USA 2019 : manufacture médiatique d’une hystérie anti-fasciste de masse

Aux USA, le Russiagate est mort, tué par les faits ou plutôt, par leur absence telle qu’amplement documentée par le rapport de Robert Mueller, qui n’a pas pu établir la plus vague collusion entre Trump et le Kremlin. Mais les médias grand public libéraux de gauche, qui ont juré d’avoir la peau du président des USA, ne s’avouent pas vaincus : place au Nazigate !

Chronique drôlatique et véridique du montage d’une campagne de propagande appelée d’avance à faire long feu.


Par CJ Hopkins
Paru sur Consent Factory, ColdType, Dissident Voices et ailleurs sous le titre Manufacturing Mass Fascism Hysteria


Si les classes dirigeantes néolibérales espèrent garder les masses américaines dans un état souhaitable d’hystérie sur le « fascisme » jusqu’en novembre 2020, il va leur falloir des nazis plus convaincants. Les nazis actuels ne sont tout simplement pas à la hauteur. Ils ne sont ni assez effrayants, ni assez nazis. OK, ceux des milices ont l’air quelque peu effrayants, et ce type, « Based Spartan » [militant de l’alt-right américaine qui a récemment quitté le mouvement par rejet du racisme, NdT], a l’air un peu bizarre, mais la plupart d’entre eux ressemblent juste à de bons vieux ploucs de base. Est-ce que ce serait si difficile de leur donner des chemises brunes, des pantalons kaki comme ceux qu’ils portaient à Charlottesville, ou un quelconque autre type d’uniforme de style nazi ?

Et des bottes cavalières. Les gens adorent ces bottes cavalières.

 

[Note de la traduction : Tweet qui permettra de voir le « Based Spartan » en question. Texte de Caroline Orr, « Ceci est Based Spartan (John Turano) et sa fille adulte, Bianca Turano. C’est un extrémiste violent, pas un passant lambda, et sa fille *adulte* est sa complice ».
Texte d’Andy Ngo, « Une foule dense d’antifas attaquent un homme et une jeune fille qui avaient été séparés des autres. Pas de police. #PortlandProtests ».
Ecrit sur le gilet de « Based Spartan », dans le dos, « Je hais la gauche et le racisme ». Effectivement, en matière de nazisme, il va falloir faire plus crédible.]

Sérieusement, la #Resistance anti-Trump a besoin de mettre de l’ordre dans l’aspect visuel de sa « narrative » officielle, et elle doit le faire sans délai. Des millions de libéraux de gauche sont prêts à subir un lavage de cerveau qui va les plonger pendant un an dans une frénésie de masse manufacturée à propos du « fascisme », mais il va leur falloir des nazis convaincants pour pouvoir paniquer tout à leur aise. Quelques centaines de clowns coiffés de casquettes MAGA paradant avec des drapeaux américains ne sont pas exactement suffisants pour faire une Sturmabteilung.

Je pense bien sûr à la dernière « invasion fasciste » de Portland, samedi 17 août dernier, et qui selon les médias grand public, et les Antifas, et les experts locaux en fascisme, était censée être un véritable bain de sang. Des terroristes suprémacistes blancs lourdement armés arrivaient des quatre coins du pays pour assassiner sans discrimination autant de « Noirs, d’Asiatiques, de Latinos, d’indigènes, d’immigrants, d’insulaires du Pacifique, de handicapés, de SDF et de LGBTQ » que possible. Ce massacre terroriste suprémaciste blanc allait venger le passage à tabac préventivement auto-infligé d’Andy Ngo, « l’arnaqueur fasciste le plus dangereux en Amérique », par des militants antifas. [Le journaliste conservateur Andy Ngo a été violemment battu par des Antifas au cours d’une manifestation qu’il couvrait à Portland en juin. Il a subi une commotion cérébrale et de multiples autres blessures. Aucune arrestation n’a été faite, NdT].

