’attaquer aux moteurs de l’impérialisme.

[Lecture essentielle pour les jeunes : CHE GUEVARA PARLE AUX JEUNES. « Entre 1959 et 1964, le combattant de la liberté Che Guevara a prononcé un certain nombre de discours devant des groupes de jeunes et des étudiants pour les inspirer et les éduquer sur la révolution. Ceci est un recueil de ces discours – un recueil de pensées aussi emblématiques que l’image de Che Guevara. Il reste un héros pour beaucoup de gens, et représente une forme de socialisme qu’il est difficile d’écarter »]. [Télécharger]

Les derniers vestiges d’éthique et la captation de la nature par les multinationales

Cette série a révélé des vérités très laides. C’est notre devoir éthique et moral de partager ces connaissances. Seulement après, quand suffisamment de gens seront informés, le vent tournera en notre faveur. L’ère de la « culpabilisation verte » doit prendre fin. [Trust Nothing – John Steppling] Elle a été utilisé comme une arme pour s’assurer de notre silence depuis assez longtemps.

C’est 350 – né de la Fondation Rockefeller. C’est Avaaz – un instrument de l’impérialisme – qui trempe jusqu’au cou dans le sang d’hommes, de femmes et d’enfants libyens et syriens tout en faisant campagne pour l’action climatique, et en fabriquant le consentement à des guerres. C’est Greenpeace, selon qui le monde ne devait pas dépasser une augmentation de la température mondiale de 1°C en 1997, pour ensuite accepter une augmentation de 2°C en 2009. C’est Amis de la Terre, qui siège au conseil d’administration de Ceres depuis sa création – et s’était également aligné sur 1°C, en 2001, comme température globale à ne pas dépasser. Il s’agit d’une cabale qui a fait passer – à maintes reprises – les intérêts du capital et des entreprises avant la protection de l’environnement et les droits des indigènes.

Nombre d’entre vous également, et je le dis, et je n’aurais jamais pensé qu’un jour j’accuserais une société civile d’une telle chose. Diviser le G77, ou aider à diviser le G77, est simplement quelque chose qui devrait être laissé aux CIA, aux KGB et autres [pas aux ONG] -Lumba Di-Aping, négociateur en chef du G77, 11 décembre 2009, COP15

Clive L. Spash, université d’économie de Vienne, Autriche, écrit : « L’Accord de Paris signifie un engagement en faveur d’une croissance industrielle soutenue, de la gestion de risques plutôt que de la prévention et de technologies futures vues comme des bouées de sauvetage. Le souci premier de la communauté internationale est de maintenir le système social et économique actuel. En résultat, on nie que la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre soit incompatible avec le maintien d’une croissance économique. La réalité, c’est que les États nations et les sociétés internationales sont engagés dans une expansion constante et continue de l’exploration, de l’extraction et de la combustion de combustibles fossiles, ainsi que dans la construction d’infrastructures connexes de production et de consommation. Les objectifs et les promesses de l’Accord de Paris n’ont aucun rapport avec la réalité biophysique ou sociale et économique. » Cela ne change rien : l’Accord de Paris pour ne pas tenir compte de la réalité, Globalisations, 2016 Vol. 13, No. 6, 928-933].

Thunberg a déclaré à plusieurs reprises que sa grève se poursuivrait « jusqu’à ce que la Suède soit alignée sur l’Accord de Paris ». Par conséquent, d’après ses propres déclarations, il s’agit là du but et de l’objectif unique et global des grèves, maintenant d’envergure mondiale. Un Accord de Paris qui ouvre la boite de Pandore décrite en détail minutieux dans cette série.

Le 21 février 2019, la Commission européenne a été la dernière en date à promouvoir Thunberg : L’adolescente a ouvert un événement de la Commission européenne, devant le président Jean-Claude Juncker, où elle a dit aux politiciens d’arrêter de « balayer les choses déplaisantes sous le tapis, et d’obliger notre génération à faire le ménage ». Là encore, les revendications de Thunberg, au nom des jeunes qui participent aux grèves climatiques, sont exposées :

« Nous voulons que vous suiviez l’accord de Paris et les rapports du GIEC, nous n’avons pas d’autres manifestes ou demandes. Unissez-vous derrière la science. C’est ce que nous exigeons. » [Vidéo]

Nous avons ici trois acteurs clés de l’hégémonie capitaliste, la Banque mondiale, le Forum économique mondial et la Commission européenne, qui font tous la promotion de Thunberg. Des institutions abritant des individus qui pillent systématiquement la planète en échange de croissance économique, de pouvoir et de profits sont aujourd’hui magiquement censés protéger la planète.

