Après les dernières attaques contre des infrastructures pétrolières saoudiennes, le besoin de paix avec le Yémen se fait pressant

Par B
Paru sur Moon of Alabama sous le titre Attacks On Major Saudi Oil Installations Show Urgent Need For Peace With Yemen


Dix drones contrôlés par les forces yéménites houthies ont frappé deux importantes installations pétrolières saoudiennes, dans la nuit du 13 au 14, et causé plusieurs incendies.

L’installation de traitement de pétrole d’Abqaiq (également Babqaiq) est située à 60 km (37 milles) au sud-ouest du siège social d’Aramco à Dhahran.

L’usine de traitement de pétrole traite le pétrole brut du plus grand gisement pétrolier conventionel du monde, le super géant Ghawar, et l’exporte vers les terminaux de Ras Tanura – la plus grande installation de chargement de pétrole offshore du monde – et Juaymah. Elle pompe également du pétrole vers l’ouest, à travers le royaume, jusqu’aux terminaux d’exportation de la Mer Rouge.

Cette usine de conditionnement de pétrole et de gaz est la plus grande au monde. Elle est au centre de l’infrastructure pétrolière et gazière de l’Arabie Saoudite.

Abqaiq traite 6,8 millions de barils de pétrole brut par jour. Plus des deux tiers de la production saoudienne de pétrole et de gaz y transitent. Nous ne connaissons pas avec certitude l’ampleur des dégâts qu’elle a subis.

La deuxième cible était une usine de transformation près de Khurais, à 190 km (118 milles) plus au sud-ouest. Elle se situe dans le deuxième plus grand champ pétrolier du pays. Les deux installations se trouvent à plus de 1 000 km (600 miles) du Yémen.

L’Arabie Saoudite n’a pas de défense aérienne capable de protéger ses installations pétrolières contre les attaques venues du sud.

Aᴍɪʀ @AmirIGM – 11:34 UTC – 14 sept 2019

Ce graphique montre les défenses aériennes saoudiennes autour des installations pétrolières d’Abqaiq qui ont été touchées tôt samedi. Les drones étaient bien dans la portée du PAC-2, mais en dehors de celle du Hawk. Il est possible que le vol à basse altitude ou la petite taille des drones et leurs matériaux composites leur aient permis d’échapper à la détection.

Les PAC-2 sont d’anciens systèmes de défense aérienne de fabrication américaine qui ne peuvent pas « voir » les petits drones ou les missiles de croisière.

Les images prises par satellite montrent une quantité importante de fumée à Abqaiq.

Il y a de la fumée provenant de quatre autres installations pétrolières, mais ce sont peut-être des torchères nécessaires parce que les installations de traitement en aval sont bloquées ou détruites.

L’Arabie Saoudite a déclaré que les incendies ont été rapidement maîtrisés. Une vidéo tournée hier matin montre qu’ils continuaient après les affirmations rassurantes de l’Arabie Saoudite.

Dans une vidéo prise le 13 au soir près de l’installation, on peut entendre le bruit aigu d’un moteur de drone, puis d’une explosion. Dans d’autres vidéos, on peut entendre des rafales de fusils automatiques. Il s’agissait probablement de gardes qui tentaient d’abattre les drones.

Mais les drones n’ont peut-être pas été la seule cause de l’incident. Hier soir, un pêcheur koweïtien a enregistré le bruit d’un missile de croisière ou d’un avion à réaction avec ou sans pilote en provenance d’Irak. Des débris trouvés au sol en Arabie Saoudite semblent provenir d’un missile de croisière KH-55 de l’ère soviétique ou d’un Soumar, une copie iranienne de ce modèle. Les Houthi ont exposé des missiles de croisière, probablement en provenance d’Iran, de conception similaire (voir ci-dessous). Après une attaque contre des installations pétrolières saoudiennes en août, des accusations ont été portées selon lesquelles au moins une partie des attaques provenaient d’Irak. L’Iran a été accusé d’avoir été impliqué dans cette attaque. Bien que cela semble peu probable, ce n’est pas inconcevable.

Cette attaque du mois d’août a été un échec et mat dans la guerre saoudienne contre le Yémen. Comme nous l’avions écrit à ce moment :

L’Arabie Saoudite a finalement perdu la guerre contre le Yémen. Elle n’a aucune défense contre les nouvelles armes acquises par les Houthis du Yémen. Ces armes menacent la survie économique des Saoudiens.