Ngo (dont la plupart des gens n’avaient jamais entendu parler jusqu’à ce que les militants antifas le battent jusqu’au coma), bien qu’il se présente comme un journaliste légitime en écrivant pour des journaux comme The Wall Street Journal, The New York Post, Quillette, etc., serait en réalité un agent de renseignement fasciste chargé de dresser des « listes fascistes de gens à éliminer » consistant en noms de diverses personnalités anti-fascistes de Portland (dont la plupart des gens n’avaient jamais entendu parler non plus avant qu’ils déclarent avoir été mis sur la « liste de gens à éliminer » de Ngo).

Alexander Reid Ross, par exemple, « expert en fascisme » extrêmement influent, spécialiste en sensibilisation et professeur de géographie, qui enquête sur le complot de Poutine et des nazis pour former une alliance syncrétique d’Assadistes, de Douguinistes, de nazis partisans de Lyndon LaRouche dirigés par les journalistes Max Blumenthal et Vanessa Beeley, ainsi peut-être que Glenn Greenwald et Tucker Carlson… ou quelque chose qui va plus ou moins dans ce sens (voir les élucubrations paranoïaques de Ross, que l’association spécialiste des « groupes de haine » Southern Poverty Law Center a dû supprimer à la suite de menaces de poursuites pour diffamation de la part de l’avocat de Max Blumenthal.) Au jour d’aujourd’hui, Ross est, paraît-il, caché dans une planque située dans un endroit secret quelque part dans le nord-ouest du Pacifique, et probablement protégé par le FBI, pendant qu’il poursuit son important travail.

Et puis il y a les fameux Proud Boys, une bande de « chauvins occidentaux » autoproclamés qui n’ont apparemment pas couché avec une femme depuis des années. Selon le Southern Poverty Law Center (qui les a officiellement désignés comme « groupe de haine ») :

Il y a trois degrés d’adhésion au sein des Proud Boys, et pour accéder au premier degré dans « l’organisation fraternelle pro-occidentale », un membre potentiel doit simplement déclarer « Je suis un chauvin occidental, et je refuse de m’excuser d’avoir créé le monde moderne ». Pour entrer dans le second degré, un Proud Boy doit endurer une raclée jusqu’à ce qu’il puisse crier le nom de cinq céréales de petit déjeuner (afin de démontrer le « contrôle de son adrénaline ») et abandonner la masturbation car, en théorie, l’abstinence en solitaire les rend plus enclins à sortir et à rencontrer les femmes. Ceux qui entrent dans le troisième degré ont démontré leur engagement en se faisant tatouer les mots « Proud boy ». Tout homme, quelle que soit sa race ou son orientation sexuelle, peut adhérer à l’organisation à condition qu’il « reconnaisse que les hommes blancs ne sont pas le problème ».

Tel est le calibre des acteurs que la #Resistance met en scène dans sa fantasmagorie « fasciste ». Comme vous pouvez le voir, ce n’est pas exactement du haut de gamme. S’ils comptent s’en tenir à l’hystérie sur le « fascisme » jusqu’à novembre 2020 (ce qui est vraiment la seule option qui leur reste depuis que le « Russiagate » leur a explosé au visage), le moins qu’ils puissent faire est de trouver des vrais nazis, et des chasseurs de nazis à peu près crédibles, et d’abandonner ces pitoyables sottises dignes d’une comédie à sketches.

La #Resistance doit au moins cela aux libéraux de gauche, surtout après les avoir fait passer pour des imbéciles en les baladant pendant trois ans avec leur ridicule hystérie sur le « Russiagate ». Bien sûr, l’hystérie « fasciste » est plus vendable, mais cela ne veut pas dire qu’ils puissent s’épargner le souci de la vendre. Ce n’est pas comme s’ils pouvaient passer abruptement de la panique sur les « Russes » à la panique sur les « fascistes » (comme si leurs mensonges sur la Russie n’avaient pas été révélés) en s’attendant à ce que les libéraux de gauche gobent tout, comme des membres d’une énorme secte.

Ou, je ne sais pas… peut-être qu’ils le peuvent. Le New York Times semble certainement le penser. Jetez un coup d’œil à cet échange entre le rédacteur en chef, Dean Baquet, et un membre anonyme du personnel lors d’une assemblée interne d’urgence convoquée après que le NYT eut changé un titre de première page parce qu’il n’avait pas présenté Trump comme suffisamment raciste. (La transcription est celle de Slate ; le gras est ajouté par moi.)