Ce que la population ignore, c’est que ces trois institutions sont toutes les trois partenaires fondatrices du Groupe de travail sur le financement mixte du Climate Finance Partnership. Le Partenariat pour le financement de la lutte contre le changement climatique a été formé sous la direction du Président français Emmanuel Macron, qui a annoncé ce partenariat le 26 septembre 2018 lors du Sommet One Planet tenu à New York. Parmi les partenaires figurent les gouvernements de la France et de l’Allemagne.

23 février 2019 : « Le président français Macron a reçu la jeune Suédoise Greta Thunberg (juste derrière Macron) et une délégation de Youth for Climate, dont Anuna De Wever (deuxième à droite) et Kyra Gantois (première à gauche) ». [Source]

Le Climate Finance Partnership a été créé pour faire avancer la Nouvelle Economie Climatique. Les deux sont des véhicules-clés pour débloquer les 100 billions de dollars des fonds de pension, tout en mettant en œuvre simultanément l’évaluation économique et le paiement des services environnementaux (paiements pour les services écosystémiques) cachés dans les objectifs du développement durable. La privatisation de la nature transformera la finance mondiale. Ceux qui sont les principaux responsables de la destruction de la nature seront désignés comme nouveaux « intendants du capital naturel national ».

On ne peut qu’espérer que cette série ait finalement divulgué une fois pour toutes qui et ce que représentent des ONG aussi puissantes : les oligarques, la finance privée et le capital.

Les principales ONG du complexe industriel à but non lucratif doivent être comprises comme l’organisme de lobbying le plus puissant au monde pour les technologies vertes. Cela se fait au détriment de la nature, et non pour la protéger. Encore une fois, la réalité a été inversée. C’est pourquoi le complexe industriel à but non lucratif doit être mis hors service – Il suffit que nous lui retirions notre consentement. Jusqu’à présent, son pouvoir découle de sa fausse prétention à représenter la société civile. Nous devons dire clairement que ce n’est pas le cas.

Nous avons des limites planétaires dans lesquelles nous devons vivre si nous voulons que la vie sur Terre continue sous une forme ou une autre. Ces limites ne sont pas négociables. Nous pouvons nous mentir à nous-mêmes autant que nous le voulons, jouer les démiurges, cela ne changera pas la réalité. Nous pouvons la peindre en vert, nous pouvons partager nos illusions dans des jolies brochures sur papier glacé et les rendre virales sur des écrans dernier cri – la biosphère n’en a rien à foutre. Si notre société était réellement saine d’esprit, nous reconnaîtrions ces « solutions » comme des illusions – mais malheureusement, ce n’est pas le cas. Déconnectés de la nature – et de plus en plus, déconnectés les uns des autres – nous sommes perdus.

La nature ne négocie pas.

Et c’est la vraie question à laquelle sont confrontés les activistes blancs aujourd’hui. « Peuvent-ils démolir les institutions qui nous ont tous mis dans le pétrin dans lequel nous sommes depuis des centaines d’années ? » – Black Power de Stokely Carmichael, 1966

Nous pouvons terminer ce sombre article en réfléchissant à ce que l’auteur indienne Arundhati Roy a si bien résumé il y a près de quinze ans, le 16 août 2004 : « C’est l’ONGisation de la résistance. » Nous pouvons dire que tragiquement, mais sans équivoque, la ONGisation la résistance en Occident est un fait accompli.

L’ONGisation de la résistance, Arundhati Roy, 16 août 2004 [Durée : 5m:51s, en anglais] :

Cory Morningstar est journaliste d’investigation indépendante, écrivain et militante écologiste. Elle se concentre sur l’effondrement écologique mondial et l’analyse politique du complexe industriel à but non lucratif. Elle réside au Canada. Ses écrits récents ont été publiés sur Wrong Kind of Green, The Art of Annihilation et Counterpunch. Ses écrits ont également été publiés par Bolivia Rising and Cambio, une parution officielle de l’État de Bolivie.

Traduction Corinne Autey-Roussel pour Entelekheia
Photo de la page d’accueil Gerd Altmann/Pixabay

Notes et références :

[1] Officiellement lancée en 2008, l’initiative de l’UE appelée Global Climate Change Alliance (GCCA) a vu le jour en avril 2006, lorsque des représentants de certains des plus grands groupes environnementaux et de développement – Oxfam, Greenpeace International, Greenpeace Brésil, WWF International, WWF Inde, le Conseil œcuménique des Eglises, Friends of the Earth et l’Union of Concerned Scientists – se sont réunis à Woltersdorf (Allemagne) pour examiner la possibilité de développer une plate-forme commune pour mobiliser le grand public et renforcer ainsi les négociations climatiques[1] ». [p. 70]