L’Arabie Saoudite n’a rien qui puisse arrêter les attaques massives de ces drones. Il faudrait des centaines de systèmes de défense aérienne Pantsyr-S1 et BUK de fabrication russe pour protéger les installations pétrolières saoudiennes. Il n’y aurait toujours aucune garantie qu’ils ne pourraient pas être submergés.

Nouveaux drones et missiles exposés en juillet 2019 par les forces armées alliées aux Houthis du Yémen :

Le porte-parole des forces armées houthies a revendiqué l’opération :

Cette opération est l’une des plus importantes menées par nos forces jusqu’au sein de l’Arabie Saoudite, après une opération de renseignement précise, une surveillance avancée et la coopération d’hommes honorables et libres dans le Royaume.

L’affirmation de la coopération de gens en Arabie Saoudite rendra les dirigeants saoudiens encore plus paranoïaques qu’ils ne le sont habituellement. Il se peut que les drones aient été lancés de l’intérieur de l’Arabie Saoudite et que leur point de lancement ait été beaucoup plus proche de la cible qu’on ne l’estime publiquement.

Le porte-parole a poursuivi :

Nous promettons au régime saoudien que nos futures opérations se poursuivront et seront encore plus douloureuses, aussi longtemps qu’il poursuivra son agression et son siège.

Nous affirmons que notre banque de données de cibles s’agrandit de jour en jour et que le régime saoudien n’a pas d’autre solution qu’arrêter son agression et lever le siège de notre pays.

La guerre contre le Yémen, lancée par le « prince » saoudien Mohammed ben Salman en 2015, coûte plusieurs milliards de dollars par mois à l’Arabie Saoudite. Le déficit budgétaire saoudien s’est encore creusé cette année et, selon le FMI, devrait atteindre 7 % de son PIB.  Le pays a besoin d’argent frais ou de prix du pétrole beaucoup plus élevés.

L’Arabie Saoudite a récemment renouvelé son intention de vendre une part de son conglomérat pétrolier public Saudi Aramco. Au début du mois, le ministre saoudien de l’énergie, Kalid al-Falih, a d’abord été rétrogradé, puis démis de ses fonctions et remplacé par Abdulaziz ben Salmane, un demi-frère du « Prince » :

La longue tradition du ministre du pétrole en tant que technocrate non royal a été rompue, et selon la meilleure théorie sur son licenciement, le ministre sortant Khalid Al Falih était trop réfractaire au rythme de changement souhaité par le prince héritier Mohammed Ben Salmane », a écrit Paul Sankey, analyste énergétique chez Mizuho.

L’expulsion de Kalid al-Falih a mis fin à la résistance nationaliste contre la vente d’Aramco et autres richesses du pays.
Mais qui achètera une part de l’entreprise alors que ses principales installations ne sont pas sécurisées et sont vulnérables à des attaques sévères ?

Le « prince » saoudien devra faire la paix avec le Yémen avant de pouvoir vendre les actions d’Aramco à un prix décent. Il devra cracher des milliards de dollars en réparations au Yémen et à son peuple avant que les Houthis soient prêts à faire la paix.

Les premières tentatives saoudiennes de négociations pour la paix datent de deux semaines. Il semble qu’ils aient demandé à l’administration Trump d’élaborer un accord avec les Houthis :

L’administration Trump s’apprête à entamer des négociations avec les rebelles Houthi soutenus par l’Iran afin de mettre un terme à la guerre civile de quatre ans au Yémen, a rapporté mercredi le Wall Street Journal.

Cet effort viserait à convaincre l’Arabie Saoudite de prendre part à des pourparlers secrets avec les rebelles à Oman, pour aider à négocier un cessez-le-feu dans le conflit, qui est devenu un front de première importance dans la guerre régionale par procuration entre Riyad et Téhéran.

Depuis, on n’a plus entendu parler de cette initiative. Les Saoudiens doivent agir vite pour mettre fin à la guerre. À moins qu’elle n’intervienne bientôt, nous pouvons nous attendre à d’autres escalades et à d’autres attaques comme celles qui ont eu lieu tôt avant-hier.

Traduction Entelekheia

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