Membre du personnel : Je me demande quelle est la stratégie globale pour nous aider à traverser cette administration et la façon dont nous la couvrons… les gens ne comprennent pas. Je pense qu’ils ne comprennent pas ce que nous essayons de faire.

Baquet : OK. Permettez-moi de revenir un peu en arrière un instant pour répéter ce que j’ai dit dans mon bref préambule au sujet de notre couverture. Le chapitre 1 de l’histoire de Donald Trump, non seulement pour notre salle de rédaction mais, franchement, pour nos lecteurs, était : Donald Trump avait-il des relations fâcheuses avec les Russes et a-t-il fait obstruction à la justice ? C’était une histoire très difficile, d’ailleurs, ne l’oublions pas. On s’est arrangé pour couvrir cette histoire. Je vais vous dire. Nous avons gagné deux prix Pulitzer avec cette histoire. Et je pense que nous avons couvert cette histoire mieux que quiconque.

Le jour où Robert Mueller a quitté la barre des témoins, deux choses se sont produites. Nos lecteurs qui veulent que Donald Trump s’en aille se sont dit : « Putain, Robert Mueller ne va y arriver. » Et Donald Trump s’est un peu enhardi politiquement, je crois. Parce que, vous savez, pour des raisons évidentes. Et je pense que l’histoire a changé. Beaucoup des choses dont nous parlons ont commencé à émerger il y a six ou sept semaines. Nous sommes un peu pris au dépourvu. Je veux dire, c’est ce qui arrive quand nous soutenons le même récit pendant deux ans. N’est-ce pas ?

Je pense que nous devons changer. Je veux dire, la vision de la couverture pour les deux prochaines années est ce dont j’ai parlé plus tôt : Comment peut-on couvrir un type qui fait ce genre de remarques [racistes] ? Comment couvrons-nous la réaction du monde face à lui ? Comment pouvons-nous faire cela tout en continuant à couvrir ses politiques ? Comment couvrons-nous l’Amérique, si divisée par Donald Trump ? Comment pouvons-nous nous attaquer à toutes les choses dont vous parlez tous ? Comment écrire sur la race d’une manière réfléchie, quelque chose que nous n’avons pas fait de façon significative depuis longtemps ? Telle est, à mon avis, la vision de la couverture. Vous allez tous devoir nous aider à façonner cette vision. Mais je pense que c’est ce que nous devrons faire pour les deux prochaines années.

Pour quiconque ne parle pas couramment le jargon du journalisme professionnel de niveau lauréat du Pulitzer, cela se traduit à peu près par « OK, on stoppe les trucs russes. On passe au fascisme et au racisme, et on martèlera ça jusqu’à ce que Trump parte aux oubliettes. »

Ce qui me convient. Je n’aime pas Donald Trump. Et les Américains sont certainement racistes… euh, les Américains de la classe ouvrière, c’est-à-dire. Désolé, les Américains blancs de la classe ouvrière, pas les Noirs, ni le personnel du New York Times, ni les classes dirigeantes néolibérales. À moins qu’ils soient handicapés, ou SDF, ou latinos, ou indigènes, ou LGBTQ (c’est-à-dire, les Américains de la classe ouvrière blanche, pas les classes dirigeantes). Auxquels cas, ils échappent à l’accusation de racisme. Mais nous autres, le reste, sommes tous des tenants de la suprématie blanche, des antisémites homophobes, des transphobes racistes xénophobes et… enfin, en gros, une bande de nazis.

Quoi ? Vous ne croyez pas que la plupart des Américains blancs sont des nazis qui aiment Hitler et qui veulent tuer en masse tous les Juifs et les Mexicains et réduire en esclavage tous les Afro-Américains ? Comment pensez-vous que Donald Trump a été élu ? Quelqu’un a volé la présidence à Clinton. Si ce n’était pas les Russes, ça devait être les fascistes ! Je veux dire, après tout, qui y a-t-il d’autre ?

Traduction et note d’introduction Entelekheia
Photo : Based Spartan/Youtube

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