Trump ne semble pas très pressé d’aider l’Arabie Saoudite

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Par M.K. Bhadrakumar
Paru sur Indian Punchline sous le titre Trump is in no rush to jump into Saudi defence


Depuis l’attaque des drones contre les installations saoudiennes d’Aramco, samedi, des failles géopolitiques font surface. Nous n’en sommes qu’aux premières esquisses, mais trois grandes tendances sont apparues. Premièrement, les enquêteurs saoudiens ont commencé à pointer du doigt l’Iran, ce qui ne manquera pas d’exacerber les tensions régionales. Ensuite, la très importante réaction des États-Unis à l’événement se déroule sur de multiples niveaux, chacun interconnecté, mais en même temps intrinsèquement liés aux intérêts des États-Unis. Troisièmement, l’extrême volatilité du marché mondial du pétrole et son impact probable sur l’économie mondiale en font un enjeu international.

La déclaration de lundi du ministère saoudien des Affaires étrangères est remarquable par son affirmation selon laquelle « les armes utilisées lors de l’attaque étaient des armes iraniennes. Des enquêtes sont toujours en cours pour déterminer la source de l’attaque » ; ensuite, que « la cible principale de cette attaque était l’approvisionnement énergétique mondial » ; que « cette attaque est conforme aux attaques précédentes contre les stations de pompage de Saudi Aramco avec des armes iraniennes » ; que Riyad « invitera des experts des Nations Unies et internationaux à examiner la situation sur le terrain et à participer aux enquêtes » ; et, cinquièmement, que l’Arabie Saoudite a « la capacité et la volonté de défendre ses terres et son peuple, et à répondre avec vigueur à ces attaques ».

Le dilemme persistant de Riyad est qu’il n’a pas encore prouvé la culpabilité de l’Iran et qu’il cherche une aiguille dans une botte de foin. L’empressement à impliquer l’ONU dans les enquêtes suggère que les Saoudiens pensent pouvoir arriver à une conclusion définitive qui aidera à isoler complètement l’Iran sur la scène internationale.

La déclaration du ministère saoudien des Affaires étrangères se fonde sur la conclusion initiale des enquêteurs selon laquelle « toutes les preuves et indications opérationnelles ainsi que les armes utilisées… sont des armes iraniennes ». Il est important de noter que le Commandement des forces conjointes de la coalition, à Riyad, a affirmé que « l’attaque terroriste n’a pas été lancée à partir du territoire yéménite, comme l’ont prétendu les milices houthies, alors que ces milices ne sont que des outils de mise en œuvre du programme des Gardiens de la révolution et de leur régime terroriste ».

Cela implique que les autorités saoudiennes ont beaucoup plus de documents qu’elles ne sont prêtes à en divulguer. Il y a aussi une référence directe au Corps des gardiens de la révolution iraniens.

Lundi, le secrétaire américain à la Défense, Mark Esper, a téléphoné au prince héritier Mohammed ben Salmane (MBS). Selon le communiqué de presse saoudien, Esper « affirmait le plein soutien de son pays au Royaume » et indiquait que Washington « étudie actuellement toutes les options possibles pour faire face à ces attaques ». Esper a salué le rôle joué par l’Arabie Saoudite dans les efforts déployés par les États-Unis pour « faire face à la menace iranienne contre la navigation maritime ». Mais ni Esper, ni MBS n’ont accusé l’Iran.

C’est dans ce contexte que le président Trump a abordé le sujet lundi lors d’une conférence de presse à la Maison-Blanche. (Trump a parlé en présence du prince héritier de Bahreïn, qui était en visite aux USA.) La transcription est ici. Les principaux éléments sont les suivants :

D’abord, les États-Unis sont enclins à croire que l’Iran est responsable des attentats de samedi. Mais l’enquête saoudienne n’a pas encore apporté de preuves définitives. Les États-Unis ne proposent pas d’attaquer l’Iran.

Deuxièmement, l’Arabie Saoudite est un allié-clé, mais les États-Unis ne peuvent pas assurer la défense saoudienne. S’ils peuvent offrir une protection à l’Arabie Saoudite, Riyad devra financer cet effort. De hauts responsables américains se rendront à Riyad « à un moment donné » pour des consultations.

