La démocratie selon Boris : on demande à la reine, monarque héréditaire, de bloquer le Parlement !

Par Simon Rite
Paru sur RT sous le titre Boris’ idea of democracy is to get hereditary monarch to bypass parliament!


Le Brexit nous a démontré, à tout le moins, à quel point le sens du mot démocratie peut être fluide, lorsque les personnes chargées de la protéger commencent à l’utiliser comme une arme.

Tout d’abord, permettez-moi de profiter de l’occasion pour exprimer ma sympathie envers la Reine. Pendant des décennies, elle a vaqué à de menues occupations dans ses luxueuses résidences, confiante dans sa destinée de simple attraction touristique sans pouvoir. Puis un jour, Boris Johnson se présente et lui demande de suspendre le Parlement.

Normalement, ce serait une décision facile pour Sa Majesté, dont le seul vrai travail est de dire « oui », car en disant « non », elle détruirait tout le système politique britannique et en conséquence, devrait probablement dire adieu à ses tickets restaurant. Seulement cette fois, son « oui » risque de provoquer de graves bouleversements politiques.

Le Premier ministre insiste sobrement sur le fait qu’il veut une « prorogation » [suspension, NdT] du Parlement afin de faire table rase et pouvoir commencer à escroquer le pays selon la méthode de son choix.

Pour tous les autres, il est clair comme de l’eau de roche que ce que Johnson veut en fait, c’est empêcher les députés d’adopter de nouvelles lois qui feraient obstacle à un « Brexit dur » pour la Toussaint.

Pour les non-initiés, l’ouverture d’une nouvelle session parlementaire signifie qu’aucune affaire inachevée de la session précédente ne peut être reprise. En outre, et par pure coïncidence bien sûr, cette fois-ci, la suspension ne laissera aux députés que quelques jours pour répondre aux sombres manigances que Boris prépare pour son Brexit du 31 octobre, lorsque le Royaume-Uni quittera l’UE si aucun nouvel accord n’est conclu avec Bruxelles.

Ironiquement, Johnson a défendu la mise à l’écart du Parlement au nom de la démocratie. Sa position actuelle, mais elle pourrait changer d’une seconde à l’autre, est qu’honorer le résultat du référendum sur le Brexit est le seul moyen de respecter la volonté du peuple – même si pour cela, vous devez demander à une monarque constitutionnelle, héréditaire et anachronique de vous aider à paralyser les élus de la nation.

Il est vrai que le résultat du référendum est un résultat démocratique concret et authentique que les représentants du pays ont le devoir de faire respecter. Mais certaines des tactiques utilisées à la suite de ce résultat ont été assez honteuses, et ce n’est pas seulement la faute de Boris. Toutes les parties ont joué le même jeu pour faire prévaloir leur point de vue.

Par exemple, les députés se plaignent qu’ils n’auront pas le temps d’empêcher un Brexit dur, mais la vérité est qu’ils ont eu plus de trois ans pour essayer de trouver une solution et qu’ils ont échoué, ce qui pose la question : combien de temps leur faudrait-il ?

Dans la Mère des Parlements [le Parlement britannique, NdT], ils se sont servis de leur pouvoir d’élus pour stopper à maintes reprises des législations qui auraient fait respecter la volonté du peuple, plutôt que de trouver des moyens constructifs de l’appliquer.

Les Remainers militent en faveur d’un second référendum sur le Brexit pour s’assurer que le pays veut toujours partir. Les cyniques pourraient suggérer que ce qui les intéresse est de tenter d’inverser un résultat avec lequel ils ne sont pas d’accord.

Les Brexiteers durs du Parti conservateur ont bloqué un accord que leur propre Premier ministre avait négocié avec Bruxelles, bloquant la voie vers une sortie ordonnée qui, selon beaucoup, offrait la meilleure protection aux électeurs.

Le chef du Parti travailliste refuse de s’exprimer sur ses sentiments réels concernant l’adhésion à l’UE, privant les électeurs des informations dont ils ont besoin pour voter pour lui, ou non, en toute confiance.

Et le nouveau Premier ministre, élu par quelques membres âgés du Parti conservateurs, prétend vouloir un nouveau départ, mais pour l’obtenir, il préfère que le Parlement soit contourné plutôt que d’organiser des élections générales et de laisser le peuple décider.

Dans la Grande-Bretagne du Brexit, toutes les parties utilisent le mot qui commence par un D, mais semblent avoir des idées différentes sur ce qu’il signifie, selon leurs objectifs visés. Nous avons peut-être besoin de la reine pour régler ça.

Traduction Entelekheia
Photo Tumisu/Pixabay

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