« En 2009, ses principaux bailleurs de fonds ont été la Oak Foundation, la Sea Change Foundation, le Better World Fund affilié à Turner, la Fondation Prince Albert II de Monaco et le gouvernement du Québec. Avec une contribution totale de 5 millions de dollars en 2009, la Oak Foundation a été de loin le principal donateur de la GCCA (la Sea Change Foundation vient en deuxième position avec 1,5 million de dollars). [p.69]

Elle a été fondée sur la volonté « [d’interconnexion] de la collecte de renseignements et des conseils sophistiqués fournis par de nombreuses ONG, afin de cibler et de maximiser l’impact collectif des groupes sur chaque continent  » (GCCA 2009). [p.71] [Source : The Price of Climate Action-Philanthropic Foundations in the International Climate Debate, publié en 2016 par Edouard Morena].

[2] La GCCA a versé plus de 3 millions de dollars US en subventions à des organisations partenaires pour soutenir leurs activités de communication et de campagnes [2]. Comme ils l’expliquent dans leur rapport annuel 2009,  » la plupart des subventions ont été accordées pour soutenir des campagnes nationales et régionales (y compris pour des actions de réponse rapide et des « hubs » nationaux), le reste des fonds étant destiné à des actions de campagne et de communication mondiales ». En d’autres termes, la GCCA, bien qu’elle ne soit pas une fondation en soi, a agi en tant qu’organisation donatrice, distribuant sélectivement des fonds pour faire passer un message commun. Qui plus est, les subventions de la GCCA ont eu un effet de levier qui a permis à ses partenaires de mobiliser d’autres fonds – tant en interne qu’en externe – pour les activités liées à la GCCA. Selon son rapport annuel 2009, « les partenaires ont fait état d’un autre total de plus de huit millions de fonds provenant de leurs propres organisations et de sources supplémentaires pour des activités réalisées avec le soutien financier de la GCCA ». [Source : The Price of Climate Action-Philanthropic Foundations in the International Climate Debate, publié en 2016 par Edouard Morena][p.72].

[3] « L’International Policies and Politics Initiative (IPPI) est présentée comme « une nouvelle plate-forme de coopération philanthropique pour catalyser une plus grande ambition sur le climat à travers des activités et processus internationaux » (ECF 2014, 26). Elle est « conçue pour aider les fondations philanthropiques à identifier les possibilités de collaboration internationale, à élaborer des stratégies conjointes, à mettre en commun et à harmoniser l’octroi de subventions afin d’obtenir un plus grand impact global ». Elle sert de plate-forme où les fondations et les bénéficiaires de subventions se rencontrent pour élaborer des stratégies sur la façon dont les leviers politiques et politiques internationaux peuvent catalyser des politiques plus ambitieuses au niveau national. [Source : The Price of Climate Action-Philanthropic Foundations in the International Climate Debate, publié en 2016 par Edouard Morena][p. 5].

[4] « Earth Economics, avec l’appui de nos partenaires et conseillers communautaires, tient à jour le plus grand dépôt en ligne, explicite sur le plan spatial, de valeurs économiques publiées et non publiées pour les services écosystémiques. Grâce au généreux financement de nos commanditaires, Earth Economics a commencé en 2012 à transférer sa base de données interne à un service sur le Web. Le portail EVT (Boîte à outils d’évaluation des services écosystémiques, Ecosystem Service Valuation Toolkit) a été lancé à Rio +20 en juin 2012. La bibliothèque des chercheurs et les SERVES ont été présentés en avant-première à la conférence de l’ACES en décembre 2012. »

Des fonds sont nécessaires à la fois pour financer la participation et faciliter les activités de lobbying – par le biais d’initiatives conjointes, de plates-formes, de dialogues, de rapports, de campagnes, d’activités de sensibilisation, et pour créer et maintenir des relations informelles de confiance entre les ONG et le secrétariat de la UNFCCC et/ou les membres des délégations gouvernementales (Caniglia et al. 2015, 241 ; Caniglia 2001 ; Dodds et Strauss 2004)[5]. [Source : The Price of Climate Action-Philanthropic Foundations in the International Climate Debate, publié en 2016 par Edouard Morena][p. 6].

[6] Gregory Schwedock, NY, NY, NY, USA est le directeur de l’organisation numérique du Climate Mobilization Project (depuis 2014). Il se présente comme coordonnateur d’Extinction Rebellion de septembre 2018 à aujourd’hui. [Source : LinkedIn]

1 réponse

  1. 16 août 2019

    […] on comprend mieux pourquoi il y a des financiers qui ouvrent les portes des puissants de ce monde à Greta Thunberg pour qu’elle aille expliquer qu’il faut vraiment agir avec des lois […]

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