De toute évidence, les Saoudiens « vont être très impliqués si nous [les USA] décidons de faire quelque chose. Ils seront très impliqués, et cela inclut de payer. Et ils le comprennent parfaitement. »

En clair, « les Saoudiens veulent que nous les protégions, mais je dis, eh bien, nous devons travailler. C’était une attaque contre l’Arabie Saoudite, ce n’était pas une attaque contre nous. Mais nous les aiderions certainement… nous trouverons une solution avec eux. Mais ils savent aussi que – vous savez, je ne cherche pas à entrer dans un nouveau conflit, mais parfois il le faut. »

Quatre, Trump a un oeil sur Téhéran aussi. Une rencontre entre Trump et le président iranien Hassan Rohani à New York pendant l’Assemblée générale des Nations unies n’est pas à prévoir, mais les possibilités diplomatiques ne sont pas « épuisées » pour autant. Les Iraniens veulent conclure un accord « mais ils aimeraient le faire à certaines conditions, et nous ne l’acceptons pas. Mais à un moment donné, ça marchera, à mon avis. »

Selon les conclusions des enquêteurs saoudiens, les États-Unis pourraient durcir leur position à l’égard de l’Iran, mais cela dépend de ce que Riyad proposera. « On a tout le temps. Vous savez, il n’y a pas le feu. Nous sommes tous ici pour longtemps. Il n’y a pas le feu. »

Ce qui est étonnant, c’est que Trump prétende ne pas être du tout pressé. Fait significatif, lors d’un discours à un groupe de séminaristes à Téhéran mardi, le Guide suprême de l’Iran, Ali Khamenei, a semblé comprendre les remarques de Trump du jour précédent.

Sur un ton relativement conciliant, Khamenei a dit : « Si les États-Unis reculent, s’ils se repentent et reviennent à l’accord nucléaire qu’ils ont violé, ils pourront alors participer aux réunions des autres signataires de l’accord et discuter avec l’Iran… Sinon, aucune discussion, à quelque niveau que ce soit, ne se tiendra entre les autorités iraniennes et américaines, ni à New York, ni ailleurs ».

De même, Trump a admis qu’il n’est pas indûment perturbé par la grimpée du prix du pétrole.

L’image satellite publiée par le gouvernement américain a montré que les attaques contre l’infrastructure de l’usine de traitement du pétrole d’Abaqaiq, à Saudi Aramco, le 14 septembre 2019, étaient impeccablement chirurgicales.

Dans un tweet lundi, Trump a noté : « Parce que nous avons si bien fait dans le domaine de l’énergie au cours des dernières années (merci, Monsieur le Président !), nous sommes un exportateur net d’énergie, et aujourd’hui premier producteur d’énergie au monde. Nous n’avons pas besoin du pétrole et du gaz du Moyen-Orient, et en fait, nous avons très peu de tankers, mais nous aiderons nos Alliés ! »

Le fait est que le prix élevé du pétrole n’est pas une mauvaise chose pour l’industrie américaine du schiste. La fracturation hydraulique, ou fracking, a apporté plus de gaz naturel à la production des États-Unis, mais la technologie a entraîné des coûts supplémentaires. L’extraction de l’huile de schiste coûte plus cher que celle du pétrole classique, avec un éventail de 40$ à plus de 90$ le baril.

Aujourd’hui, l’Arabie Saoudite peut produire à moins de 10 dollars le baril, alors que les coûts mondiaux de l’extraction du pétrole varient de 30 à 40 dollars le baril. L’industrie américaine du schiste devient un joker dans le calcul américain sur Saudi Aramco.

M.K. Bhadrakumar a travaillé au sein du corps diplomatique indien pendant 29 ans. Il a été ambassadeur de l’Inde en Ouzbékistan (1995-1998) et en Turquie (1998-2001). Il tient le blog Indian Punchline et contribue régulièrement aux colonnes d’Asia Times, du Hindu et du Deccan Herald. Il est basé à New Delhi.

Traduction Entelekheia
Photo Youtube

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